LIVRE SECOND
ffifblesse de Fairfax, égale au moins à ses talents militaires. Fairfex, malgré la simplicité de ses manières^ semblait ins* pire sur le champ de bataille ; et sa physionomie , douce et tranquille , s'animait alors d*un feu terrible et d'une émotion qui allait jusqu'à la fureur. Il avait déjà rendu de grands services à la cause du parlement; il venait de détruire plu* sieurs régiments de l'armée d'Irlande , que Charles avait rappelés à son secours. Nommé général, son génie pour la guerre parut s'étendre ; mais il resta toujouts étranger aux vues de la politique. Il avait de la hauteur d'àme , qualité qui n'exclut pas la faiblesse, et qui, n'agissant que par intervalles , peut, dans le cours habituel des affaires , tomber insensiblement sons le Joug de l'intrigue adroite et persévérante. Avec toutes ses victoires et son fier courage, le général Fairfax , d'après le témoignage des contemporains, ne fut jamais qu'un Instrument sotis k main de Cromwell.
Tous les colonels, tous les officiers furent soumis à l'ap* probation des deux chambres. Elles permirent à Fairfax de choisir des officiers parmi les corps de l'ancienne armée ; on l'autorisa même, par une ordonnance particulière, à recruter dans l'infanterie du comte d'Essex. Les soldats d'Essex passèrent presque tous dans la nouvelle armée ; et ce général, qui n'était pas encore légalement destitué, perdit la force qui , dans les temps de parti , est le premier droit.
Déjà Cromwell avait remporté de nouveaux avantages : les soldats de son régiment s'étalent montrés peu dociles \ et prêts à se révolter si on leur enlevait leur chef. Ils s'apaisèrent dès qu'ils le virent ; et Cromwell écrivit à la chambre pour demander leur grâce, et garantir leur fidélité.
Cependant les conférences d'Uxbri'dge étaient commencées , en même temps que la guerre se préparait avec plus de violence; mais l'exécution du malheureux archevêque
' Memoirs of Denzil lord HoUes, p. S5.^ WhiteloekeVmemorials, p. 132.
Lawd, depuis longtemps prisonnier, apprit au roi qu'il nV vaît rien à espérer de la modération des communes. [1645.] C'étaient toujours les mêmes difficultés, l'abolition de l'épis* copat, le commandement de la milice attribué aux cham-^ bres, l'acceptation du covenant. C'était surtout l'iropossibilité de se donner des garanties mutuelles, de se rassurer sur ce qu'on avait fait, d'oublier sincèrement ce qu'on avait souffert; aussi les conférences n'eurent-elles d'autre suite que la continuation de la guerre.
* Le crédit du comte d'Essex , à la chambre des pairs , avait jusqu'à ce jour suspendu l'adoption de l'ordonnance du re^ noncement volontaire; mais la formation d'une nouvelle armée rendait cette résistance inutile. Essex , Manchester et Denbigh, dans une séance de la chambre des pairs, proposèrent enfin de rendre leurs commissions K Malgré les efforts de leurs amis, cette offre fut acceptée : les commu-^ nés se hâtèrent de leur voter des remerctments et des témoignages de reconnaissance publique. On choisit un comité pour s'occuper des moyens de récompenser le lord général, et les comtes de Manchester et de Denbigh. Us furent magnifiquement disgraciés.
Le lendemain les deux chambres votèrent , sans difBcuIté, l'ordonnance qui exemptait des emplois militaires et civils tout membre du parlement. [1645.] Le comte de Warwick se démit aussitôt du titre de lord de l'amirauté. Cromwell devait être écarté par la même loi *, mais il reçut ordre de s'avancer sur la route d'Oxford , pour intercepterles communications entre le prince Robert et le roi. Il annonça bientôt ' qu'il avait surpris un corps de cavalerie royale , et une partie du régiment de la reine; qu'il avait fait deux
' Whitelocke^s memorials, p. 134.
» Angliarediviva,p. 10.
3 Whitelocke's memorials, p. 138. •— Ludlow's memorials, v. I, p. 165. — The parliamentary history, v. XIII, p. 439.