‹ Histoire de Cromwell (volume 4)Chapitre 28 sur 155 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

«serez à la tête d'une armée qui fera' la loi «eau roi et au parlement.»

Manchester, pour lier cette accusation à sa propre défense , ajouta qu'un pareil discours l'avait singulièrement frappé, connaissant le lieutenant -général pour un homme à desseins profonds; et que dès -lors il avait mis plus de scrupule et de soin à ménager une armée qu'il savait encore très -fidèle au parlement.

Une répUque si forte agita vivement la chambre , et tous les hommes qui s'alarmaient de la fierté de Cromwell, demandèrent une enquête et un jugement. Mais le parti des Indépendants , et ceux qui voulaient la continuation de la guerre, repoussèrent cet avis, et aimèrent mieux abandonner l'accusation portée contre Manchester. Cependant il était aisé de prévoir que les ambitions et les haines, poussées si loin, ne s'arrêteraient pas; et qu'une lutte dernière allait commencer entre les deux partis qui avaient jusques-là conduit la révolution , entre les Presbytériens et les Indépendants; entre les nobles et les /. 5

hommes nouveaux; eatre cevx qui, même dans la guerre civile , n a^vai^nt cherché qu'une réforme , et ceux qui , fanatiques ou and^itieux , voulaient tout détruire , poiir faire place à leurs chimères ou à leur pui^san^e. ]>$ Presbytériens avaient contre eux ce penchant irrésistible des révolutions v^s le parti le plus violent. Mais ils commandaiept encore l'armée anglaise ; ils comptaient dans leurs rangs les orateurs les plus distingués des communes. Ils formaient exclusivement la chambre des pairs ; et ils s'appuyaient sur l'armée d'Ecosse, qui, ju$ques-là, bornait tous ses vœux à l'établissement du régime presbytérien, çt qui desirait un traité avec le roi. Cromwell, mêlant avec art une sorte de jalousie patriotique, à l'ardeur des sentiments de liberté, attaquait en toute circonstance les intentions des Écossais (i), et répétait que FAngleterre n'avait besoin ni de leur secours ni ^e leur conseil.

'Les commissaires d'Écqsse, blessés d'une

(i) Memoirs of Denzil lord Holles, p. iS.

telle injure, se réunirent au comte d'Essex contre le lieutenant-général. Avec plus d'audace , ils auraient perdu Crow^well ; ils y pensèrent , et ne Fosèrent pas. Whitelockp donne à ce sujet Ip récit d'une scèi^e curieuse, pu lui-même fut ^teixp-

Whiteloc^e était up de ce3 hommes modérés, qui plient leur modération aux violences du pjius fort (i), et qui conservant leur sang-frojid dans tous les excès d'une révolution, les servent autajat que leur intérêt le demande, et les jugent avec une in?parti<ilité plus honoraWe pour leur esprit qi,ie pour leur conscience. Il avait impitoyablement poursuivi la mort de Strafford, et il le représente (2) dans ses mémoires coxome un grand hpmme innocent. Il inclinait pour la paix et 1^ réunion avec le roi , et il ménageait çjt secondait l'ambition de Cromwell. Une des causes qui fait que, dans une révolution, le parti le plus violent grossit et prédomine ; c'est qu'il a tous les lâches pour recrues.

(i) Memoirs of Liidlow, v. Il, p. aSo.

(2) Whitclocke's memorials of the eaglish affairs,p, 67.

Whitelocke' et Maynard, membres de la chambre , et jurisconsultes habiles , appelés de nuit à l'hôtel d'Essex , y trouvèrent les envoyés d'Ecosse et plusieurs membres des communes. A la prière du comte d'Esi5ex,le chancelier d'Ecosse exposa les intrigues de Cromwell pour nuire aux Écossais dans l'opinion de leurs alliés ; son ambition , qui menaçait l'autorité du général , et la sûreté des deux peuples unis ; et , insistant sur la nécessité d'arrêter son dangereux essor (i), il proposa de le poursuivre comme incendiaire ^ aux termes du covenant, qui désignait sous ce nom tout homme prévenu d'exciter la mésintelligence entre les deux nations. C'est un spectacle assez curieux de voir les desseins de Cromwell soupçonnés , et son ambition prise sur le fait si long-tenaps avant l'époque de sa grandeui*.

Ces puissances extraordinaires, qui s'élèvent si vite sur les ruines de la liberté des peuples, avertissent cependant toujours de

(i) Whitelock*s memorials of the english afi&irs, p. i i6L

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