CHAPITRE PREMIER
Vauvre Claire!
Hélas, jeune fille! tu as épuisé maintenant tout ce que ton existence pouvait contenir de joie; tu as revêtu ta robe blanche la première.
Ars. BRoT.
Et puis l’on n’entendit plus rien...
Ab ! c'était un affreux silence!
E. De VAULABELLE.
— C’est bien, Antoine, c’est bien! Maintenant que mon appartement est fait, vous pouvez descendre. Ah! un instant; quand on viendra, — et celui qui parlait ainsi appuya sur la particule d'une façon singulière ; — quand on viendra tout-
a-l'heure, vous laisserez passer sans rien dire, entendez-vous. Avec votre manie de toujours demander où l’on va, vous faites peur aux gens, et c’est ce qui est arrivé l’autre jour. Retournez à votre loge. D'ailleurs vous verrez bien que c'est pour moi, car on passera par le petit escalier.
Le portier valet-de-chambre sourit d'un air d'intelligence, s’inclina en signe de soumission aux ordres qui venaient de lui être donnés, et sortit. Sans doute, le locataire attendait ce départ avec impatience, car dès qu'il se trouva seul, il quitta les vêtemens qu'il avait pris au saut du lit, et passant dans un petit cabinet attenant à la pièce principale de l'appartement, il procéda à une élégante toilette du matin : coquetterie étrange dans un homme de cet âge ! Ensuite , après s'être miré dans une large psyché, il endossa une robe de chambre à fleurs vertes sur fond blanc, couleurs qui ne laissaient pas de s’harmoniser parfaitement avec le teint de sa pâle figure, et s'étendit dans une bergère. La joie d'une attente qu'il savait ne pas être vaine rayonnait dans ses yeux.
L'appartement était décoré sinon avec luxe, du moins avec un goût exquis ; les tentures aux nuances tendres et habilement mélangées y laissaient pénétrer une sorte de demi-jour voluptueux. Tout autour on voyait suspendus aux murailles de jolis tableaux de genre gracieusement encadrés, et
presque tous ces tableaux étaient des portraits debelles jeunes femmes ; on eût dit que le propriétaire de ce boudoir voulait appeler au secours d’un physique éteint l'excitation des images, tant il y avait d'art dans la disposition de ces gravures, tant aussi l’on respirait en ce lieu cet air doux et comme imprégné de mystère, qui invite si bien à l’enivrement des sens.
Cependant les minutes s’écoulaient et le vieil amant restait assis, bâtant de tous ses vœux l’heure qui allait sonner, car à cette heure il ne devait plus être seul , et suivant de l'œil l’aiguille de la pendule en face de laquelle il s'était placé ; puis il révait de plaisir et de tendresse, de plaisir surtout. Ses rêveries furent tout-à-coup interrompues par le tintement plusieurs fois répété de la pendule.
— Déjà ! — s’écria-t-il, se levant brusquement, réveillé comme en sursaut ; — déjà ! Elle devrait être ici et elle ne vient pas! — Alors sa physionomie révéla une sorte de doute et d'inquiétude ; il se mit à parcourir la chambre à grands pas, en proie à une agitation extraordinaire, allant d’une fenètre qui donnait sur la cour, par laquelle il regardait, à la porte du petit escalier où il prétait l'oreille , et répétant à chacune de ces courtes stations : — Rien ! personne! — Au bout d’un quart d'heure ainsi passé en allées et venues inutiles, il marcha plus vite, avec impatience d’abord, puis
avec humeur, enfin presque avec colère. Des exclamations confuses, des murmures de malédiction sortaient de sa bouche , parmi lesquels il n’y avait d’intelligible que ces mots qui revenaient sans cesse comme un refrain à ses pensées : — Le ne vient pas! Qui peut la retenir? — Deux ou trois fois il avait essayé de commander aux mouvemens soulevés en lui par l'attente et la contrariété ; il avait voulu s'asseoir, s’astreindre au repos, s'étourdir en un mot sur la course du temps maintenant si rapide; mais ne pouvant tenir en place, il ne s'efforçait plus de eacher ce qu'il éprouvait. À la fin pourtant une réflexion s'offrit à lui, et il s'arrêta court au milieu de sa promenade précipilée.
— Si elle ne venait pas, pensa-t-il, si elle se lassait de mes retards, de mes délais! Ah! s'il en était ainsi! — À ce moment un sourire indéfinissable glissa sur ses lèvres, un de ces sourires qui dénotent une perfidie calculée , une sorte de pitié dédaigneuse, eten même temps quelque chose qui ressemble à du regret. — Mais cela n'est pas possible, se dit-il un instant après; non cela ne se peut pas ; j'ai su inspirer une confiance absolue, et certainement ce n'est pas la tante qui ne sait rien... Allons , je m’effraie à tort : attendons encore. Eh bien! n'ai-je pas cru entendre ?..….. Je ne me trompe pas...
En effet, quelqu'un montait : il s'élança vers la porte.
- Il était sept heures du matin. Enveloppée d'un grand schall qui lui cachait la taille, la tête recouverte d’un voile au travers duquel on ne pouvait distinguer ses traits, une jeune fille descendait par une des rues qui tombent sur les boulevards intérieurs du haut dufauboug Poissonnière. D'abord la marche de- cette jeune fille avait été lente et mesuvée; mais au bout de la rue, après avoir jeté auteur d’elle un regard craintif, elle pressa le pas, gagna lestement le boulevard qu'elle suivit dans toute sa longueur, en ayant soin toutefois de s’arrêter de temps en temps pour voir sans doute si on la suivait; et rassurée sur ce point elle continua sa route.
A la voir ainsi tantôt courant presque, tantôt ralentissantsa marche, on eût deviné qu’elle tremblait , et à ses temps d'arrêt, à l'anxiété qui alors se révélait dans toute son attitude, que le but de cette promenade matinale était un mystère qu’elle n’eût pas voulu laisser pénétrer au prix de sa vie, un rendez-vous peut-être. À coup sûr aussi la pro-. meneuse était jolie ; du moins on pouvait le soupçonner, à en juger par ce qui paraissait de sa taille, par son pied petit et délicat et par le bas de sa jambe dont sa robe relevée permettait d'admirer la finesse.
Où done allait-elle de si bonne heure, la jeune fille qui semblait avoir peur d’être remarquée, et qui se cachait si bien à tous les regards indiscrets? Qui le sait, ou pour mieux dire qui ne le sait pas? Quel est celui, si déshérité qu'il soit des joies de la terre, qui n’a pas eu aussi sa jolie promeneuse courant le matin sur les pavés de la grande ville et arrivant, toute rouge et palpitante, dans la chambre où il l’attendait ? Qui n’a pas de ces souvenirs qui font vibrer le cœur alors que le cœur s'éteint sous la main glaciale de l’âge, celui-là , en vérité, ne peut pas dire qu’il a vécu. — Donc la jeune fille de notre histoire va où l'amour l'attend.
Et cependant, il y en a d’autres, des jeunes femmes, des anges voulons-nous dire, qui se réveillent avec le jour, qui sortent de leurs opulentes demeures, à pied pour n'être point reconnues, et qui vont porter à l’indigenee des secours et des consolations : à celles-là aussi amour et respect! — Alors ne vous hâtez pas d'interpréter À mal l’empressement de notre jeune fille.
Il y en d'autres encore qui, après avoir passé la nuit à coudre ou à broder, courent ehercher le chétif salaire de leur travail ; celles-là aussi tremblent : la misère n’a-t-elle pas son amour-propre? Elles sont à plaindre, les malheureuses, elles souffrent : pitié sur elles !
Quoi qu'il en soit, arrivée au point de Jonction
PAUVRE CLAIRE !- il
des boulevards Porssonnière et Montmartre, l'inconnue s'arrêta de nouveau ; de nouveau elle interrogea l’espace qu'elle venait de parcourir, et ne voyant sans doute aucun sujet de frayeur, elle traversa la chaussée, entra dans la rue en face, et, après être restée l'espace de cinq minutes sous la porte d’une maison de bains dans le faubourg Montmartre, elle revint sur ses pas ; à l’aide de détours adroitement combinés, de maintes contremarches habiles et en même temps exécutées avec tant de rapidité qu’il eût été difficile de la suivre à la piste, elle se trouva à peu de distance de son point de départ. Cette fois, elle ne se donna pas la peine de faire une nouvelle halte pour examiner autour d'elle : en effet, elle n’en avait pas besoin ; les curieux, s’il y en avait eu, ne pouvaient manquer d'avoir été complètement déroutés. Une porte cochère était devant elle, elle frappa aussitôt, et le portier de la maison, qui après lui avoir ouvert
s'était remis à balayer dans la cour, se dit en la voyant entrer : :
— ‘Ah! la voilà enfin! M. Morissot doit ètre d’une impatience !.. Oui, c’est elle ; elle va droit à l'escalier dérobé. Et dire qu'on ne peut pas savoir si elle est jolie; mais ça ne peut pas être autrement. Est-il heureux, le vieux scélérat !
En montant l'escalier, l'émotion de la jeune fille redoubla ; à deux ou trois reprises, elle fut obli-
gée de s'arrêter ; elle était venue vite, craignant
de manquer l’heure et de se trouver en retard, et maintenant qu’elle touchait au terme de sa route,
elle tremblait; les battemens précipités de son cœur la tenaient comme clouée à sa place, elle n’osait avancer. Ce n’était certainement pas la première fois qu’elle venait dans cette maison, qu'elle
passait par ce petit escalier, et jamais peut-être elle n’avait éprouvé un tel saisissement. C'est qu’autrefois elle arrivait heureuse et confante dans les promesses de l’homme qui l’attendait, et qu'aujourd'hui peut-être elle avait un de ces pressentimens que le ciel nous envoie, soit pour nous prémunir contre un piége, soit afin de nous punir d'une faute : hélas! pour la pauvre fille la sauvegarde venait bien tard ou le châtiment bien tôt!
Après avoir essayé de se remettre, sans pouvoir y
parvenir, après avoir appelé vainement à son aide le courage qui semblait l’abandonner, poussée par une main invisible plus forte qu’elle, et aussi peut-être excitée par une voix intérieure qui lui disait qu’elle avait tort de craindre, elle s’arma de résolution, gravit tout d’une haleine les derniéres marches, et frappa trois coups. Au même instant, une porte s’ouvrit, et, brisée par les combats qui se sont livrés dans son Ame depuis quelques minutes bien plus que par la fatigue de sa course rapide, la jeune fille se laissa tomber
dans les bras d’un vieillard à cheveux gris, vêtu d’une robe de chambre blanche à fleurs vertes : celui-ci prit sans doute ce mouvement pour une caresse, car il lui dit d’un ton où il y avait plus de douceur que de reproche :
— Vous venez bien tard aujourd’hui, mon ange : Je n’espérais plus vous voir. Pourquoi donc m’avoir fait attendre ainsi ?....... Je ne vous en veux pourtant pas, et puisque vous voilà, tout est oublié..... Allons, donnez-moi ce schall et ce vilain voile qui vous cache à mes yeux. |
Mais comme elle n’avait pas la force de faire ce qu’il demandait, il fut obligé de la débarrasser luimême de ce qui alors était du superflu dans sa toilette, et la voyant pâle et immobile, le regard fixe, l'attitude chancelante, il ajouta avec l’accent d’un profond intérèt :
— Qu’'avez-vous, Claire? Que vous est-il arrivé? Voyons, asseyez-VOus et tâchez de vous rassurer; je ne vous ai jamais vue ainsi : il faut quil 1l soit survenu quelque malheur.
Et avec le zèle empressé d’un jeune amant, il courut chercher des essences qu'il fit respirer à la belle malade ; puis, tout en suivant d’un air inquiet d’abord, joyeux ensuite, le retour progressif des couleurs sur son visage, il lui prit les mains et les couvrit de baisers et de caresses. Il s'était placé près d'elle et la regardait tendrement.
14 PAUVRE CLAIRR !
— Je suis mieux, — dit-elle après un silence, — je suis tout-à-fait bien. Ce que j'avais, je ne le sais pas moi-même, mon ami: un étourdissement, une crainte ridicule qui m'a saisi le cœur en montant, nous en parlerons tout-à-l'heure.
Le vieux monsieur ne dit rien, mais ses yeux disaient assez qu'il devinait la cause de cette crainte.
— Auparavant, reprit-elle, je veux m'excuser : si je me suis fait attendre, ce n’est pas ma faute, je vous le jure.
— Je le crois, mon ange.
— Imaginez-vous que j'ai eu toutes les peines du monde à obtenir de ma tante la permission de sortir. J'ignore ce qu’elle avait ce matin: dès hier je lui avais pourtant dit que je voulais aller au bain; elle voulait venir avec moi. Heureusementil n'en a rien été, et, grâce à ce mensonge, me voilà; car J'ai menti, et c’est mal, n'est-ce pas ?
— Ce n’est pas moi qui répondrai oui, je ne puis que vous en savoir gré; merci, Claire, merci ! Mais dites-moi, croyez-vous que votre tante se doute de quelque chose ?
— Non, oh! non, je ne le pense pas. Il ne manquerait plus que cela. Elle qui m'aime tant, que deviendrait-elle si elle soupçonnait seulement ?.… Ab ! j'en suis sûre, elle en mourrait de chagrin.
À ces mots, un sourire d’incrédulité se dessina
éur les lèvres de Morissot. Claire ne le vit pas, et continua :
— Et moi-même que déviendrais-je alors ? Je suis assez coupable déjà, je le suis trop, et Je croirais l'être encore davantage; mais ce malheur n’arriyera pas, vous me l'avez promis; bientôt... Elle fixait sur lui un regard interrogateur et suppliant à la fois : le vieillard se détourna et fit un geste qui pouvait se traduire ainsi: « Encore ! vous savez bien que cela m'ennuie !» Elle le comprit.
— Ce sujet vous déplaît, mon ami, poursuivitelle d'une voix douce; je vous fatigue toujours des mêmes demandes : c’est que mon bonheur est là tout entier, voyez-vous.
— Ce n’est pas ce que j'ai voulu dire, Claire, vous pouvez m'en croire ; mais, mon Dieu, que craignez-vous? N'êtes-vous pas sûre que je tiendrai ma parole?
— Oui, je l'espère, oui, j'en suis sûre, repritelle avec énergie, sans cela je serais morte dès le premier jour. Mais il y a des momens où malgré moi... Et tenez, je veux être franche, je veux que vous n’ignoriez rien de ce qui se passe en moi : tout-à-l’heure, en venant ici, je tremblais, un doute affreux, un doute sur vous, sur vos promesses, m'a traversé la tête, car je l’ai repoussé bien vite : il me faisait trop mal à moi, et trop injure
16 PAUYRR CLAIRE!
à vous. « S'il me trompait !» pensais-je. Oh ! pardonnez-le-moi, je ne suis pas maîtresse de mes pensées ; tout ce que je puis faire c'est de les bannir aussitôt qu elles viennent, et c’est ce que à fait, mon ami. Pardomnez-moi !
— À merveille! répondit-il, accueillant avec froideur et même avec une espèce de dureté ironique cet épanchement naïf; — à merveille! Oui, ma chère amie, je vous pardonne de grand cœur, et il paraît que j'ai beaucoup à vous pardonner. — Puis changeant de ton : —Eh quoi! Claire, toujours vos idées bizarres , toujours vos chimériques terreurs ! Que faire donc pour les bannir de votre esprit? Il semble que vous preniez à tâche de vous rendre malheureuse. En vérité, ne vaudrait-il pas mieux jouir du bonheur qui nous est accordé sans chercher à nous en faire un autre ? Je sais qu'il est troublé, — se hâta-t-il d’ajouter, car la jeune fille pâlissait, — je sais qu'il n’est pas aussi complet que nous le désirons tous les deux, mais enfin, c’est du bonheur. Non, au lieu de cela, vous vous forgez des monstres, vous vous tourmentez à plaisir, et c’est moi que vous accu- . sez ensuite, tandis qu’il n’y a pas en moi un vœu, une pensée qui ne vous ait pour objet et pour but.
— Je ne vous accuse pas, vous vous trompez, Je-n’ai pas ce droit-là, et si je l'avais, je n’en userais pas, le ciel m'en est témoin ! Et de quoi vous
accuserais-je ? De m’aimer : j’en suis si contente ! De vouloir... non, je ne veux pas répéter ce motlà, mais vous me comprenez. Eh bien! je ne le crois pas, je suis certaine du contraire, je suis certaine que bientôt, aussitôt que vous pourrez...
— À la bonne heure !
— D'ailleurs, vous le voyez bien, je m’arrète si peu à ces craintes chimériques, comme vous les appelez, oui, et avec raison !... À quoi vais-je songer ? c'est de l’extravagance. Allons, je ne vous en parlerai plus, mais elles sont involontaires ; d’ailleurs, je les chasse si promptement qu’elles ne m'empêchent pas de venir vous voir, puisque je suis là. Elles ne m'ont pas empêché non plus ce jour, vous vous en souvenez... ce Jour... Ou j'ai été folle. ….
— Folle! ah! Claire, le mot n’est pas aimable pour moi.
Elle avait, toute confuse, caché sa tête dans ses mains en cessant de parler ; lorsqu'elle la releva, sa rougeur n'avait pas disparu, mais ce n’était plus celle de la pudeur ; et il y eut un mélange d’afiliction et de dépit dans l’accent avec lequel elle repartit :
— Oh! se peut-il que vous me supposiez l'intention.…. Oui, folle, je le répète : cela prouve du moins que j'ai agi sans arrière-pensée, avec une confiance entière dans vos sermens.
— Cher ange! À mon tour c'est moi qui vous prie de me pardonner mes reproches de tout-àl'heure, — et l’attirant à lui : — Je n'ai rien oublié non plus, poursuivit-il, — ni ce jour de bonheur, ni mes sermens solennels; alors je promis de vous épouser, Claire , et vous m'avez cru : votre confiance ne sera pas trompée, je vous le jure. Ah ! s’il ne tenait qu’à moi, si ma volonté seule pouvait sufiire, nous serions unis dès long-temps ; mais vous le savez, il y a des formalités à remplir : quoi que j'habite Paris depuis bien des années, je n'y suis pas né; pour un mariage on a besoin de papiers, d'actes indispensables, vous savez tout cela; j'ai écrit dans-mon pays’afin de les avoir, et on me fait attendre, on ne me répond pas. Attendre, comme si j'en avais le temps! Claire, vous souffrez de ces retards, mais je vous atteste qu'il est quelqu’un qui en souffre autant que vous, plus que vous peut-être, — oui, plus que vous, bien certainement, — et ce quelqu'un, c'est moi.
— Ainsi, pas encore de nouvelles ?
— Non. Je ne sais en vérité à quoi ils pensent là-bas , je ne puis comprendre la cause de ce retard : ce que j'ai demandé, ce qui m'est nécessaire est pourtant la chose. du monde la plus facile : quelques pages d'écriture, voilà tout. C'est fait exprès pour moi : au moment où je touche à une félicité qui doit durer autant que ma vie, au mo-
ment où , comblant mes vœux les plus ardens , je -pourrais satisfaire aux vôtres !.... Ah! c’est un cruel -supplice que l'attente en ce moment; je bous d’im- ‘patience , et rien, rien !.... Et ce qui augmente encore les tourmens de mon supplice, c’est que -vous le subissez en même temps, c’est que je vous apporte, quoique involontairement, des peines en -échange de votre amour, de votre abandon généreux; c'est que vous êtes bonne, tendre et dévouée, Claire, et que malgré vous, cependant, vous me soupçonnez, et que ces soupçons sont pour vous une souffrance de plus : voilà le plus horrible. Si J'étais seul à souffrir, du moins, je ne me plaindrais pas... Non, je saurais renfermer en moi- -même et ma douleur et mon anxiété ; mais vous voir, vous... cela me brise le cœur.
Il parlait avec tant de bonne foi, sa voix était si triste, il paraissait si péniblement affecté du mauvais succès de sa démarche, que la jeune fille, mettant de côté ses propres chagrins pour ne son- -ger qu’à ceux de son vieil ami, et croyant lui devoir des consolations, répliqua vivement :
— Il ne faut pas vous désespérer à cause de moi; je suis désolée maintenant de vous. avoir “parlé de mes craintes ridicules; je n'avais pas ‘attendu l'expression de vos regrets et de votre impatience pour les bannir, croyez-le bien ; elles ne -reviendront plus, mon ami, je vous le promets.
Quant à cette réponse que l’on tarde tant à vous faire, eh bien! ayons un peu de patience, puisqu'elle finira par venir. À quoi bon nous tourmenter comme si c'était un mal irréparable?
Tenez, moi, je ne veux plus y penser, afin que le bonheur soit plus grand quand il arrivera. Ce n’est que quelques jours à attendre d’ailleurs, et les jours passent si vite. Allons, faites comme moi: vous me blâmiez il n’y a qu’un instant : faut-il donc qu’à mon tour je vous donne des leçons de courage?
Elle souriait, le vieillard parut embarrassé ; mais son trouble ne dura qu’un moment, et à l’accent calme et pénétré avec lequel il répondit, sa consolatrice put se croire certaine que sa leçon n'était pas perdue. |
— Du courage! dit-il, vous réussiriez à m'en inspirer lors même que tout espoir me serait enlevé, à plus forte raison aujourd'hui que nous sommes loin de là. Vous partagez mon sort, vous prenez la moitié de mon ennui : comment pourrais-je vous résister, et m'abandonner à l’accablement quand vous me dites d'avoir du courage? Oui, j'en aurai, il le faut bien ; mais je n’en maudis pas moins ces lenteurs inconcevables qui reculent ainsi la réalisation de ma promesse sacrée : moi qui ne demande qu’une chose à présent, votre tranquillité d'âme, car elle seule me man-
que, mais c'est un vol*qu'ils me font! Pourtant, Claire, c’est de la folie, n'est-ce pas, de s'inquiéter de leur silence ?
— Sans doute, mon ami. Qui sait à quoi il tient? À une bagatelle, à rien , peut-être? et dût-il durer long-temps encore, moi, je ne m’en effraierais pas. Rassurez-vous donc pour ce qui me regarde puisque je serai votre femme quoi qu'il arrive.
— C'est cela, nous voilà si bien ! Après tout, il est dur d’être forcé d’avoir recours aux autres pour être heureux, quand on pourrait s’en passer... si l'on voulait... — Mais s’apercevant que Claire changeait de visage à cette insinuation indirecte, il poursuivit avec un grand sang-froid : — C’est une réflexion qui m'a traversé la tête et que je n’applique nullement à nous, ma chère petite : vous serez ma femme , je vous le promets de nouveau.
A cette protestation exprimée du ton de la sincérité, Claire poussa un long soupir comme si un poids énorme venait d’être enlevé subitement de dessus sa poitrine qu'il oppressait , et recouvra le calme doux, presque joyeux, que la tentative imprudente de Morissot lui avait fait perdre.
— Ah!jy pense, s’écria tout-à-coup celui-ci, je devine pourquoi l’on ne m'a pas répondu, pourquoi l’on ne me répondra pas peut-être.
— Qu'est-ce donc? — demanda-t-elle , toutes
ses craintes se réveillant à l’idée d’un malheur, non moins qu'à l'aspect du sombre nuage qui couvrait le front du vieillard. — Qu'est-ce donc? Parlez , parlez, je vous en supplie, mon ami.
— Ce n’est qu'un soupçon, Claire, un simple soupçon, et comme je ne veux rien vous cacher, Je vais tout vous dire ; mais cela ne se peut pas. Enfin voici : là-bas, dans mon pays, j'ai des parens, des nièces, des neveux, des collatéraux avides en un mot, qui comptent sur ma fortune ; vous devez penser qu’en leur qualité d’héritiers, et qui dit héritier d’un vieux garçon dit ce qu'il y a de plus exécrable au monde, vous devez donc penser qu'ils sont au courant de mes affaires aussi bien que moi-même, qu’ils me font suivre, épier…
— $e pourrait-il? |
— J'ai de bonnes raisons pour parler ainsi... Et s’ils ont eu connaissance de mes projets, Je ne trouverais pas du tout extraordinaire qu'ils eussent recours à tous les moyens pour empêcher un mariage qui les priverait de mes dépouilles ; rien d'étonnant non plus à ce qu'ils s'unissent dans le danger commun et qu'ils usent de toute leur influence afin qu’on ne m'envoie pasles papiers qu’il nous faut. Les misérables !
— Vous les accusez peut-être à tort, mon ami.
— C'est possible, mais ils sont capables de ‘tout. Si je le savais, si j'en étais sûr, ils me paie-
-raiemt cher cette marque d'amitié. Tenez, Claire, nous pouvons bientôt savoir à quoi nous en tenir; dans tous les cas, c’est la meilleure manière de sortir d'inquiétude : le voulez-vous ? Dites un mot, et ‘Je pars. À la vérité, le voyage est long, cela me fatiguera..… N'importe! j'aurai du plaisir à faire cesser vos doutes et aussi à traiter mes chers ne- ‘veux comme ils le méritent. Dés demain je pars, et dans huit jours vous me reverrez. Le voulezvous ?
— Oh! non, né partezpas, ne me quittez pas!
— Elle se tut, comme si elle eût craint que la vivacité de sa réponse et l'accent de sa voix ne trabissent sa véritable pensée; Morissot, tout entier à sa colère, n’eût pas l'air d’yvprendre garde. — Mon ami, continua-t-elle, je ne pourrais pas supporter une absence même de la plus courte durée ; et si par hasard vous veniez à être retenu en route, jagez de mes alarmes, de mes-angoisses : ce serait une torture au-dessus de-mes forces. Et vous-même, si vous tombiez malade, je ne me le pardonnerais pas : restez plutôt, écrivez encore pour presser cet envoi. J’attendrai, oui, J'attendrai : vous se-
-rez là du moins.
— Il n’est rien que je ne fasse pour vous satisfaire, — dit-il, adoptant sur-le-champ cette idée ; — je ne partirai pas, Claire, puisque vous le désirez, j'écrirai.
— Dès aujourd’hui, si vous voulez étre aimable,
— Dès aujourd’hui, je ne demande pas mieux, et ma lettre sera conçue en termes si positifs qu'il faudra bien qu'on ne recule pas davantage. Vous avez raison : ce parti est le meilleur. Je n’écoutais que mon ressentiment, que mon envie de vous plaire ; mais à présent j'éprouve que j'aurais eu bien de la peine à me séparer de tout ce que j'aime pour huit jours seulement. Vous le voyez, je suis prèt à vous obéir ; il en sera toujours ainsi.
À partir de ce moment, la conversation changea de ton et de caractère ; si la jeune fille se trouvait tranquillisée par suite de la résolution qui venait d’être prise, le vieil amant de son côté paraissait aussi délivré d’une grande inquiétude. Rassurés donc tous les deux et débarrassés d’un sujet d’entretien qui renouvelait les doutes de l’une et qui n'était pas moins importun à l’autre, ils se mirent à causer d'objets plus en harmonie avec leur situation mutuelle, et parlérent de l'avenir. En s’élançant dans ces projets de tendresse et de félicité si doux à l'oreille d’une femme comme Claire, le vieillard était sûr de calmer complètement les appréhensions de sa belle maîtresse; aussi se laissat-elle aller, ingénue et confiante, à des paroles qui lui montraient dans un temps peu éloigné la réalisation de ses plus chères espérances; et, le cou tendu, le visage illuminé de charmantes cou-
leurs, son Âme tout entière respirant dans son regard, elle écoutait avidement.
— Nous aurons, disait-il, un appartement sur le boulevard : j'en ai un en vue que nous irons occuper aussitôt après notre mariage. Là, Claire, nous recevrons peu de monde, mais une société que je choisirai selon vos goûts, des artistes, des gens dont l'éducation sera.en rapport avec vos idées ; vous serez la maîtresse, vous ferez les honneurs de la maison. Ne craignez pas de rencontrer sans cesse en moi un obstacle à vos plaisirs, un de ces maris jaloux et maussades qui s’étudient à contrarier leurs femmes ; non, c'est vous qui réglerez l'emploi de votre temps, et le soir, si vous ne voulez pas rester à lire ou à faire de la musique, vous n'aurez qu'à parler, je serai là pour vous conduire au spectacle que vous aimerez le mieux.
— Et ma tante ?
— Votre tante viendra avec nous, si vous le désirez et que cela lui convienne ; et puis nous aurous un cabriolet, non pas pour moi, je m'en suis passé jusqu'ici, mais pour vous.
— Il ne faut pourtant pas vous ruiner pour moi, mon ami.
— Non, non, je puis faire cette dépense, et d’ailleurs en économisant d’un:autre côté, sur ce qui me regerde personnellement, par exemple.
Avant tout, la santé de ma femme, et la laisser
sortir à pied par la pluie, en hiver, pour qu'elle s'enrhume!... Non pas... C’est décidé, un joli cabriolet..….. Quelle est la couleur que vous préférez ?
— Cela m'est égal.
— Mais jy tiens, moi. Il faut une couleur qui fasse encore ressortir cette belle tête que j'aime tant : sur cela je vous avertis que je serai inexorable,
— Que vous êtes bon!
— Pas du tout : je serai si content de vous voir gaie et charmante! Ainsi, mon ange, un peu de patience, et l'avenir vous paiera des peines du présent. Quant à moi, si alors mon bonheur devra s’accroître de la pensée que vous n’aurez plus rien à désirer, du moins dans ce temps-là ne vous aimerai-je pas plus que je ne fais maintenant; ce. sera impossible, car voyez-vous, Claire, il y a autre chose que de l’amour dans le sentiment que j'éprouve pour vous, il y a de la reconnaissance, oui, une reconnaissance bien forte et qui ne périra jamais dans mon âme. Vous êtes jeune et belle, moi je suis vieux, non par le cœur certes, mais par les années; enfin j'ai presque trois fois votre âge, et cependant vous m'avez accordé tout ce que vous pouviez donner... Pourquoi rougir d'a- .voir cédé à l'impulsion qui vous entrainait ? Je sais bien que, lorsque la raison revient, une jeune
file, quoique ses idées la placent au-dessus du vulgaire, a quelquefois du repentir, du regret même de son abandon, et je ne vous en veux pas; encore bien moins suis-je capable de faire tourner lâchement cet abandon contre vous. Mais moi j'en suis fier; d’autres appelleraient mon orgueil du nom d’égoïsme; pour ma part je n'accepte pas cette accusation. Non, c'était de la crainte; je me défiais de moi-même, de mes cheveux gris; je me disais : « En l’épousant, je ne devrai qu’au devoir ce que je voudrais obtenir de son amour. » Il faut me pardonner cette pensée ambitieuse, ma chère petite, et le doute qu’elle renferme; je ne pouvais vous connaître comme je vous connais aujourd'hui. Être aimé de vous eût été pour moi un si grand bonheur, qu’il me semblait que le désir seul était une folie, un rêve. Concevez donc ma joie, mon ivresse, aujourd'hui que je suis certain de votre affection désintéressée.
— Oh ! oui, s’écria-t-elle, vous savez me comprendre, vous, mon ami; vous me jugez bien et j'ai foi en vous comme vous en moi. Je ne me repens pas, je ne regrette rien, soyez-en sûr. Je suis heureuse : je le serais du moins si parfois je n'avais honte de moi-même.
— De la honte pour avoir été bonne, pour avoir eu pitié d’un vieillard! Ah! Claire, ne dites pas cela. Vous affirmiez tout-à-l’heure que vous aviez
agi sans arriére-pensée, avec une confiance absolue. |
— Et rien n'est plus vrai.
— Alors cette abnégation devrait vous rassurer. C'est le calcul qui fait la honte : il n’y en a point dans l'entrainement, il ne saurait y en avoir même aux yeux du juge le plus sévère, lorsqu'on n’a fait qu’obéir à son cœur. Qu'est-ce donc à mes yeux, à moi qui puise dans cet abandon tant d'amour et de bonheur? De la honte pour vous! Oh! non, non, chère enfant ; repoussez ces vilaines idées. Ce serait moi plutôt qui devrais être honteux de n'avoir pas su, par mes soins, par mes sermens, remplir assez votre cœur pour qu'elles n’y puissent trouver de place... Si vous m’aimiez, Claire, vous ne parleriez pas ainsi...
— Je ne vous aime pas? dit-elle.
— Pas autant que je le croyais du moins, puisque vous rougissez des preuves de tendresse que vous m'avez données; mais non, il vaut mieux penser que c’est un sentiment involontaire.
— Oui! bien involontaire, je vous jure.
— Et moi j'en suis plus fier encore s’il en est ainsi; car ces craintes naïves, cette pudeur ingénue, doublent le prix du trésor qui m’appartient. Pourtant je ne veux pas être égoiste, et je donnerais la moitié des jours qui me restent, à la condition que vous ne verriez comme moi dans le lien
qui nous unit que des motifs d'orgueit et de féticité sans nuages.
— Je désirerais aussi n’y voir que cela, — répliqua-t-elle avec le ton d’une exquise sensibilité ; — j'y ferai tous mes efforts, je vous le promets : seulement il faudra que vous m'aidiez.
— J'y consens, et de toute mon âme!.... Pour cela, s’il ne faut que vous prouver par toutes mes paroles, par toutes mes actions, combien je vous aime, que je n'aime que vous en ce monde, que vous seule pouvez me rendre heureux ou malheureux à tout jamais par votre amour ou par votre frotdeur, oh! s’il ne faut que cela, Claire, soyez-en sûre, je réussirai à dissiper ces alarmes qui viennent, en dépit de vous, troubler la sérénité de votre âme : oui, si vous me croyez toujours comme vous me croyez aujourd’hui, j'y parviendrai.
Alors il renouvela ses protestalions, ses promesses, ses tableaux de bonheur pour l'avenir , il s’anima , il devint éloquent ; ses yeux brillaient, ses gestes, ses paroles, l’accent de sa voix, respiraient la franchise et l'enthousiasme.
Il ne faut pas tant s'étonner si quelques femmes, jeunes et jolies, éprouvent une véritable affection pour des vieillards, tandis qu'un jeune homme les trouvera sourdes à ses déclarations, indifférentes à l'expression vraie ou feinte de ses tourmens. Cette préférence qui au premier abord semble hors na-
ture est facile à expliquer : la passion du vieillard est plus calme, plus profonde, plus intime, et promet une plus longue durée ; or, quelle est la femme qui n'est pas flattée dans son amour-propre, ce compagnon inséparable de l'amour , par la perspective d’une domination qu’elle seule pourra briser , d’une domination entière, absolue, à laquelle l'Age de l'amant ne lui permettra pas même de songer à se soustraire. Ajoutez à cela, et nous devons l'avouer à la honte de la jeunesse , le vieillard est plus aimable, plus attentif, plus délicat dans les soins qu’il rend à l’objet de sa tendresse ; comme il a des rides et des cheveux grisonnans à se faire pardonner , il s’étudie à plaire au moyen de son esprit, et si l'esprit lui manque, de son dévoàment. Un homme de cinquante ans qui aime bien est toujours un peu Allemand de cœur : s’il ne se réduit pas au platonisme pur et simple, du moins y a-t-il dans ses jouissances quelque chose de contemplatif pour ainsi dire ; et combien de femmes, de jeunes filles surtout, dont l’Ââme rêveuse s’accommode à merveille de cette liaison tranquille, effraÿées qu'elles seraient de Ja fougueuse ardeur d'un amoureux de vingt-cinq ans! Et puis il faut bien aussi en convenir : c’est un grand triomphe pour la vanité de réveiller du feu dans un cœur que l’âge et l'expérience devraient avoir éteint. La rareté fait le prix des choses et des hommes :
une jeune fille a dix adorateurs : on peut parier à coup sûr que tous les dix sont jeunes comme elle, et que par hasard peut-être il s’en trouve un qui a le triple de son âge ; jugez si celui-là n’a pas du mérite ! D'ailleurs, à défaut d'autre preuve, il est reconnu depuis que le monde est monde que les extrêmes se touchent, et parmi les êtres de la création nul n’est plus porté que la femme à démontrer la vérité de cet aphorisme providentiel.
Toutes les terreurs de Claire avaient disparu, emportées par les discours persuasifs de son amant; elle s'endormit dans une douce sécurité. Oh ! dans ce moment elle était heureuse! et les heures passaient... Tout-à-coup cependant elle jeta un coup-d'œil sur la pendule et s’écria :
— Ah! mon Dieu! déjà si tard! Que dira ma tante ? Il faut que je m'en aille. Adieu!
Mais lui, la retenant :
— Pas encore, mon ange, pas encore, dit-il.
Et l’attirant dans ses bras, il la força de tomber sur ses genoux; leurs lèvres se rencontrèrent..…. C'était un hideux contraste que celui offert par ces deux têtes : l’une jeune, avec une chevelure brune et soyeuse, avec un visage si frais et si beau ! l’autre couverte de cheveux gris, et là-dessous une figure pâle avec des rides, une tête de vieillard.
— Adieu! Claire, mais pas pour long-temps ;
j'irai vous voir aujourd'hui, et si la bonne madame Féret est fâchée de votre longue absence, je sais le moyen de lui faire oublier sa mauvaise humeur. |
— Comment?
— Je lui offrirai de vous conduire toutes deux à l'opéra ce soir ; ainsi nous serons ensemble presque tout le jour.
— Ah! tant mieux! Vous direz qu'on vous a donné des billets ?
— Sans doute, sans doute, comptez sur moi.
Il ne faut pas qu’elle soupconne.… Au revoir! Préparez votre toilette; je ne vous dis pas de vous faire belle, vous n’en avez pas besoin. Adieu, adieu, chérie! Aime-moi bien... comme je t'aime.
Un dernier baiser suivit ces paroles. La jeune fille rougit, mais en même temps elle souriait.
Pauvre Claire!