LIVRE SECOND
doublée, il s'était soustrait à resdavage, prêt à se montrer <c quand il le pourrait avec honneur et liberté , pour coneou* « rir à la paix, et prévenir l'eifusion du sang. »
Cette nouvelle parvint aux chambres par les lettres de Cromwell. [1647.] Il annonçait que le roi était dans File ^6 Wight, et faisait réloge du colonel Hammond, gouverneur de cette lie.
Quelques écrivains ont supposé que Cromwell avait formé le vœu sincère de rétablir le roi sur le trône, et qu'il n'en fut détourné que par le peu de franchise de ce prince. Lord Broghill , seigneur royaliste * â devenu courtisan de Grom* well , racontait une anecdote qu'il avait apprise de son nouveau maître. « Ireton et moi, lui dit un jour Cromwell, à l'époque oû nous voulions traiter avec le roi , pour prévenir sa réunion aux Presbytériens , nous fûmes avertis par un de ses valets de chambre qui nous servait d'espion , que notre perte était résolue , et que le secret de ce dessein se trouvait dans une lettre adressée à la reine. On nous indi<« qUait la roUté et le signalement du messager. Ayant pris des habits de simple soldat , nous allâmes attendre notre homme au] passage , et nous lui primes cette lettre où le roi annonçait à la reine qu'il était courtisé par les PresbytéHéhs écossais et par l'armée ; mais qu'il était résolu de traiter avec les Écossais. Dès lors, ne pouvant nous fier à lui, nous Jur&tties sa perte. » Cette anecdote singulière parait se démentir elle-même. Ce n'était pas à l'époque oû l'armée écossaisse s'était dessaisie de la garde du roi , que l'on pouvait redouter son influence sur le sort de ce prince. Aucun fait historique n'atteste d'ailleurs cette duplicité du roi dont parlent les républicains , et qui n'est que la dernière calomnie du plus fort contre sa victime. On voit, âti contraire, que Charles défendit avec une imprudente Opinià-
' An history of ttie life of Duke of Ormdbâe , b^ thotàâs GftHé , V. kt , p. 12.
96 HISTOIRE DE CROHWELL.
treté certains points, sans doute parce qa*il était sincère sur ceux qu'il accordait.
Une femme, qui, dans ses Mémoires, a porté l'illusion du zèle républicain et de l'enthousiasme pour son mari , Lucy Hutchinson, raconte qu'à cette époque Ireton dit au colonel Hutchinson : « Le roi nous a donné des paroles ; mais nous le payons de la même monnaie, depuis que nous ayons découvert qu'il ne cherche qu]à se prévaloir de nos divisions, et qu'il veut regagner par artifice ce qu'il a perdu par la guerre. » Elle cite en même temps les paroles du roi à Ireton : « Je dois jouer mon jeu autant que je le puis ; » aveu qui ne suppose ni l'intention, ni l'art de tromper. Mais il est certain que la franchise de Charles ne pouvait aller que jusqu'à la résignation ; et cela ne rassurait pas les vainqueurs. On croirait difficilement que Gromwell, d'abord sincère dans son zèle pour le roi , fût détourné de servir ce prince par la crainte d'irriter les agitateurs; quelquefois, il est vrai , les chefs.des révolutions sont entraînés par leurs instruments ; mais , en voyant avec quelle vigueur Gromwell, quand il le voulut, réprima le^ factieux de l'armée, on peut croire que s'il s'effraya de leurs fureurs , c'était à dessein, et seulement pour la perte du roi.
Tous les conseils que Cromwell fit donner au roi n'eurent en effet que des suites funestes et qui semblent calculées par la haine. Le départ de ce prince augmenta la défiance et l'animosité du parlement. L'asyle qu'il choisit ^ , toujours par la secrète inspiration de Cromwell, ne lui donna qu'une captivité plus rigoureuse et une prison moins honorable que celle de Hamptoncourt. Le gouverneur de rile de Wight, Hammond , était un des officiers les plus dévoués au lieutenant-général, sous lequel il avait longtemps servi. L'empressement de Cromwell à en faire l'éloge, et
' Ludlow^s memoirs , ▼. I , p. SOO.