LIVRE CINQUIÈME
pour la flranoé , où il espérait attendre près de la Rekie sa fhère , les preÉaières nouvelles de cette entreprise. Il éprouva tjue les mo- i65o. narchies ne sobC pas uu meilleiar asyle que les républtqtfiDS, pour un roi persécuté par un enoemi qm ae fait craindre. La politique (i )^ sans h^nneiir, du cardinal Mazarin^ abandonnait rintéFet doublement sacré de la royauté màlèteurease , et d!u sang de Henri iV. Le jeune prîcnoe^ après quelques mois de séjour^ reçut l'ofdrc de quitter ia Frantoe. Charles , SUIS résolution fixe , passa dans Tile de Jersey, &ible dépendance de l'Angleterre, ou Tauto* lité du patleihent ne s^était pas encore éten* due. Les Presbytériens d'Ecosse qui portaient aux Indépendaiits cette haine de rivalité plus forte que toute autre aversioxi, vinrent de nouveau chercher le jeuiie Roi dans cet asyle, pour kii imposer la couronne. Ils exigeaient po^nr première condition , que le Roi souscrivit Ir •covenant , et le lit adopter par tbUs ses sujets , et sUr -<- tout qu'il abandonnât
(i) CJèrendon^s history, pi 591.
aSo HI.STOIRE DE CROMWELL.
Montross. Us demandaient au Roi de choisir une ville de Hollande , dans laquelle il se retirerait pour discuter avec les commissaires du parlement d'Ecosse , toutes les conditions i65o. de son retour. Le Roi ne pouvant prolonger son séjour dans l'ile de Jersey, menacée par une flotte anglaise, partit pour la Hollande , sans avoir rien terminé. Les instances des commissaires écossais le suivirent à Bréda. Elles étaient faites au nom du parlement et de l'église, et mêlées de toutes les restrictions jalouses que ces deux ordres pouvaient imaginer, pour que le rappel du Roi autorisât leur pouvoir, sans y rien ôter. L'abolition de l'épiscopat changeait le clergé écossais en une démocratie religieuse, qui avait toute la violence et tout l'aveuglement du despotisme populaire. Charles (i) hésita long-temps à se confier à des mains qui avaient livré son père; et il éprouvait ce que produit presque toujours la lenteur à prendre un parti datis une situation extrême. L'adversité ne s'arrête pas,
(i) Ormonde's state papers, v. i, p. aôS-^oS.
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pendant qu'on hésite sur les remèdes et sur les sacrifices ; et Charles , entraîné par de nouveaux malheurs, accepta bientôt plus honteusement qu'il n aurait fait d'abord.
Cependant Montross, après avoir vainement sollicité les secours des monarques alliés de Charles II , sans autre armée que quelques braves officiers qui s'attachaient à sa réputation, animé par ce génie aventurier qui devient sublime lorsqu'il réussit , était débarqué dans le nord de l'Ecosse , avec l'espérance d'y faire reconnaître son nom , jadis heureux , d'attirer les seigneurs fidèles, et de soulever le peuple des montagnes. I^ présence de ce vaillant homme alarma les chefs presbytériens. Le marquis d'Argyle (i), rival de Montross , et bien averti par sa haine de le craindre et de l'estimer, pressa les mesures du parlement. Le meilleur général du parti presbytérien fut envoyé contre lui. Trompé par son courage et par de fausses espérances, Montross s'engagea dans l'intérieur de l'Ecosse ;
(i) Whîtelocke's memorials, p. 438.
a8a HisTomi: de gromwell.
mais il ne trouva plus le peuple qu'il y avait laissé. Les proscriptions et les vengeances du parti victorieux avaient abattu le <3onrage 4€s i65o. plus fidèles. Les seigneurs qui avaient appelé Montross, lui manquèrent. Il recruta qu^ques montagnards mal armés , <pn désertèrent au premier combat. Réduit à ce petit nombre de braves, qu'il avait amenés poiu* commander ceux qui se réuniraient à lui, Montross se vit forcé de fuir. livré par un seigneur qui lui avait donné retraite , il fîit conduit à Edimbourg , au milieu de toutes les insultes que pouvaient imaginer des ennemis furietix et fanatiqites. Clarendon a décrit avec éloquence les basses vengeances exercées sur cette noble victime. Le peuple ne put se défendre d'un sentiment de pitié , en voyant traîner par les rues cet homme, auquel les magistrats d'Édimbourç avaient remis , à genoui , les clefs dé la ville , et qui, dans la guerre civile , n'avait jamais feit périr personne que sur le ^ champ de bataille (i). Mais les prédicateurs,
(i) Whitelocke's memerials, p. 441.
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avec toute rînfleKibiUté àfe la haine théologique , repTDchâîeiift msl peuple ces fa&lesses faumaîiieB , et cette compassion y qu'ils appelaient ées mouYementB de la nature rebelle.
Whifcelocke dit (i) que le parlement td'Écosse pressa le supplice de MoatixBrss , pour prévenir les intercessÎDns du jeune Roi. Traduit à la barre du pariement , Montross montra dans sa défentBie y cet amour de &on Roi , cet héroïsme d'honneur et de fidélité qui, dans de sem- Uables épreuves , ne paraît pas moins sublime que les vertus les plus vantées des anciennes républiques. Le |;éme implacable des sectes se montra dans la barbarie du jugement porté contre ce vaillant homme. Il fut ordonné qu'il serait pendu à un gibet haut de trente pieds, et que ses quatre membres seraient attachés aux portes des principales villes du royaume. Son corps devait être brûlé sur la place destinée à l'exécution des malfaiteurs , à moins que l'é-
glise ne levât l'excommunication , qu'elle avait portée contre lui. Entre la sentence et le sup-
(i) Whitelocke's memorials , p. 439.
'Jt8/i HISTOIRE DE CROMWELL.
plice,les(i) ministres presbytériens se saisirent de Montross pour le tourmenter avec une obstination vraiment digne de Tenfer qu'ils lui promettaient Après lui avoir annoncé que son supplice terrestre n'était qu'un prélude à sa damnation éternelle , ils ofSrirent de prononcer sur lui la prière qu'ils accordaient aux anathémes : « Mon Dieu ! daignez toucher le a cœur de ce pécheur incorrigible, de ce parce jiu^e j de ce maudit. » Montross les remercia de leurs soins. Il ajouta qu'il était plus fier de porter sa tête sur l'échafaud , que d'avoir son portrait suspendu dans la chambre du Roi. « Loin d'être fâché , dit-il , que mes bras « et mes jambes soient envoyés aux quatre « villes du royaume, je voudrais avoir assez de « membres pour que , dispersés dans toutes « les villes de la chrétienté , ils pussent servir ce de témoignage à la cause pour laquelle je a soufire. »
Le lendemain Montross subit la sentence du parlement. Malgré sa gloire et son inno-
(i) Clarendon^s history, p. 6oo«