LIVRE NEUVIÈME. ^2t
donné leur appui ; la facilité d'assurer sa puissance par les conditions qu'il dicterait au jeune Roi , rappelé du bannissement sur le trône ; l'avantage de réunir ainsi les Royalistes; enfin la possibilité de voir son petitfils héritier de la couronne d'Angleterre , et l'établissement durable de sa grandeur , tandis que , dans l'état présent des choses , il ne la transmettrait pas à ses enfants , et aurait peine à la conserver lui-même. Cromwell, se promenant à grands pas, écoutait ce discours : « T^Ton, a dit-il , Charles II ne saurait me pardonner « la mort de son père. » Broghill insista pour être autorisé à faire quelques ouvertures à ce siijet. Cromwell (i) répéta la même idée avec une expression singulière, qui prouvait plus de haine que de remords. « Il est trop damna- « blement débauché pour me pardonner la « mort de son père. » Au reste, on peut douter que Charles soit descendu si bas, et qu'il ait autorisé une transaction si odieuse à faire ou à violer. Son consentement est à peine indi-
(i) Bamet's hittory of his own tîmes, ▼. z, p. 69.
aai HISTOIRE DE OROMWELL.
que dans le récit de Broghill, et Ton n'en trouve aucune antre trace dans les Mémoires historiques.
Un autre historien , sans admettre la supposition de cet inconcevable projet de mariage, raconte que Charles fit offirir au Protecteur un traité, qui n est guère moins extraordinaire. La duchesse de Liauderdale(i), accueillie dans sa cour et dans sa familiarité, servit de médiatrice. Il s'agissait de négocier le rétablissement du Roi sur le trône, par les mains deCromwell, et aux conditions que lui - même prescrirait Suivant ce récit, la femme de Cromwell reçut la première confidence de ces o£&es, dont elle eut désiré le succès. Elle en parla vive- ment au Protecteur, qui repoussa ses prières par cette amère réflexion : «r Si Charles peut « me pardonner ce que j'ai fait contre sa (c personne et sa faille , il ne mérite pas de a porter la couronne. » On peut présumer qu'un même fait , mal connu et diversement raconté, a servi de texte à ces deux anecdotes.
(i) The history o£ Ëogland by Laurent Echard.