LIVRE PREMIER
sait à lui-même. «Vous savez, dit-il (i), quelle «a été ma manière de vivre. Hélas! je vivais, «et je me plaisais dans les ténèbres; je baiser sais la lumière; j'étais un grand pécbeur, un <c chef de pécbeurs. Oui , je baissais la piété ; «cependant Dieu m'a fait miséricorde.»
Un fond d'inquiétude et de mélancolie ar* dente ne permettait pas à Cromwell de suivre long-temps une vie oisive et désordonnée. A son retour de Londres, après avoir scandalisé la petite ville de Huntingdon par ses excès, il cbangea tout-à-coup, rompit avec ses sociétés de débauche, fréquenta les églises, se rapprocha des personnes de piété. Sa modique fortune s'étant augmentée de six cents livres sterlings léguées par un de ses oncles, il épousa Elisabeth Bouchier, héritière d'une famille estimée dans le comté, et se retira à la campagne pour y vivre d'une manière simple et religieuse.
Il y aurait peu de vraisembfoii^e à lui supposer dès-lors un plan d'hypocrisie. Toutes
(i) H^arwick^s memoirs ^ p. 249.
Thurloé's state papers, v. i, p. i.
lO HISTOIRE D5 CROMWELL.
les têtes anglaises étaient possédées de querelles théblogiques ; la réforme avait jeté dans l'Angleterre une fureur de discussion qui ne pouvait se reposer qu'après avoir tout changé. La doctrine introduite par Henri YIII, et main* tenue si cruellement par Elisabeth, se subdivisait en diverses opinions : mais la multiplicité des sectes produisait la sévérité des mœurs. Il y avait une émulation de rigorisme dans la conduite comme dans la doctrine : le caractère des habitants prétait à cette disposition une force nouvelle. L'Angleterre était peuplée d'une foule d'hommes austères et sombres qui déclamaient avec fureur contre le papisme, dont ils trouvaient toujours des vestiges trop nombreux dans la religion conservée par l'état. L'esprit de la réforme qui laisse moins de différence entre le sacerdoce et les conditions civiles , avait introduit tout le monde dans la discussion des querelles ecclésiastiques. Il suffisait d'être fanatique pour prêcher. Les Puritains dominaient sur-tout par la prédication. Les Puritains, que l'on pouvait appeler les démocrates du christianisme , n'étaient eux-
LIVKS PREMIER. II
mêmes que les hommes les plus violents de la secte presbytérienne. Cette secte nombreuse repoussait l'autorité des évêques, sur laquelle Henri YIII avait fondé son établissement religieux , et elle réclamait l'égalité des prêtres et la liberté des doctrines*
La religion est tellement liée à nos états modernes, qu'elle n'a jamais éprouvé de cfaan* gement qui n'ait produit quelques troubles politiques. Lorqu'Henri "VIII renversa le catholicisme, il préparait une révolution; et, c'est une chose remarquable, que ce prince ait affaibli la monarchie par l'acte qui montrait le mieux la puissance de sa volonté personnelle. Les Stuarts d'Ecosse, portés au trône d'Angleterre, devaient recueillir les troubles semés par Henri VHI , et qui n'avaient osé paraître sous le règne absolu d'Elisabeth.
Bossuet a peint avec son immortelle éloquence , V effroyable débordement de mille sectes bizarres enfantées par la réforme. Ramenant tout à l'idée dont il est préoccupé, il voit dans l'hérésie de Tie&n VIH la seule cause de la révolution d'Angleterre. Sans
doute on doit aussi faire la part de cet esprit de liberté , qui , nourri par les vieilles lois de l'Angleterre, poussait toujours ses racines au pied du trône; mais il est vrai qu'il fallait ^ à cette époque, qu'une opinion religieuse vînt aii secours des sentiments de liberté* Il peut venir un temps où les esprits se passionneraient poUr un intérêt politique, avec toute la ferveur de l'enthousiasme. Mais au temps de Charles F^, l'innovation poétique avait besoin d'être consacrée par l'innovation religieuse ; c'est ce qui fit sa force et ses excès. Quelques bons citoyens , qui protestèrent d'abord contre les abus du règne de Charles V^ , passèrent dans les rangs des défenseurs de ce prince. Les sectaires furent incorruptibles et implacables , parce qu'ils n'avaient pas seulement des droits à réclamer ; ils avaient une opinion à faire triompher : succès difficile et lent, dcfnt on n'est jamais sûr, jusqu'à la ruine du parti contraire.
Les Puritains , dès l'origine, parurent animés de cette farouche ■ intolérance qui devait les rendre funestes à la monarchie. Voici le dis^