‹ Histoire de deux sœursChapitre 17 sur 29 · V. Huco · texte numérisé non relu

V. Huco

« Cnér Soeur,

» Je suis bien contante, va! Imagine toi que depuis que nous nous some vus, il sais fait un gran changement dans ma pausition ; je ne suis

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plus en chambre, je suis bocou mieux... Mais non, je ne veu pas t'en dir davantage : c'est une surprise que je te réserve. Vien don me voir le plutôt possible, et je te conterai tou. Tu me trouvera dans mon ansien âtelié de la rue St Jâques. Adieu, n’y manque pas. Je t’attan. Ta bonne sœur qui t'aime, » Fanny. »

— Dieu ! ‘quelle orthographe! — s’écrie d’un air méprisant madame Féret qui lit par-dessus l’épaule de Claire la lettre de la petite, lettre que nous avons conservée telle qu’elle a été écrite par l’ouvrière ; — Quel griffonnage ! Il faut que ce soit toi pour le déchiffrer.

— Oh ! j'y suis accoutumée. À la vérité, Fanny n'a pas une trop jolie écriture, mais ce n’est pas étonnant, elle s’est appris presque toute seule.

— Ïl y paraît, — réplique la veille rancuneuse; — l’écolière est digne du maître; et puis, que peut-elle avoir à te dire? Quelque niaiserie encore probablement ; c’est bien intéressant, ma foi. Si j'étais à ta place, je sais bien que je ne me dérangerais certainement pas pour cela.

— Vous, ma tante, je le conçois : vous n'aimez pas ma sœur, et J'en suis fâchée autant pour vous que pour elle; moi, c’est différent...

— Tu feras ce que tu voudras, ma ehère amie;

mais te faire trotter là-bas à propos de rien, j'en suis sûre, une course abominable! comme si elle ne pouvait pas venir elle-même t’apprendre ce qui Jui est arrivé de si heureux. Mademoiselle ne veut pas se fatiguer, et en attendant la corvée retombe sur toi.

— Je parierais qu'il lui a été impossible de quitter son atelier ; sans cela, au lieu de sa lettre, c’est elle que nous aurions vue aujourd’hui.

— Oui, oui, excuse-la ! Tu es trop bonne, Claire, et pour qui? Pour une ingrate qui finira par te Jouer un mauvais tour, Je t'en préviens : ce ne sera toujours pas faute d’être avertie..…..….

— Encore vos préventions ! Que vous at-elle fait qui puisse vous faire penser aussi mal d'elle?

— Préventions, tant que tu voudras, mais c'est plus fort que moi : l’idée que cette petite pimbéche te causera quelque malheur tôt ou tard ne peut me sortir de la tête. Ce qu'elle m'a fait, elle a tout le caractère de sa mère, et sa mère était une hypocrite qui m'a. Enfin, toutes mes paroles n'aboutiraient à rien : crois à son amitié, aies-en pour elle puisque je ne peux pas t'en empêcher ; mais un jour viendra où tu auras à t'en plaindre, J'en mettrais ma main au feu; alors tu te souviendras que je ne t'ai pas épargné les prédictions; alors il ne sera plus temps.

— Si vous disiez vrai, ma tante, — répondit la

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jeune fille avec émotion, — si Fanny se montrait jamais ingrate et méchante envers moi, j'aurais du moins pour consolation la pensée que je n’ai rien fait pour mériter une pareille conduite. Mais non, — ajouta-t-elle en souriant, pardonnez-moi si je crois que vos présages prennent leur source dans votre aversion pour ma sœur et nullement dans la vérité, dans quoi que ce soit même qui ait l'apparence de la vérité. Quant à sa prière de me rendre près d'elle, c'est une nouvelle preuve de sa tendresse. Elle est heureuse, elle veut me faire partager son bonheur et je lui en sais gré. M’accompagnerez-vous, ma bonne tante ?

— Où cela ? rue Saint-Jacques ? Non certainement... Qu'irais-je y voir ? Cela ne me regarde pas.

— En ce cas, j'iraiseule. Aujourd’hui il est trop tard; j'attendrai à demain...

Madame Féret garda le silence ; elle voyait qu'elle ne ferait que d’inutiles efforts pour détacher sa nièce d’un sentiment que celle-ci gardait au fond de son cœur comme un dépôt sacré. Claire aimait sa tante, mais pas au point d'épouser, pour lui plaire, sa haine injuste pour la pauvre Fanny; et peut-être la jeune fille tenait-elle d'autant plus à son amitié de sœur, que cette amitié pure et innocente lui semblait aux yeux de Dieu comme une compensation à cet autre sentiment, cet autre amour qui avait trouvé accès daus son âme, et

que, malgré ses raisonnemens, malgré son désir d’étouffer la voix de sa conscience, elle était parfois, dans la solitude, forcée de trouver coupable.

Ainsi que l’a fait malignement observer madame Féret , la course est longue du faubourg Poissonnière à la rue Saint-Jacques, et le lendemain matin, Claire sortie de bonne heure de chez elle, hâte sa marche pour arriver plus tôt : il lui tarde de savoir la bonne nouvelle que sa sœur doit lui apprendre, et puis elle n’a pas beaucoup de temps à rester auprès d'elle, car elle a promis à sa tante d’être de retour à l’heure ordinaire de leur déjeûner. « — Cette pauvre Fanny, —se dit-elle en pressant le pas, — que ma tante a tort de l’accuser de mauvais desseins contre moi ! Chère petite, je ne lui ferai pas l’injure de la croire capable d'une telle perfidie; ma tante aura beau dire et beau faire, je l’aimerai toujours : il m’en coûterait trop d’avoir à me défier d'elle. Je me reproche même de m'arrèéter si long-temps à des soupçons que rien ne peut justifier.» — Au bout de trois quarts d'heure de marche, joyeuse, et un peu de curiosité se mélant à sa joie, elle entre dans le magasin.

C’est madame Mollier qui vient la recevoir.

— Vous venez voir notre chère Fanny, dit la maîtresse; vous allez la trouver bien contente, sans compter que je le suis autant qu’elle; mais il

La

faut que je vous conduise : ayez la bonté de me suivre.

Et lui faisant traverser Île magasin, puis le corridor qui mène à l'atelier, elles sont bientôt à la porte de cette dernière pièce. Claire se dispose à pénétrer dans l'appartement, lorsque madame Mollier, la saisissant par le bras, lui dit bas à l'oreille :

— Non, pas encore, mais regardez, mademoiselle, regardez : la voyez-vous ?

Claire s'arrêta en effet à ces paroles : la porte de l'atelier est entr'ouverte , et l'œil peut apercevoir les ouvrières occupées de leurs travaux. Au milieu d'elles, sur un siége plus élevé que ceux de ses compagnes, Fanny est assise, la figure radieuse, s’efforçcant de prendre un petit air de dignité que le manque d'habitude etle bonheur qui l’oppresse ne lui permettent pas de garder long-temps. Parfois elle élève la voix, soit pour recommander le silence , soit pour diriger les moins habiles dans la confection de leur tâche, mais c’est avecune timidité enfantine qui n’impose pas beaucoup de respect aux récalcitrantes.

— Elle s’y fera, — dit encore madame Mollier ; — d’ailleurs je suis là pour la soutenir.

Et comme Claire va lui demander l'explication de ce qu’elle voit, la digne dame renforçant le

. Yolume de son organe:

— Silence, mesdemoiselles, s’écrie-t-elle.

Puis s’avançant dans l'atelier , elle ajoute :

— Fanny, c'est votre sœur qui demande à vous parler. |

Oh! alors dignité, travail, Fanny oublie tout pour s’élancer vers Claire et vient tomber dans ses bras. Après l'avoir embrassée à plusieurs reprises sans trouver la force de prononcer un mot, pleurant presque et souriant tout à la fois, elle l’entraine un peu à l'écart; là, son cœur déborde ; cependant elle conserve assez d'empire sur ellemême pour ne faire qu’à voix basse la confidence promise par sa lettre :

— Je suis première demoiselle, ma chère amie, dit-elle enfin ; première demoiselle ! Conçois-tu ? Je gagne gros à présent, je pourrai m'acquitter avec sœur Louise, faire des économies. Que je suis done contente ; mais ce qui me rend heureuse surtout, c'est de voir que ma nouvelle te cause tant de plaisir, bonne Claire!

Celle-ci, en effet, témoigne par ses caresses combien l’avancement de sa sœur lui donne de satisfaction ; de douces larmes mouillent ses paupières; Fanny les essuie avec ses baisers.

— Et ce bonheur n'est arrivé, continue l’ouvrière, au moment où je m'y attendais le moins. Avant-hier madame m'a demandé si je voulais... Certainement que je ne pouvais refuser, et le même Jour j'ai été installée ; oh! ça n’a pas été long. Ma-

dame est bien bonne! va! elle a joliment changé. Et puis je n’ai plus trouvé ici les méchantes qui m'en voulaient.

Pendant cet entretien en phrases entrecoupées, les plus espiègles de l'atelier ne levaient pas la tête de dessus leur ouvrage : la présence de la mattresse les intimidait. Claire n’a plus rien à apprendre, Fanny a tout dit, tout FReontE, et se prépare à regagner sa place.

— Eh bien! — dit alors madame Mollier en s’adressant à Claire, — vous savez ?..… Elle est bien ‘ jeune mais j'ai passé sur son âge parce qu'elle travaille comme si elle avait quinze ans de plus, parce qu’elle a de l'ordre et que mes meilleures pratiques ne veulent que ce qui sort de ses mains ; et puis, — ici le ton de la respectable matrone devient sec et impératif, et'elle se tourne vers les ouvrières, — parce que Ça me convient, et quand je me trouve bien de ce que j'ai fait, je ne vois pas pourquoi dans ma maison il y aurait des personnes qui s’en trouveraient plus mal que moi: s'il y en a, celles-là peuvent aller chercher mieux ailleurs; voilà tout ce que J'ai à leur dire. Oui, mademoiselle, je suis enchantée de notre chère petite, et je veux que tout le monde le sache.

Après cet avis indirect donné à son monde, la lingère voyant que Claire se dispose à partir :

— Fanny, continue-t-elle , si vous voulez res-

ter quelques instans de plus avec votre sœur, vous pouvez la reconduire. |

Profitant de la permission si gracieusement accordée , l’ouvrière passe son bras sous celui de Claire, l’'emmène hors de l'atelier, s'arrête avec elle dans le corridor, et recommence le récit de l’heureux événement qui a tant amélioré sa position, s'étendant longuement sur les avantages qu'elle compte en retenir, sur ses espérances , sur son désir de tout faire pour mériter la confiance dont elle est l’objet : toutes paroles prononcées dans un transport de joie naïve mêlée néanmoins d’un peu de fierté. Mais s’apercevant que le temps s'écoule et que madame Mollier pourrait bien s’impatienter, elle reprend tout-à-coup :

— Allons, il faut que je retourne à mon poste; je suis si contente que J'ai oublié quelque chose, bien sûr : je m'en souviendrai aussitôt que tu m’auras quittée. J'irai te voir un dé ces dimanches, et alors je te raconterai cela tout au long... si ça ne t’ennuie pas...

— Oh! jamais, Fanny, jamais je ne me lasserai de t’entendre, quand tu as tant.de plaisir à parler.

— C’est que tout cela ne doit pas avoir beaueoup d'importance pour toi... Tu m'’embrasses pour me prouver le contraire. Bonne Claire, moi aussi, va, s'il t'arrive quelque chose d’heureux,

tu verras comme j'y prendrai part! Ah! je veux te dire encore... j'espère que tu ne me refuseras pas? |

— Qu'as-tu à me demander? Je te le promets d'avance. Voyons, qu'est-ce?

La petite était devenue grave; il semblait qu’elle n’osât pas; elle hésitait, balbutiait et se taisait ; à la fin cependant, encouragée par la promesse de sa sœur, elle lui passa les bras autour du cou, et lui dit à l'oreille : |

— Je serais si heureuse de travailler pour toi!

Claire sourit, accepte l'offre faite avec tant de grâce et d'amitié; Fanny est aux anges.

— Que je te remercie ! dit-elle. Oh! j'y mettrai tout mon talent: tu seras satisfaite. Un joli bonnet, tu verras; tu voudras bien le mettre?

— Tout de suite, aussitôt qu'il sera fait.

— Malgré ta tante qui me déteste, je ne sais pas pourquoi?

— Sur ce point-là je suis la maîtresse : sois sans inquiétude.

— Tant mieux! tant mieux!

Un dernier baiser est échangé par les deux sœurs; Claire a dit encore une fois adieu à Fanny : — Au revoir! a répété celle-ci, au revoir dès que : je pourrai ! — Claire sort du magasin et reprend sa route de la matinée, repassant en elle-même ce qu'elle vient de voir et d'apprendre, ne songeant

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d'abord qu'à la gaieté de l’ouvrière, gaieté qu’elle ne peut, quoiqu’elle la comprenne et la partage, s'empêcher de trouver exagérée pour un si petit bonheur ; mais peu à peu ses idées se rembrunissent; elle est triste; une singulière mélancolie s'empare de son esprit; elle marche au hasard, étrangère à ce qui se passe autour d'elle, solitaire dans la foule qui se presse en tous sens à ses côtés, indifférente aux objets qui se croisent devant ses yeux.

En se rendant il y a quelques heures au rendezvous donné par une sœur chérie, Claire était heureuse ; auprés de cette sœur, elle n'a pas eu une pensée qui ne fût pour elle ; en la quittant, elle bénissail Dieu d’avoir comblé ses vœux et toute sa modeste ambition ; et maintenant, en dépit de ses efforts, ce tableau si frais, si animé, que ses regards ont contemplé avec l’abnégation d’une tendresse dévouée, ce tableau de contentement et d’espérance lui suggère de pénibles réflexions. Ce n'est certes pas la jalousie qui vient de s’éveiller dans son cœur et qui le ronge ; non, Claire n’est point envieuse : le pourrait-elle être d’une candide créature qu'elle aime et qui l’aime? Si un pareil sentiment, né à son insu dans son âme, lui apparaissait en ce moment, elle le repousserait avec indignation comme une pensée criminelle. Cette sensation étrange qui tient ses lèvres serrées, ce

n’est pas non plus du mépris pour l’honnète médiocrité que l’ouvrière accepte comme une richesse : les rêves ambitieux qui la bercent ne la rendent pas du moins dédaigneuse envers les autres; mais elle a fait une comparaison, et malgré elle, cette comparaison lai fait ouvrir les yeux sur sa propre destinée.

Malgré elle, avons-nous dit, car elle lutte avec force contre les terreurs qui l’assiégent; malgré elle, car elle donnerait beaucoup pour pouvoir se dire que ces terreurs sont chimériques, car son cœur se brise sous le poids d’un doute funeste : elle a beau le chasser, le doute revient, et plus elle le creuse, plus elle l’examine sous toutes ses faces, plus il lui semble revêtir la forme d’une affreuse et impitoyable réalité ; plus elle veut s’étourdir et croire que tout cela n’est qu'un jeu de son ‘imagination ingénieuse à se créer des fantômes, plus elle retrouve une horrible anxiété dans ses pensées, au fond de son cœur, dans tout son être. Elle tremble, elle frémit involontairement, comme si un grand malheur allait l’atteindre, comme si elle voyait un abime s’ouvrir sous ses pas.

C’est que les jours, que les semaines s’écoulent, et que Morissot, tout en continuant de faire de charmans projets qu’il exécutera lorsque Claire sera sa femme, semble reculer devant celui qui doit précéder tousles autres, celui qu'une promesse

solennelle a consacré, celui enfin dont la jeune fille a payé si cher l'espérance, leur mariage. Toujours des obstacles, de nouveaux délais, sont mis en avant par le vieillard; on n’a pas encore répondu, a-t-il dit, à la seconde lettre où il demandait les actes nécessaires à l’accomplissement de ce qu'il désire le plus au monde. A la vérité il paraît extrêmement affligé de cet inconcevable silence; de nouveau il a proposé à la jeune fille de partir, résolution que celle-ci a combattue avec plus de force que la première fois, alarmée des suites que peut avoir cette séparation.

Du reste, le vieil amant continue ses visites de chaque jour chez madame Féret qui ne se doute de rien et qui voit dans cette assiduité un acheminement à quelque chose de mieux; de son côté aussi, Claire n’a pas manqué un seul des rendezvous qu'il lui assigne. Dans ces entrevues secrètes, le vieillard parait toujours aussi épris qu'au commencement de leur liaison; mais comme rien de positif n’arrive, comme rien ne se décide, à mesure que le temps passe, les craintes de la jeune fille augmentent, et bien souvent elle s’est répété avec un cruel serrement de cœur ces mots qui d’abord ne sortaient de sa pensée que pour en être bannis sur-le-champ comme l'expression d’une injustice : « S'il me trompait! » Maintenant, ces mots, elle les accueille comme une certitude de

EL

malheur, elle s’y arrête, elle met à les redire une sorte d’acharnement, celui du désespoir ; son sort, son avenir tout entier est contenu dans ces quatre syllabes : car il y a des momens où c’est comme si elle disait : « Il me trompe! » Un jour qu'elle faisait entendre à Morissot ses plaintes ordinaires, elle a surpris dans ses yeux un de ces regards qui vous montrent une âme à nu, un de ces regards qui échappent aux plus habiles dans les circonstances les plus décisives, et dans lesquels se lit une révélation tout entière. Claire ne s’y est pas méprise, elle y a vu de la fausseté, une impatience mal déguisée, un commencement de satiété peut-être.

A dater de cet instant, la confiance est morte dans le cœur de la jeune fille, et avec la confiance son amour a disparu, son amour, si l’on peut appeler de ce nom le sentiment qui l’a rendue eoupable, la fascination étrange qui l’a mise au pouvoir de cet homme qui la fera sa victime : elle le pressent, elle le sait.

Pourtant elle veut le savoir mieux encore; il faut que pour elle il n’y ait plus d'espoir contre la certitude de l’abandon ; elle souffre trop pour con- : sentir à demeurer dans cette indécision pire que le malheur. Sa résolution est bien arrêtée : le matin du jour suivant doit la voir chez Morissot; eh bien ! ce rendez-vous sera décisif; elle forcera le

vieillard à s’expliquer; elle ne le quittera pas que leur sort à tous deux ne soit fixé d’une manière irrévocable. Elle n’a pas de passion : l’entrainement n'existe plus ; elle aura tout son sang-froid, toute sa pénétration de femme qui a la conscience de son erreur. Il aura beau faire, il aura beau se couvrir du masque de l’amour ou de la douleur hypocrite, pour elle le masque sera transparent. Elle étudiera si attentivement l'attitude et les jeux de sa physionomie, elle scrutera si profondément ses gestes, ses paroles, son regard, jusqu’à son silence, que l'amant, tout expérimenté qu'il soit, ne pourra lui cacher la vérité; alors, si elle découvre en lui le moindre embarras, la plus légère hésitation, alors cette entrevue sera la dernière, tout sera fini entre eux; elle renoncera à ses espérances de mariage, seule réparation possible de sa faute, premier motif de sa faute. Après cela que fera-t-elle? Elle l’ignore. Pour cet homme du mépris, de l’oubli, pour elle du malheur : elle ne voit rien au delà. À demain donc!

En proie à ces souvenirs poignans, à ces pensées amères, qui lui font le présent si triste et l'avenir plus triste encore, la sœur de l’ouvrière poursuit son chemin, tantôt vite et presque en courant, tantôt d’un pas lent et tranquille, obéissant tour à tour au mouvement plus ou moins rapide des ré- ‘ flexions qui viennent assaillir son esprit. Déjà elle

est parvenue à la moitié de sa longue route, lorsqu’au détour d’une rue elle aperçoit... Elle ne se trompe pas, non, c’est lui, c’est bien lui !.....,

C'est Morissot ! il n’est pas seul : une femme l'accompagne. Une femme ! Claire ne la voit que par derrière, elle ne peut donc savoir si elle est jeune ou vieille, laide ou jolie; mais un coup l’a frappée au cœur, et rien qu’à l'aspect de cette femme elle s'est dit : « Ce ne peut être qu’une rivale ! » Et puis, un bras passé sous celui du vieillard, cette femme se penche nonchalamment vers Jui, ils causent à voix basse, l'entretien paraît fort animé ; elle rit, cette femme. « Oh! bien certainement c'est une rivale! »

Guidée par cet instinct secret qui trompe si rarement, Claire s'engage dans la rue étroite et à peu près déserte où ils sont entrés ; elle ne veut plus les perdre de vue, si cela lui est possible. Rabattant son voile sur sa figure, s’enveloppant dans son schall de manière à éviter d’être reconnue, elle les suit à quelque distance, bien décidée à connaître pourquoi Morissot se trouve à cette heure, dans ce quartier éloigné, avec une femme. Par bonheur ou par malheur, — qui pourrait le décider? —son désir est exaucé plus tôt qu’elle ne l'espérait elle-même. Arrivés au milieu de la rue, les objets de son investigation s'arrêtent : Claire reste immobile, regarde et prête l'oreille. La com-

pagne de Morissot se retourne; elle est jolie, Claire l’a vue.

— À demain, — dit-elle alors en élevant la voix, et Claire peut l'entendre; — à demain matin:

J'irai chez vous !

— Non ,— répond vivement Morissot ,— pas le matin, Je n’y serais pas.

— Bien vrai? Hum! ou plutôt vous seriez en compagnie peut-être ? Si je le savais !..…

Ces mots font monter le rouge de la honte au visage de la jeune fille qui, dans son trouble, perd la réponse du vieux séducteur.

— Allons, il faut bien vous croire, — reprend l’autre à demi persuadée ; — j'irai le sojr puisque vous le voulez.

— Je compte sur vous : je vous attendrai.

— Adieu, méchant !

Claire a tout entendu : tout ce qu’elle désirait savoir elle le sait ! Les adieux de Morissot à sa nouvelle conquête sont terminés ; celle-ci entre dans la maison en face de laquelle a eu lieu le court dialogue qui précède; il revient sur ses pas en se frot-

tant les mains. Alors Claire marche à sa rencontre, et se plaçant devant lui en même temps qu'elle rejette son voile en arrière, elle s'efforce de parler, mais son agitation ne le lui permet pas; seulement ses yeux parlent à défaut de sa bouche, ses yeux qui appuient sur ceux de Morissot des regards

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flamboyans, incisifs, capables de terrifier tout autre moins expert que lui en semblables incidens.

— Par quel heureux hasard? — bulbutie-t-il néanmoins d’un ton où il affecte de ne laisser percer que la surprise, je ne m’atténdais certes pas...

Claire a recouvré l’usage de la parole.

— Monsieur, — lui dit-elle avec l'accent du mépris le plus écrasant, — monsieur, vous êtes un lâche qui m'avez trompée. É

Lui aussi s’est remis, et il réplique aussitôt :

. — Vous êtes dans l'erreur... Ah ! je vois ce que c'est. mais je vous jure que vous êtes dans une erreur complète.

— Cette excuse est une preuve de plus, monsieur. — Et comme il cherche à se justifier, la priant de l'écouter un instant, un seul instant : — Assez, assez, continue-t-elle. J’aiété coupable, mais ma faute est bien plus à vous qu’à moi. Vous écouter ! vous voir! oh! non, car c'est alors que je me regarderais comme déshonorée.… Assez, vous dis- Je, et je vous défends de vous présenter devant moi désormais : souvenez-vous-en.

Puis, laissant le vieillard stupéfait de cette brusque déclaration et peut-être, — qui sait? — enchanté, au fond, de la rupture, elle s'enfuit. Pour lui, en la voyant s'éloigner à grands pas : « Comme elle est belle pourtant ! » se dit-il. Et il se retourne vers la demeure de sa nouvelle conquête; après

un soupir qui peut bien ne pas être interprété en faveur de cette dernière, il sort de cette rue où un amour vient de se rompre et un autre aussi de se nouer : pour lui, compensation toute trouvée ; deux bonheurs en une matinée peut-être !

Claire est déjà loin ; sous le coup de cette énergie fiévreuse qui l’a élevée à la hauteur d’une noble indignation, elle va, elle va machinalement, sans but fixe : tant d'idées confuses s’agitent dans sa tête! Mais au sein même de ce chaos qui tourbillonne en elle, autour d'elle, sa bouche laisse échapper des mots qui, sans qu'elle y attache aucun sens, n'en résument pas moins toute l'horreur de sa situation, ces deux mots : « plus d'espoir! » dernière perception que son égarement lui ait gardée de son malheur.

Plus d'espoir en effet; car son âme est fière, car maintenant elle verrait son infidèle ami à ses pieds lui demandant pardon, lui disant qu’il est prêt à tenir sa promesse, elle verrait maintenant tous les préparatifs d’un mariage à la célébration duquel son consentement seul manquerait, qu’après ce qui s'est passé elle repousserait tout, et les prières et les offres d'union. Elle a eu foi en cet homme, il a trahi sa confiance ; elle a cru à ses promesses, et ces promesses, qui étaient un lien sacré pour elle, il vient de les fouler aux pieds : il n'est plus digne d'elle. Maintenant épouser cet

homme, mais ce serait se condamner à un épouvantable supplice, celui de vivre avec un étre qu'on méprise. Plus d'espoir donc pour la pauvre jeune fille ! Mais ces paroles, qu’elle finit par comprendre à force de les répéter, ne font qu'attiser sa douleur. C'est que, lorsqu'elle se disait, quelques minutes avant la rencontre de Morissot, qu'il n’y avait plus pour elle d'espérance, la malheureuse au fond du cœur espérait encore.

Alors, du moment que sa position lui apparaît dans toute son horreur, alors le courage de folle qui lui à prêté des forces l’abandonne ; elle pleure, et ses pleurs redoublent en raison du désir qu’elle aurait de les cacher à la curiosité toujours maligne des passans : elle se sent défaillir. Où estelle? Où va-t-elle? Peu lui importe. La seule chose qu’elle sache bien, c'est qu’elle voudrait être seule afin de pouvoir sangloter en liberté. Et puis, il n’y a rien de tel que le malheur pour forcer un coupable à regarder dans son âme ; le remords est fils de l’infortune, et c'est à cette heure de l'infortune, d’une infortune, sans ressource, que Claire comprend toute l'étendue de sa faute. Elle qui vient de prodiguer le mépris et la haine à son complice, elle sent à présent qu'elle aussi mérite du mépris; elle a honte d'elle-même : il lui semble que chacun.en la voyant peut Lire dans sa démarche, sur toute sa personne, et ce

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qu'elle a fait et quelles ont été les suites de sa faiblesse. Et penser que l’abandonnée n’a pas un cœur ami où se réfugier et s'endormir, que pas une voix consolatrice ne murmurera à son oreille de ces mots qui charment le mal; penser que cette créature, faussement élevée pour le monde et punie par le monde à ses premiers pas, a été accoutumée à ne rien voir au-delà de ce monde, et qu’il faudra qu’elle devine une plus sublime consolation pour y avoir recours! Oh! que la voilà rudement châtiée de ces rêves brillans qui, à son insu, l’ont jetée dans l’abime dont ses yeux commencent à sonder l’effrayante profondeur!

Après avoir ainsi marché plus d’une heure, elle se trouve, sans avoir voulu venir en ce lieu, sans savoir comment elle y est venue, vers le haut de la rue Cléry, à l’'embranchement de la rue Poissonnière : elle eût suivi le droit chemin pour retourner chez sa tante qu’elle n’en eût pas pris un autre. La rapidité involontaire de sa course, loin d’avoir en fatiguant son corps apporté du calme à ses pensées, n’a fait au contraire qu’en accroltre le désordre si naturel. D'ailleurs, elle voudrait tant oublier! Mais le sort ne veut pas lui faire grâce d’une humiliation : au moment où, avant de se diriger vers sa demeure, elle s’est arrêtée pour essayer de se remettre un peu de

son agitation, elle entend à son oreille une voix compatissante qui lui dit :

— Qu'avez-vous, mademoiselle Claire ?

Confuse de se voir reconnue, elle tressaille, ne répond pas, et ce n’est qu'après la même question répétée avec le même accent triste et doux qui révèle un ami, qu'elle se décide à lever les yeux du côté de celui qui semble prendre tant d'intérèt à son chagrin. — Certes elle était bien malheureuse , et ne croyait pas pouvoir l'être davantage, — mais elle se sent plus malheureuse encore à l'aspect du charitable et pourtant incommode questionneur qui se tient près d'elle , qui fixe sur elle des regards pleins de pitié et de surprise.

— Georges Marsault! s’écrie-t-elle, ne pouvant retenir cétte exclamatien.

Oui, Georges Marsault, ee bon et honnête ouvrier qui l’aimait tant , et qu’elle a dédaigné!

— Moi-même, mademoiselle. Malgré ce voile qui vous cache les traits, malgré ce sehall qui dérobe votre taille à tous les yeux, oh! je ne m'y suis pas trompé, je vous ai deviné... Et pardon si je suis importun, mais il m'a semblé que vous aviez de la peine... Vous alliez si vite, iln’y a qu'un instant , et puis vous vous êtes arrêtée toutà-coup ; enfin j'ai cru vous voir porter un mouchoir à vos yeux, et... Pardon encore : j'ai pensé que vous pouviez avoir besoin de moi.

Claire est trop troublée pour hasarder un mot : son émotion la trahirait. Georges continue :

— C'est que voyez-vous, mademoiselle, je suis toujours le même : je vous ai... — Elle fait un geste qu'il comprend. — Eh bien! non, non, je ne le dirai pas , puisque cela vous déplait. Ah! si seulement Je connaissais le motif de votre douleur, sije savais comment faire pour vous çonsoler !

Claire jusqu'alors a continué de marcher; en entendant ce vœu si ardemment exprimé, elle se voit — et qui dira pourquoi ? — plus coupable que jamais. Incapable de faire un pas, car les paroles de Georges ont été comme un poignard qui l’aurait frappée au cœur, elle s'appuie sur son bras et faisant effort sur elle-même :

— Vous, m'aimer encore !.vous, me consoler!

dit-elle enfin. Ah ! si: vous saviez, vous cesseriez...

— Jamais. — interrompt-il, — jamais, mademoiselle ; mettez:moi à l'épreuve, et vous verrez! Dites-moi seulement...

— Cela ne se peut pas, monsieur Georges, croyez-moi, cela ne se peut pas : à vous moins qu'à tout autre... Mais je me sens maintenant la force de poursuivre ma route...

Georges la suit quelques instans en silence.

— Mademoiselle, — reprend-il bientôt, — vous avez un secret que vous refusez de me confier : je ne m'en plains pas, car je n’ai pas de droits à

votre confiance ; mais; — et ici sa voix devient tendre et pénétrée, — mais ce secret, c’est un chagrin, et pardonnez-moi si je vous dis que cela me donne de l'espoir... Oui, tenez : autrefois vous m'avez bien fait du mal ; aujourd’hui vous souffrez à votre tour ; cela nous rapproche et peut-être que sur ce pied-là nous pourrions mieux nous entendre. Qu’en pensez-vous ?

— Ne vous ai-je pas dit que c'était impossible ?

— Et pourtant si j’essayais, si je revenais.….

— Oh! n'en faites rien, monsieur, n’en faites rien, car en persistant, vous me forceriez à cet aveu que je ne puis... que je ne pourrai Jamais. et alors ce serait vous qui ne voudriez plus.

— Nous verrons, mademoiselle, nous verrons!

Moi refuser! Voilà qui est impossible, par exemple!..... Vous souvenez-vous du jour où vous et votre tante... eh bien! depuis ce jour j'attends, j'espère; depuis ce jour je vous aime , oui, je vous aime... Il me faudrait un second refus pour ne plus vous aimer , et encore... Eh bien! je l’essuierai si vous voulez, mais Je m'y exposerai...., Bientôt peut-être...

— Adieu, monsieur Georges, — réplique la jeune fille émue et effrayée, adieu... Me voici cher ma tante, laissez-moi, je vous en prie, laissez-moi rentrer...

Et dégageant son bras de celui de Georges, elle

s’élance dans la maison. Quant au mécanicien , il s'éloigne en disant : — C’est le moment de me présenter ou jamais. Allons, dans quelques jours, s’il plaît à Dieu ! — Puis, après un instant de réflexion : — Que peut-elle avoir? Ah! bast! chagrin de jeune fille , une bagatelle , un rien ! — Et cependant, malgré cette assertion rassurante, il n’est qu’à moitié satisfait de l'explication qu'il se donne de la douleur de Claire. C’est que si l’amour de Georges n’a pas diminué , l'expérience du malheur lui a rendu le soupçon facile, et que par suite une défiance involontaire des autres et de lui-même a remplacé cette naïve et fraîche candeur de sentiment que nous lui avons connue, candeur qui survit rarement tout entiére à la perte d’une espérance ou à la chute d’une illusion.

— Enfin, te voilà donc! comme tu reviens tard, — dit madame Féret à sa nièce ; — moi je n'ai

pas pu t'attendre , j'ai déjeûné. Vois, il y a longtemps que l'heure est passée.

— Vous avez bien fait, ma tante ; j'ai déjeûné avec ma sœur.

— Ah !... Et mais, qu’as-tu? Comme te voilà agitée ! et puis on dirait que tu ne peux pas tenir sur tes jambes... Assieds-toi, donne ton chapeau...

— Non, ma bonne tante, je vous remercie , Je le porterai moi-même, répond Claire qui s’est lais-

sée tomber sur une chaise, mais qui ne veut pas quitter son voile de peur de montrer sa figure toute bouleversée; et afin de donner le change à la vieille dame, elle ajoute : — En effet, je suis si fatiguée !…

— Cela ne m'étonne pas, je te le disais bien... mais tu me trompes, Claire, tu es toute tremblante…

— Ce n’est rien , je vous assure.

— Si fait, il y a quelque chose : c’est encore cette petite fille, à coup sûr : toutes les fois que tu la vois, ici ou ailleurs, tu as du chagrin... Je la déteste! Ah! pourquoi ne veux-tu pas me croire... ?

— Ma tante... balbutie Claire.

— Allons, soit, je ne dis plus rien... Et cette belle nouvelle, qu'est-ce que c'est ? Quelque niaiserie sans doute comme à l'ordinaire.

— Fanny a bien du bonheur : elle est première demoiselle de son magasin.

— Grand bien lui fasse! répond sèchement madame Féret, qui n’ouvrit plus la bouche.

Pendant ce court interrogatoire, Claire était au supplice. Enfin, délivrée des questions de sa tante, elle se précipite dans sa chambre, s’y renferme, se débarrasse de son schall et de son voile, et laissant tomber sa tête dans ses mains, elle pleure tout à son aise.

Il était temps : elle étouffait.

Peu de jours après, une révolution avait changé la face de la France. Tous connaissent la chasse faite aux places à cette époque, l’ignoble curée à si bon droit flétrie par l’iambe brûlant d'un jeune poète. Charles Baudin, lui aussi, eut sa part de royauté, mais, nous. devons le dire , plus méritée que celle échue-à bien d’autres: journaliste, c'était au péril de la bourse de ses patrons, au péril de sa propre liberté qu'il avait combattu le pouvoir renversé.

Le rève d'ambition du serrurier de Chef-Boutonne se trouvait presque réalisé : son fils était nommé à une sous-préfecture. — Il ne s'arrêtera pas là, avait dit le bon père en apprenant cette nouvelle ; ce n'est qu'un commencement; à présent qu'il a le pied dans l’étrier et qu’on a enfin rendu Justice à ses talens, qui sait jusqu'où il va monter ? M. Garnaud avait raison : le bon tempsest venu!

— Moi, sous-préfet ! — avait pensé le jeune homme de son côté, — c’est bien peu, mais cela vaut toujours mieux que rien, en attendant.

Et il partit pour sa résidence, décidé, sous le coup de l'enthousiasme du moment, à consommer un abattis général des fonctionnaires de son ressort dont les opinions ne seraient pas en harmonie avec les siennes, comptant bien faire table rase au nom de la liberté et des institutions nouvelles. Il

avait son système, sa théorie dressée à l'avance, il voulait, bon gré mal gré, appliquer cette théorie, suivre ce système, sans s'inquiéter si les hommes qu'il allait administrer s’en trouveraient bien ou mal. Pour lui, la question n'était pas là.

Arrivé dans son chef-lieu, il commença sur le champ l'exécution de ses plans, se donnant peu la peus d'étudier les localités, regrettant seulement qu’un plus vaste théâtre ne füt pas donné à son génie régénérateur'. Prenant sa haine contre les gouvernans déchus pour un droit à se saisir d’une portion de leur héritage, se croyant habile du reste parce qu’il avait de l'énergie et qu'il mélait sans cesse à ses discours les mots de patriotisme et de liberté, l'ex-journaliste sous-préfet fut un des mille mauvais choix dictés aux ministres d'alors, moins par leur impéritie que par la nécessité de satisfaire tant d’ambitions exigeantes, choix qui d’ailleurs ont leur excuse dans le désordre qui suivit la victoire. Au bout d’un mois tout marchait dans l'arrondissement au gré du nouvel administrateur, c'est-à-dire qu'il avait tout changé, tout bouleversé, et si l’on ne se plaignit pas tout de suite, ce n'étaient pas du moins les sujets de plainte qui manquaient contre lui,

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