LIVRE PREMIER
encore diminué par Tabsence de ceux qui remplissaient des fonctions militaires, l'utilité d'un tel sacrifice pour autoriser une réforme générale : on alla jusqu'à dire que les membres du parlement trouveraient plus d'obéissance dans des officiers qui ne seraient pas leurs égaux ; comme si l'expérience dés républiques anciennes ne montrait pas que les assemblées délibérantes n'ont d*autre moyen de se prémunir contre le pouToir militaire que de l'exercer.
Ce fut Texemple que * Whîtelocke mit en avant pour combattre l'ordonnance. En même temps il appuya sur l'injastice et la difficulté de remplacer tant de généraux distingués, parmi lesquels il plaçait GromwelL D'autres orateurs presbytériens firent sentir que cette soudaine révolution , loin de favoriser la réforme générale , pouvait exciter quelque désordre dans l'armée.
Cromwell * repoussa cette crainte, et affirma, pour son compte, que ses soldats ne prendraient et ne quitteraient les armes qu'aux ordres du parlement, et qu'ils étaient instruits à ne pas obéir à d'autres maîtres. [1644.]
Cette flatteuse assurance entraîna beaucoup de sujfrages, et la chambre ordonna la rédaction d'un bill pour exclure , des emplois militaires et civils , tout membre du parlement. Un jeûne , célébré dans Tintervalle de la discussion , pré* para les esprits à ce grand acte d'humilité chrétienne , que l'on appela l'ordonnance du renoncement de sot-même. Ce jour-là , les deux chambres assistèrent à des sermons en faveur du projet de loi, où le public ne Ait pas admis, pour laisser une liberté plus grande aux prédicateurs '. L'intention potttique se cacha sous ces apparences religieuses. Il est douteux que la grande majorité de ta chaml»re voulût et comprit ce qu'elle faisait. A la troisième lecture du bill,
' Whitelocke^s memorials of the english aifairs, p. 115.
* Memoirs of Deniil lord Holles, p. 55.
3 Whîtelocke'» memorials of the english affai», p. 114.
une exception personnelle ayant été prt^sée en fa?eur du comte d'Essex , ce qui renversait tout le projet des Inde-* pendants , elle ne fut repoussée que par une majorité de sept voix K
La supériorité des Indépendants était donc très faible encore. Même dans une question désavantageuse, le comte d*£ssex conservait un grand parti; et il s^nble dès lors qu'une conduite plus habile aurait détourné cette mesure, qui prévalut avec tant de difficulté, et qui devint si fatale.
Peut-être Essex et ses amis se reposèrent-ils sur la résistance de la chambre des lords ; mais la révolution était trop avancée, pour que là fiction de la pairie pût lutter avec avantage contre la force démocratique. C'était dans la chambre populaire qu'il aurait fallu la vaincre par elle-même. L'opposition des lords ne fit que réunir les communes, et les animer dans leur entreprise. Après plusieurs messages inutiles , elles se rendirent en corps * auprès de la chambre haute, pour la presser d'accepter l'ordonnance. Malgré cette démarche, d'autant plus impérieuse qu'elle était inusitée, la chambre des lords prononça le rejet.
Tandis que ces chicanes parlementaires tenaient la révo* lution en suspens, les négociations pour la paix se traitaient à Uxbridge, et les ambassadeurs de France et de Hollande ^ proposaient leur médiation; mais les Indépendants, repoussés par la fermeté de la chambre des pairs, ne perdirent pas de temps pour reprendre un autre projet, qui les conduisait au même but. Laissant de côté la question des anciens généraux, ils proposèrent une ordonnance pour la recomposition de l'armée. La chambre des communes vota cette ordonnance , et nomma Fairfax général de la
» TJie parliamentary history, V. XIII, p. 583.
La narration de Clarendon , entièrement adoptée par Hume , est fppt inexacte, et contraire aux registres du parlement.
» Whitelocke'8,^^emo^ial8 of the english aflFairs, p. 11§, 3 The parliamentary history, v. XJH, p. 394, etc.