‹ Histoire de Cromwell (volume 4)Chapitre 11 sur 155 · LIVRE PR-£MI£R. l · texte numérisé non relu

LIVRE PR-£MI£R. l

coui^ que le premier apôtre du Puritanisme adressait aux Écossais , à l'époque de la reine Marie : « J'affirmerai que les gentilshommes, fc les juges, et le peuple d'Angleterre, devaient « non-seulement résister à Marie , leur reine , «cette autre Jézabel, dès -lors qu'elle comte mença à éteindre l'évangile , mais la faire «c mourir avec tous ses prêtres et tous ses com- «plices. »

La secte qui, dès sa naissance, avait tenu ce langage , s'étendit bientôt en Angleterre , et continua de se diviser en Presbytériens modérés et Presbytériens rigides, d'autant plus dangereuse, sous cette double forme , que les innovations mitigées des uns couvraient les fureurs des autres, et que les exagérations de ceux-ci servaient de prétexte pour résister aux justes demandes des premiers : par - là , cette secte devint populaire auprès de la nation, dans ce que les dernières conséquences de ses principes pouvaient avoir de plus dangereux; suspecte et odieuse à la Cour, dans ce que ses demandes avaient de plus sage. Lorsque Jacques I^*^ passa au trône d'Angleterre , il se crut

l4 fllSTOÎRÊ DE CROMWELL.

sauvé des mains du Puritanisme qui rem-*' plissait l'Ecosse : il le retrouva dans son nouveau royaume ; et cette secte , gagnant chaque jour, eut bientôt un parti dans la chambre des communes.

A côté du Puritanisme s'élevait un esprit de liberté inspiré par le souvenir de plusieurs règnes tyranniques ou avilis, et sur-tout par la nécessité de finir la constitution anglaise, qui restait depuis plusieurs siècles comme un ouvrage commencé. L'époque de la haute civilisation anglaise approchait; et comme la liberté politique était enfermée dans les mœurs des Anglais , et de toutes parts ébauchée par leurs lois, il était impossible qu'un violent effort, pour la dégager et l'établir, ne concourût pas avec le progrès de l'ordre social ; et c'est là sans doute le bonheur du peuple anglais , que son indépendance poKtique soit née avec sa civilisation, que ses institutions se soient développées avec son commerce et ses arts, et qu'il ne puisse pas trouver, dans son histoire, le siècle du génie avant celui de la liberté.

L'Angleterre, au conunencement dû règne

LIVRB PREMIER. l5

de Charles I*', arrivait à cette époque où les nations fermentent et mûrissent. Elle était au même période que la France sous Richelieu.

La France perdit sa liberté, et elle eut pour dédommagement le siècle de Louis XIV. L'Angleterre ^ en fondant la sienne, se préparait une grandeiu* indépendante des hasards de la suC" cession et du génie d'un roi.

L'esprit de liberté s'était annoncé avec beaucoup de force et même d'injustice, dans le premier parlement assemblé par Charles.

On avait refusé au monarque des subside)^ réclamés pour l'entretien d'une guerre approuvée par la nation. Réduit par ce refus à des ressources arbitraires, Charles avait été jeté dans des torts réels envers un peuple jaloux de sa liberté. Les plaintes s'accroissaient dW parlement à l'autre; or, un parlement était une chose inévitable, à laquelle le roi devait revenir tôt ou tard. Il en assembla donc un nouveau, qu'il trouva plus difficile et plus impérieux que le précédent. C'était comme autant d'épreuves successives , dans lesquelles l'autorité du monarque allait toujours s'afïiaiblissant.

l6 HISTOIHÏ DE CROMWt:LL.

Cromwell fut membre du parlement de 1628, le troisième que Charles ait convoqué. La révolution n'était pas encore assez avancée pour qu'il y eût place pour Cromwell. Dans cette chambre, dont les intentions étaient nobles et pures, Cromwell ne se distingua point. On voit seulement qu'il fut membre d'un comité de religion. Ce choix indique assez que son esprit était alors particulièrement tourné vers cette théologie contentieuse , dont il fit une arme si puissante. Lorsque l'assemblée de 1628, dominée par l'influence des Puritains, eut substitué à la modération qu'elle avait d'abord montrée, de violentes invectives contre les évéques, Cromwell (i) dénonça le plat papisme de l'évêque de Winchester, attaqua sous le même prétexte l'évêque de Winton,et se plaignit que les censures de la chambre contre certains prédicateurs devinssent , aux yeux de la cour, un titre qui les faisait porter aux dignités ecclésiastiques. Ce parlement fut dissous ; Charles régna seul.

(i) The-Parliamentary History, ▼.vin, p. 289.

Page 1