‹ Histoire de Danemark et de Norwège d'après les historiens les plus estimés continuée jusqu'à nos joursChapitre 21 sur 32 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

FEEDÉaiC

Frédéric, prince de Holsteiui second fils de Christian et de Dorothée, vint au mondé en 1471.

Objet de la prédilection de sa mère , il en fut favorisé dans toutes les circousiances. H était en mauvaise intelligence avec sou neveu ^ ce qui lui fit accepter avec empressement la couronne que lui offrait l'assemblée de Wiborg. Cependant, il n'en eût pas pi'is possession sans o])i)ûsilion , si Christian eût mis moins de précipitation dans sa fuite ; car les paysans de Seland et de Scanie restaient fidèles a leurs serments ; et Copenhague et Malmoe , places fortes et importantes, élaient encore au pouvoir du roi. Mais il parut comme abattu parles événements,

180 HISTOIRB BS DJU^BMÀRK

OU peul-éUe par le cri de sa conscieace* 11 pensait aussi qu'en abandonnaal sa propre forluae, le temps pourrait ranimer le zèle de ceux qui lu! portaient

eiu oi e de raffecliun ou de riiitérct. Frédéric envahit les plaiues de Selaad et ue trouva de résistance que devant les remparts de sa capitale. Le siège languît; Christian mit ce temps à profit et parut sur Tautre rive de TElbe, avec une armée de vingl-six mille comballanis. Frédéric en est iiilonné, quille son camp, laisse le commandement à Daniel hanuoo, et vole dans le Holstein pour appeler loute la population aux armes. Plus de soixante-dix mille hommes se rassemblent sur le Grctenhaydc, où ils attendent Tannée de Christian qu'ils brûlent de combattre. Mais leur ardeur guerrière est déçue ; le manque d^argent a dissipé toute Tarmée ennemie avant qu elle ail passe l'Elbe. Ainsi un n'eut (|ue la craiiUe des terribles conséquences que le Danemark et le Nord redoutaient de ce conflit. Copenhague et Malmoe ne tardèrent pas de se rendre : la perte de ces deux places ôta à Christian la possibilité de remonter sur son trône. La Norwége suivit Texemple de la Suède et du Danemark; elle secoua le joug de Christian. Cependant elle lia soa sort à celui de ce dernier royaume, résultat qu'on dut aux efforts de Vincent Lunge et de Nicolas Lycke , Danois d'origine, qui commandaient dans ces contrées.

Christian 11 , après avoir été à la téte de trois royaumes, après avoir disposé de troupes formidables et d une flotte puissanle, après avoir vu son alliance recherchée par les i)lus grands monarques d'Europe, n avait plus, en 1524, qu une petite île de la Baltique qui reconnût son autorité \ c'était celle de Gothland. De tous ses partisans, de ses nombreux

Diyuizeo by

BT DE NORWRGB.

gœrriers , Norby fat le seal qui ne l'abândoniift pas dans sa mauvaise fortane. Ce héros , malgré Ff nfé-

riorilé des forces qu'il commandait, soutenait la iuUe coolre les puissants ennemis de son maître; sa bravoure, son habileté, son expérience conqpen* sàreht sonvent sa faiblesse numérique. Hais la proximité de Goililaad , la facilité qu'avait Norby de harceler avec ses vaisseaux les côtes de la Suède, la terreur que la piraterie jetait dans le commerce des villes hanséatiques, tout cela joint anx instanees de cette paissante ligue , détermina Gustave à entre-* prendre la conquête de Tile. Sewerin , après avoir souteou pendant deux mois les attaques dirigées par terre et par mer contre son chàtean de Wisburg, oà il s^écait retrandié, vit qa'il loi était impossible de se défendre longtemps contre les Suédois : il oûrit rUe à Frédéric , lui jura âdéiité, et jeta ainsi la division entre les deux rois, qui s'étaient partagé les dépouilles de son maître. Avant de devenir possession suédoise par la paix de Bromsebro, Plie de Gothïand fut toujours une pomme de discorde. Gustave V" s'irrita de la proteaion accordée par Frédéric à un ennemi aussi dangereux que Norby« Les villes hanséatiques mirent tout en œuvre pour réconcilier ces deux monarques-, elles leur ménagèrent une entrevue , où il ae fut pas Question du sujet de la querelle ; et chacun s'en retourna chez soi sans y rapporter des dispositions plus pacifiques.

Frédéric se fit couronner, et ce qu'il y a d'étonnant, c'est que ce fut l'archevêque Gustave Trolle, Tauteur du massacre d'Upsal^ banni de sapatiiei l'ami le plus inébranlable de Christian, qui présida à la cérémonie. Il paraît que Frédéric prenait plaisir à employer ces hommes que son voisin détestait;

132 niSTOfftS DE DAHEKARK

Du moins agit41 ainsi dans l'afiaire de Sewerin Norby. Il est vrai que cette tactique lui coûta cher; car Norby, soumis pour un instant, ne tarda pas à commander ses soldais au nom de Chrîsiiaii. Il tenta même mie invasion dans les Ëtats de Frédéric. Au mois d'avril 1525, il s'empara des villes de Solvis* borg et d'Aahus; Il occupa tout le plat pays en Sca~ nie, prit Handscrona et ne s'arrêta que devant Malmoe. Les paysans se rassemblèrent autour de ses étendards; ces démonstrations étaient bien luîtes pour alarmer le gouvernement , qui envoya contre eux des troupes sous la conduite de Jean Raatzon. Norby était un officier éprouvé ; il ii'avaîl pas son égal dans le Nord ; mais il ne pouvait être paitout^ et pendant qu*U assiégeait Helsingborg , les paysans, qui avaient un camp retrandié à Lund, furent battus. Cependant , quoique vaincu , il était encore si formidable que Frédéric lui accorda une amnistie , lui affecta en dotation la ville de Solvisboiy, en compensation de Gothland, qui fut formellement cédée au Danemark , et dont Oiio Krumpe prit possession au nom de Frédéric. Mais il n'était pas dans la nature de Norby de vivre en pai\« La guerre et ses dangers étaient son élément. Puis il était toujours attaché de cœur à Christian. Cette, disposition ne pouvait être ignoré'e de Frédéric. On chercha à se saisir de sa personne; mais il évita tous les pièges , s'enfuit en Russie , prit enfin du service dans Tar^ mée de Charles V, et périt au siège de Pavie. Telle fut la fin de cet homme, dont les exploits remplissent 1 histoire de son époque, qui avait été la terreur de la Baltique i et dont le nom était dans la bouche de tous les peuples qui habitent les rivages de cette mei\

ET Dt: NOIlWÉGE. 1S3

Chrisiiao 11 cheiMsfaa, par {dasieura moyeoa, à

recouvrer la couronne qui ceignait maintenant la lele de son oncle. Tantôt il employait les armes pi mr la reprendre y tantôt une indemnité pécuniaire était Tobjet de ses iutripies. 11 fit une grande perle dans la personne de son épouse , dont la mort refroidit l'empereur Charles V pour ses intérêts. Ses ai ujements et ses négociations lurent en pure perte.

A cette époque, la réformation s'étendait sur les lies danoises; Firédéric n'y travailla pas avec autant d'ardeur que Gustave P% qui lui avait fait faire de rapides progrès en Suède. La ville de Malmoe, en Scanie, fut la première qui eut foi dans la parole de Luther ; Wiborg , dans le Judand , imita bientAt son exemple. Jean ( Hans ) Tausson fut un des plus ardents propagateurs delà doctrine évangélique; il fut pour ie Danemark ce que fut pour la Suède Clans Pétri. La lutte entre le catholicisme et le protestant tisme fut plus longue en Danemark qu'en Suède ; c'est que Gustave mit lui*méme la main à Tœuvre, tandis que Frédéric laissa les docteurs des deux croyances vider leur querelle. L'acharnement était grand de part et d'autre ; parmi les champions de Tancienne croyance , se distingua surtout Joachim Ronnow, évéque de Roskild. L'expédition préparée par Christian, pour appuyer ses droits sur la Nor* vrége, vint ftire diversion à ces débats. Gustave Trolle , celui que le roi déchu avait plus particulièrement chargé de travailler dans ses intérêts, avait gagné plusieurs prélats. La flotte qui faisait tout Tespoir de Christian sortit des ports de Hollande ; mais dans la traversée elle perdit dix des bâtiments qui la composaient V les autres arrivèrent à Opsio (I5S1), où ils trouvèrent un grand nombre de par-

HISTOUUS DB DANEMARK

tisane. L'effroi que causa son apparilioB eo Norwége rapprocha la Suède el le Danemark ^ quî réanirent

leurs forces contre rennenii coainum; Lubeck envoya aussi du se<^ours ù Fi édéric. Moyens Gyllenstierna commandait en Norwége; trop faible pour résister, il s'enferma dans la ciladelle d'Aggerhos, où 0 se défendit en attendant du renfort. Parmi les nobles suédois qui avaient suivi Christian a|)rès l'avoir entraîné par leur conseil dans celte expédition , était Thure Jonsson Roos; on trouva un jour dans une des rues de Kongshell le cadavre de ce mallicureux seigneur, auquel on avaii coupé la léle.

Dans les premiers jours du printemps de lôâ2| la flotte danoise, à laquelle s'étaient joints des viis^ •eaux lubeckob, se dirigea vers le golfe d*0pdOy qui a pris depuis le nom de Christiania. Elle était commandée par réveque Canut Gyllenstierna, frère du commandant d^Aggerhus. Cette citadelle fiit ap* provisionnée , et Frédéric donna les pouvoirs les plus étendus au général qui y commandait; celui ci avait donc le droit de conclure le traité qu'il signa plus tard avec Christian , et que Frédéric viola si perfidement. Ce monarque , abattu par ses malheurs ^ et n*ayant pas à ses c6tés un guerrier tel que Norby , ne sut pas profiter du temps qu'il avait eu , pouï' recueillir ses forces et combiner ses moyens de résistance. Le général danois avait à peine touché la terre, qu'il brûla son camp devant Opsio, et expédia, le 1*2 mai, une lettre à ( aiiiit Gyllenstierna. lîLnlouré d'ennemis , il perdit son sang ii oîd et so livra, pour ainsi dire, àeux^leur supposant une générosité dont il tt*était pas capable lui-même. On lui accorda un sauf-conduit pour le Danemark, où 4 devaii iraiicr directement avec son oncle. Il arrive,

ET DE NOKWÉGE.

et on renferme an château de Sondersborg, où on lui fait subir un U*aitement outrageant pour un roi.

Sa prison était plus dure (jue colle du |)liis l'iuud crimioel; une espèce de ineui irière, pur laquelle on lui passait ses aliments, était la seule ouverture qui donnât passage à la lumière et à l'air. Un nain formait toute sa société. Sun sort n'éprouva aucun changement laut que vécut Frédéric^ mais, sous le règne de Christian 111 , on y apporta quelque adoucissement y et le malheureux prisonnier fut transféré à Kalluiidburg, en 1549. Ses beaux-frères et les puissants princes ses parents ne iirent rien pour rendre sa captivité moins pénible ; ilntérét qu'on lui portait se retira de lui quand la fortune rabandonna.

La satisfaction qu'avait causée à Frédéric son triomphe sur son rival . fut empoisonnée par la perte de son tils Jean, que la mort irappa à Goltorp, le S avril 15 aâ. Frédéric, par sa prudence, affèrmit un tr6ne qu'il avait reçu chancdant. Il eut le tort très-grave de préparer la réformaiion, qui s1mplania sous le règne suivant. Il s'était contenté de permettre à ses sujets de changer de religion et de donner aux ministres luthériens la liberté de prêcher. Cet appel au pillage des biens ecclësiasiifjues ei à la licence de mœurs dont les pi'enii( i s i ( lonnnlenrs donnèrent l'exemple fut entendu, et la vraie foi allait s'éteignant sensiblement dans les cœurs. Ce prince avait épousé Anne de Brandenbourg , dont 11 avait eu Christian, qui Itd succéda. Sa seconde épouse, Sophie de Poméranie, lui donna plusieurs entantS| parmi lesquels le duc Adolphe , qui fut la tige des princes de Holstein.

CUAPITBE XI

CHBISTIAxN m.

On devait présumer que la captivité de Christian If meUrait fin aux troubles iolérieurs. Loin de là , la mort de Frédéric 1*' fut comme le signal d'une guerre qui ravagea les provinces les pins fertiles de la monarchie , et conduisit plus d'une fois son fils jusqu'au bord de l'abîme. La noblesse , à cette époque , était pamnue à son zénitb; il n'était aucun de ses meoH bres qui ne se cr&t en droit de disposer du tràne lorsqu'il était vacant. A chaque élection elle étendait ses privilèges, et l'autorité royale perdait dans le même rapport. Quelques-uns voulaient élire un des jeunes fils du roi, au préjudice de Talné, le prince Christian ; le clergé lui était à bon droit hostile , parce que, dans les duchés, il avait favorisé la propagation des doctrines de Luther. Quant auK paysans, ils tenaient encore à Gbrisiian 11 ; Taffection qu'ils I u i portaient semblait croître en proportion de réten» duc de ses malheurs. Tel était Tétat dos esprits, lorsque s'ouvrit la diète qui devait proiioncpr dans la grande question de Ja vacance du trône. Les prélats voulaient le prince Jean, second fils de Frédéric, à Tcxclusion de l'aîné ; les anit es éiais se déclarèrent pour celui-ci. Mais telle fut rinsistaace des évéques,

Digili^uG Uy

ET m liOhWÈGE. m

que la décision de l'affiiire fut ajournée à un an ; i>en-

dant cet interrègne, les succès de la prétendue réforme se ralentirent. Le luthérien Tausson, qui^ d'abord, ayani voulu faire l'essai de ses talenudans le monastère de Saint-Jean de Wibourg , avait été

chassé pur les moines, fut aussi baïuii de la Seelande par les états ; mais le peuple, déjà perverti par ses prédications , prit les armes en sa faveur*

Les Danois ainsi divisés en deux camps, au dehors s'ourdissaient des intrigues qui devaieiu bientôt mcltre le pays en feu. Celte guerre, connue sous le nom de guerre du oonUe, à cause de Christophe d'Oldenbourg) avait pour principaux instruments Marx Ifejer, George Wollenweber, de Lubeck, George Mùnler et Ambroise Buchbinder; les deux deraiers étaient des Allemands qui s'étaient fixés en Danemark.

Marx Mejer avait été serrurier ; après avoir exercé pendant quelque temps sa profession à Hambourg , il embrassa celle des armes , et fut choisi pour con^ mander les six cents hommes que Lubeck devait envoyer contre les Turcs. Le départ de cette troupe

ayant été ajourné, il entra au service de Frédéric et assista au siège de Copenhague. 11 épousa la veuve d'un bourgmestre , et en remplit lui-même les fonc» tiens dans cette puissante ville. C'était un homme hardi et entreprenant.

George Wollenweber était aussi bourgmestre. Non moins éloquent qu^intrépide, il se plaisait dans les troubles, et eatrkna le peuple à seconder ses ambitieux projets. Il fut la principale cause de la guerre entre le Danemark et Lubeck, et des malheurs qui en furent la suite.

Avant les troubles, Ambroise Buchbinder vivait à

1^ HlfflrOlEE 0£ DAMEMÂEK

Copenhague dans la pins profonde obscurité. Mois

Geoi'ge Mùiild . W f siphalien d'oris^îne, était bourgmestre de Malaioe. Habile et audacieux, ^\ s'était placé al haut dans les bonnes grâces de Frédéric , qu'il en avait reçu des biens considérables et le titré de chevalier. Ces (juaue honiniesse servirent du comte Christophe comme d'un iostrument pour Taccomplissemem de leurs desseins.

La Hollande, soumise encore à Cbarles Y, avait lavorisf^ toutes les manœuvres employées par Christian Il , lorsqu il était encore en liberté , pour ressaisir son pouvoir. C'était de là qu'étaient sortis les vaisseaux de ce prince , c'était de là qui! avait tiré toutes ses ressources. Pour punir les marchands hollandais , Frédéric interdil à leiu s bAfîments l'entrée du Sund^ c'était pour eux un coup terrible , vu le commerce considérable qu'ils faisaient dans ces parages , et principalement sur les côtes dés pro* vinces occidentales de la Russie actuelle. Cette prohibition, au contraire, était une mine d'or pour les villes hanséatiqueSi notamment ponrLiH beck , qui exploitait le commerce de la Baltique. Les Hoilandais, pourne pas pei di e touîn întluence commerciale dans le Nord, promiient de ne rien taire pour Christian U \ à cette condition , on leur permit la libre circulation dans leSund. Les Lubeckois, que cet arrangement contrariait , envoyèrent nue floue pour croiser contre les navires hollandais dans la mer du Nord. Marx Mejer en eut le commandement ; mais , emportée par les tempêtes et jetée sur les côtes d'Angleterre, elle y fut retenue, et Mejer arrêté par les ordres de Henrî VIH.

Mejer recouvra plus tard sa liberté et fut même fait chevalier* Ce fut à son retour qull se maria et qu'il

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