LIVRE CINQUIEME
eence, il ne s'indigna pas de Téchafaud; il conserva dans ce moment un visage doux et serein, qui montrait que cette intrépidité contre la mort, et même contre les apparences de la honte, ne lui coûtait aucun effort sur luimême. Il parla long- temps des vertus du dernier Roi. Il fit l'éloge de la justice et de la bonté de Charles II , et recommanda aux Écossais de ne pas le trahir, comme ils avaient trahi son père. On crut lui faire encore un outrage , en suspendant à son col , au moment de l'exécution, un livre qui contenait le récit de sçs premières expéditions en Ecosse. Il répondit, en souriant, que cette décoration lui allait mieux que l'ordre de la jarretière. Ensuite , sans écouter les ministres puritains , ayant prié avec ferveur, il livra son corps au supplice. Le peuple , remarque Whitelocke, vit sa mort avec beaucoup de regret et de douleur. Le cardinal de Retz qui se connaissait en hommes, et qui ne devait pas s'enthousiasmer trop aisément pour les martyrs de la fidélité , a dit de Montross , que c'était le seul homme qui lui ait rappelé Vidée
!l86 HISTOIRE BE CROMWELL.
de certains héros, que Von ne vssk plus que dans ks vies de Flutargme. Mbntross était d'ailleurs un esprit heureux et briBant, âefisible à la poésie , et nowm de' œ qtie l»
lettres ont de plus^ touchant et de ^k& élevé« La veille de sa mort , il nût en rns fti noble réponse, que Tidée de fton supplice hiî avait inspirée. Lorsque le eharme dea beaux-^arts se rencontre daii& une ame naturellement forte et grande 9 il sort de ce mékisge les plus beaux modèles de la dignité humaûne. C'âait le caractère de presque tous les grandi kmmnes de Tantiquité.
Il est difficile qu'un^ Roi puisse jamais descendre à une plus triste humiliation que celle de Charles II , achevant de traiter avec les meurtriers de Montross , et (i) recevant dç.leur part l'ironique assurance , qu'ils n'ont rien fait en cela que pour son intérêt. Cette situation a beaucoup de rapport avec celle du roi. Auguste , forcé d'abandonner le malheureux Patkul à la vengeance de Charles» XII.
Mai«M*NMm-MMBrfMiii«*i«»i*^
(i) Whitelacke*8 msiaormls, p. 442.