‹ Histoire de Cromwell (volume 3)Chapitre 97 sur 131 · LIVRE ONZIÈME. Ssig · texte numérisé non relu

LIVRE ONZIÈME. Ssig

« plus habile tailleur ^ et s'étant mêlé à la bonne « compagnie, représenter à White- Hall, avec « beaucoup de politesse et de grandeur. » Cette dignité , qui vient , ou qui parait venir avec la puissance , était sujette dans Cromwell à des retours bizarres.

Siu*chargé de tant de soins , le Protecteur , naturellement triste et sévère , se livrait quelquefois à des saillies d'une humeur triviale et bouffonne , comme s'il eût méprisé sa propre fortune , autant qu'il méprisait les hommes.

« Il plaisantait avec nos soufirances (i), dit « énergiquement Cowley, et il aimait à dire «c ou à £aiire des choses fantasques et déraison- « nables, ne fut-ce que pour montrer qu'il avait « le pouvoir de tout dire et de tout faire. »

Les plus rigoureux (a) censeurs, les ennemis même de Cromwell ne lui ont pas refusé un grand esprit , une admirable prudence , et la

(i) ThU man was wanton and merry with oar snffe^ rings ; he loved to say and to do senseless and fantastical things, only to shew bis power of doing or saying anj thing. Gowley'ft works, y. u , p. 663.

(a) C]arendon*8 history, p. 697.

33o HISTÔIRB DE CROHWELL.

plus intrépide fermeté ; mais, après Taudace, le plus puissant ressort de son élévation fut la connaissance des hommes et de l'esprit de son temps. Cette pénétration , qui lui apprît ce qu'il pouvait espérer du fanatisme, ex* plique son hypocrisie, que l'histoire atteste, et qu'on ne saurait mettre en doute sans oter quelque chose à l'idée de son génie'; car les hommes verront toujours moins de grandeur dans un fanatique de bonne foi, que dans un ambitieux qui fait des enthousiastes. GrcMnwell mena les hommes par la prise qu'ils lui donnaient sur eux. L'ambition seule lui inspira des crimes , qu'il fit exécuter par le fanatisme des autres. Dans tout ce qui ne touchait pas à sa puissance, l'esprit, généralement, moral de son siècle le rendit équitable. La supériorité de sa raison lui permit rarement d'être persécuteur ; il ne se vengea d'aucun rival ni d'aucun ennemi, satisfait de les dominer tous.

Ses mœurs privées étaient pures et sévères; sa courte domination porta l'Angleterre au plus haut point de grandeur où elle soit parvenue, avant de jouir de toute sa constitution;

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et il n'y a que la liberté qui lui ait été plus (ayorable que cet odieux despote. La force de son génie se montre dans l'impuissance même où il fut d'établir solidement une domination , qu'il garda cependant jusqu'à sa dernière heure, inébranlable dans une autorité toujours combattue , et si puissant qu'après lui son nom régna^ quelque temps sous la faiblesse de Richard. Plusieurs écrivains anglais (i) ont prodigué à Cromwell des éloges excessifs, que la morale repousse. On reprochera toujours à sa mémoire deux grands crimes, qui s'aggravent encore l'un par l'autre , le régicide et la tyrannie.

Le lendemain de la mort de Cromwell , les places publiques retentirent de la proclamation de Richard Cromwell, reconnu Prolecteur de la république d'Angleterre , d'Ecosse et dlrlande , par le choix du dernier Protecteur, au nom du conseil-d'état , du lord-maire , des citoyens de Londres et des officiers de l'armée.

(i) A critical review of tlie life of Cromwell, p. aSo.

33a HISTOIRE DE CROMWELL.

La déclaration était signée par vingt -neuf • membres du conseil , seul pouvoir que Cromwell eût pu souffrir, et réunion composée i658« d'h(mimes vieillis dans les affaires , et de généraux chers à l'armée. On renouvela le cérémonial de l'installation de Cromwell. Le lordmaire présenta l'épée au nouveau^Protecteur ; le docteur Goodwin prononça les bénédictions et les prières ; le commissaire du sceau reçut le serment; les adresses, les félicitations arrivèrent de toutes parts; et Richard, sans effort , presque ^ans volonté , se trouva souverain, en apparence par Favis de tout le monde. Ce n'était pas que les Républicains et les Royalistes ne se fussent hâtés de fonder des espérances sur la mort tant désirée de Cromwell. Mais j comme par tout pays où la liberté a été long - temps détruite , il n'y avait alors de puissance et d'union que dans l'armée; et cette armée , corrompue par un long oubli des droits populaires, également gâtée p^ son ancien pouvoir et sa récente servitude , ne trouva rien de plus simple que de. maintenir le fils de son général. Ltcs officiers se

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