LIVRE SEGÔir». îai
Du reste , ils ne s'accordaient pas sur le sort du Roi. Tant que la guerre avait duré, . les partis opposés au trône , malgré leurs firé* quentes divisions, étaient réunis par la ci^inte et la haine, comme par une entière uniformité de sentiments. Mais la victoire, qui aurait suffi pbur diviser un parti unique et bien lié , livrait des sectes différentes à toule la liberté de leurs divisions premières. Chacune d'elles voulait en profiter pbur régner exclusivement. L'autorité civile appartenait aux Presbytériens, qui composaient encore la majorité des deux chambres (i), et qui avaient dirigé le royaume depuis la rébellion. Les Indépendants dominaient dans l'armée : c'était le fruit de l'adresse de Cromwell.
Ce fourbe, affectant d'être un rigoureux Presbytérien, assistant à. tous les sermons des prédicateurs de cette secte, avait en même temps rempli l'armée d'officiers attachés à la secte des Indépendants. Comme les Indépendants n'avaient pour caractère distinctif que
(i) Clarendon*s history, p. /198»
12â HISTOIKX DE CAOMWKXL.
de pousser à T^xcèa Itô cofiséqueoees de la véSoeme j Cromweil , par Fardeur de son zàle, allaat jusqu'au terme de la secte presbytér rienne, se rapprochait de celle des Indépenr dants^et leur avait long-tefm>s persuadé à toutes deux qu'il leur appartenait également*
Les Presbytérieiis perdirent à cette époque le comté d'Essez , dont l'aucîenae populurité les soutenait enccnre. Sa mort (i) imprévue fit ^pp^^ser, sans fondement, qu'il avait été emfpoisonné. Bien que faible et déchu, il manqua beaucoup à son piu?ti; et Cromwdl en prit un nouvel ascendant.
La majorité presbytérienne du p^rlemenjt ^ qui s'apercevait qu'elle avait trop fait pour n'être pas aux ordres de ceux qui voudraient en &ire davantage , avait i^ésolu (a) de rélbr^ m^ l'armée. L'état de l'Irlande présentait une occasion d'occuper les soldats : il fii;^sait de leiu* donner de nouveaux chefs, en écartant:
(i) Glarendon's hidtoiy, p. 49$. — Micro-Chronicon , sept. 14) i656.
(a) The Pafliamentary hîslôry, v. xt, p. 33a. — Memoirs of D«nzil lord HpUe&, p. 7a.
&1VRC SECOND. X%à
les offîcâers attadiés à ï Jnd^endanee. Dé*, barrasses de ce dangereux instrument, les^ Presbytâiens auraient indmé à cooserrer im reste de monarchie. Cfodaw^ ^ <pie la fin de la guen« av^ rsmaené aux séances du parlemeat y regardait se f omer cette coospiration covtae Taraoée. Il savak hym. que Tw* mée alkût elle-«éme donner au parlement 4ie phis sérieuses inquiétudes ; ou pluiôt il étai!, quoique ûi^&EA^ l'ame du mouv«i»enl:. qu'on y yit bientôt éclater. Les j»incipaux colonels 1646. mêlés à ce mouvement, Rainsboroug, Hammond, Lambert, éjtaient ses élèves^ ses créa* tures. Sans parler du fsmatîsme de Xlndé^ pmdance reUgieuse, répandu dans un grand nombre d'offiôers (i), tous ces lummies., que plusieurs années de gu^re civile avai^it enlevés aux Ipiabitudes de la vie sociale , et qud* quefois à d'obscurs métiers , prévoyaient avec dépit l'époque du licenciement. C'était xx>mme une nouvelle secte qui voulait la guerre et des grades, et qui n'était pas moins animée
(i) Ludlow's nieinair&, v. i, p. 180.
«s4 HISTOIRE D£ GROMWELL*
que les autres contre le parlement. Ce qui se passait à Londres et dans le parlement, servit de prétexte ou d'occasion à ces mouvements préparés par la disposition des esprits. Les autorités civiles de Londres , presbytériennes comme la majorité de la chambre des communes, demandaient la répression des sectaires. Un de leurs griefs contre beaucoup d'officiers de l'armée, c'était la liberté qu'ils prenaient de prêcher et d'expliquer l'écriture sans avoir été instruits ni ordonnés (i). Le lord maire et le conseil commun, dans une pétition aux chambres , exprimèrent leur»
craintes sur les approches de l'armée , et demandèrent qu'elle fut éloignée et licenciée.
Les habitants de Sussex, par une autre pétition, se plaignaient du séjour de l'armée sur leurs terres. Le parlement paraissait accueillir toutes ces demandes avec faveur. Ulndépen--
(i) The pulpits of diver» godly ministers are often usurped by preaching soldiers wbo infect their flock with strange and dangerous errors.The Parbamentary history, V. XV, p. aaa. .
Memoirs of Denzil lord Holles^ p. 71.
LIV,R£ SKCOITB. 1^5
dance était visiblement menacée. Ludlow, qui appartenait de bonne foi à ce partie nous raconte que Cromwell (i), se promenant un jour avec lui, après beaucoup d'invectives contre le parlement , lui dit familièrement : € Si ton père était vivant, il dirait leur fait a à ces gens-là. Puis il ajouta, Que c'était une « chose misérable de servir un parlement; a on a beau lui être fidèle; si quelque maucc vais légiste s'élève contre' vous, et vous ca- « lomnie , vous ne vous en lavere2i jamais; mais, a lorsqu'on sert sous un général , quelque ser- « vice que l'on rende , on est à l'abri du blâme a et de l'envie. » Ludlow comprit plus tard, . en yoyant agir Cromwell , que dès l'époque de cette conversation il méditait la tyrannie, * et qu'il avait cherché,, suivant son expression, à lui tâter le pouls (a); mais alors il ne l'entendit pas ; et , se bornant à lui répondre qu'U fallait se confier à Dieu (3) et mépriser la
(i) The ParKàmentary history, v. xv, p. 337.
(2) X>udlow*s œemoirs^ v-i? p. i85. • ^
(3) Ludlow*^ memoirs, V. i-,p. i85«
Î2<) HISTO^IHK bb cromwell.
|jerséctition , il contintia de àotrtenir avec fer- ^eof la ijccte desi Indépendants; et, tnnrattknt ^m^ti k mettre k force mSitàxre aa-des^ns dn pôuroîr xTvil , 8 servit Cromwell par son fa^ Tiàtistne, tout aussi -bien qu'il aurait pu le servir par sa cotnpKcité.
Cependant l'armée retentissait de nnOTnittes ^ de plaintes t Teipédition dlrlânde paraissait on exil pour se délivrer des Soldats. Pairfox , sincèrement attaché à la cause presbytérienne, «tais lié comme général à l'intérêt de l'armée , (Cherchait k calmer les esprits. Dans une réunion avec lés commissaires du parlement, il promit de faire passer douze mille hommes tn Irlande,^ si le parlement avait égard à une . demande des officiers de Farmée sur les subsistances, la ôolde et le choix des généraux. Les soldats, à leur tour, adressèrent une pétition à leurs officiers : entre autres demandes, ils Formaient celle d'un bill d'indemnité pour tout ce qu'ils avaient fait durant la guerre; Les chefs persuadaient aux soldats , que la paix ^lait lès livrer à la poursuite des tribunaux et des particidîers. Le parlement vota
plusietm dbspositions Êivombles aux intérêts de Tannée ; maià Tesprit d'indiseiplme n*m devenait que plui violent Une réunion d'ofiSciers décida que les résolutiobs du parlement tie répondaient pas à la pétition de rarméè.
▲k>rS le parlemetit déclara ëeiie pétition in-spttéé par kn esprit diabolique , pour exciter le trouble et la mutinerie. L'armée récrimina Inentôlf et se plaigmt qu'on laissât cir<6Uler là pétition des habitants de Sussex. Le par-^ lement supprima cette pétition , qu'il avait d'abord accueillie. La conduite^ dti parlement, inélée de ri^eur et de faiblesse, deVenait chaque jour plus incertaine. Fairfait n'était pas ambitietts , mais soq orgueil militaire dé^ daignait le parleïnent, et il aimait à s'adirer les acdamatiôns des soldats. Dans une revue où il les invitait à obéir et k s'engager pour l'expédition dlrlande, le lieutenant -colonel Lambert ayant demandé si on aVait assuré à l'armée ce qu'elle réclâthait pour la s<^dè, la subsistance ^ et le choix dès généraux ; les soldats s'écrièrent alors : Qu'on nous donne Fairfax et Cromwell ; nous irons tous. Les.
commissaires <i qui n'avaient pas prévu cet in cident, se retirèrent ^ et l'esprit d'indiscipline s'accrut chaque JQur. Une nouvelle pétition de l'armée fut présentée par Fairfax , .et paraissait plutôt une déclaration de di'oit qu'une requête. L'armée voulait moins obtenir ses demandes, que trouver dans le refus une cause de sédition.
Inquiète de ces dispositions séditieuses, la chambre des communes ordonna la dissolution de l'armée ; mais on avait déjà trop négocié avec elle pour être en droit de la punir. Il est certain que tous les officiers du parti de Cromwell favorisaient les prétentions des soldats. La chambre des communes , effrayée pour ainsi dire, de la forte décision qu'elle avait prise, cherchait à l'att^énuer en satisfaisant à plusieurs demapdes ,. con;(me s'il se fût agi -d'autre chose que d'un combat da pouvoirs. La chambre, pour transmettre aux troupes ses nouyeUe$ résolutions en leur fa- ^véur, choisit dçs çopimissairçs qui leur étaient agréabljes^ Cromveril, Ireton , Skippon. S'il
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en tm% croire la plainte (i) d'ua officier prèsbycéfiea ^ Cromwell » xiftoa Mtte missioa ^ fljittd ouvertom^itt Tesprit séditieux des trpii^s , et se répaoadit eu plamtes sur Tinjuste sévérité duparieoiept Les ofi&ciers, après avoir écouté ks commissaire f voulurent consulter les soldats
De là naquit .ce fomeux ccN^seil de$ agita- ^^^^ teurs, ooasposé de soldalts élu$ par chaque régiment^ poiir délibérer de ocmcert avec un coaseîl supérieur ^ formé de généraux et d'offiokrs» Ces d^iiz. chambres , d'une espèce,, nèavelle^ avaient, par leurs épées, un grand avance sur le p^iiement de Westminster.
HLes produiavrent bi^ltot de iMniveUes rédamatioDS«<4etl;e attocpsé, parlieÂpMt de la manie théodbgiqne du temps , s'i^Einançaîl: par de$ édtte polémiques : et d'inb^minàblas diseuse sidns. Les troupes demandaient soixante -siK semaihes de paye 9 aii lieu de huit que le
axlcment ileur. accordait.
(i) Thurioe's «tate papevs, t. s» p. 94» -*- Menoirs vf Densil lord HoUes, p. 78..
|30 HISTOIRE D£ GROMWELL.
Le licenciement et la guêtre dlrlande étaient en horreur; et les deux conseils militaires re^ tentissaient de plaintes contre la tyrannie et les prodédés outrageux du parlement L'armée s'indignait particulièrement qu'on l'eût soupçonnée de vouloir replacer le Roi sur le trône. Les commissaires revinrent annoncer au parlement ce qu'ils avaient vu. Cromwell assuta (i) qu'il avait failli devenir victime de la fureur et des > préventions de l'^finée. Dans les débats qtte ^t naître ce récit , il échappa quelques menacés à l'indignation des communes^ Cromwell les entendant , dit tous bas à I^iud* low :«Ces gèns4à ne se^ tiendront pas tsan* « quilles {2) que Farmée ne leur ait tiré les A oreilles. ^> Cependant; lesi teohimùncfs prirent de n(>tiVeUes résokitions favorables Àil'aïqbèey comme si eiles avaient dpu^popvoir i^héter son obéiskmds^ par ^ «des leoncessions ^ui^rdui montraient sa force* Elle» volèrent' que: fo idéclaration portée contre > la * j première . pétMion
(i) Tliurloe's state papers, v. i , p. 94. — Ludlow's memoirs, V. I , p. 2S3. . ' ^ ' ."' ' ' « '
(q) Ludlow's memoirs, t. i,p. \Sq. ' ^