LIVRE NEUVli^ME
AU reste, Cromwell maria cette année même sa fille lady France au petit-fils du comte de Warwick, son ancien et fidèle ami.
Vers le même temps, la troisième fille de i657< Cromwell épousa lord Falconbridge , Fun de ces nobles dont la vanité avait à tout prix besoin de paraître dans une cour.
Cromwell avait souffert patiemment la libre opposition cle son gendre Fleetwood , il savait que cette résistance était sincère et n'excluait pas le dévouement personnel. Il se montra moins indulgent pour Lambert dont l'ambition si long-temps servile , et tout-à-coup républicaine , n'avait ni la même autorité ni la même excuse. La disgrâce de ce général avait été remarquée le lendemain de l'inauguration du protectorat. Il ne se trouvait point au banquet , où le Protecteur invita les principaux officiers de l'armée. Quelques jours après, ayant refusé de prêter le serment prescrit aux membres du conseil, Cromwell le fit venir, et lui dit , qu'il était bien sûr que son refus ne tenait pas à la nouvelle forme du gouvernement, car il se souvenait très-bien d'avoir
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été pressé par lui d'accepter même le titre de Roi. Il ajouta que , s'il était mécontent , il n'avait qu'à rendre sa commission. Lambert répondit avec hauteur à cette menace, et peu de jours après il perdit tous ses titres et ses traitements militaires. L'influence qu'il avait sur l'armée tomba du même coup que sa faveur. Après avoir paru si long-temps le principal appui de Cromwell, il ne fut rien du jour qu'il cessa d'être son premier esclave. C'est que la grandeur d'ame du Protecteur, sa fierté, sa confiance, et je ne sais quel instinct de hardiesse et d'autorité, l'élevaient au-dessus de toutes les factions , et les avaient convaincues d'impuissance. Toutes leurs tentatives ou punies, ou pardonnées, ou manquées, ne servaient qu'à rehausser sa grandeur. Il n'avait, pour subjuguer un peuple mécontent, qu'une armée séditieuse ; mais il la dominait par un ascendant que tous les Républicains avouent avec une sorte de désespoir dont s'accroissait leur haine (i).
(i) Memoirs of the life of colonel Hutchinson, v, ii,
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Quelques jours avant sa disgrâce , Lambert avait réuni vingt->sept ofiSciers dans une ligue secrète contre le Protecteur. Ils s'étaient engagés l'un à Tautre , pat des serments solen-. nels et des prières à Dieu. Le Protecteur in-, àtruit de leur complot les fait tous venir, les accable de ses reproches et de son pardon^ leur déclare impérieusement que ce ne sont pas eux qui le soutiennent, mais lui qui. les protège; et après les avoir humiliés, il les ré-r duit à demander grâce et à s'estimer heureux qu'il veuille bien ne punir que leur chef.
Après avoir chassé Lambert de sa cour et de l'armée, Cromwell lui fit accorder une pension (i) de deux mille livres sterlinigs, soit qu'il ne voulut pas désespérer sans retour un homme dont il s'était servi ; soit qu'il voulût le mieux avilir, en. le payant jusque dans la disgrâce. S'il faut en croire une anecdote inconilue des historiens, il parait que Lambert , sans crédit dans l'armée , conserva toutefois quelques partisans qui formèrent un
(i) The memoirs of Ludiow, v. ii, p. 459.
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complot assez buarre Contre la rie du Protectcrti-. Ils avaient dessein (i) de pénétrer jusqu'à CromweU en lui prélenUût «m» pétition, de le saisir pendant qu'il la lirait, et de le précipitef d'uûe fenêtre dé White-Hall sur la rive de la Tamise, où d'auM^A complices devaient le recevoir mort ou vivant, et l'emporte* dans une barque tenue pr«te. Ce projet vint à la connaissance du colonel Hutchinson, l'un de ces Républicains qui n'avaient pas démenti leur conviction en servant sous CromweJl.
HutChitoson, depuis la chute du pariement, vivait dans b retraite, détestant la tyrannie du Protecteur, pat-aissant rwernent k I/»ndres,
jamais à la Cour.
Cependant comme il méprisait encore plus Lambert qu'il ne haïssait Crumwell, il ne se fit point scrupule de révéler urac conspiration qui lui paraissait faite pour la misérable vengeance d'un homme, et sans ppofflt po*tf la liberté. U paraît d'ailleurs que la pùUtiquc des Ré-
(i) The memoirs of Ihc Iffe oF colonel Hutehinwn, T. U, p. a(4-