‹ Histoire de Cromwell (volume 3)Chapitre 58 sur 131 · LIVRE ^KEUVl^ME. SUT · texte numérisé non relu

LIVRE ^KEUVl^ME. SUT

protection et à la bénédiction du Dieu toutpuissant. La proclamation fut faite du haut des escaliers; et le peuple répondit par les cris de Five le lord Protecteur. Le même jour, »657. le parlement se sépara, et la session fut ajournée jusqu'au olo janvier.

; Le Protecteur revint en grande pompe à -White - Hall , où il entendit le sermon d'un prédicateur puritain , qu'il avait désigné pour cette solennité. // voulait (i), dit Ludlow, conserver encore les apparences d'une espèce de déi^otion, Crom well , dans cette cérémonie , avait eu constamment près de lui son fils aîné Richard , qui , par la nouvelle constitution , était déjà l'héritier désigné du protectorat. Il l'avait fait venir d'un village du Hampshire, où jusque-là Richard vivait tranquille avec sa femme. Le Protecteur ne tarda pas à réunir sur la tête de ce jeune homme de nouvelles distinctions, conformes à la grandeur qu'il lui destinait. Il se démit en sa faveur du titre de chancelier de l'université d'Oxford, et il le

(i) Ludiow's memoin, y. u, p. 692.

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nonima tout-à-la-fois colonel et membre du conseil privé , quoique ce jeune homme fut étranger au métier des armes , et que , dans l'esprit et le caractère , il n'eût rien de ce qu'il fallait pour désirer ni pour soutenir la haute fortune de son père.

Henri, le second fils du Protecteur, était plus digne de sa naissance. Depuis deux ans il gouvernait l'Irlande avec toute la facilité que donnent la conquête et la tyrannie; mais avec cette rare modération , qui , dans l'exercice du pouvoir arbitraire, ne souffre pas d'injustices inutiles. Les lettres de Thurloe montrent que Henri Cromwell entrait dans les vues politiques de son père ; et l'on est étonné que Cromwell n'ait pas rejeté sur lui le difficile héritage de sa puissance. La fille aînée du Protecteur (i) avait aussi quelques*unes des grandes qualités de son père. Mariée au républicain Ireton , elle s'était pénétrée de ses maximes, et les avait exagérées avec une candeur d'enthousiasme naturelle à son sexe. Lorsqu'elle eut perdu Ireton, Crom-

(i) Memoirs of tbe protectoràUhouae , v. u, p. x68.

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vrell lui donna pour époux le lieutenant-général Fketwood. Elle le retint dans ses opinions républicaines. Elle haïssait avec violence la maison royale détrônée parla révolution; mais Tunité de pouvoir et la dignité de Protecteur lui étaient odieuses, même dans son père. C'était d'ailleurs une imagination toute mystique , et suivant l'expression du temps, une femme instruite des tentations, mais qui soupirait après Jésus^hrisL

Cette inflexibilité républicaine , qui contrariait Cromwell dans sa propre maison, lui était peut-être moins pénible encore que les sentiments bien opposés qu'il trouvait dans lady Cleypole , sa fille bien - aimée. Cette jeune fempie était zélée pour la cause et sur -tout pour l'infortune des Stuarts. Elle intercédait en faveur du parti vaincu; elle était la protectrice de tous les ennemis de son père.

Si l'on en croit des témoignages assez imposants, l'idée d'une réconciliation plus extraordinaire occupa la fisimilîe de Cromwell, et ne fiit pas repoussée par Charles II. Lord Broghill qui, surpris par l'ascendant de Crom-

well 9 au moment où il conspirait pour la cause royale , l'avait fidèlement servi , mais en conservant ses premières affections^ imagina 1657. le plus inconcevable traité : un mariage entre la plus jeune des filles de Cromwell et le fils de Charles I^'. Il est certain que la nouvelle de celte union fut secrètement répandue dans Londres. Suivant les mémoires que nous consultons, ce fiit ce bruit même qui servit à lord Broghill(i), pour entamer avec Cromwell une matière si délicate et si' suspecte. Cromwell s'écria d'abord, quels sont les sots qui peuvent croire une pareille chose ? Lord Broghill répondit que tout le monde la desirait, et la regardait comme la chose la plus sage que pût faire le Protecteur, s'il pouvait y réussir. Il ajouta que lui-même partageait cette opinion ; et , voyant le Protecteur attentif et sérieux , il exposa les avantages de cette alliance , le peu de confiance qu'il devait désormais avoir dans son parti ; le mécontentement des hommes qui lui avaient jusqu'alors

. (i) Collection of lord Oirery'3 state letters, p. ai.

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