‹ Histoire de deux soeursChapitre 3 sur 27 · LE PREMIER PAS · texte numérisé non relu

LE PREMIER PAS

Il était du nombre de ces demiéducations perdues sur le pavé de Paris , et qui , de ricochets en ricochets , harcelées par la faim, bourrelées par la fureur d'écrire, vont rouler dans le journalisme.

R. Brlcker.

Ne froissez pas cette jeune ame , ou, comme la sensitive, elle se repliera sur elle-même.

Jaae Porter.

C'ÉTAIT vers la fin de l'automne de 1827 , époque jetée déjà si loin de nous par tant d'événemens et par une révolution ; une victoire remportée par l'opposition avait fait couler le sang dans la capitale

32 LE PIIEWIER PAS.

quelques jours auparavant , et cette fois , comme toujours , l'impression produite dans les esprits par cette catastrophe , n'avait pas été de longue durée; à cette saison de l'année où tout Paris semble se parer pour les fêtes , un événement plus terrible eût été bientôt effacé des souvenirs , emporté par le retentissement des plaisirs de la veille et par l'attente de ceux du lendemain. Seulement , comme celui-là était un* texte fertile en déclamations , on en parlait encore quelquefois dans un bal ; pour beaucoup même , un bal n'était qu'un lieu de rendez-vous pour discourir longuement sur ce sujet; pourtant il faut leur rendre justice , les politiques avaient soin de se séparer des danseurs : parler de morts et de blessés au son d'une musique mélodieuse , eût été en effet une étrange anomalie : le sang versé offre une image si révoltante que le mot seul eût tué , pour une heure au moins , les riantes émotions. Ce mot , mais il serait une tache sur les diamans des femmes, une souillure aux robes blanches des jeunes filles- Allez-donc , messieurs , tenez-vous à l'écart , que vos paroles de colère ne viennent pas se mêler à ces doux murmures de galanterie , à ce délicieux caquetage de jolis riens ! Vos élans d'indiffnation effaroucheraient les sourires

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