ET DE NOKWÉGB. IS
fot nommé bourgmestre de Lubeck. Nons avons ▼«
iju il agitait dans sa l(Hc de vastes projets. Pour les réaliser, il lui fallait daus le sénat delà ville des hommes aussi audacîeoK , aussi énergiques que lui ; il jeta les yeux sur George Wollenweber, qui , nommé d'abord sénateur, fut bientôt second bourgmestre. Ces deux hommes firent desiidinr les anciens sénateurs, el les remplacèrcm par des créa* tures à leur main. Les habitants de Lubeck admettaient les principes de Luther ; les deux agitateurs , aujunrdliui à la tcie de la magisu amre , exploitant celle disposition, insinuèrent au peuple que les anciens sénateurs étaient des papistes, et que sous leur administralion jamais la réformation ne pourrait faii e aucun progrès dans la ville. On voit ici que le luthéranisme reçut un puissant secours -de Tambiiion de ces deux personnages , qui s'en servirent comme d'un moyen efficace pour aflérmir leur auto^ ritë.
Tandis qu'une nouvelle flotte meifnit à la voile, sous les ordres de Marx Mejer, pour la mer du Nord , dans le dessein de troubler le commerce hollandais , et que Wollenweber intriguait à Copenhague pour faire exclure de la Baliicjiie les rivaux de Lubeck, celte ville , pour qui Gustave I*' n'était pas bien disposé , excitait contre lui son propre beau-frère , le comte Jean de Hoya. Les négociations de WoIIen woher échouèrent à Copenhague. On Ini répondit qu'on ne pouvait prendre aucun parti dans une atfaire de cette importance , tant que durerait rinterrègno en Danemark ; qu^au reste on était en voie d^arrangement avec la régence de Hollande. Hlessé au vif, line pri( ( onseil que de sa vengeance, et fit un pacle avec Ambroise Buchbinder à Copenhague et avec
lilSIOlAE m DAâlEMAHk
Georges Mnoter, bourgmestre de Malmoe, lesquels
lui promirent de lui livrer ces deux villes , à la première apparition d'uiu^ Hotte iubeekoise, d'élablir la doctrine de Luther et de chasser tous les nohles et les prêtres.
On n'avait pu tomb^ d^aocord , à Copenhague , sur le clioix d*un i oi. Une nouvelle dîèie fut donc convoquée à Udcnsee pour y pourvoir et notilier le traité conclu avec les Miederlandals par les envoyés danois. C'était, pour ainsi dire, une alliance offen* sîve et défensive; cai' la lluUande, dans le cas où le Danemark serait attaqué, devait lui envoyer un secours de six vaisseaux. On ferma Toreille aux réclamations que les Lubeckois élevèrent contre cette alliance, qui non-seulement menaçait leur commerce, mais encor e portail alteîntc à leur influence dans la Baltique. Les Danois, prévoyant une rupture et n'étant pas disposés à passer sous le joug, cherchèrent à s'affermir par de nouvelles alliances. La icommunauté d'iiiiériHs leur rendit facile celle de la Suède; mais CCS prudentes mesures, que la sagesse dictait à la diète, languissaient par Tabsence d'un roi, qui eût fait converger tous les efforts et anéantir les in* trigucs des prétendants.
Le traité une lois connu et Hmpossibililé d y mettre obstacle démontrée , les deux bourgmestres levèrent le masque, déclarant qu'ils voulaient délivrer Christian 11 et le rétablir sur son trône. Ils dépéchèrent en même temps au comte Christophe d'Oldenbourg , en ce moment diaeanuê de Cologne , pour lui offrir le commandement des troupes. Ce seigneur, pai( m de Christian, était versé dans la sci( iice et partisan de Lmhei*. Quoique clerc, il n'était pas étranger au métier des armes. 11 avait assisté
ET DE ISOliWÉGB» 141
à la baiaillG de Frankenliaussen et fait la campagne
contre Soliman II. Les promesses faites an iioni de Lubeck realrainèrent dans cette hasardeuse entrepriae, el il se chargea d'enrôler secrètement des soldats. La ville lui fournit de Taisent, et lorsqu'il eut réuni quatre mille mercenaires, il se rendit à Lubiîck, d'où il écrivit à Chi isiian, en lui deinandant pourquoi Christian li, le roi légitime, gémissait encore dans les fers. Le prince répondit que c'était par la volonté du peuple danois j et sur la demande de la Suède, et notamment sur celle de la ville de Lubeck , qu'on retenait prisonnier le monarque déchu qui avait ensanglanté le Danemark* Christophe écrivit au sénat en faveur de Christian il et entra dans le llolstein (1534;. Le roi aniia pour défendre les duchés, et appela ses alliés à son secours. Christophe, à cette nouvellei se retira après avoir incendié Segeberg, fit embarquer ses soldats à Travemunde, et se dirigea à touies voiles vers le Sund. 11 fut bientôt maître de presque ton tes les îles ; les villes de Rosk i 1 d , Kocge, Copenhague se rendirent à lui; il rallia à sa cause les évéques Trolle et Ronnow. La ciiadeile de Malmoe fut prise par le peuple et rasée. Une assemblée, convoquée à llingstad, reconnut (Christian 11 comme roi de Danemark , ei lui prcla serment de fidélité : cette assemblée n'était composée que de paysans et de bourgeois; les nobles, qui s'étaient abstenus d'y paraître, virent leurs châteaux livrés aux flammes et leurs personnes menacées. Toute la Scanie se déclara pour le captif i là , les nobles, plus prudents, suivirent le torrent. Les lies de Laland, de Falotcr, de Langeland, prirent le même paiii, dès qu'elles aperçurent des vaisseaux lubeckois dans leurs parages. 11 ne restait plus à soumettre, de toute
iliSIOIRE DE DANEMARK
la monarchie danoise, que le Jutiaod et les ducfaés^ Mmmiieiiee dv danger fit précipiter Téleclion d^iin
roi; Chrisiiaiî 111 léunil la pluralité des suffrages; la noblesse de l^ionie, jusque alors iudéclse, y donna son adhésion, ce qui protoqua une révolte des paysans et de la bourgeoisie, qui tenaient pour Christian 11. Le nouveau monarque était le seul capable de tenir tète a 1 orage; car, outre les droits qu'il tenait de sa naissance (il était fils aîné de Frédéric i*")» il disposait d'une forte armée, qu41 avait conduite, après la retraite de Christophe, contre Lubeck, dont il se |)réparait à faire le siège, lorsque les nouvelles qu'il reçut de Fiooie lui firent changer de plan. Après les premiers succès de la noblesse contre les révoltés, Christophe y était accouru de Seland et s'en était rendu aiaiu e, à Taide des paysans. Il pouvait compter également sur ceux du Jutland, où il porta ses armes. 11 avait trouvé un puissant auxiliaire dans un pirate jusque alors henreuK , le capitaine Clément. Ce marin, à la tête de 6,000 paysans, battit les nobles à Aalburg. Sur ces entrefaites, la ville de Lubeck avait fait un traité sé* paré avec le Holstein, dont les soldats, sous Christian, avaient menacé ses murs. Aux termes de ce traité, Lubeck ne devait assister le comte d OIdenboui^ que contre les Danois; les duchés étaient pres'que indépendants, quoique relevant de Tempire* Christian 111 n'avait accédé à cette paix qu'afîn de pouvoir disposer de ses troupes pour le Juiland, on on rappelait à gi ands cris^ Lubeck envoya au couitc ses meilleurs soldats. La marche de l'armée royale dans les plaines du Jutland fut une marche triomphale. Clément fut battu , fait prisonnier et décapité > et Aalbm'g repris. La cause des paysans était
Dig'itized by
Il DB MOEWÉGE. l&S
perdue, et la servitude pesa plus que jamais sur eux.
Les succès de ChrisUan iU refroidirenl i'embousiasme de Christophe, qui proposa un congrès pour concilier lous les diffcreads. L'assemblée se tint à Coldiug ] mais nui ne voulant, rabaïu e de ses prétentions, et les chances étant encore trop égales, on ne put rien décider. De retour en Seland, Christophe convoqua une dièlc pour demaadci 1 argent nécessaire à la cuiitinuation de la guerre. Les nobles , de qui on exigea les bijoux pour solder les iioupes, ne voulurent pas priver leurs femmes de leurs pa* rures, et offrirent de grandes sommes d^argent. Leur refus excita une irritation qui dégénéra en excès atroces dont plusieurs furent victimes* Cependant rhabileté et la fermeté déployées par le nou* veau roi , augmentaient tous les jours les chances favorables à la stabilité de son gouvernement. Le comte, au contraire, qui avait contre lui presque toute la noblesse , voyait les affaires aller de mal en pis f li fut oUigé de diviser ses forces pour tenir téte aux renforts que Christian venait de recevuii de son beau-îrère, Gustave P'. Réunis aux Danois, les bué* dois prirent Ualmstad, franchirent la cbalnede montagnes qui sépare le Halland de la Scanie , et arrivèrent près du Sund, où ils rcncoiUrèrent les troupes du comte. Un coinbai s engagea, ou celles-ci furent complètement défaites; Marx Mejer et plusieurs cbe& furent faits prisonniers. Les Lidieckoisi jugeant que le comte d'Oldenbourg n'était pas de taille à se mesurer avec Lennemi, choisirent à sa place le duc Albert de Mecklembourg, homme d'un caractère emporté. Christian lli n'en transporta pas moins la guerre en Fionie ; les Lubeckois firent tout leur pos» siblc pour garder celte ilc. Les deux armées se ren-
Ibh filSTOtaft 0S DAMBMAIIK
coulrèrent non loin d^Âsseo, dans le voisinage du peiil Belt , où Tarmée da comte avait pris uoe forte
position sur rOxcmberg (montagne du bœuf). Ils étaient commandés par le comic Jean de Hoya et Nicolas Tccklenbourg. Le maréchal Jean iiautzon était à la téte des Danois , auxquels resta tout l'avantage de cette journée. Jean de Hoya, fait prisonnier , mourut des suites de ses blessures. Tecklenbourg et Gustave TroUe périrent dans la mêlée. Toute ilie de Fionie se soumit au vainqueur.
Poursuivant ses succès, Cliristian III transporta la guerre en Seland et en Scanie. Copenhague et Malmoe furent assiégés. Le siège de la première de ces villes est un des plus remarquables et des plus meurtriers de ce siècle. Le comte d'Oldenbourg et Albert s'} trouvaient renfermés. Pendant qu*on poussait les travaux , Christian se rendit à Stockholm auprès de son beau-frère, pour en faire la connaissance et s^entendre avec lui sur les mesures h prendre pour la pacification du Nord. Cette entrevue fut loin de resserrer les liens d'amitié entre les deux monarques ) réponse de Gustave, Catherine de Saxe-Lauenbonrg, femme d'une humeur chagrine j fit naître dans l'esprit de Christian des soupçons sur la sincérité des sentiments de son mari qu'elle n'aimait pas ; de sorte que le roi de Danemark regagna en hâte la frontière de ses États.
Les Lubeckois , pendant Tabsence du roi , avaient forcé rentrée du port de Copenhague, et jeté dans la ville des armes et des munitions. Ce petit avantage fut bien compensé par la perte de la citadelle de Landskrone et de celle de Krogen , aujourd'hui Kroneborg. Des négociations s'ouvrirent, peu de temps après , à Hambourg, enue Lubeck et Chris-
BT m NORWÉGE. 1&5
lian lil (iô36). La paix fut signée, sans que les garnisons des villes assiégées déposassent les armes.
Cependant, Georges Munter, iioin i;mesire de Malinoo y se voyant abandonné de Lubeck , ne tarda pas à traiter et engagea les bourgeois à mettre bas les armes. Copenhague ne fut pas d'aussi facile compo-. sition^ la défcuse se proloni^f a plus d'un an, malgré la disette qui décimaii bourgeois et soldats. Le comte d'Oldenbourg et le duc Albert, pour sauver leur vie, s'humilièrent jusqu'à se jeter aux genoux du roi , en implorant son pardon. Telle fut l'issue de celte guerre , qui avait ébranlé la monarciiie jusque dans ses fondements.
A la môme époque, les affaires de Danemark prenaient une tournure fâcheuse. L'électeur palatin aspirait à la couronne de INorwége ; Olof de Trondheim se fit proclamer en son nom , et travailla à la séparation des deux royaumes. Christian III lui dé-* pôcba le gouverneur de Bergen, Vincent Lungs, chargé de le gagner; mais, chose inouïe, Olof fit arrêter et mettre à mort cet envoyé* Ce crime était désapprouvé des Norwégiens *, cependant celui qui en était l'auteur se maintint tant que le Danemark fut en pvo'w à la guerre civile. Mais lorsqu'il vit que Christian avait le dessus, il lui jura fidélité, à condition qu'il oublierait sa défection et son crime. Le silence que garda le roi lui fit juger tout ce qu'il avait à craindre sa colère, d'autant plus que son parti était trop faible pour tenir téte à celui de son souverain. 11 fit armer quatre vaisseaux sur lesquels il chargea ses trésors, et fit voile pour la Hollande, après avoir laissé une garnison dans la citadelle de Sienwiksholin. Christian dirigea contre elle une flotte, qui la força bientôt à se
nUTOnS DE DANBlfABK
rendre. Ce fui la deruière coavuision qui agiia la Norwége.
Christiaii 111 ne fut pas jAuXàt en possession de ses Êlats, qu1l sonp^ea à y établir la réforme. Son père avait commencé celle œuvre, ei Gustave l^lui conseilla de ne pas perdre un instant pour y mettre la dernière main. Après son entrée solennelle à Copenhague, il dérîar;) les évrques déposés, et fit séquestrer leurs biens^ ils furent tous, le même jour, jetés dans les prisons , sur toute l'étendue du royaume ; rarchevéque de Lund, Torben Bîide et Joaehim Ronnow, subirent ce sort dans la capitale. Le roi leur reprochait leur conduite envers lui el le royaume pendant la guerre qui venait de finir; on voit dans celte accusation la fable du Loup et t Agneau. Ils furent traduits , en plein air, devant la noblesse et le peuple rassemblés , qui ne voulaient plus d'évèques et demandaient la confiscation de lieurs propriétés au profit de la couronne. A quelque temps de là , le roi leur fil dire que s'ils voulaient promettre de vivre iranquillemeuL \\v leur iorlune pariiculière , et de ne point s'occuper de complots contre la sûreté de TÉtat I ils seraient rendus à la liberté. Tous souscrivirent à cette condition, excepté Ronnov^, qui préféra passer le reste de ses juursL ii jirison. Il ne se borna pas là \ ii exila du Danemark tous les religieux qui Toulurent rester fidèles à leurs engagements sacrés et refusèrent de passer dans les rangs de Thérésie-, il ne fit grâce qu'à ceux qui consentirent à apostasier et à contracter des mariages sacrilèges. Ces étranges apôli*es devinrent des prédicateurs in«* trépides de la prétendue réforme , imitant en cela l'exemple du trop fameux Luther, leur chef , qui , à quaranle cinq ans^ épousa , sans doute pour i édi*
XT M HORWÉGB.
licatîon publique, une jeune leligieuse, la célèbre Catherine de Bore* 11 s'empara aussi de toutes les richesses des monastères. Ainsi les deux grands leviers du protestantisme ont été Ik , comme ail-* leurs, Tamour du bien d'auuui et le libertinage; voilà ce qui opéra la conversion des princes et des noMes.
Après ces actes criminels de spoliation, le rot fit
venir Jean Poucerancer de Wittemberg. à qui il confia le soin de mettre l'organisation de TUniversité de Copenhagae et celle des écoles en harmonie avec les principes de la confession d'Augsbont*g. Ce nouveau pape couronna Christian 111 et son épouse Dorothée , dans le mois d août 1537. H remplaça les évéques , légitimes successeurs des apôtres , par sept superintendants; et pour attirer des partisans au nouvel ordre de choses, le roi conserva les canonicats pour en gratifier les luthériens. Coumie un ne changea rien aux. cérémonies f que dans d'autres contrées rhérésieabolit, l'ignorance du peuple laissa s'implanter Terreur ^ qui persévère encore dans ce malheureux rovaume.
La ilotte que Christian avait envoyée sous les ordres des amiraux Ulsiand et Christophe Hvitfeld contre Tarcfaevéque deTrondheim, Olof, f amena prisonniers les évêques de iNurwége. C'était la une conquête facile. Leur crime n'était pas le catholicisme^ mais ils étaient riches, et il fallait qu'ils fussent dépottillés.Christian est aux yeux des protestants un grand homme, mais nous ne pouvons l'envisager que coninié un spoliateur. Toutefois la prétendue réforme s'établit dans ce pays sans de trop grandes secousses ; les pasteurs ravis à leurs brebis , le trou« peau se dispersa et obéit à la voix des mercenahres.
HISTOIBE M DàRSMABK
Chrislian III cuavoqua nue grande dièle, où il lut décidé que la Norwége , ne pouvant pas faire un royaume à part, serait réunie au Danemark , et régie par les mêmes lois^ et que les deux pays jouiraient des njénu'S libcrlés.
La réioroiation avait donc ainsi triomphé dans tout le Nord. Cliristian la consolida par une éti*oite alliance avec la Suède, et par celles qu1l forma avec les princes prolestants d'Allemagne, ses voisins, tous enrichis des dépouilles de riî:giise. Guslnve etChrifr* tian eurent une entrevue à Bromsebro (1541) , place frontière , pour terminer tous les différends. Elle eut pour résultat une alliance de cinquante ans. Ou devait se secourir mutuellement et ne traiter qu'en eom« mun avec d'autres États. De là vint que la Suéde et le Danemark entrèrent en même temps en relation avec François 1% et que Christian envoya en France un corps auxiliaire de 500 cavaliers, et vint au secours de Gustave contre HilsDacke, ce fameux paysan smolandais dont la rébellion fit trembler le tràne de Suède.
Depuis la déchéance de Christian il , les relations avec rempereur n'avaient jamais été amicales \ soa^ vent même elles avaient pris un caractère hostile. Si Charles Vêtait trop occupé de ses propres affaires pour pouvoir se mêler sérieusement de celles du Nord y il ne laissait néanmoins échapper aucune occasion de manifester ses sentiments de mécontentement contre ces pays; on se trouvait donc dans un certain état d'hostilité , quoiqu on n'eût pas encore fait intervenir les armes. Christian voulut avoir aussi ses représenianu au congrès de Spire (id44) ; ils conclurent le traité de ce nom , qui assurait la paix aussi de ce côté. Le roi captif, suivant un article
Dig'itjzed by