LIVRE SIXIÈME
ne purent dominer . au milieu de gens qui , pour la plupart , commençaient à rectifier leur fanatisme par Thabitude des affaires et des idées politiques; et le conseil des officiers, sous l'inspiration de Cromwell y choisit le mode qui conciliaâl;. le mieux les souvenirs de l'Angleterre et les apparences de la liberté avec le pouvoir du général. On convint que chaque oomté j suivant la part qu'il avait aux dépenses publiques^ enverrait un nombre plus ou moins considérable de personnes , sur la désignation du conseil . des oôiciers.
Ce fut peu de jours après cette résolution que Cromwell érigea un conseil - d'état , auquel il reporta toute l'autorité dont jouissait le conseil des officiers. Dans cette assemblée on put remarquer le général Lambert^ qui recevait ce prix de son ardente et servile ambition ; le colonel Wolsey^ dont le titre était d'avoir chassé le parlement ; le colonel Tomlinson , qui avait conduit le Roi à l'échafaud ; DesboroMgh, officier intrépide et beau-fi^ère de Cromwell ; Hewson , élevé par son courage du rang le plus obscur ; Ashley Cooper , qui
dans la suite servit la cause de Charles II avec emportement; Harrissôn, d'une bonne foi si opiniâtre , qu'il ne s'aperçut de l'ambition de Cromwell que le jour de son usurpation , et qu'il se fit alors proscrire , après l'avoir servi jusque-là sans scrupule et sans réserve.
Thurloe fut nommé secrétaire de ce -conseil , et dès - lors s'attacha particulièrement à Cromwell , dont il devint le ministre et le confident. C'était un homme exercé dans les lois et dans les affaires , d'une activité infatigable , d'un esprit judicieux et modéré. Il avait été long- temps employé par le parlement. A l'époque des conférences d'Uxbridge , il servait de secrétaire à la commission envoyée pour traiter avec le Roi. Il suivit , avec le même titre , St.-John dans l'ambassade de Hollande. La promptitude et la facilité de son travail le rendirent agréable à Cromw^ell. Quelques écrivains ont pensé qu'il exerça sur l'esprit de cet homme extraordinaire une grande influence. Ils ont même supposé (1) qae Grora-
(i) Dabosy Réflexions sur la poésie et la peinture»
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well , secrètement dirigé par lui , devait à ses conseils le génie qu'il montra, comme si le caractère politique était une chose qui s'empruntât , ou comme si l'homme qui le possède n'était point par cela seul supérieur à ceux qu'il emploie. Un homme tel que Cromwell ne dépendait pas de ceux dont il avait le plus besoin ; la suite le montrera , par la £aicilité avec laquelle il remplaça les appuis de son pouvoir. Au reste , Thurloe , dépositaire de toute l'administration de Cromwell , a laissé , dans un volumineux recueil , les renseignements les plus instructifs sur cette époque, quoiqu'on y trouve, malheureusement pour la curiosité du lecteur, beaucoup moins de détails secrets que de pièces publiques et officielles.
Une^ déclaration de Cromwell annonça le 3o avril l'établissement de ce conseil, néces^ saire pour administrer l'État , jusqu'au moment où des personnes d'une probité et d'une» fidélité reconnues , seraient réunies de toutes les parties de l'Angleterre, et appelées à la suprême autorité. Attentif à flatter l'esprit d^
la nation par l'espérance prochaine d'un nouveau parlement , Cromwell ne voulait pas même rester seul chargé du court intervalle qui devait y conduire.
i653. Ççtte convocation, tant promise, se fit le 6 juillet de la manière résolue par le conseil de$ pffîciers.. C'était une invitation personnelle adrf$$<sée à domicile dans les divers comtés. Il n'était pas question dans cet acte des droits et de la souveraineté du peuple, mais seulement de la nécessité de confier le poids des affaires à des perscmnes fidèles et craignant Dieu. Ce n'était plus un pouvoir, mais une fonction ; et les députés au lieu de représentants, n'étaient que des personnes désignées. Le texte de la lettre qui tenait lieu du mandat populaire, mérite d'être cité. « Ayant asa suraoce , écrivait Cromwell, de votre amour a et d^ votpe s^èle pour Dieu et pour les in- 4c téréts de cette cause , et du bon peuple de « la répubUqufr , moi Olivier Cromwell , capi- « taine-général de toutes les forces actuelles « et à venir de la république , je vous avertis* <k et requiers, comme étant une des personnes