‹ Histoire de CromwellChapitre 44 sur 222 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

de laurier, comme dans un triomphe. [1647.] Les deux chambres, ainsi rétablies, nommèrent Fairfax au gouvernement de la Tour de Londres % et votèrent un jour d'actions de grâces solennelles pour le rétablissement des membres du parlement dans leur privilège, sans effusion de sang. Charles suivit Farmée , et fut conduit près de Londres , dans la demeure royale de Hamptoncourt. On reprit la poursuite des onze membres désignés. Quelques-uns furent arrêtés ; d'autres passèrent sur le continent ; et HoUes vint se réfugier en France pour attendre l'occasion de combattre avec plus d'avantage les excès d'une révolution, qu'il avait servie d'abord avec tant de zèle. Occupé dans sa retraite à flétrir les hypocrites oppresseurs de son pays , il écrivait, en terminant les Mémoires où il a déposé son ipdignation et ses regrets : « Si j'étais païen, je dirais avec Brutus : O mal- « heureuse vertu! tu n'étais donc qu'un vain nom; *i j'ai voulu f honorer et te servir comme une réalité^ « et tu obéissais toi-même à la fortune! Mais le christia- « nisme m'enseigne une autre philosophie , et je m'écrie avec » saint Paul : O profondeur admirable de la sa^gesse de « Dieu ! Combien ses jugements sont impénétrables ! « combien ses voies sont im^possibles à découvrir! »

La domination du parti militaire se marqua par le rétablissement de toules les entraves de la presse. La chambre , à la demande de Fairfax, rendit une ordonnance très rigoureuse pour soumettre toute espèce d'écrits à l'examen d'un censeur, choisi sur la désignation du général'. Dans ce parlement soumis et menacé , les Presbytériens avaient encore une grande autorité ; ils recommencèrent de nouvelles négociations avec le roi. Ce prince eut la liberté de voir quelques seigneurs de son parti, et surtout lord Ormonde, ancien gouverneur d'Irlande, et lord Capel, si fidèle

' Memoirs of Denzil lord Holles, p. 168.

* The Parliamentary history, v. XVI , p. 309.

à sa cause. Cromwell^ qui continuait de visiter le roi , ne se bfttait pas de conclure le traité. Il disait qu'il fallait aupara^ vaut purger la chambre de tous les membres malveillants. Ireton parlait de même ; et tous deux ^ avec cet emploi de basses allusions qui leur était familier , juraient de purger la chambre, de manière à lui donner la constitution nécessaire pour l'intérêt de sa majesté. Pendant qu'ils alléguaient divers motifs de retard , la haine de la royauté augmentait dans l'armée. Les agitateurs répétaient que, puisque le roi avait rejeté leurs premières propositions , ils n'étaient plus engagés , ils ne devaient plus consulter que leur salut et le bien public , et qu'en vertu du pouvoir que leur avait donné le droit de l'épée, il fallait abandonner la monarchie, et mettre l'Angleterre en république. Ces déclamations étaient mêlées d'injures contre Ireton et Cromwell; et ils menaçaient d'arracher le roi des mains de ces deux traîtres. A travers les contradictions des Mémoires contemporains, il semble assez vraisemblable que Cromwell % craignant qu'une nouvelle entreprise, semblable à celle de Joyce, n'enlevât le roi de Hamptoncourt, conseilla à Ce prince de fuir et de chercher une autre retraite. Peut-être ce conseil n^avait-il pour objet que d'irriter la haine de Târmée contre le roi. Cromwell écrivit au colonel • Whalley, son parent et chargé de la garde du roi, que la vie de ce prince était menacée. Whalley communiqua cet avis à Charles, et le soir même le prince s'échappa de Hamptoncourt , laissant une lettre pour le parlement. H disait, « que la liberté, ce bien K généralement désiré, n'était pas moins nécessaire aux rois « qu'au reste des hommes, il avait longtemps souffert la « captivité , dans l'espérance que cela pourrait servir à U « paix; mais éprouvant le contraire, et voyant les disposi- « tlons incertaines de l'armée, et la garde de sa prison re-

' Memoirs of Denzil lord HoUes , p. 185.

» Ibid,, p. 187.

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