‹ Histoire de CromwellChapitre 24 sur 222 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

la guerre par ambition, et de ne pas vouloir qu'elle réussit par attachement à la royauté. Cette accusation était populaire. II en résultait que l'on devait ou conclure une paix avec le roi, ou choisir de nouveaux généraux. Les Indépendants, ayant assez de crédit pour empêcher ce premier dénouement, que tant de difficultés entravaient, étaient maîtres du second '.

La discussion s'ouvrit par la nécessité de réformer la discipline de l'armée. [1644.] Un Indépendant assez obscur, Zouch Tate * ^ membre du comité de la guerre , exposa , dans le bizarre langage du temps , que l'armée était dans le même état qu'un malade qui consulterait sur un mal au doigt, tandis que la masse entière de son sang serait corrompue.

Cromwell prit la parole '. Le discours qu'il prononça est trop court et trop souple pour n'être pas fidèlement rapporté comme une preuve que ce génie simple et profond savait à propos se délivrer de l'étalage mystique dont il a fait un si fréquent usage.

X C'est aujourd'hui , dit>il , le moment de parler ou de se taire à jamais. Il ne s'agit de rien moins que de sauver le peuple de la situation sanglante , et je dirai presque de l'a^ gonie où la longue durée de la guerre l'a déjà réduit; au point que si nous ne poussons la guerre d'une manière plus vigoureuse et plus efficace , en jetant de côté toutes les mesures de lenteur, comme font des soldats de fortune , transportés au-delà des mers, nous fatiguerons le royaume de notre présence, et nous ferons haïr le nom du parlement. Que disent, en eifet, les ennemis? que disent aussi beaucoup de gens qui étaient nos amis à l'ouverture des deux chambres? Ils disent que les membres des deux chambres

' Ludlow's memoirs , v. T, p. 133.

' Wbitelocke's memorials of the english affairs, p. 113.

' Thp parliamentai'y histopy, v. XJIl , p. 376.

ont acquis de grandes places et des commandements; qu'ils ont mis Fépée dans leurs mains; que, par leur influence dans le parlement , par leur autorité sur l'armée , ils s'éter-* niseront dans le pouvoir, et ne laisseront pas la guerre se terminer promptement, de peur que leur ascendant ne finisse avec elle. J'exprime ici hautement et en face de tous^ ce que d'autres murmurent au dehors. Je suis loin de dé'signer personne. Je connais le mérite des généraux, membres des deux chambres , qui sont en pouvoir ; mais si je puis manifester ma conscience, sans aucune application personnelle, je sens que si l'armée n'est pas réglée sur d'au« très principes, et la guerre suivie avec plus de vigueur, le peuple ne peut supporter la guerre plus longtemps, et qu'il nous forcera à une paix déshonorante. »

n eut soin d'ajouter, avec une feinte modération , que la chambre ne devait pas insister rigoureusement sur les né-* gligences ou les fautes que les généraux avaient pu eom** mettre, qu'il s'en reprochait lui-même plusieurs , qu'elles étaient inévitables, et qu'il ne s'agissait plus que de les ré^ parer.

« Nous avons, dit-il alors, des cœurs trop anglais, et trop dévoués au bien général de la patrie, notre mère, pour que les membres de l'une ou de l'autre chambre hésitent à se renorwer euœ-Tnêmes, et à sacrifier leurs intérêts privés au bien public , sans croire qu'il y ait le moindre déshonneur pour eux , quelle que soit là décision du parlement sur ce grave sujet. »

Cette idée de renoncement volontaire, cette abnégation religieuse et patriotique , qui s'accordait avec l'enthousiasme du temps , était l'argument le plus spécieux en faveur d'une semblable proposition. Yanes prit la parole, et ofirit de* quitter à l'instant la place de trésorier de la marine , qu'il tenait du roi.

On allégua d'autres motifs : le petit nombre des députés

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