‹ Histoire de Cromwell (volume 3)Chapitre 32 sur 131 · LIVRE HUITIÈME. II · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME. II

Dans cet intervalle, les trois avocats de Cony furent conduits à la Tour, et les juges réprimandés pour avoir soufFert la liberté de leurs défenses. Les juges s'excusèrent en allé- '^55. guant les lois et la grande charte ; mais Cromwell leur dit avec impatience , « que leur grande « charte n'avait pas le droit de contrôler ses « actions , qui étaient pour la sûreté publique. » En même temps il leur demanda qui les avait fait juges , et s'ils pouvaient s'appuyer d'une autre autorité que celle qu'il leur avait donnée lui-même; et, après les avoir avertis d'être phis zélés pour le pouvoir qui seul les maintenait, il les congédia , en leur recommandant « de « ne pas laisser les gens de loi ( i ) dire des « sottises qu'il n'était pas bienséant d'entendre^ » Les trois avocats , s'ennuyant de la prison , abandonnèrent la cause de leur client , qui reparut seul devant le tribunal , et borna toute sa plaidoierie à demander à la conscience dès juges , s'il y avait obligation de payer un impôt que le parlement n'avait pas consenti. Le chef

(i) Claiendoii's hislory, p. 697.

Il8 HISTOIRE DE CROMWELL.

de justice Rolls, sans attaquer le principe, objecta qu'il fallait accorder quelque chose à la nécessité. Cony répondit qu'on n'admettrait pas cette excuse pour un particulier , et que la loi devait être uniforme. Le juge n'osant l'absoudre , et trop honnête homme pour le condamner, donna sa démission. Un nouveau chef de justice eut l'adresse d'assoupir cette affaire, qui semblait la contre -partie de la procédure du fameux Hampden , au commencement de la révolution ; et Cony s'étant désisté de sa plainte , tomba dans le mépris , après avoir été célébré comme un martyr de la liberté publique.

On voit, dans cet exemple, l'excellence des principes de la constitution anglaise, et le bienfait de ces pratiques légales , qui opposent à la vicdence une barrière bien plus forte que des idées abstraites de liberté;

C'étaient quelques axiomes de l'ancienne jilrisprudence , qui défendaient l'Angleterre d'une servitude absolue. Un membre du longparlement, Pierre Wçntworth, poursuivit également , dans sa province , le collecteur des

impôts. Cromwell , pour éviter le scandale de rindépendanee judiciaire, fit appeler Wentwortb devant le conseil-d'état, et lui ordonna, sans explication, de retirer sa plainte ; Wentworth obéit.

Un magistrat que le Protecteur avait choisi lui-même, le célèbre Haie, s'honora, pendant ces jours d'épreuve , par une conduite à-larfois courageuse et modérée ; lié par ses principes à la cause royale , il avait évité de siéger dans le procès des conjurés de Salisbury. Inébran* lable dans le maintien de la justice , il bravait l'insolence militaire et l'impérieuse volonté de Cromwell. Un règlement du Protecteur défendait le port d'armes à tout homme qui avait servi sous le Roi : un soldat voulut exécuter cet ordre sur un bourgeois de Lincoln , qu'il rencontra chassant près de la ville ; le boui^ geois résista , et fut tué par le soldat , qui appela le secours de l'un de ses camarades.

Traduit devant les assises, sous la présidence de Haie, le meurtrier fut condamnée Le colonel Whalley vint le réclamer , et déclara , devant le tribunal, que \ homme avait été tué

pour désobéissance au Pk*otecteur^ et que le soldat avait fait son devoir. Mais le président ordonna FexéCution immédiate de la sentence, et refusa même un sursis , qui aurait donné le temps d'obtenir la grâce du coupable.

Dans une au ire cause , où s'intéressait le Protecteur ( i ) , Haie , instruit que le jury avait été désigné par ses ordres particuliers, montra le texte de la loi , qui ordonne que la réunion des jurés soit faite sur le mandat du shérifi* , et il congédia le jury de Cromwell. Le Protecteur fut irrité de cette noble hardiesse; il accueillit Haie à son retour par des reproches - amers , et il laissa même échapper ces mots : « Vous n'êtes pas fait pour être a juge. » Haie se contepta de répondre que cela était vrai ; et Cromwell ne voulant pas laisser croire qu'un tel homme ne pouvait être juge sous son règne, n'insista point.

On aime à voir , sous la tyrannie , ce courage et cette impunité de la vertu. La même époque nous o8re, dans la vie d'un autre

(i) The life and thé death of sir Mathew Haie, p. 46.

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