‹ Histoire de CromwellChapitre 200 sur 222 · LIVRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE ONZIÈME

moins qu'aussitôt qull eut marqué le vœu de se réunir aul magistrats de la cité , on vit éclater dans Londres l'expression de la haine publique contre le parlement. Cette assemblée fut en butte à tous les sarcasmes populaires ; le mot ignoble de croupion devint le surnom dérisoite d'tine puissance autrefois si redoutable; et les feux de joie, allu-* mes dans toutes les rues , servaient à brûler des croupidnik d'animaux , par allusion au parlement.

Monk, fidèle à sa politique , n'abusa point de ce premier emportement populaire; il comprit qu'il fallait détruire de son propre consentement ce parlement si vivace, dont l'existence illégale et tyrannique était cependant couverte par les violences qu'il avait subies jusqu'à ce jour, comme par autant de cicatrices reçues pour la liberté. Il se garda d<mc bien d'essayer une quatrième expulsion ; mais , parais^ sant encore reconnaître et protéger l'assemblée , il s'occupa seulement d'y faire rentrer les députés exclus avant la mort du roi, dont la présence devait changer la majorité, et vaincre la révolution par elle-même. [1659.]

Pendant qu'il conduisait cette mesure décisive , il répétait à Ludlow : «< Il faut vivre et mourir ensemble pour la Ré- « publique; n et, mettant sa main dans celle de l'inflexible Haslerig, il jurait de s'opposer à l'élévation de Charles Stuart et de tout autre.

« Qu'ai-je fait disait-il ^ , en introduisant les membres « presbytériens dans la chambre? ne sont-ce pas les lâémek « qui ont conduit le roi à l'échafaud , quoique d'autres lui ^ aient fait couper la tête , et cela avec justice? »

Cependant le retour des membres exclus en 1648, ce premier triomphe de la justice sur les violences , qui s'étaient renversées l'une l'autre depuis cette époque, amenait sans secousse et sans effort le dénouement désiré par la nation.

' iudlow*a memoirs, t. U, p. 847.

La majorité nouvelle , usant du pouvoir absolu dont elle s'était plainte , nomma Monk général de toutes les forces du parlement, remplaça le conseilr d'état , changea les chefs de la milice , et enfin ordonna la dissolution de rassemblée et la réunion d'un nouveau parlement. [1659.] A travers quelques contradictions , la marche de Monk devenait visible. Le chevalier Booth et les autres chefs royalistes sortaient de prison ; les grades de la milice , longtemps livrés aux factieux , se remplissaient de citoyens paisibles ; et l'étude de Monk était seulement de modérer cette rivalité de zèle et ces abjurations empressées qui précédent le retour du pouvoir. C'en était assez pour avertir tous ceux qui pouvaient redouter le retour du roi.

Monk^ depuis son entrée dans Londres, s'était appliqué à rassurer par des proclamations les différentes sectes de l'Angleterre , et surtout les possesseurs des biens ecclésiastiques. Au moment où il abattait le parti des Indépendants, il proclamait encore la République ; et ce mot, le seul dont il fit usage, tenait tous les partis en paix, en laissant à chacun ses interprétations et ses espérances. Cette politique contribua sans doute , au milieu des incertitudes augmentées par la distance des lieux , à maintenir dans le repos et l'obéissance l'Ecosse et llrlande , deux pays si pleins de toutes les passions et de tous les intérêts de la guerre civile. Monk, qui avait laissé en Ecosse le colonel Morgan, lui envoya de Londres des ordres et des forces nouvelles pour assurer la tranquillité du pays, qui ne fut pas un moment interrompue. Lord Broghill, qui était retourné en Irlande , concourut à y préparer la révolution nouvelle ; et l'on croit qu'il en aurait donné le signal , si Monk avait tardé plus longtemps. La dissimulation de ce général se soutenait toujours ; elle résista même à la curiosité pénétrante et intéressée de Lockart , qui , depuis sa dernière ambassade, avait repris le gouvernement de Dunkerque, et qui vint queir

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