‹ Histoire de Cromwell (volume 3)Chapitre 30 sur 131 · LIVRE HUIXliÏME. III · texte numérisé non relu

LIVRE HUIXliÏME. III

« autorité absolue , pour en mettre un autre a en sa place , mérite seulement la plus légère <€ égratignUre. » On concevra sans peine que Cromwell se fit une autre justice; mais il est plus difficile d'expliquer, dans Fintérét de sa' politique , cette odieuse confiscation , qu'il étendait sur un grand nombre de citoyens , au mépris de toute amnistie , et de manière à les jeter dans le désespoir , par l'incertitude de conserver le reste de ce qui leur était si arbitrairement enlevé.

Sans doute Cromwell , en butte à la haine furieuse des Républicains et des Royalistes y sentit le besoin de frapper un coup menaçant et utile. Cette taxe du dixième sur la valeur des biens, fournit à son trésor des sommes immenses ; et les exceptions qu'il accorda , lui firent des amis dans le parti dont il abattait les forces et l'espérance* Cette mesure fut suivie de Tarrestation des plus illustres seigneurs du parti royaliste. Il fit, en même temps , dégrader et mettre à la Tour plusieurs officiers républicains, entre autres ce Joyce, qui , par son dévouement furieux , s'était élevé des plus bas emplois au rang de colonel.

lia HISTOIRE DIS CROMWELL.

Malgré cett^ impartialité de tyrannie qui* frappait également les deux partis , pour que la monstrueuse vexation exercée sur les Royalistes ne soulevât pas la nation toute entière ^ il fallait que l'Angleterre , fatiguée et divisée , fut tombée dans le découragement le plus favorable à la tyrannie. Une institution inconnue à la monarchie vint aggraver le poids de l'esclavage public, et créer dans l'Angleterre l'ordre de choses le plus anciennement réprouvé par ses lois et ses mœurs ; cette institution était celle des majors - généraux , ou gouverneurs militaires , qui se partagèrent l'Angleterre par districts, avec une autorité absolue sur les officiers inférieurs. Ces majors-généraux étaient ( i ) au pombre de douze , et avaient chacun plusieurs comtés dans leur dépendance. Skippon gardait , sous ce titre , le comitiandement de la milice de Londres ; Fleetwood, Desboroug, Wolsey, Goffe, Lambert, parents ou créatures dévouées de Oomwell , avaient les autres commandements principaux.

(i) The Parliamentaiy history, v. xx, p. ^33.

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Cromwell et son conseil justifièrent ces mesures , dans une très - longue^ déclaration , qui renferme le récit de toutes les entreprises x formées par le parti royaliste et par quelques i655. indépendants. Mais si Ton. veut avoir un plan complet de tyrannie , il faut lire les instruc^ lions qui furent données aux majors - généraux.

licur premier devoir était de faire désarmer tout Papiste , toute personne ayant porté les armes pour le Roi et pour son fils , et même toute personne dangereuse à la paix publique. Ils devaient j ainsi que tous leurs officiers y avoir VœU sur la conduite des gens mal^in" tentionnés , défendre les courses de chevaux > les combats de coqs^ et les représentations théâtrales.

Tout chef de famille était obligé de déposer, à la demande des majors-généraux, une somme d'argent , pour caution que ses domestiques seraient fidèles au lord Protecteur et. à ses successeurs. Les majors-généraux devaient tenir registre de toutes les personnes (Jui présentaient sûreté au gouvernement. En même IL 8

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temps, il leur était enjoint de propager la piété et la vertu , et de décourager les maur vaises mœurs et V irréligion ; ils devaient surveiller rapplication des ordonnances qui avaient été rendues contre les ecclésiastiques ignorants ou scandaleux. Une particularité remarquable de cette institution , c'est qu'il était mis aux ordres des majors-généraux , et d'eux seuls j un corps de troupes n'ayant pas de service régulier. C'était une nouvelle armée que Cromwell se préparait , pour balancer Tindis* cipline et la puissance de celle qui lui arait servi à vaincre et à régner.

En établissant ce pouvoir extraordinaire ^ Cromwell avait autant pour objet d'opprimer les Républicains , que de persécuter les Royalistes ; il pervertissait la révolution , qui s'était vantée jusques-là de vouloir uniquement le triomphe de l'autorité civile ; et il instituait un despotisme, dont l'Angleterre avait été préservée sous les plus absolus de ses Rois.

Les majors-généraux conduisirent tout avec la promptitude et la rudesse de la jurispru-^ dence militaire ; ils appliquaient à leur gré la

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