‹ Histoire de deux soeursChapitre 10 sur 27 · I.E PREMIER PAS · texte numérisé non relu

I.E PREMIER PAS

que bien au-dessous de ses talens , pour vivre, en attendant mieux.

— Ah ! ça , maintenant il faut que je te gronde , dit madame Féret à Claire lorsqu'elles eurent monté leur troisième étage ; qu'as-tu donc à être triste ? Est-ce à cause de cette maudite musique ? Eh ! mon Dieu , beaucoup de celles qui t'ont critiquée ne sont pas seulement aussi habiles que toi : tu as baissé un peu à la fin , mais tu avais joliment commencé , va , tout le monde le disait. Déshabille-toi , ta tristesse passera avec le sommeil.

— Ma tante , répondit-elle d'une voix altérée , ma bonne tante , je ne veux plus retourner dans ce monde-là.

— Quelle idée ! Et pourquoi , pourquoi ?

— Parce que....

Un léger coup de sonnette qui se fit entendre en ce moment l'empêcha d'achever sa phrase.

— C'est sans doute notre femme de ménage , dit la vieille dame en allant ouvrir. Mais bientôt Claire l'entendit prononcer un : « Bonjour , mademoiselle , » bien sec , et au même instant , une petite fille de onze à douze ans , toute rouge de froid , en costume d'ouvrière , coiffée d'un simple bonnet d'où s'échappait

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une forêt de cheveux blonds , se précipita dans la chambre de Claire , qui tressaillit en l'apercevant , et lui sauta au cou.

— Fanny , ma sœur !

— Oui , c'est moi. Mais , continua-l-elle en ouvrant de grands yeux, comme te voilà élégante ce matin! Quelle jolie robe !....

— Je.... je l'essayais, répondit Claire en balbutiant , comme si la vue de sa sœur lui eût rappelé un souvenir qui la rendait honteuse.

— Et qui nous procure de si bonne heure l'avantage de vous voir? demanda madame Féret en pinçant les lèvres.

— fllairo le sait bien : il y a un an aujourd'hui (juc notre pauvre père est mort , et je viens te chercher , ma sœur , pour aller au cimetière. On m'a donné deux heures à l'atelier , mais dépêchons-nous.

A ces paroles , un remords cuisant pénétra le cœur de Claire : avoir été au bal la veille de ce jour sacré , et à qu<'l bal ! Sa jolie figure se contracta : elle sonfi'viùl.

— Vous voyez , mademoiselle , que vous faites de la peine à voire sœur et puis elle va s'enrhumer»

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