‹ Histoire de DieppeChapitre 3 sur 99 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

ORIGINE DE DIEPPE, ---SON HWTOWB JUSQU'AUX GUERlIfô) DE REMGLOH.

Vers la fm de septembre , lorsque la charrue commence à sillonner les campagnes, il n'est pas rare de rencontrer aut environs de Dieppe , dans un rayon de deux à trois lieues , certaines pièces de terre qui , fraîchement remuées, font de loin l'effet de champs de coquelicots. Vous approchez , et au lieu de fleurs ce sont des milliers de débris de tuiles et de poteries rouges que tous trouvez semés sur le terrain. Ces luiles et ces poteries sont de fabrique romaine ; l'antiquaire le moins expert ne saurait s'y mê-^ prendre.

N'est-il pas étrange que ce soit seulement depuis peu d'années qu'un tel spectacle ait inspiré l'idée de faire des fouilles^ et que jusque-là personne ne l'eût signalé ni môme remarqué ! Ce n'est pourtant pas faute que le monde savant se soit occupé de Dieppe , et qu'on ait disserté à perte de vue sur ses origines. Les uns , comme Philippe Cluvier * et Adrien de Valois ^^ ont affirmé qu'il existait dq

* Cldver» JUtfùdi geogr>, lib. II » oap, xu.

' Vales, NotU, galL , Julioboi<4.

temps des Romains, sur le territoire voisin de Dieppe, une station et même une ville importante ^ , mais quelle preuve en donnaient-ils? Ils appelaient bien en témoignage certaines traditions répandues dans le pays , qui parlent d*une antique cité , agrandie et fortifiée par nos rois francs, bâtie primitivement par les Romains, et même avant eux par les Celtes. Mais sur quoi reposaient ces traditions ? A défaut d*un texte grec ou latin, existait-il un monument qui les justifiât? C'est ce que personne ne pouvait dire , ce que personne ne songeait à vérifier. On étudiait alors Varchéologie d*une manière spéculative , comme la philosophie , comme presque toutes les sciences. Constater rexistence des faits, ne donner pour bases aux inductions que des faits constatés, c'était on procédé inconnu; on ne savait d'autre moyen d'arriver à la vérité que le syllogisme , et, n'importe le point de départ, dès qu'on raisonnait juste on avait raison. Or, il fut prouvé par arguments en bonne forme que nos deux savants et leur prétendue tradition ne savaient ce qu'ils disaient, que les environs de Dieppe n'avaient jamais été habités avant les onzième on douzième siècles , que les légions romaines avaient peut-être passé sur cette côte , mais que jamais à coup sûr ni station ni ville antique n'y avait été construite. Après deux pages de raisonnements pour établir celte démonstration, dom Duplessis^ termine ainsi : « Dieppe 9 est une ville récente; elle n'a commencé à se former que

< lis veulent en outre que cette ville soit la JuUobona dont il est parlé dans lltinëraire d'Antonin. On s'accorde au contraire assez généralement à croire que cette JuUobona est Lillebonne. L'fUnéraire d'Antonin est , comme on sait , le seul document antique qui nous reste sur la géographie de Tancienne Gaule. Par malheur, cet ouvrage est extrêmement défectueux. Les copistes , dit dom Duplessis , y ont altéré en tant d'endroits non-seulement les noms des lieux , mais encore leurs distances , qu'il est souvent plus propre à augmenter les difficultés ou à en faire naître de nou- Yelles qu'à les concilier ou à les lever.

* Description géogr, et histor. de la ffaute-Nonnandie , 1. 1 , p. 5-6.

» SOUS la troisième race de nos rois : par conséquent elle » ne peut être la Jutiobona des anciens. »

£t cependant les habitants de cette ville récente avaient là sous leurs yeux , à fleur de sol , la preuve que dom Du* plessis commettait une étrange erreur. Ces champs couverts des débris antiques leur attestaient que si leur ville n'était pas la Jutiohona des anciens , ni telle autre cité de la table théodosienne, le sol qui Favoisine n'en avait pas moins été couvert d'établissements considérables, et que la civilisation romaine avait régné sur ce rivage.

Heureusement on s'est enfîn avisé de soulever quelques pieds de terre, et de suppléer au silence de l'histoire par le témoignage des monuments. Il ne s'agit donc plus aujourd'hui d'agiter cette question que poursuivaient nos érudits du fond de leurs cabinets. Le fait est constaté ; il a existé , dans toute la contrée où Dieppe s'élève aujourd'hui, de nombreuses et importantes constructions antiques.

Mais de quelle nature étaient ces constructions T quelle était leur destination? jusqu'à quel point étaient-elles multipliées? formaient-elles une ville ou seulement une agglomération d'établissements ? ces établissements étaientils militaires, agricoles ou industriels? enfin, quelle place occupaient-ils dans la province? sous quels noms étaientils désignés?

Telle devient aujourd'hui la question ; tel doit être le but non plus des raisonnements mais des fouilles et des explorations de l'antiquaire.

Passons maintenant à l'examen de ce qui a déjà été fait , et de ce qui reste encore à faire pour résoudre cette question.

HiarOIliG DB PIEPPB.

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