‹ Histoire de deux soeursChapitre 9 sur 27 · LE PREMIER PAS · texte numérisé non relu

LE PREMIER PAS

Telles furent les seules paroles prononcées par la jeune fille dans le trajet de la rue d'Enghien au haut du faubourg Poissonnière , où demeurait sa tante.

— La vieille folle ! se disait Charles un instant après en se rendant chez lui , elle s'imagine peut-être qu'une fois riche je n'aurai rien de plus pressé que de m'offrir pour mari à ma cousine qui est jolie , c'est vrai , mais voilà tout : pas si béte !

Arrivé dans sa mansarde , le futur directeur a serré soigneusement son costume de soirée , a allumé son poêle , et , sans prendre de repos , s'est mis à écrire avec ardeur. En remuant quelques papiers entassés sur sa table de bois blanc , qui , avec trois chaises , un lit sans rideaux et une commode , forme tout l'ameublement de son unique chambre , une lettre au timbre du ministère , jetée là sans doute dans un mouvement d'irritation , car elle est toute froissée , s'est rencontrée sous sa main. A cet aspect la colère a brillé dans ses yeux ; il a saisi la malencontreuse missive et l'a jetée au feu , en s'écriant : « Ah ! ils m'ont refusé!.... Je me vengerai. » Son travail terminé, Charles , fort modestement vêtu , se rendit aux bureaux d'un journal où il occupait une place de rédacteur subalterne , mince emploi qu'il a accepté , quoi-

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