LIVRE QUATRIÈME
Page 23o.— <-On trouve dans les premiers ouvrages théologiques de Milton des allusions au projet de poëme épique qu*il a réalisé si long-temps après. Dans un premier traité sur la réformation de Féglise , après avoir tracé rimage de la justice et de l'indépendance quUl espérait voir bientôt régner sur la terre , il s'écrie pleiu d'enthousiasme : « Alors parmi les hymnes et les allelui^i « des saints, peut-être quelqu'un pourrra se faire entente dre, élevant ses chants jusqu'à Dieu dans un rhythme « nouveau , pour célébrer, 6 Seigneur, tes divines misé. «( ricordes et tes miraculeux jugements , sur cette terre , <f dans la durée des âges. » Dans on autre ouvrage ^ intitulé : liaisons du gouvernement de Véglise^ Milton laisse entrevoir plus clairement encore les idées poétiques qui obsédaient son génie : à la sécheresse barbare de l'argumentation puritaine, se mêlent tout-à-coup les noms d'Homère, de Virgile, du Tasse et les rêveries du poëte agité par le pressentiment de ses inventions futures. Ce sont, pour ainsi dire, les éléments d'une création incertaine et confuse; mais on peut appliquer ici , dans un sens tout profane, les paroles de récriture. L'esprit de Dieu était porté sur Vabjrrne^ Spiritus Dei ferebatur super aquas. Le souffle du génie semble en effet, planer sur ce chaos des premières pensées de Milton. « Dans peu d'an'- « nées , dit le poëte théologien „ j'acquitterai la dette que je « contracte; il s'agit d'un ouvrage qui ne deit pas s'élever « du milieu des feux de la jeunesse et des vapeurs du vin, « comme ces vers qui coul(»it facilement de la plume d'un « amoureux vulgaire. L'œuvre que je médite ne sera pas
NOTES D^ LIVRE QUATRIÈME. ^og
« obtenue par une invocation à Mnémosyne et à ses filles « séduisantes, mais par une ardente prière à cet esprit n éternel qui peut nous enrichir de toute science et de « toute éloquence, et qui envoie son séraphin avec un « rayon sacré du feu de ses autels pour toucher et pnri- « fier les lèvres de celui qu'il a choisi. Je ne trouve de. « plaisir, dit-il ailleurs, à révéler mon projet, long-temps « avant l'exécution, que pour montrer par ces aveux avec « combien de regret j'interromps la poursuite de si noce blés espérances, et j'abandonne le repos et la douceur « d'une solitude animée par d'heureuses et secrètes pei^- « secs, pour m'élancer sur cette turbulente mer (i) pleine « de bruit et de rauques disputes, emporté loin de la « brillante image de la vérité que je contemplais dans « l'atmosphère tranquille et pure de mes études chéries.»^