‹ Histoire de Danemark et de Norwège d'après les historiens les plus estimés continuée jusqu'à nos joursChapitre 1 sur 32 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

BOIS I»B OANEIIA&K PBNDjUtT LE PAGA1II81II*

L'histoire de Daaemark coniineoce avec colle de Suède. Ce fut Odin, souche de la race d'Yoglinga, qui, en même temps quil jetait les fondements de

son culte sur k s rives du .Mclai en et érigeait le temple d^Upsala, donua aux iles danoises les premiers rois qui aient régné sur elles. Car, quoique d'anciennes chroniques parlent d'un roi Dan, vivant plusieurs siècles avant Tarrivée des Scythes, cuiume ayant donne son nom au Danemark, nous ne croyons pas devoir adopter ces traditions y plus fabuleuses que tout ce qui se rattache à Odin. I^e culte de celui-ci s'étendit donc sur les iles danoises, comme sur la Suède : là, les mêmes dieux étaient adorés ; les mêmes idées rel igieuses exaltèrent le génie guerrier dii peuple j et lui firent employer l'exubérance de ses forces à des expéditions de piraterie. Suivant les chroniques islandaises Skold, fils d'Odiu, fut le premier roi de Danemark. 11 éleva la ville de Leire avec son château

2 HISTOIRE DE DANEVAnX

dont il fit longtemps sa résidence , et qui ne devint pas moins célèbre dans les contrées que baignent les

eaux du Sund , qu Upsala dans le Nord. Parmi les descendants de ce prince, appelés Skoldungar, on remarque Frode le Pacifique , qui illustra son règne , au dire de Saxo, par la sagesse de ses lois et de ses ordonnances contre le vol et le brigandage , et par le succès de ses armes. Dan Mikelali (ou le Magnitique) introduisit Tusage d'enterrer les morts; avant lui, ils étaient livrés aux Bammes et réduits en cendres. La période durant laquelle cette coutume fut observée a pris le nom de temps de la combustion (Brenna Olld, ou œtas cotnbustioms)* Celle qui vint ensuite, et qui s'ouvre par ce roi Dan, est connue sous celui de période des TumuU {Hesgs OUd, ou

œtaë collium).

Au milieu des rois païens qui se succédèrent sur le trftne de Danemark brille Hrolf Krak, fils de Helge, dont la renommée de sagesse remplit tout le Nord. Mais à peine éiaii-il descendu dans la tombe, que le Danemark fut partagé entre piusieuis pelils rois, qui maintinrent leur domination sur les iles, jusqu'à Ivar, fils de Halfdan* €e prince, plus connu sous le nom de Widfamne, vainquit tous ces roitelets et fonda un grand empir e , qui comprenait dans son unité , non-seulement les îles danoises , mais aussi la Suède tout entière , le Jutland , la basse Saxe , et même, dit-on, une partie de l'Angleterre. Ivar trouva la mort dans une expédition conue les Puisses, et transmit sa puissance à Harald Hildeund» Celui-ci régna longtemps snrJe Mord , et donna à son neveu , Sigord Ring , le gouvernement de la Snède. Sentant approcher sa fm , il voulut mourir en héros et arriver dxez Odin, au Wai^aila, avec une suite nombreuse.

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£T HE NenwÉGi:;

Une queielle qu'il eut avec Sîgurd lui en fournit l'occasion. 11 prit les armes (onire son ennemi, et se mil à la (êie d une ilolie si considérable, qu'à en croire la tradition , elle couvrait le Sund , des rivages du Danemark à cenx de la Scanie , comme un pont immense. Formée de 2,500 vaisseaux, elle poiiait les plus fameux guerriers de ce temps, tel^ que Siarkodder, Bruno, etc. Les deux rois se trouvèrent en présence dans les plaines de Browiken. Là , se livra la bataille de Brawalla, la plus fameuse dont ou ait gardé la mémoire dans ces contrées. Harald y perdit la vie^ son adversaire lui fit rendre tous les * honneurs dus à son rang , à sa bravoure et aux liens de parenté qui les unissaient. Sigurd se rendit bientôt maître des îles danoises, et il est probable que son filsRagnar Lodbrok, dont le nom réveille le souvenir de tant d'expéditions normandes, domina sur Seland

et fixa sa résidence à I eire.

Saxo Grammatieus nous a laissé les noms de plU'* sieurs rois qui succédèrent à celui-ci \ mais leur règne est obscur , et leur existence même problématique. Le premier qui mérite de fixer notre attention est Goini le Vieux. Ce fut de son temps que eoniment èrcnt à poindre dans ces contrées les premières lueurs du christianisme; lui-même, dit*on, en embrassâtes doctrines. Son fils, Gottrik le Clément , était contem* poi aiii de (Uiai lemagnc. Il prêta i appui de ses armes aux Saxons et à leur valeureux duc W itekind conU'c ce conquérant. Mais il périt assassiné par son domestique, et cet accident prévint le combat au^î ou s aiiendait entre les Danois et les l' i ancs. Ce prince avait fait construire la fameuse fortification nommée Danawirke , dans le but de défendre le Danemark contre Tinvasion des Allemands. C'était une nuraillé

4 UiSTOIBË DE DA^'£UARK

à l'instar de celle de Chine, et qui s'étendait de la Baltique à la mer du Nord.

Harald K!ak fia le premier prince danois (iiii se fit chrétien. Chassé de ses États, il chercha un rei'uge à la cour de Louis le Débonnaire, qui lui persuada de se faire baptiser avec son épouse: ils reçurent en effet le baptême dans 1 île d ingelheim , près de Mayence. A la suite de cette conversion, Temperenr demanda quelques missionnaires zélés pour accompagner ce prince dans son pays. On lui donna Anschaire, d'abord moine de Corbie, dans la Picardie , mais qui avait été transféré dans une abbaye du même nom fondée en Saxe par saint Adélard. Anscbaire , ^ plein du désir d'accroître le royaume de Jésus-Chrisr, prêcha la foi premièrement aux Danois, puis aux Suédois, et enfin aux différents peuples qui habitaient le nord de rAllemagne. Le Seigneur répandit tant de bénédictions sur son ministère , qu'un grand nombre d'idolâtres embrassèrent le christianisme. Le pape Grégoire IV le nomma, en 832, légat du saittt-siége et archevêque de Hambourg. Après la ruine de cette ville, pillée et brûlée par les Normands en 8^5 , ce saint homme fit tous ses efforts pour consoler et conserver dans la vraie foi son troupeau dispersé par les barbares*

En quittant le Danemark et la Suède , Anschaire y avait laissé des missionnaires tirés de la nouvelle Corbie, pour cultiver le champ qu il avait défriché; mais tous les soins de ces ouvriers évangéliques ne purent empêcher les peuples de ces deux royaumes de retomber dans Fidolâtrie. Le triste état de cette église naissante exigeait le retour de son fondateur. Le saint archevêque reparut dans le Danemark) où, avec la protection du roi Eric l'Enfant, il

ET DE NORWl'CE, 5

Tint à bout de faire refleurir la religion chrétienne. Vers 9S1 , le Danemark était gouverné par Gorm

le Ci uel. Ce roi , ayant dispersé une foule de petits princes qui écrasaient le pays, y avait fondé l'unité. La haine qu'il portait au christianisme lui fit em« ployer tous ses efforts pour en étouflfer les germes dans rétendue de ses Èiais, en poursuivant et en tourmentant les prêtres. C'est à ces vexations qu'il faut attribuer le surnom de Cruel que lui donnent les chroniques. Il soumit les Saxons et les Wendes, ce qui lui atlii a une guerre avec Fempereur Henri rOiseleur. Vaincu , il n'obtint la paix qu'à conditioa qu'il laisserait un libre développement à la religion chrétienne dans ses États. Il eut pour successeur son fils Harald Blatand (dent bleue). Celui-ci fonda plusieurs évéchés, et favorisa les nouvelles idées religieuses, qui poussèrent de profondes racines pendant 80|i règne. Ûarcbevéque Unne vint en Danemark ; grAce à son zèle, les églises el les prêtres se multi-

plièreni.

Cependant, malgré tous ses travaux et les eifoits du roi , le pays était encore, en général, plongé dans les ténèbres de ildolfttrie. Le peuple n'avait pas renoncé au culte grossier d Odin et à ses sacrifices. Ce qui retardait encore les progrès du christianisme , c'est que nombre de personnes amalgamaient l'ancienne croyance avec la nouvelle. Tout en admettant la divinité du Chi ist , elles donnaient toujours à Thor etàOdin la première place dans leur imaginaiion. La couronne impériale était alors sur la tête d'Othon I*'. Entraîné par son ardeur belliqueuse , il envahit le Danemark, sous prétexte que les habitants avaient insulté ses envoyés. Harald, déjà en guerre avec les Suédois , accourt des déserts du Ualland , où il se

9 HISTOiM DB DAVBKAKK

trouvait , à la délense des tertiles plaioes du Jutlaud. Il trouva le pays inoadé par les troupes d'OlhoO)X|ui avalent fait irruption jusqu'à Wendsyssel; la mer

seule avait arrêté leurs pas. Olhoii , dans Porgueil de sa victoire, lança un javelot dans le Sund, qui a conservé de cette circonstaoce le nom d'Otesund. Les habitants montrent encore le lieu où il posa son camp. Dans la paix signée entre Ihiiald et le puissant empereur, le premier lut oblige de reconnaître son ennemi pour son suzerain, et son royaume comme fief de l'empire, et de proclamer la liberté du cuUe clirétieii sur le territoire danois. Cela se passait en 9kS, Le roi, ainsi que son épouse Gunild et son iîls Swen^ fut baptisé par Poppe : Tempereur tint lui-même sur les fonts le jeune prince, qui reçut les noms de Swen Othon.

Harald, en outre, signala son règne par la fondalion de Julin , où il envoya le célèbre Palnatoke. Celte ville devint le séjour d'une bande fameuse de guet*riers, connus sous le nom de Jomiburggwikingra.* Le roi y fit élever son fils. Eui ouré de ces hommes farouches, qui ne reconnaissaient pour dieux qu'Odin et Tbor, dominé surtout par son naturel ambitieux, le jeune prince apprit à détester son père et sa nouvelle croyance. Sa passion raveugla sur ses devoirs envers l'auteur de ses jours, et ii ne craignit pas de lever Tétendard de la révolte contre un faible vieillard. Cette conduite frappa au cœur Harald, qui eût peut-elie fait Tabandoii de son pouvoir, mais qui prît les armes pour défendre le christianisme menacé. Ici se vérifie la justesse de Tobservaiion , que les hommes se tournent de préférence vers le soleil levant. Le peuple , encore imprégné des mœurs du paganisme , embrassa le parti du fils , ei détermina

Diyitizeo by

la vicloire en sa Iftveur. Le père se réfugia à ialin ,

où il mourut de ses blessures (980). Pendant son long règne, Harald avait transféré le siège du gouvernement de Leire à Koskild, où ce prince fut in-« humé et où Von voit encore son tombeau.

Tel fut le chemin par lequel parvint au trône, Swen ^ surnommé Tjnguskaegg (barbœ furcatœ), Loin (ht suivre les traces de son père , ei quoiqu il eut été baptisé par Poppe, il persécuta les cbrétiens. 11 ne fut pas plutôt arrivé au souverain pouvoir, que ses anciens amis, les pirates de Jomsburg, se tournèrent contre lui. 1 1 ne les considérait que comme une colonie danoise I et ils voulaient être indépendants et libres. Ces prétentions contradictoires ne pouvaient manquer d'amener un conllit. La guerre éclata en effet, et Swen tomba trois fois au pouvoir de ses ennemis. Les deux premières, ses siyets payèrent sa rançon, et comme en dernier lieu on manquait d'argent , les dames danoises offrirent tout ce qu'elles avaient de plus précieux pour racheter leur roi. Par reconnaissance, il ordonna qu^ù l'avenir les femmes fussent admises au bénéfice de la succession , comme les héritiers maies \ depuis lors elles ont constant ment joui de ce droit.

A peine sorti des embarras de cette malbeureuse guerre, Swen fut attaqué par Erik le Victorieux, roi de Suède , sons prétexte que son père avait sou* tenu les prétentions de Styibjorn le Fort sur ce royaume. Ces deux princes en vinrent aux mains dans les plaines de la Scanie. Swen fut battu, et se réfugia auprès d^OIof Trygwasson, roi de Norwége ; mais n'y trouvant pas la protection qu'il réclamait , il se retira en Angleterre. Là, ses espérances turent encore déçues , et il les porta chez les Écossais* Le

8 HISTOiaE DE DANEIURK

malbear avait abattu Tàme altlère de Swen. 11 se crot

en butte à la vengeance du Ciel, qa il chercha à apaiser par la pénitence et par un retour sincère au culte chrétien. A partir de .celte époque | il vit des jours plus heureux et rentra même en possession de la couronne. Mais dans ces temps la paix n*était qu une suspension d'armes; la guerre était ietai habituel les sciences , les arts et le commerce étaient ignorés y ou à peine en germe. Olof Trygwasson tira répée contre Swen , et le roi de Suède Olof au Berceau prit part à la querelle, l e prince noiwégien périldansuncombatlivrédansl îledeSwolder(lOOO). . Après ce désastre, la Norwége fut partagée. Le Viken (1) , le Romerike et le Hedemark, tombèrent aux mains des Danois. Mais pour Swen, ce n'était pas assez de tels succès, qui eussent suffi pour illustrer son règne. A l'exemple de ses ancêtres , il entreprit de faire une descente en Angleterre. Depuis longtemps ce fertile pays attirait les peuples du Nord, ou plutôt les Normands, qui le couvraient de sang et de flammes. Les Danois surtout , quand ils enrmit connu ces belles contrées, ne cessèrent d'y envoyer Texubérance de leurs populations guerrières, sous différents chefs, qui pi iient toujours le titre de rois. Swen entra dans la Tamise avec une puissante flotte, et incendia la ville de Londres; mais les habitants , retranchés dans les fortîficatfons , se défendirent avec tant de vigueur, que la plupart des assaillants furent tués*, le reste chercha son salul dans la fuite. Cet échec irrita Swen, qui s'en vengea sur le plat pays. Le roi Etheired , pour s'en débarrasser, s'engagea à lui payer un tribut annuel, qui,

(1) Cette province appartenait alors à la Norwége ; elle forme ai^ourd'hui la préfecture de Bolius, en Suède.

ET DE NOKWÉOB. 9

loin de le satisfaire, ne fut , pour ainsi dire , qu'une amorce ofiérte à sa cupidité. Cet avantage d'ailleurs ne valait pas celui que les vainqueurs retiraient du pillage. Swen mourut au milieu de ses succès , en 1014. 11 clôt la première période de riïistoire de Danemark , celle des rois païens ; car, quoique Haraid Blatand eût embrassé le christianisme, le pays n'en resta pas moins attaché à son ancien culte , et Swen rejeta longtemps la croyance de son père, Sai^o en fait un homme presque vertueux; mais toutes ses actions révèlent en lui autant de cruauté que d'ambitiou.

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