‹ Histoire de Cromwell (volume 3)Chapitre 96 sur 131 · LIVRE ONZIEME · texte numérisé non relu

LIVRE ONZIEME

tf prières qu'on en a &it pendant sa maladie. « Des assemblées solennelles se réunissaient a chaque jour pour demander à Dieu la concc tinuation de sa vie ; de sorte qu'il est monté a au ciel, embaumé dans les larmes de son « peuple, et porté sur les ailes de la prière « des saints. »

Un vieux confident de Cromwell , un vieux ministre d'état , parlant ainsi dans un moment où ce langage mystique est superflu, et semble repoussé par la vérité même de la douleur et des regrets! Thurloe, devait-il croire à la sainteté de Cromwell? Pouvait-il attribuer tant de vertu à la prière de ces fanatiques imbécilles, si souvent trompés par son maître et par lui; ou £aiut-il supposer que l'ascendant de Cromwell, les habitudes de son langage agissaient sur l'homme même qui connaissait le mieux sa politique ? et n'était - ce pas ici une espèce d'hypocrisie involontaire et contagieuse que l'on gagnait en approchant de Cromwell ? Toutes les puissances extraordinaires ont ainsi fasciné les yeux de leurs admirateurs; et, suivant la diversité des temps,

3^^ HlSTOtJlK BE CROMWELL.

elles forment autour d'elles un prestige d'opinions , de langage , et , pour ainsi dire , un nouvel ordre moral , que Fambition , la flatterie, et je ne sais quelle passion mêlée d'orgueil et de servilité tout ensemble, adoptent , sans y croire, mais sans s'avouer qu'elles n'y croient pas. Il y a d'ailleurs dans la fkreur, dans la confidence du pouvoir, une sorte d'enivrement qui séduit jusqu'à la conscience , et qui fait encore plus de dupes que d'hypodites.

La fortune extraordinaire deCromwell justifiait cette longue illusion , qui fut le caractère principal de son autorité. D'une condition obscure, être parvenu à la puissance souveraine; du milieu de tant de sectes furieuses, s'être élancé à la première place , porté sur tous les partis, et les brisant à mesure que chacun d'eux devenait inutile ; c'étaient là sans doute des faits prodigieux , qui devaient frapper les âmes de surprise, aveugler les plus clairvoyants, tt mêler par-tout Fadmiration à la haine. Ce qu'il y eut de plus remarquable dans cette destinée, c'est qu'un même homme ait pu l'accomplir.

LITRE OirZiiMB. 3^7

n semble qu'un seul homme ne suffise pas aux diverses époques d'une révolution: elles ont chacune leurs héros qui se remplacent et se pressent l'un l'autre. Cromwell parait par-tout, et fixe d'abord les regards. Il ne survient pas à la fin , pour profiter de la las^ situde commune, et recueillir l'héritage de la république mourante. Seul, et remplissant toutes les époques, il voit naître la révolution, il la seconde , il la suit , la termine, et la réduit à l'unité de son pouvoir. Les désavantages personnels , qui n'arrêtèrent pas son élévation , n'étonnent pas moins que les grandes qualités qu'il déploya pour y parvenir. Cet homme qui domina par les armes et la parole , n'avait point fait la guerre jusqu'à l'âge de quarante^ deux ans, et semblait incapable de séduire et dépourvu de tout moyen d'éloquence. Mais , comme s'il eut caché en lui des forces et des idées pour toutes les chances de sa fortune, il parut successivement théologien , capitaine, politique , législateur , souverain , développant chaque fois le talent ou le vice dont il avait besoin. Il éleva le patriotisme de sa nation,

3a8 HISTOIRE DE CROBtWELL.

roppriina par sa gloire même, et la fit respecter au -dehors, pour mieux la subjuguer. U exigeait, pour ses ambassadeurs, plus d'égards qu'aucune cour n'en avait jamais accordé aux ambassadeurs des Rois d'Angleterre. C'était sa politique; et flattant ainsi la souv^raineté chimérique de ce peuple , dont il avait détruit la liberté, il disait (i) : « que la €c dignité de la couronne appartenait à la na* « tion , et que la nation étant toujours la même, «c il voulait que ses ministres fussent honorés « comme ceux des Rois. » Son langage et ses sentiments grandirent avec sa fortune. La bassesse habituelle de ses manières fîit remplacée par la hauteur et la gravité d'un maître. Un gentilhomme royaliste , qui avait remarqué la Êuniliarité abjecte et l'habillement négligé de Crcnnwell, à sa première entrée dans le parlement , écrivait quelques années après :

CI Je vécus assez (a) pour voir ce même homme, « à la suite de grands succès, maître d'un « pouvoir réel , quoique usurpé , ayant pris un

(x) Bumet*8 history of his own time, t. z, p* xa6« (a) WarwicVs memoirs, p. 147.

Page 1