LIVRE* SIXIEME
à la violence de ses desseins. En même -temps il affectait de protéger les Royalistes , et il pressait de tout son crédit l'adoption d'un acte d'amnistie en leur faveur. Par ces ménagements, il cherchait à se faire un appui hors du parti républicain, et semblait déjà prévoir que les • plus incommodes adversaires de son usurpation ne se trouveraient point parmi ceux qui avaient combattu la révolution. Il alléguait avec art la nécessité de calmer les esprits et de prévenir un désespoir qui armerait de nouveau les partisans de la cause royale. Cependant l'acte d'amnistie éprouva beaucoup de résistance ; ceux qui espéraient que de nouveaux jugements produiraient des confiscations utiles à l'état , voulaient en différer l'adoption. L'ascendant et la volonté de Cromwell emportèrent la loi, qui fut promulguée le 21 mars lôSa, époque où la cause royale avait encore des défenseurs sous les armes dans plusieurs parties de l'Ecosse et de l'Irlande.
Rien ne put fléchir l'obstination du général , dit Ludlow (i), et l'acte passa, le parlement
(i) Ludlow's xnemoirs, v. i, p. 44^<
36a HISTOIAB BÉ CllOMWELL.
ne pouvant se résoudre à lui refuser âiicuné demande tant toit peu spécieuse. Toute VAngleterre sut qu'on èh était redevable à Cramwell (î), qui rejetait aitièi âùr lefi Républicains la haine de ées pr^p^eid vioIeitCeâ.
Cependant Croftiwell , en Ètiênie*-tetnps qu'il aecoutamait les Royalistes à sa protecfiôti et à son indulgence , ^e tuéuageait un appui pafmi leur» plus implacables eUtiétnii. II affectait y plus que jàuiais , de faire Phoiïtiéte homme , dit Ludlow , pôui* attirer dans sou intéiiét le colotiel Harrissou et le Colouel Rich ; mais cela concourait encore à soU but principal. En présence de ces sectaires intraitables il déclamait contre la corruption du clergé et de la justice. Mais il avait soin de tourner leur haine sur le parlement, dont la mollei^âe entretenait tous ce» abus. Il allait publiant par-tout que ce corps , sans aucune vue de bien public , ne cherchait qu'à se perpétuer dans le pouvoir.
Euûu , Ludlow convient qU*à fbrce de calomnies il était parvenu à faire désirer la disso-
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(i) Elenchus motuum nuperorum m Angliag p. 2o4*
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lutiôn du jiarleinent, à beaucoup de gens des plus hontiêtes et des mieux intentionnés (î); cîe qui chei Litdlow signifie nécessairement les plus xélés Républicains : et comme il y ^ toujours dans ks grandes assemblées des hommes disposé* à trahir leur propre pouroir en faveur de la puissance qui s'élève, des membres même du parlement se prêtèrent aux vues de Cromwell. Les chaires des églises commencèrent à retentir de déclamations contre le patlement. On prédisait sa dissolution Comme prochaine et ordonnée par le Seigneur.
Cromwell , qui inspirait ces faciles prophéties, paraissait les désavouer. Il cherchait encore à couvrir sa puissance de l'assentiment de la chambre, et il aÔectait même de conserver tdus les scrupules d'im Républicain. 11 se servît de ce dernier moyen pour écarter Ëambert, dont il redoutait rambition , et qui , par cette ambition même , se réduisit plus tard au rôle de Fun dfes plus dociles instruments du protecteur. La commission de lord-lieutenant dlfr-
(i) Ludloi/v^s mtinoirs-, v. i, p. 44sf*
lande , dont Cromwell avait été revêtu pour trois ans, était expirée, et la mort d'Ireton laissait vacant le poste où Cromwell l'avait placé lui-même. Le parlement désigna pour la remplir le lieutenant-général Lambert, qui depuis long -temps ambitionnait cet honneur.
Cromwell (i) et ses amis dirent hautement qu'un pareil titre et le pouvoir indépendant qui s'y attachait , étaient un reste des formes monarchiques , incompatible avec un ^tat républicain. Le parlement, docile aux vues de Cromwell, et voulant pourvoir sous un titre plu^ modeste à l'administration de l'Irlande , se contenta de voter que l'acte qui nommait Olivier Cromwell capitaine-général des forces et des armées anglaises , s'étendrait à l'Irlande , et que le général serait requis de déléguer quelqu'un pour commander en son nom.
Cromwell choisit Fleetwood, auquel il avait donné en mariage sa fille , veuve d'Ireton , et qui avait ce qu'il faut de talent pour bien servir sans pouvoir se passer d'un maître. Il eût sou-
(i) Ludlow's iQemdirs, v. i, p. 41 3.