‹ Histoire de DieppeChapitre 4 sur 99 · SI · texte numérisé non relu

SI

Époque celtique, romaine et gallo-romaine. — Fouilles entreprises aux environs de Dieppe.

On peut dire que c*est eu 18S2 que fut démontrée pour la première fois l'existence de constructions romaines sur cette partie de la côte de Normandie. Je trouve bien » dans U Mercure de 1761 , mention de la découverte d'un tombeau et de quelques fragments antiques sur le territoire de Caudecôte i à Vei^trémité du faubourg de la Barre< On voit aussi, en 1740 «l'abbé Fou tenu visiter cette immense circonvallalion qui couronne une des grandes falaises à deoii*lieue nord^est de la ville , et qu'on désigne vulgai^ rement sous le nom de emmp de César* i'abbélTontenOi tout en niant avec raison que ce fût là l'assiette d'un camp romain , jugea que les tertres dont se compose cette enceinte étaient coupés % la manière antique, et qu'une grande population avait dû le fortifier dans ce lieu « m% avant , soit pendant la domination romaine. Mais ces recherches avaient été bientôt oubliées, et les découvertes de Caudeeôte n'avaient été. regardées que comme des faits isolés dont on ne pouvait conclure que le pays fût plus qi| moins riche en vestiges de l'antiquité.

En 1822 i au contraire , les faits les plus positifs se présentèrent en foule et de tous les côtés^

Pendant une nuit orageuse , un coup de mer fit écrouler une partie de la falaise qui borde l'extrémité de la vallée de la Saâne , à trois petites lieues ouest de Dieppe < sur le territoire de Sainte- Marguerite. Le terrain en s'écroulant entraîna trois tombeaux en gypse, qui furent trouvés parmi les décombres, et recueillis par les préposés de la douane , dont le corps-de-garde est à deux pas de là. On trouva en même temps des restes d'armures rongés par la

. PBBMIEEB P&BTIB. 7

rouille « dea fragmeats de vases el quelques m4dailie8 1 ua« enlre aUtret de Marô-Âurèlëd

Vers la marne époque, le hàiard faiaait âéoottfrii^k k deux ou trois cents toises de 1&, au-^dessus d'one é|;pînenoe d'où la Toe plonge à la fois sur la mer et mt la vallée , ud pavé mosaïque d'origine romaine et qu'un pied de terni tout au [dus avait jusque-là caché aux regards S

Plus loin t toujours sur le bord de la côte f daus une ferme nommée •^atii^^mare» M« Soltioof&^e, inspeeteur des douanes el antiquaire plein de séle^ qui avait déjà siv gnalé la découverte de la mosaïque de Saiote^Marguerlte* trouva, dans la gorge où cette ferme est placée^ sur le ri^ vage de ta mer et jusque sous le galet i des coastrtietioni romaines asses importantes.

Enfin» toujours dans cette m^me année « le wm% M. Sstancelin déterrait dans un bois» aui; environs de la ville d'Eu i les débris d'une belle frise scplplée » de nom^ breui fragments de marbre» les fondements d'un temple i la trace d'un amphithéâtre, en m mot, les ruines d'Une ville tout entière»

Ces découvertes simultanées , et lès rapports que MM. £&• tancelin et Sollicoffre t tous deux membres de la Société des Antiquaires de Normandie, adressèrent i leurs collègues» ne tardèrent pas à donner 1 éveil aux archéologues de la province j les regards se tournèrent vers Dieppe, et de toutes parts on demanda que des recherches fussent entreprises pour reconnaître et sonder celte mine bistoriquoi et pour exploiter les richesses inespérées qu'elle semblait priwnettre. Une souscription fut aussitôt ouverte i une société se constitua sous le titre de Soeiété arûhéi^logiqtte de Vatr<imlU&e%nmt (U Pipppe» et l'on choisit pour directeur et inspecteur des fouilles M& Féret, biUiothé* caire de la vill^

Personne n'It^it plus propre ^ remplir cette imiioA<

^ Voyest j h la V.Pai'tiQ i la ^es^iptien d|a «^ft^ niQsaïqu<î«

M. Féret, né à Dieppe « en connaissait tous les environs; il n'était pas un sentier qu'il n'eût suivi, pas un champ à trois lieue& à la ronde qu'il n'eût traversé en tous sens ; et comme jl a l'esprit observateur, il avait, dès son enfance , fait et gravé dans sa mémoire une foule de remarques sur la conjuration des terrains qu'il parcourait , remarques qui plus tard devaient servir à l'antiquaire. Je ne connais personne qui possède à un aussi haut degré que M. Féret ce que j'appellerais ie génie des fouilles ; non seulement il vous dit à vingt pas de distance si un débris de tuile ou de brique est de pâte ou de cuisson romaine , si tel mor* ceau de poterie est romain , gallo-romain ou gaulois, mais à la seule inspection d'un terrain , à sa couleur, à ses ondulations , à certaines soufflures qu'il remarque à sa sur-* face , il jugera si ce terrain renferme des constructions antiques, il pourra même, presque à coup sûr, décider si ces constructions sont dignes d'intérêt ; c'est à croire qu'il a dans la main une baguette divinatoire. Des personnes qui ont vu M. Féret diriger une fouille , m'ont assuré l'avoir mis à l'épreuve , et n'avoir jamais trouvé son instinct en défaut. A ce don de voir sous terre , résultat de sa persévérante application à ce genre de recherches, M. Féret joint une instruction solide et variée , un esprit pénétrant et d'une trempe laborieuse. Nul ne pouvait donc mieux répondre à l'appel de la nouvelle société archéologique; aussi, quoique les ressources pécuniaires qu'elle mettait à sa disposition fussent très-bornées , on ne tarda pas è obtenir des résultats satisfaisants.

Le premier but des recherches de M. Féret fut cette grande enceinte dont nous parlions tout à l'heure, et qu'on désigne à Dieppe sous le nom de camp de César, Nous raconterons ailleurs avec détail ^ les fouilles qui furent entreprises sur divers points de cet immense emplacement, et comment elles conduisirent M. Féret à secon-

* Voyez y à la 4« Partie , le chapitre intitulé Ciré dc Lmeg,

vaincre et à démontrer jasqu'à TéYidence que les remparts engazonnés qui Tentourent ont été élevés primitivement par les Gallo-Belges , les plus anciens habitants de cette côte ; que plus tard les Romains ou les Gallo-Romains se servirent à leur tour de cette vaste forteresse, ce qui e&t attesté par des fragments de ruines romaines qu'on ren« contre au milieu des ouvrages celtiques; et qu'enfin, au moyen âge , le^ piratés saxons et normands y cherchèrent peut-être un refuge et une position retranchée.

Ces trois âges , ces trois grandes phases de l'histoire de cette antique cité une fois éclaircis et mis au jour, M. Féret dirigea ses travailleurs sur le coteau qui domine Dieppe au sud-ouest, et qu'on nomme le Mont de Caux, ou , ce ce qui revient au même, Caudecâte. Là, dans la partie supérieure du coteau , on découvrit bientôt une suite de sépultures antiques, des urnes, des médailles, des débris de verroterie et plusieurs fondations de bâtiments con« struits à la romaine.

Presque en même temps d'autres travaux étaient ou* verts sur un point tout opposé , au nord-est de la ville , auprès des villages de Braquemont et de Graincourt , entre le hameau du Puys , situé au pied du prétendu camp de César, et la grande route qui conduit de Dieppe à Eu. Là, comme à Caudecôie , on ne pouvait creuser la terre sans rencontrer un pan de muraille , sans découvrir des sépul- # tures ou des débris d'habitations dont le plan et la distribution étaient encore conservés dans leur entier.

Enfin , dans un rayon plus étendu aussi bien qu'à une moindre distance, depuis les hameaux à la porte de Dieppe jusqu'aux villages plus lointains de Varengé ville *■ et de Luneray ^, le terrain fut successivement sondé et creusé çà et

' Varengévllle est situé à l'onest de Dieppe , sar le bord de la falaise , entre les vallées de la Scie et de la Saâne. Il en sera parlé plus loin avec détail , 4« Partje.

' Luneray est à une plus grande distance et plus au sud de Dieppe ()uc Varengéville ; il est au milieu des terres entre la vallée

le , et toujours la résultat de ces investigations fut le môme : partout on découvrit des fragments antiques plus ou moin intéressants.

Il eût été à souhaiter que le gouvernement, instruit de ees découvertes , donnât à M. Féret noo-seulement les encouragements qu*il méritait si bien , mais une sorte de commission ofTicielle, et, ce qui était encore plus indispensable, de quoi payer ses ouvriers. Dans notre pays les souscriptions qui n'ont pour but que l'intérêt de la science ont rarement une longue durée. «Deux ou (rois années de patience et de zèle, c*est tout ce qu'on peut nous imposer.

Aussi jqu'est-il arrivé à Dieppe? après quelques campagnes laborieuses et fécondes il a fallu s'arrêter faute d'ar^ gent A la vérité lés événements politiques de 1830 ont été la principale cause de la dissolution de la Société archéologique et de l'interruption des souscriptions. Mais déjà l'ardeur s'était amortie : les recherches de IVI. Féret étaient conçues dans une vue trop scientifique et trop sérieuse pour être agréées de la plupart des souscripteurs* S'ils eussent tous appartenu à la ville, s'ils eussent tous été jaloux d'en découvrir l'histoire, il en eût sans doute été autrement; maison comptait parmi eux beaucoup d'habitués des bains de mer qui ne voyaient dans ces fouilles que des passe- temps , qui voulaient avant tout qu'on leur découvrît des anneaux , des agrafes , des fragments d'armures , ^

de la SaAne et c«lle da Dun. Oo a fait dans ce lieu des découvertes importantes au mois d'octobre 1827; et M. Féret , qui s'y transporta à cette époque , reconnut que le terrain paraissait riche en antiquités , et pourrait être fonillé probablement avec succès. Les objets trouvés à Luneray sont déposés à la bibliothèque de Dieppe > ainsi que ceux qui proviennent de toutes les fouilles entreprises par la Société archéologique. Ce sont des urnes de verre , une entre autres du plus grand modèle , haute de quatorze pouces et large de huit ; des vases en terre cuite , des ornements et des garnitures en bronze , etc. Ces divers objets ont été extraits par un cultivateur , M. Jean Hoin ville , dans un de ses champs qv'il labourait.

^ qu'on OQTrît de longues et vastes tranchées pour se rendre compte de la position , du nombre et de la destination des constructions gallo-romaines dont on rencontrait à chaque pas des vestiges. Au lieu donc de se livrer à des re* cherches systématiques , M. Féret devait se borner souvent à des investigations de détait dont les résultats, quoique intéressants et instructifs, n'avaient pas de véritable importance.

Néanmoins, si ces petits travaux isolés s*étatent répétés pendant de nombreuses années , il eh serait résulté une série de faits dont la science aurait fini par tirer profit. Maïs momentanément il fallut renoncer à tout : les petits travaux comme les grands forent brusquement suspendus ; pendant près de dix ans pas lin seul coup de pioche ne fut donné aux environs de Dieppe pour découvrir des antiquités. Heureusement nous sommes isortis de ces temps d'inquiétude et de préoccupation politiques qui jettent comme un Interdit sur le domaine de la science , de tlilstoire et de l'art. Grâce au retour de la prospérité publique, la conservation et la découverte de nos anciens monuments peuvent maintenant recevoir quelques encouragements. Les faibles allocations qui leur étaient destinées se sont accrues peu à peu , et depuis plusieurs années il a été possible de disposer de quelques fonds pour la continuation des fouilles aux environs de Dieppe.

M. Féret a repris sa tâche avec son ancienne ardeur; ses recherches sur le territoire de Sainte-Marguerite ont été heureuses et fécondes. Mais parmi les terrains qu'il n'a encore sondés que d'une manière incomplète, il en est un où nous serions eorieux de lui voir entreprendre des iDvestigatioiis approfondies^ Peut-être y trouveratt-on le principal siège de la station gallo-romaine dont les établis-^ sements répandus çà et là dans les environs ne seraient alors que les dépendances* Ce terrain , c'est la base du coteau de Neuville : il fionmience immédiatement à la

% des joujoux archéologiques ^ mais qui se souciaient fort peu -r

soriie du faubourg du Follet* et s*étend pendaMt un quart de lieue environ le long des bords limoneux du grand bassin où l'on retient les eaux des écluses de chasse. Cette longue bande de terrain faisait partie jadis d'un ancien ûef dit de Jérusalem, et c'est là qu'était construite la chapelle de Notre-Dame-des-Bonnes-Nouvelles , lieu de pèlerinage. A une époque encore récente , lorsqu'on a voulu pratiquer ou seulement élargir la chaussée qui côtoie le bassin , on a taillé à pic et en terrasse de six à huit pieds de hiuteur toute cette base du coteau : or il en est résulté qu'une suite de constructions antiques, que jusque-là le gazon avait revêtue, a été mise à découvert et s'est laissé voir de proGI comme dans une coupe architecturale. M. Féret s'en aperçut par hasard un jour qu'il passait sur la chaus* sée, et, depuis ce temps , chaque fois que des dégels ou de grandes pluies occasionnent de nouveaux éboulements le long de cette terrasse, il s'y transporte, et recueille, au milieu d'un tas de tuiles, de briques, de cailloux et de cendres, des fragments de vases ornés de bas-reliefs, des médailles du haut et du bas empire , des agrafes , et divers autres débris qui ne permettent pas de douter que des fouilles faites en ce lieu ne fussent productives.

J'ai visité avec M. Féret cette longue bande de terrain, et j'ai reconnu qu'elle offrait tous les indices qu'il m'avait signalés. Comme c'est sur une longueur d'un quart de lieue sans interruption qu'on recueille ces fragments antiques il n'est pas possible de supposer qu'ils proviennent d'établissements isolés. Ici tout annonce antre chose qu'une simple bourgade, c'est une cité , une grande colonie. Sans doute ces constructions s'élevaient en amphithéâtre ; leur pied était baigné par la mer. Lorsqu'on songe que vis-à-vis de cette terrasse de Neuville , de l'autre côté du bassin, dans la gorge où est aujourd'hui le faubourg de la Barre , on a reconnu l'existence de constructions semblables , ne de-

1 Principal faubourg de Dieppe , qui en est séparé par le poii. (Fo^e;^ le Plan.) ^

vient-il pas probable qu'au temps de Tempire romain une population de pêcheurs et de marins habitait, comme aujourd'hui, ces parages? Il y avait alors, comme aujourd'hui, une cité à l'embouchure de la vallée de Dieppe ; seulement le pied des coteaux était seul habité : le milieu de la vallée, où la ville actuelle est assise, n'offrait à l'œil qu'un amas de galets recouverts deux fois chaque jour par les flots.

On doit comprendre de quelle importance il serait de se bien rendre compte de cette longue chaîne de constructions : pour étudier l'origine de Dieppe , pour retrouver ses antiques annales , c'est là surtout qu'il faudrait fouiller.

Dan ville , en parlant (au mot Gravinum ) des vestiges dévoies romaines qui partent de Lillebonne ( Julioh&na)^ distingue deux routes principales : l'une, qui n'avait que dix ou douze lieues environ , et qui se terminait au bord de la mer, à Ôistre-Tat ou Étretat , entre la pointe nommée le Chef-de-Caux et Fécamp; l'autre, qui tendait vers le nord et allait jusqu'à Boulogne , en se dirigeant par Gralnville-la-Teinturière , et en s'arrêtant à la distance de vingt lieues gauloises (d'après la table théodosienne) à un port de mer ou statio dont le nom n'a pas été conservé, banville pensait que cette station devait être placée aux environs du petit bourg de Veules , situé à quatre lieues cnest de Dieppe, entre Saint- Valery-en-Caux et l'embouchure de la rivière de Dun. Lorsque M. Sollicoffre découvrit la mosaïque et les tombeaux de Sainte-Marguerite , on conçut aussitôt l'idée que c'était à cette place , c'està -dire à l'issue de la vallée de la Saâne , qu'il fallait chercher la station de Danville. Maintenant ne serait-ce pas plutôt à quelques centaines de toises de Dieppe même » sur ces deux coteaux au pied desquels s'élèvent encore aujourd'hui les faubourgs de la Barre et du Follet , qu'on pourrait retrouver cette position anonyme*?

Jusqu'à présent aucune inscription , aucune médaille ,

^Tout annonce que cette conjecture est fondée. En 1842, on fit d'assez grands mouvements de terre à Textrémité sud-ouest

14 Hiâiteiiiift M Musms.

aacan monument graphique , n*a été trouté dans les fouilles, et rien ne révèle encore quel nom portait la population qui vivait sous ces habitations aujourd'hui ensevelies. Seulement , par le nombre des demeures il est permis de juger que le nombre des habitants était considérable. On sait en outre quoi était à peu près leur genre de vie ; les travaux agricoles paraissent avoir été leur principale occupation. M. Féret a mis è découvert des corps de ferme entiers : il m'en at montré les plans levés sur place; on y distingue tous les bâtiments nécessaires à une exploitation agricole, depuis la grange jusqu'à Fétable et au poulailler : on reconnaît ainsi quelle était la distribution de ces bâtiments, quel genre de culture était alors en usage. Rient de si précieux et de si instructif que de tels renseignements ^

du faubourg de la Barre, pour commencer les travaux d'exploitation d'une nouvelle briqueterie. M. Cochet, alors vicaire de Téglise Saint-Remy, et atijoard'hui adfnônier dtf collège de Rouen, connu par divers écrits rer»arqoabk*s sur les tfntiqmfés d» pay» de Catix, se promenant dans un vieux chemin dit des Fontaines f qui passe an pied de la briqueterie, crut reconnaître, dans une coupe du sol qui venait d'être nouvellement pratiquée, les restes d'une voie antique. 11 poussa plus loin ses recherches et trouva à quelques Centaines de mètres de là, au bord d'un ravin qui descend au haoieali du PeHt-Appevitle, la suite de ce qu'il avait entrevu. Ces fragments d'une voie romaine qm, sortatft du faubourg de la Barre, preDsertt leur direction vers Lillebonne, ost été parfaitement reconnus par M. l'abbé Cochet. M. Féret regarde cette déeouveile comme mcontestable; il croit même avoir trouvé un embranchement (le cette même >oie allant sur Rouen; et, d'après de nouvelles conjectures, it suppose que le vieux chemin qui, de l'autre côté de la vaîlée, passe au pied de la base dd coteau de Neuville , et qui se trouve jonché de débris d'antiquités romaines tenftb«itt de la terrasse voisine, est Textrémité maritime d'une Voie venant (le Beauvais ; enfin il pense que le chemin qui borde la côte doit (Mre une ancienne voie du littoral. Ainsi se déroule petit à petit la carte antique de cette partie du pays de Caux. De persévérantes recherches achèveront de nous la faire connaître. ^ Loft, fouilles pratiquées dass les philaes tm nord-est dollioppo,

De deux fimm Vi^mim Toa dtouf rira, piâim fomUm €OQUiiuée« a^ec suite et avec loéihoifle, des titres historiques qui peri?9e|lron( de rendre k ceUe «niiquje statioa son oooi fil sa pl^e dans la géographie des Gaules , dé-r couverte dont il est inutile de faire sentir ^importance ; ou Ton ne fera que compléter ce q^i a été fait jusqu'ici , en relevant ^vec exactitude les dopuments que fourniront jces fondations lépai'ses, ces innombrables débris, et en les ofifrant à qui voudra se faire Thistorien de Texploit^tioo agricole des Gaules sous la domination romaine. « S*iJ ne » nous est pas dpnné d'augmenter Thistoire des grands » monjuments , dit M. Féret dans un rapport niux souscrip* n teurs de la Société archéologique , noMS trouveroi^s , il » but l'espérer, une compensation , en ajoutant quelques » commentaires aux ouvrages des Pline , des Varron • d^ » Aulu-Geile, et en nous procurant assez de matériaux » pour tracer la carte de notre pays à Tépoque des (Césars. » Dans les deux cas il est également désiraÛe que ce$ fonilteif de Dieppe soient poursuivies avec activité.

É()oqiia €«rioviiigie9ae. — Traditiaos.

Si de nombreux monuments qu*il ne s*agit que d'extraire du sol où ils sont enfouis attestent que les Roinains et avann eux les Belges ont habité ce rivage ; si, par l'étude approfondie de ces monuments on doit pouvoir reconstruire, jusqu'à un certain point , l'histoire du territoire dief^ois pendant les quatre ou cinq siècles de la domination romaine , rien ne semble promettre que jamais on retrouve ce qui s'y

près do village de Braqaeinont, ont fourni un grand nombre dMntmments de pêche mêlés à des outils d'agriculture. Ce qu'il y a de remarquable, c'est qu'aujourd'hui encore les habitants de c«tte partie du territoire dieppois sont à la fois péc^etirs et laboureurs. La moisson terminée, ils s'en vont à la p^che des harengs. .

passa dans les siècles suivants. Il est probable que les Barbares dévastèrent et détruisirent tous les édiGces romains et gallo-romains de la contrée; mais depuis l'époque de cette destruction jusqu'au moment où des monuments écrits, des chartes, des c|ironiques, viennent nous parler de Dieppe à sa naissance , ou si Ton veut à sa résurrection, c'est-à-dire jusqu'au onzième siècle environ, il n'y a plus que ténèbres. C'est une lacune de cinq ou six cents ans qu'il semble impossible de combler.

Toutefois , à défaut de faits et de vérités, il y a des traditions et des fables. Du moins on a lieu de croire imaginaires les récits qui ont cours dans le pays, et au moyen desquels on remplit cette lacune. Mais quand on songe qu'il y a peu de temps encore l'existence d'établissements romains sur cette côte était regardée comme fabuleuse , ne faut-il pas être circonspect à l'égard des traditions? Qui sait si quelque monument mérovingien ou carlovingien ne viendra pas à son tour justiGer la croyance populaire? Il est vrai que les monuments de cette époque n'étaient pas de ceux qui résistent aux injures du temps : construits sans art , sans autres matériaux que des poutres de bois ou des débris d'anciens édifices maladroitement entassés, ils sont tombés en poussière, et c'est à grand'peine s'il en reste quelques échantillons, quelques fragments informes qui nous apprennent quelle fut leur rudesse et leur grossièreté.

Nous n'avons donc guère d'espoir que cette époque intermédiaire ait laissé sous le sol l'empreinte de ses pas. Il n'y a pas de fouilles qui puissent nous rien apprendre d'elle. Voyons donc les seuls vestiges qui en soient restés , cVst-à-dire ces traditions qu'on vous raconte à Dieppe , et que toutes les chroniques manuscrites rapportent avec une imperturbable assurance^.

* Parmi ces chroniques une des plus importantes est celle du prêtre Guit>ert. C'est un recueil copié vers 1760 sur d'autres com-

L'emperear Ghàrlemagne , car c'est toujours de Gharlemagne qu'il s'agit dans les fables de ce temps, craignant que la baie de Dieppe n'offrit aux Barbares du Nord un lieu de débarquement sûr et commode, aurait résolu , vers Tan 780, d'y bâtir un château , et d'entourer de murailles les nombreuses maisons de pêcheurs qui à cette époque couvraient , dit-on , la baie du mont de Gaux. Ges maisons, ainsi closes de murs et couronnées par une forteresse , se seraient transformées en cité , et les habitants , en l'honneur de la reine Berihe, mère de Gharlemagne , auraient donné à leur cité le nom de Bertheviiie.

La chronique va plus loin : elle raconte les voyages que Gharlemagne aurait faits à différentes reprises pour visiter la nouvelle ville; les sièges que la forteresse de Bertheville aurait soutenus contre les pirates normands, et comment après avoir été pillée deux ou trois fois pendant le cours du neuvième siècle, la ville et le château auraient été pris de vive force et détruits de fond en comble par Rou ou Rollon , le Gharlemagne normand.

Jusque-là rien de prouvé, rien de certain , mais rien non plus que d'assez vraisemblable. Ges maisons éparses sur le rivage à la fin du huitième siècle peuvent très-bien être des restes des anciens établissements romains qui auront survécu aux dévastations des premiers Barbares ; une population de pécheurs se sera perpétuée dans ce lieu favorable à la pêche , rien encore de plus probable : quant aux remparts et au château-fort construits par Gharleraamagne, ce ne sera autre chose qu'un de ces corps-dcgarde (excuéiœ) qu'il fit élever de distance en distance sur toute la côte pour tenir en respect les Normands ; et , en effet , la baie de Dieppe était un des premiers points

pilatioDS beaucoup plus anciennes. Ce prêtre s'est amusé à écrite plusieurs fois son ouvrage avec de très-légers changements. J*ai une de ces copies sous les yeux , grAce à l'extrême obligeance de M. de Lamare, jeune homme d'esprit et de savoir, qui a bien voulu me la communiquer.

t9 HISTOIW M PfBI^PIB.

de 4éb«Fquef9ien( qu'il falbit garantir : enAnks piri^tas, de- Tenua lea plus forts, auroot pria et incendié cea ouvragM \ c'est là le s^c et la deatruciioQ de la prétendue Sertbe'« vile,

IHais 06 qui est inadmissible, le véritable conte bien c'est ce qu'^'oute la cbroniqqe. À son dire , Roljon, jn* géant la position impartant^ , aurait re(x)nstrujt les rem* paris et la forteresse; puis la ville, ainsi renouvelée , se serait agrandie peu à peu , jusqu'à pe que les habitants , après avoir creusé leur port, prissent la fantaisie de rem^ placer son nom de Bertheville par celui de Dieppe, dq mot d^p, qui , dans les langues du r^ord, signifie profond*.

Nous prouverons tout à l'heure par des titres plus respectables qu'un siècle ou deux après Rollon il q'y avait , sur le sol de Dieppe , ni remparts ni forteresse, que touf au plus y voyait-on quelques masures. Ainsi , à moins qu'on ne suppose que pendant {'intervalie la ville jurait été détruite une seconde fois, ce que ne dit pas la chronique* il faut bien reconnaître que cette seconde partie de' notre

f Cette étymologîe est-eUe véritable? Le mot decp assurément doit être la raciue de celui do Dieppe , ce root sigpifif profond s mais est-ce parce qqe les liabitantM de cette ville fivaient «reus^ SQQ port plMS prçtfondément qu'ils Toot appelé Dieppe? c'est là ce qui D*est guère probable. Nous venons tout à Theure que la rivière qui coule à Dieppe, et qu'on nomme aujourd'hui la Èéihune, s'appelait la Dieppe avant que la ville fût fbndée ; or l'opinion la plus répandue veut que ce soit à la rivière que la ville ait emprunté son nom. Maintenant, d'od lu rivière avfiit-eUe pris ce noni (le Dieppe ? probablemeqt du mot d^ep. It» Normands l'auront ainsi dénommée, parce qu'après avoir été grossie par les eaux de l'Ëaulne et de cette autre petite rivière qui coule dans la vallée voisine, elle devient en effet beaucoup plus profonde. L'opinion la l'Ius générale est que la ville a prjs son nom de la rivière; l'autce avis compte aussi quelques partisans , entre autres l'évoque d'^-vranches, qui dit, dans son Histoire de France. Ilv, II, Hœç urbs non tam a ftuvio quamaportu stiam sortU^r <!^lpf^Q(içnem'

pyiEVIERB PAETIS. lO

tr«lJcion q*est qu'une foUe. Nous ne voulons pas dire par là que la première soit une vérité, elles seolement Tavantage de n'être pas absurde» liais conime en pareille nu* tière ce mérite n'est pas suffisant , biions-nous de passer è l'époque où commence pour Dieppe la véritable bistoire.

Époque liistoii(|iie.-- Première période, de 1 030 à 1203.

Dudon de Siint-Quentin, et, d'après lui, le trouvère Robert Wacc, raconieiit qu'eu l'année 961 environ ^ le roi Lothaire donna rendez vous au duc de Normandie , Richard 1", dans une prairie au confluent de la petite rivière d'Eaulne*et de la Dieppe, autre rivière coulant jusqu'à la mer. Ce rendez-vous n'étMt qu'un piège; Lothaire, sous prétexte d'une entrevue pour traiter delà paix , voulait surprendre son rival , qui venait mal accompagné et sans défiance; un combat s'engagea. Après avoir lutté pendant plusieurs heures , tantôt sur l'une ou l'autre rivo de la Dieppe , tantôt dans son lit et au milieu de son rapide courant , les deux ennemis se séparèrent : Richard se retira à Rouen , et Lothaire dans ses États.

Or, cette aventure est racontée très longuement par Wace : il lui consacre environ deux cent trente vers. Le mot Dieppe revient onze ou douze fois dans le récit , et ce n'est jamais qu'une rivière qu'il désigne par ce nom \

• C'est la rivière qui coule dans la yaUée d'Envermeo et qui se jette «levant Martin-l'Église dans la Béthuae , laquelle se nommait alors la Dieppe,

^ A une première lecture j'avais eru troilvi^r quelques vers dans

lesquels le mot deppe pouvait s'entrudre aussi bien d'une villo que

'une rivière; mais en relisant avec attention ]*ai reconnu qu'il

Quand on a lu Robert Wace , quand on sait avec quelle minutieuse exactitude il décrit les lieux où se passent les faits qu'il raconte , on ne peut douter que si au dixième siècle il eût existé à Tembouchure de la Dieppe, c'est-àdire à une petite lieue de cette prairie où Lothaire comptait surprendre Richard , je ne dis pas une cité importante, mais la moindre petite ville, il n'eût pas manqué de nous le dire *.

Il est donc probable qu'avant l'an 1000 Dieppe n'existait pas encore. Il paraît même qu'un demi-siècle plus tard , à l'époque de la descente de Guillaume-le-Conquérant en Angleterre , elle n'était guère mieux connue ; du moins voici ce qu'on lit dans Orderlc Vital , à l'an 1067 : « Dans la sixième nuit de décembre^ le duc Guillaume se

n*eo était rien; d'ailleurs, Wace lui-méaie prend la peine de nous expliquer ce qu*il veut dire par ce mot deppe :

Richart

Séurement s'en est à Deppe, une ewe, entrez (vers 4ô80«, édit. de M. Pluquet);

c'est-à-dire : Richard , pour se mettre en sûreté , a passé à gué la Dieppe, une rivière.

Dans d'autres vers il dit Vewe de Deppe, la rivière de Dieppe; mais puisque dans les vers ci-dessus il dit : Deppe, une ewe, c'est la preuve que quand il emploie le mot Deppe isolément, c'est toujours de la rivière dont il parle.

Ainsi cet autre vers (4661») :

Dedenz è dehorz Deppe par la grant praerie...

signifie : dans le lit et sur les rives de la Dieppe, sur la grande prairie..., et non pas, comme on pourrait le croire d'abord, dedans et dehors la ville de Dieppe. Le sens des vers qui précèdent et qui suivent, aussi bien que du récit tout entier, ne laisse aucun doute à cet égard.

< Ainsi, quand il parle de la ville d'Eu, il dit :

Ou est ewe , ou est chastel

Ki siet sor l'ewe d*Ou mult bel.

PBEMIÈBE PARTIE. 2t

rendit à Temboachure de la rifière de Dieppe , au delà de ia viiie d* Arques, et là, par une nuit très-froide, il abandonna ses voiles au souffle d*un vent austral. Le lendemain matin, après une heureuse traversée, il aborda sur le rivage opposé, au havre qu'on nomme Jf^iceneseK »

On voit que, pour désigner le lieu où Guillaume s'embarqua , Orderic Vital se croit obligé d'ajouter : au delà de la ville d'Arqués. Assurément , si Dieppe eût été alors une ville de quelque valeur , le chroniqueur aurait mieux aimé dire : Guillaume s'embarqua dans la ville de Dieppe. Tout comme Robert Wace, Orderic Vital est prodigue de descriptions, et probablement, si Dieppe avait eu des murailles et des tours, il les eût passées en revue jusqu'à la dernière. .

Son silence en cette circonstance a paru assez significatif à quelques écrivains pour qu'ils en aient induit qu'il n'existait en 1067 ni ville ni port de Dieppe; mais le contraire est attesté par une charte portant la date de 1030 , et dans laquelle on lit ces mots : Et unum fisigardum in Dieppâ et apud portum ipsius Dieppœ*,,,.

Ainsi, dès 1030, il y avait non-seulement une bourgade, mais un port du nom de Dieppe. En efifet, pour que Guillaume fît mouiller ses vaisseaux dans cette baie, il fallait bien qu'il y existât une espèce de port d'échoué et quelques commencements d'ouvrages, soit en bois, soit en grossier cailloutis , pour protéger les navires et les retenir à la marée descendante'. Nous voyons d'ailleurs qu'il

^ Ce n*«8t pas do premier voyage de Guillaume, mais du second, qu'il est ici question. Lorsqu'il partit pour la conquête en 1060, c'est à Saint-Valery-sur-Somme qu'il s'embarqua.

' D. Pommeraye, Hist. de VAbb. de Sainte-Catherine'dU'Mont,' p. 73. — Une autre ciiarte de 1035 porte ces mots : Et tertiam partem de terra et de hoxpitibus qnos habeo in villa quœ vocatur Dieppa,— Cette charte, portant donation de Roger pr de Tesse en faveur de l'abbaye de Conches m'a été indiquée par mon savant confrère M. Lepré?ost.

' Il est probable qu'un épi ou barrage aura existé à cette ëpo-

99 Hi9f(fHM WB wmn.

esi fait m^mm » 11996 quelques cbroBîqiifis i» cette époque, du fwrt d'Arquei; or, n*est-i) pas probable qufi c'est de Dieppe qu'on voulait parler eu disaat U port d'Àriiups; de aiéme, si iioe telle coipparaisoo peut être permis , qu'eu 4i^aDt la port d'Aibèoes on désignait le Pirée.

Arques seule, en ce t^emps là, était la ville de la contrée $ elle avait ses fossés et ses murailles i tout le terrain , jus^ qu'à la mer, faisait partie de son territoire : c'était donc d'elle seulement qu'on pouvait parier; c'était à elle qu'ap^ partenaient le petit port sur la Dieppe et toutes les mai-^ sons ou cabanes bâties à l'entour. Cette charte de 1030 est le preipier rnoopment où Je pprt d*Arques mit dér? signé sous le nom de port de Dieppe ( pùrtum ipHu$ Dieppœ^ •

que ou peut-être aotérieurement dans cette paHie de la Yille qu'on Domine encore rue de la Barre, faubourg de la ^arre. Ce quartier, qui est aujourd'hui h Tientrée de U ville , était saoç doute alors battu par la iper; et ce sera pour rompre le flot et o^et^re à l'abri les bateaux que cette barre aura été construite. Peu à pieu la paer se sera retirée, la ville aura été bâtie sur le terrain d'alluvlon, et la barre aura laissé son nom à l'emplacement qu'elle avait jadis occupé.

On peut admettre une autre étymologie de ca mot barre. Le droit de péage établi pour l'entretien des chemins était quelquefois appelé barrage , parce qu'ordinairement il y avait une barre ou barrière à Teudroit où il était perçu. Or, il paraît, d'après le témoignage du registre de Guillaume Tieullier (1396), que l'archevêque de Rouen percevait à la porte de Dieppe un di^oit de barrage dont le tarif a même été conservé : vis-à-vis de cette porte était la maison du barrage.

' Telle est prob^blem^qt |a véritable origine du nom de ppfiede la £<^rre.

^ S^QU M. Méry il pouvait exis^ alors un port k Arques indépendamment du port de Dieppe. t.a mer, dit-il, remonterait f^f^com jusqu'à Arques, si elle n'était arrêtée par les digues de fa retenue e| par les écluses à clapet de la rivière. Les prairies sont dis dl^ux n^tie^ environ plus basses que )e n|yeau dies gr^indes m^^^ Cirant

PRKHIEIIB MHTIB. 23

Dads cette même charte, on ?oit un vicomte d'Arque9, nomiDé Gosselin , faire dodafion aux religieux de Tabbayd du iBont Saiiite-Galberine-lès- Rouen de cinq salines dé* pendantes du pori de Dieppe, et de cinq masures habitées par des pêcheurs , lesquels devaient fournir chaque année à Tabbaye cinq milliers de harengs saurs.

GeUe charte doit donner, dans ce peu de mots , une image fidèle de ce qu'était alors cette plage marécageuse : UB petit port d*écboue^ quelques masures de pêcheurs se^ mées sur le penchant des deux coteaux, et çè et là des sa-> Unes. Les salines et la pêche étaient les seuls prodoits do pays ^< Avec de si ^Hluvres re^ourcesy les habitants étaient condamnés à végéter, et, sans la conquête de l'Angleterre par Guillaume, il est possible que Dieppe R*eût été encore

rachèyement des digues, en 1787, la rivière parait avoir été beaucoo^ pldé lafge qu'elle n*6st aujourd'hui : elle portait alors d'assez gros bateaux.

A Ytippni de sort ofnnie» , M. Méfy ftrU observer que, dans une charte de Robert, archevèqm de Rouen, datée de lit 7, il est fait mention du port d*Arefa«lles. (Goncii. Rothomag., p. 206.)

* On voit au hameau d'Épinay, à quelques centaines de toises de la porte de Dieppe, une élévation de terre au milieu d'une prairie, que les gens du pays nomment la Motte d'Êpinay, La iradition est que dans des temps tiès-recolés cette motte élevée au milieu des marais salants servait à faire sécher le sel au soleil. Il faut que le climat de la côte de Normandie fût alors singuHèremeat plus chaud qu'aujourd'hui; je ne saclie pas qu'on y Toie maintenant ni salines ni vignobles, et cependant il est prouvé que la vigne y fut cultivée jadis ; et quant aux salines , leur existence est, comme On voit, OB fait certain. Plusieurs actes fort anciens parlent de ces salines : elles paraissent même indiquées dans une charte du septième siècle. Tout annonce que le village de Bouteilles, oèi il existait encore des salines en 1396, a eu de l'importance. Ou y trouve en fouillant bon nombre d'anciens murs. M. Feret y a reconnu des restes de l'occupation gallo-romaine. L'église de Bouteilles était fort ancienne. Des documents historiques constatent que les salines de ce lieu ont eu une grande activité dans le nooyen ftge. M. l'abbé Cochet a fait è ce sujet des recherches curieuses qu'il a publiées dans la Reinm de Rouen,

long-temps qu'un amas de pauvres cabanes , une chétive bourgade dépendante de la cité d'Ârques. Mais les communicalions fréquentes qui' s'établirent entre la Normandie et TAnglelerre, la commodité que les passagers trouvaient à s*embarquer et à débarquer à Dieppe , le peu de distance qui séparait ce port de la capitale de Normandie, tout contribua à augmenter la population, à accroître ses richesses, à multiplier ses demeures ; si bien qu*un siècle après la conquête, Arques avait une rivale qui grandissait à ses côtés , et que son heureuse position appelait à une brillante fortune ; tandis qu'au fond de sa vallée solitaire. Arques, malgré son droit d'aînesse, ne devait bientôt plus que décheoir.

11 est impossible de tracer une histoire exacte des accroissements de la nouvelle ville , soit vers la fin du onzième siècle , soit même pendant le douzième. Bien que dès lors on rencontre assez souvent le nom de Dieppe dans les pièces contemporaines S on ne peut dire d'une manière précise quelle était son importance. Tout ce qu'on sait, c'est qu'elle avait rang de ville. Mais était-elle enceinte de murailles 7 avait-elle un château-fort ? Nous ne saurions le décider *.

'Âiosi Guillaume de Tancarville, dans une donation faite en 1114, à l'abbaye de Saint-Georges, s^exprime ainsi : Insuper do et cor^rmo, . decimam de omnibus quœ hdbeo in Dieppe et Spinato. « De plus, je donne et confirme... la dtme de tout ce qui » m'appartient dans Dieppe et dans Épinay. »

^ D'après un manuscrit que j'ai sous les yeux, Henri H, roi d'Angleterre, et son fils Richard, voulant mettre la ville de Dieppe à l'abri des attaques du roi Philippe-Auguste, auraient fait bfttir un ch&teau, l'an 1188. Cette forteresse aurait été rasée par Philippe- Auguste sept ans après, quand il prit la ville. Cette tradition peut être vraie, mais elle est sans preuve et sans autorité.

Ce qui paraît établi , c'est que Henri II , roi d'Angleterre , fonda dans divers quartiers de la ville plusieurs fiefs, et que les franchises attachées à ces fiefs durent attirer à Dieppe de nombreux habitants.

On peut ajouter que les produits de toute nature que les archevé-

PREKIEBE PARTIE. 25

Après tout , que lui importait de prospérer et de s*ac* croître ? une catastrophe terrible allait éclater sur elle ; elle ne devait pas survivre au\ dernières années de ce douzième siècle, qui l'avait en quelque sorte vue naître. L*an 1195, Philippe- Auguste, guerroyant contre Richard-Cœur* de-Lion, fondit sur Dieppe à Timproviste, saccagea la ville, la réduisit en cendres , emmena les habitants captifs et brûla leurs vaisseaux ^

Yoilà donc cette pauvre cité renversée de fond en com-

ques percevaient en 1396 »ur les propriétés, la pèche et le comnierce, ainsi que l'atteste le registre de Guillaume Tieullier, devaient remonter pour la plupart au temps des ducs, car les archevêques n'auraient pas pu les créer de leur propre Autorité. Une telle multiplicité de droits ne pouvait exister que dans une cité induâtriense et commerçante. On peut donc en induire que Dieppe avait déjà quelque importance au douzième siècle.

Ajoutons que, dès 1154. suivant M. EstanceUn, un géographe arabe cite Dieppe au nombre des ports de mer « d'où partaient alors » des expéditions maritimes. »

* Rex Francorum,., omnes Normannos fugavit, et villam quœ Deppa vocatur destruxU, et hommes abduxit, et naves eo» rum combus8it. (Rigordus, De Gvstis Philippi Aug, Franc, reg\s,)

Les chroniqueurs français , pour exalter la victoire de Philippe, font de Dieppe une ville de premier ordre. Guillaume-le-Breton, dans sa Philippidef entonne ainsi la trompette :

Portus fatnd celeberrimuSy atque

Villa polens opibus florebat nomine Deppen.

Hanc Franci primum sub eodem tempwe gazis Omnibiis expoliant; spoliatam denuà totam In cinerem redigunt, et sic ditatus abivit Lœtus ovans quod in villa non esse vel urbe Divitias aut tam pretiosas diceret mquàm.

Il faut bien se garder de prendre à la lettre ces mots celeberrïmus , potens opibus. Ce sont des hyperboles de rhéteur et des formes adulatrices en l'honneur du héros célébré dans ces vers. Le poète en dit autant des moindres bicoques ; on ne peut donc rien conclure de son témoignage.

96 ttlfffOIM M »t«#l^.

ble : c'était pènl-être sa ë^ciiièiiie ou tt-oiaièinei dèstraction ! r/é$t la pfrêttiièré dont on tfii dds (émoUgoagéis eertain» i kï M teffmltié fa pretnièfif péHodé de son histoire. Le conp M ta tèrriblef que plbs de tent ànnécfs dorant elle ne ptii ^'eil reieref ^ €é n'ésf qo'ad qnator^ièffiie siècle qii€f ifoiis la ferrons coontietieer à reprendre son rang « pmr ^ifténlr ensolte da<is te qnintiètne èi ie seizième à son plus haut degré d'accroisâwftiielit et 6è pH»pétité.

Une année après la ruine de Dieppe, Tan 1196» la paix fut faite efitre Richard et Phili()pé. Celui-ci promit , en signant le traité , de restituer léS places d'Arqués , d'£u, de Longueville . de Neufchâtei» d*Àumale, etc. Quanta Dieppe« il n'en fut pas question ; une ?iUe réduits en cendrcii ne f abit pas qu'on lui fit rhonneur de là mnimor.

S*il fallait donner une aofre ptetiie de l'état cihétif où tfieppt était alots rédoit, il sufiBrait de citer le fait SuiTant.

Aussitôt après la paix , le roi Richard , pour opposer une barrière aux invasions de Philippe « construisit sur la frontière de» deux États^ an bord de la Seine ^ près d'Andely, la fameuse forlefresse connue sons ki nom de Château-Gaitlard. Il n'avait pas eu la précaution , avant de la construire, de à'afôtfrer de la propriété dû terrain qu'il avait choisi : ce terrain, dépendant du territoire d'Andely, appartenait à Gaultier, archevêque de Rouen. Celui-ci

^ M. Méry pense qoe Dieppe se releYa pias prompteoMiit de ses ruines qu'on ne le croit généralement. Il en donne plnsiears preuves : d*abord, dès Tan 1230 on voit Henri III, roi d'Angleterre, faire on appel aux habitants de [>teppe, et leur demander de rénoir leurs vaisseaux à sa âotte poor attaquer le roi de France. En seeond lieu» Pliilippe-le-Bel , en 1296 (on siècle, il est vrai, après la destruction), avait une flotte dans laquelle figuraient 45 nefs arlnées par les Dieppot». Enfin, dans les titres du treizième siècle il est fait mention d'an grand nombre de rnes, plareset édifices de la ville de Dieppe, ce qnt semble indiquer qne la mine n'avait pas été complète, On da moins qn'ette avait été as^ez promptement et en grande partie réparée.

s'opposa vigoareasement à l'entreprise de Richard ; il fulmina contre le roi , mit la province en interdit , et poussa si chaudement sa querelle que force fut au monarque de plaider en cour de Rome, et d'en venir à une transaction. Il fut convenu qu'en indemnité du soi-disant dommaga fait à Gaultier par la construction de ta forteresse , te roi céderait à l'archevêque les moulins qu'il possédait à Rouen, la terrie et la forêt d'Alifiermont près 4'Arques , les fiefs de Lpuvûers et de Bouteille, ^t enfla ia viiie ^ seigneurie de Dieppe*

Dieppe est |à ponaipe une espèce d'appoint qui a*a pj|9 par lui-même a^ses de valeur pour être segl mis dans I4 balance ; ce qu'il y a de plus curieux , c'est que l'arcbiî^r vêque se fit long-temps prier avant de çoaclure cet orr^agement. Il di|t pourtant ^'apercevoir bi^ntpC qu'il avait fait un bpn marché ; et ses successeurs s'en applaqdlrepf encore plus quc^ lui, car les dîmiBS et impAt^i q^i au fsqa\' mencemeut étaient o^isérables , s'accrurent à mesure que la ville se releva de ses ruine? , et fioireat pjir produire d'immeoseç revjepfis S

* Toutes les marchandises payaient un droit à la sortie et à rentrée du port ; il n'y avait pas jusqu'aux pauvres pécheurs qui devaient tribut à rarchevéque. Ce fut d'abord un dun pieux , une auniêne de poisson ; oiais peu à peu cette offr^de volontaire 4^vint une dette, et Tarclievéque avait des percepteurs qui prélevaient sur chaque barque, au retour ôp la pèche, le plus beau poisson frais ^ à V exception du turbot et de quelques autres gros poissons. Ce droit , qui prit le nom de coutume du poisson, s'étendit plus tard sur le liareng salé et sur presque tous les produits de la pécbe diep* poise : en 1766 il était affermé 60,000 livres.

Il existe encore ^ rHôtpl-de-Ville \}j^ registre du qqatorijèm^ siècle^ o^ Ton trouve le tarif des droits perçus po(ir |*arçl)e|rèq,q^ sur les marchandises entrant à Dieppe. Au nombre de ces marchandises il en est une, appelée bresil, qui paye autant que le poivre et autres denrées du Levant. Le docteur Wideman a fait remarquer, d'après dus autorités qu'il cite , qu'au même siècle 00 payait aux portes dp Ho^iUm un drpjt 4'ei|trée pq)}r up certaifi )iow (Iq firfkH-

S IV

Dieppe, depuis la réunion de la Normandie à la France jusqu'à riovasiou du ro^aunne par les Anglais. -— 1203-1412.

Les premières années du treizième siècle virent la Normandie passer sous un nouveau maître. On sait avec quelle adresse Philippe- Auguste saisit Tpccasion de confisquer ce beau duché sur Jean-Sans- Terre, comment il s'en mit en possession , et le réunit à son royaume de France (en 1203). Dieppe suivit le sort de la Normandie ; mais, depuis cette époque , son histoire reste long-temps obscure comme sa fortune. Gomment suivre une à une ces maisons qui se reconstruisent, ces barques qui se lancent à la mer, et cette population qui peu à peu devient moins clairsemée et moins misérable? Des progrès aussi lents ne peuvent être racontés ; il faui qu'ils aient duré plus d'un siècle pour qu'on les aperçoive. En effet , ce n'est guère avant l'an 1300 que Dieppe commence à reprendre figure de ville. Son port ne servait plus de grand chemin entre la Normandie et l'Angleterre ; en passant sous la domination française , Dieppe avait perdu le principal avantage de sa position et les causes de prospérité dont il jouissait dans le siècle précédent. Enfin, pour comble de disgrâce, saint Louis et ses successeurs, au lieu de protéger ses habitants et de les aider à relever leurs murs , ne paraissent pas eu avoir pris le moindre souci.

Un meilleur sort les attendait sous Philippe de Valois. Pécheurs hardis et aventureux , ils devaient faire de bons matelots , et Philippe avait besoin de marins pour monter les vaisseaux qu'il armait contre l'Angleterre. La flotte française qui, en 1339, fit le siège de Southampton, était composée en grande partie de navires normands, et parmi ceux-ci les nefs dieppoises se faisaient remarquer comme

PREKIÈBB PARTIE. 29

les plus agiles et les plas audacieuses^. Quand la ville eut été pillée et incendiée, c'est à Dieppe qu'on revint partager le'butin. Les Dieppois en eurent bonne part, et l'argent qu'ils en tirèrent fut consacré à fortifier leur ville '. Mais comme ces fonds étaient trop faibles , le roi , par lettres patentes de 13^5, supprima en leur faveur le droit de gabelle, et leur fit don des six deniers par livre imposés sur toutes les marchandises et denrées qui se vendaient dans la ville •.

Grâce à ces libéralités, on put non-seulement travailler aux fortifications, mais agrandir considérablement la ville en acquérant , ou du moins en prenant à fief, de Robert d'Étouteville, sire de Hotot, plusieurs héritages et masures situés au pied du mont de (]aux, qui faisaient enclave dans la ville et empêchaient de la clorre. Celte acquisition eut lieu en 1360. Nous ne parlerons pas des querelles et de la petite guerre qu'elle fit naître entre le sire de Hotot et les habitants de Dieppe : celui-ci, se plaignant d'être mal payé, lâcha contre la ville quelques soldats qu'il tenait dans son château , espèce de repaire féodal , situé au milieu d'un bois à une lieue de Dieppe^. Les habitants ne s'en débarrassèrent qu'à prix d'or; mais tout finit par se pacifier, et les travaux furent bientôt entrepris avec ardeur.

L'acquisition de ce fief est un fait important. Depuis

' Voyez, pour la part que les nefs de Dieppe prirent à la bataille de l'Écluse (23 et 24 juin 1340), Vffistoire maritime de France, par Léon Gnériu , t. P', p. 90-96.

^ Cttte précaution était bien nécessaire, car en cette même année 1339, tandis que les Dieppois aidaient à pUler Southampton, les Anglais et les Flamands, leurs alliés, opérèrent à TimproTiste une descente à Dieppe Ils raTagèrent la ville, qui était alors sans forteresse ni garnison ; et, après avoir mis le feu à quelques maisons, ils se retirèrent précipitamment , parce que les châteaux voisins envoyaient leurs hommes d*armes au secours de Dieppe.

* Nonobstant les droits de Tarcbevèque sur les mêmes marchan* dises et denrées.

* On en voit encore les ruines. {Voyez à la 4« partie.)

G0Ue époquff (i960), nQO-seuIemeot la ville oenuqeiiça k étr^ for^ifi^ , mai» elle prit Tessor le plus rapide. Charlesle-Çage Ipi accorda de pouTeaui^ privilèges, des exemptipos et f)es largesses nouyelles ; et, ce qui va^it epcore raieui que Ips libéralités du prioce, ses habitants, de simples pêcheurs qu'ils uvaieut été jp^qe-b , devinrent tput à coup navigateurs ipin&pide^i f^U P^ se lapçîinl sqr les mers incoppM^, rappprtérent 4aP9 leur patrie les immeqses pro* fits d*un commerce que seuls en Europe ils osaiept alors etplpiler.

Ç'e^t en Tapp^ 1364 que les premier^ vaisseaux mar-r chapcU pfirtirept de pieppe pour aller chercher la terre des épiçes et de Tivoire. Après avqir pénétré dans rocéaq atlantique jusqu'il la hauteur dp cap Vert, ils arrivèrent dans la Guinép , et dpnp^rent le nqip de Petit-Dieppe l un lieu qi|i le conserva iQpg-temps , n^algré les colopiep portugaises et hQllaudaisps qui depuis s*y établirept.

Kpus ne fajspns qqe citer ce fait : ce n*est pas ici le lieu de Tapppyer de preuves. Ces expéditions maritipies tiep* nont une trop grande place dans l'histoire des Dieppois, elles soqt pour eu^ et pour la Fraqce un trop beau titre de gloire pour que noqs n*en parlions ainsi qq'en passant, Nous en ferons plqs loin Tobjef de quelques recherches , e( jpsqueTlji pous ajourqpps tous détails §ur ce sujet pour suivre sans interruption notre esquisse historique.

De nouveaux services rendus sur mer par les matelots dieppols, soit dans le combat devant I^ Rochelle (3(i juin 1372), soit en d'autres rencontres, donnèrent lieu à de nouvelles munjficences royales envers la ville. De^^ letlrespatentes de phfirles V, datées de 1374 , 1378 , 1^80 , Iqi donnèrent sqccessiverneqt le droit de prélever divers impôts, lesquels, joints aux richesses que le commerce d'outre-mer commençait à répandre dans la cité , permirent d'entreprendre de nouveaux travaux de fortifications et d'embellissements. La ville fut mise en état de défense dp côté de l{| pier pfir pije Riprail}§ 4^ qpJltorze pei^ji p§? iie

iougiieur^ fl^qqpé^ de for^^s tours et dp ppft^ saitUnte», A Teotrée du port, on dressa une plaie*for(Qe sur Jaquel|« OD ^leya un phare en pierres de gr^ pour éclairer peq t dant la qpit les vaisseaux qpl navigqaieiit daps ^ rade ^ A pen de distance de ce phafe , pn construisit m^ fprte tour csirrée assez haute pour défendre rentrée du port et pour protéger tout le quartier de la villç di( du MouHnà'FentK Ceue toqr, démolie • aujourd'hui, prit le nom de ToMv (^i4x Çvf^ips , ^it parce que ces sortes de co* quillages s'attachaient antérieurement au rocher «nr le* quel elle fut constrpite , soit pîirce que le» çr^n A^ ^^ murailles , baignées alQr« par I9 iper , lepr servirent p«r ij| suite d^ retraites.

Une fois le qpartiçr dw WPuljp-i-Vfint «i»»! clps, prp^

> Le génie fiscal savait, dès cette époque, tirer parti de tout. La construction de ce pliare, qui à la vérité était réclamé par lea vais» seaux cliaque jour plus nombreux qqi venaient débarqn«r à Dieppe, donna lien k ur) droit à^/çuierf «lotrefnent djtde fflM «t l>alize, qu'on levait sur les pefs qui entraient daps le pqrt- Cp drPit • 4PMt une partie revenait au balizier ou gardien du phare, devint pour la ville up assez gros produit.

Le pharp en pierre fut démoli \p 9 8eptep)l)r9 169 fit d^H^ 9DC avant le bombardement de |a yijle. En (700, PR ep çQp&||'His|t un nouveau en buis d'une forme plus basse , çt pl^cé l^e^uconp plM^ en avant , parce que {'entrée du port était alPfft ^î^i^ plqs é|ojgnép de la tour aux Crabes. Quand la jetée fpt bftt|e, d*apr^$ le dessin de Vauban, il fallut encore je porter plus en avani^ à la place qq'il occupe aujourd'hui.

* Le moulin qui donna son nom h ce cjuartiçr iie la ville existait dès le treizième siècle. 11 en est fait mention en 1^50 d£|ns l*ahornement d'une piasure qui s'étepdait depuis la rue dn Moujinà- Vent (t;icp versu8 molendinum venti) ju.'qu'au gajet (usgue ad gçkletum). Ce moulin à vent était construit près du rempart du nordest, sur une plateforme.

On divisait Dieppe ep tro|s (^uî^rtiers : à rpuest le quartier du poit d*Ouest ( aujourd'hui le Quartier des painit); au noid-es^ Ig quartier duMoulin-à-Yent, et au sud-est le quartier du f^PuliU'Il^ TEau.

• Voyez plus loin, 3» partie.

32 HISTOIBE DE DIEPPE.

tégé et mis en bon état , les habitants et les commerçants étrangers, qui commençaient à affluer dans la ville, furent portés à bâtir de ce côté. Ce fut là que s*élevèrent les plus riches maisons : on y construisit une halle aux poissons , et, ce qui était comme la couronne et la gloire d*une Tille au moyen âge, une maison de ville surmontée d*un beffroi. Au sommet du beffroi se voyait une statue de la sainte Vierge, jetée en fonte, que les vaisseaux, en entrant dans le port„ saluaient de leurs pierriers, et les matelots de leurs bonnets.

Une autre œuvre de religion se poursuivit alors avec ardeur. La grande et belle église Saint- Jacques ; dont on avait jeté les fondements vers la fin du treizième siècle , . n'était pas encore fort avancée cent ans après, à Tépoque dont nous parlons^ ; en peu d'années elle fit d'immenses progrès : la plupart des chapelles et les voûtes de la nef étaient terminées en 1400.

Il se fit aussi d'importants travaux dans le port pour en revêtir les quais et le mettre à l'abri de la lame * ; puis ,

< Vùyez les détails de la construction de cette belle église à la troisième partie. La charte de Guillanmc de Flavacourt qui érige Saint'Jacques en église paroissiale et baptismale est de 1982. Les premiers fondements avaient du être jetés avant cette époque. Il y a des parties de Téglise Saint-Jacques évidemment antérieures à 1282, ainsi qu'on le verra quand nous parlerons spécialement de ce monument. Un acte du douzième siècle, cité par M. Méry, fait mention d'une église Saint -Jacques : cet acte Cbt une charte de Henii II, roi d'Angleterre.

^ Le chenal qui met le port en communication avec la mer, n'était pas alors situé tout à fait comme aujourd'hui ; il passait un peu plus à l'ouest, de telle sorte, que le pied de la tour aux Crabes était battu par les eaux. C'est une forte marée d'équinoxe, l'an 1616, qui enleva une partie de la falaise du Pollet, et força les eaux à se faire jour le long de cette falaise. On déblaya co nouveau chenal pour le rendre propre à la navigation, et l'on remblaya l'ancien. Toutefois, les remblais ne furent peut-être pas suffisants, et de là vient l'extrême largeur du chenal de Dieppe pr s d'un quai à l'autre; ce qui n'empêche pas que la passe des navires,

FRBHtEBE PARTIE. 33

quand tout fut terminé de ce côté et sur le bord de la mer, on s'occupa de défendre la ville du côté de laTallée. Ce fut probablement alors qu'on construisit ou qu'on acheva la porte de la Barre S aujourd'hui démolie, mais dont la voûte sombre et les deux tours tronquées produisaient encore, il y a peu d'années, un effet si pittoresque^. Cette porte devint l'entrée principale de la ville du côté du pays de Caux ; elle servit de tête aux murailles garnies d'éperons qui furent bâties en droite ligne jusqu'à la rivière , c'est-à-dire jusqu'au point sud-est où commençait l'arrière-port. De cette manière la ville se trouva entièrement close.

Ces diverses constructions étaient déjà fort avancées et la maison de ville presque achevée, lorsqu'en 1396 les principaux bourgeois , pour établir une meilleure police

proprement dite, soit assez étroite, parce que le galet est venu encombrer près des deux tiers de ce large chenal. Voyez ci-après chap. III, § 3.

Il parait qu*à une époque fort reculée , et certainement antérieure au douzième siècle , le clienal (ou du moins le lit de la rivière , car alors il n'y avait probablement pas de jetée ni de quais faits de main d*homme , mais tout au plus le barrage dont nous avons parlé plus haut , p. 21); il paraît , disons-nous , qu'à cette époque la rivière se jetait dans la mer à Cinq ou six cents toises plus à l'ouest, c'est-àdire au pied de la falaise où s'élève aujourd'hui le cli&teau. De là vient que ce quartier porte encore le nom de Port d'Ouest. £n creusant, soit dans la ville, soit hors des murs dans la vallée , on a trouvé les traces de l'ancien lit de la rivière ; ce qui semble confirmer cette tradition.

Toutefois M Méry n'adopte pas cette hypothèse, et il prouve, en citant plusieurs chartes de Henri II, que le port de Dieppe avait, sinon antérieurement au douzième siècle , du moins vers le temps où vivait ce monarque, exactement ta même position qu'aujourd'hui.

* La porte de la Barre et les murs adjacents sont cités eo l'an 1368, dans le registre de 1396.

* C'est , je crois, vers la fin de 1829 qu'elle a été détruite , sous prétexte qu'elle était trop basse et qu'elle empêchait les charrettes de roulage et les grandes diligences d'entrer dans la ville.

34 HitTdimi »B wwim*

dans celte ville, qui devenait chaque jour pbi9 poputeiise, et pour prendre leur rang de cité , s'assemblèrent et ponstituôrent un corps de vilU composé de deu^ léi^evips, de deux conseillers et d*un procureur syndic ^

Ces magistrats, ii peine installés, donnèrent nne nouvelle activité au]L travaux. Ce fut alors qu'on entreprit de paver les rues de la ville partie en galets du rivagfs, partie isn gros pavés de grès. Il ftit enjoint à ceux qui avaient des places vagues sur là rue de les clore et d'y bâtir des maisons. Aussi ne parlait-on dans la province que des nterveilles qui s'opéraient à Dieppe. Le roi Charles VI , à j'e^emplQ de ses prédécesseurs , traitait favorablement ses habitants et leur donnait volontiers de nouveaux moyens de s'enrichir. Les foires franches qu'il leur peripit de tenir, et principalement celle de la Saint-Denis , attirèrent bientôt d^ns leurs murs un si grand concours de commerçants, de marchand^ de soieries, de fabricants 4e serge, et donnèrent de si nombreuses occasions d'expédier des vaisseaux et de recevoir de riches cargaisons, que la ville semblait prospérer* s'accroître et s'embellir à vue d'œil.

Mais la guerre allait éclater, cette guerre déplorable qui mit notre pays au pouvoir des Anglais. Charles VI n'avait plus de bienfaits à donner aux Dieppois ; il allait leur demander des secours : par un ordre du 1Û octobre 1396 , la vicomte d'Arqués fut taxée, pour aider lé roi à soutenir la guerre contre les Anglais, à la somme de 3,100 livres.

* D. Duplessis prétend qu*it y avait un maire à Dieppe dès \1ii; il cite à Pappui de cette opinion un titre de l'abbaye de Foncarmont, et ane lettre du roi d'Angleterre. Henri 111, commençant ainsi : « Re« majori et probis hominibus de DepA satutem. »

Quoi quMI en soit, it est prouvé , selon M. Méry , qu'au quatorzième siècle ra<)miui8tra(ion de la ville était encore entre les mains des ofliciers de Tarcltevèque. C'est Tarchevèque qui nommait le sénéchal, le receveur, le bailli, le procureur-général ||u temporel, les sergents, Texécutear de la haute justice. La nomlnatiop du capitaine de la ville appi^rtenait aiissi à rarcbevéque , ainsi que le reconnaît le roi Cbariss V dans une l^Mre du |0 juillet laes.

»ltÈllii:R« PAUtiE. dd

Daos Cette sofninlef, 890 livres 12 sols faisaient la patt dé la seule tillé de Dieppe. On voit qdolie était son impor^' tàtice dans la vicomte. ArqUes, au Cotitfàifè, n'était pas imposé h plus de 300 livres : aussi cirques dépérissait tous . les jours et ne gardait d'une grande ville qdè le noin, les DDiurafilles H les privilèges.

De nouteàot secours en hommes et en argent furent encore demandée leâ années sdivàtitest pour réparer les malheurs de la gûer-re. Le temps api^rochait ôû les armoiries d« France ^'allaient pilus briller sur là porte dé ta Barre, et où la Nofrtiiandie, et Dieppe avec dle< allait subir le JQfu{( dé l'étranger. Il est vrai qu'en rétoiirrtàAt à r'Afigleteire cette provittcie semfblait plutôft s'tfffranchii' qtfe totnbéfr «i servitude ; mais deux siècles Pavaient naturalisées française, et les vainqueurs \ë coinprlrent bien ainsi : Fàncien duché indépendant, h fibfe «t fraiic béHtage de Rolloti, ne ttti regardé et traité par eux que comriie i^a^s eifnemi et coiiqute.

Siège de Meppé. — 8» ééli vratitir. — Céféiftotites 46 la ifil4K>èt. — ' (1412-1443.)

Ail Mois de juin iUi'ii une flotte anglaise vint mouîHer devant Dieppe, et débarqua quelques mîHiers de conibalt- VknUt daiid me des baies vorsinés. Aussitôt les habitant» fnrelît demander du scicoors ati roi. Mats où trouver Ce malheureux rimnarqué? Prité déi sa raison, de sa liberté, il errait de prdvhuce en prô'vrnce. Il faifot donc que les Dièppoîs se cctoiéMassem dé leurs propres forces. Ils S'armèrent décourage, firent bonofe contenance; les campâtgne8 d'almitotir se soulevèrent , et l'ennemi fut contraint de s'enfuir sur ses vaisseaux.

Mai» «X arts après ce trionîpbe, la lutte devint Imposst^' bh. Les teofps étalent tb^Ègés. Là fkttt de ta noMesse et

36 UISTOIRE DE DIEPPE.

de rinfanterie française avait été moissonnée à trente lieues de Dieppe , près de ce triste village d'Aziucourt; Harfleur et maintes autres bonnes places étaient au pouvoir de l'Anglais et du Bourguignon; enfin, Rouen, après un siège héroïque, venait de succomber.

Dieppe fut sommé de se rendre, et, vers la mi-février 1420, les compagnies anglaises en avaient pris possession.

Le vainqueur commença par confirmer les privilèges de la ville ; des lettres-patentes toutes paternelles furent rendues le 1"" janvier 1421 ; mais bientôt la vei^e de fer se fit sentir ; les bourgeois furent requis de faire la garde et le guet malgré leurs privilèges , et contraints de payer d*abord 1,320 livres, impôt énorme en ce temps-là, puis d'autres sommes encore plus pesantes.

Heureusement la fortune de la France se réveilla sous les traits de cette jeune fille dont la poétique légende est gravée dans tous les souvenirs. Jeanne , par son courage et surtout par sa mort , frappa au cœur la puissance anglaise. Charles VU , qui, naguère à la mort de son père (i/i22), était parti du fond de l'Auvergne, seul, sans armée, et presque sans amis , voyait déjà (U31) l'étendard royal flotter sur toutes les tours de notre ancienne France.

Toutefois la Normandie restait encore dans les mains de l'étranger, mais le nom anglais y était en horreur. La population frémissait d'impatience, et chaque fois qu'il lui arrivait d'apprendre un nouvel échec, un nouveau désastre de ses maîtres , elle croyait le jour venu de secouer le joug. Les Anglais, qui la sentaient s'aigrir et se révolter, la foulaient , l'opprimaient de plus belle : ils en vinrent jusqu'à cette folie d'enlever dans presque tout le pays de Caux les enfants à leurs parents pour les envoyer en Angleterre sucer, disaient-ils, avec le lait, l'amour de leur souverain.

De telles persécutions ne se pardonnent pas : le pays était mûr pour la révolte. Au mois de novembre 1435, le sire Desmarêts, qui, quinze ans auparavant, était capitaine de la ville de Dieppe pour le roi de France , et qui vivait

PREHIÈRE PARTIE. 37

retiré dans les environs, fut averti par quelques habitants que le port était mal gardé , et qu'en suivant le lit de la rivière à marée basse on pouvait aisément surprendre la viiie. Il arriva de nuit avec bonne escorte , et , grâce aux échelles que lui tendirent les bourgeois, il escalada les murailles, et Gt la garnison anglaise prisonnière.

Une fois au pouvoir des Français , Dieppe devint le rendez-vous de quiconque dans le pays dé Caux voulait chasser l'étranger. £n peu de jours une armée s'y trouva réunie , et cette armée , se répandant dans la province, enleva coup sur coup Fécamp , Harfleur, Montiviiliers , Tancarville, et toutes les places fortes du pays. Arques et Caudebec exceptés.

Charles Desmarêts, pour prix de cette généreuse entreprise, fut confirmé par le roi Charles dans ses fonctions de gouverneur, ou plutôt de capitaine^ de la ville et du port de Dieppe.

La perle d'une place aussi importante incommodait extrêmement les Anglais, et leur ôtait tout espoir non-seulement de reconquérir la province, mais même de s'y maintenir. Aussi formèrent-ils souvent le dessein d'en faire le siège ; mais on sait les cabales qui agitaient alors la cour de Londres; on sait combien le mauvais état des finances, le découragement des troupes, leur dénûment et leur petit nombre rendaient difficile , soit d'adopter un plan de campagne , soit de suivre avec constance ceux qu'on s'était tracés. Chaque printemps on devait aller assiéger Dieppe , et neuf années se passèrent ainsi.

Charles Desmarêts les employa à mettre la place dans un état complet de défense ; non-seulement il fit achever plusieurs parties de murailles qui n'étaient pas terminées et reconstruire à neuf celles qu'il jugeait imparfaites» mais il donna à la ville un moyen de défense tout nouveau et

* Le premier qui ait porté le titre de gouverneur est M. de Sigosues, en 1564. Voyez chap. n.

38 HistdlM Dft iiit*fÈ.

plas fbniiidablé , en faisant bâtir le ehâleâii-fort qne liMis ?dyoils endore anjoard'hoi à ral-oOte de là falilise de l*ouest. C'est sar le tiïètn^ emplacement qti'alf ait eilsté • disent \é9 trsfditlôns , le châtead ruiné pai- Philippe-Âagaste et) ilS^S?, et dont il tie restait pins alord qne des débris. Il est intitile dé dire Que Charles besmarets ne c<mstrnlftit pils danU son entier le châteaa tel c^'ll est maintenant i dn n'életa alotis qne les trois fosses tonrs qni regatrdelit là tnlef * : leë antres bâtiments àhi été ajoutés, sôli an sëfûëtîiè siècle, soit iidslérieoren^etit

(■Pendant que les ()fieppM* àe prépahrient Mnèi I la défèttse , Tsilbot i le tÉiittvti céfnulne anglais, »& disposait Ir les attaquer. Ayant enfin réussi è équiper îtne mutilée, il partit de Oirtidebee Vei^ la TolussaiÉit; l'atf làhH, et ée dirigea 9tÈ¥ Dhppè à trtftèrs le pays de Catii. II envoya son at ant-ga^de detant Id petit ehâteaitf dé Cha^les-Méttll , dans la fallée de la Scie ' ; la garnison n'était pas de forcée té^ sister, et sé rendit pèt cdAipOsHIon. De M» , Talboc passa pjift' Attines^ qni tenait encore pour sfin paHl; et, afpirèd s'y être ttpifdë detfx i^tts , il dépendit la tallée et tint carjffple^ dettfnt Dieppe, sur )à ùllalse contre bqœtle est ado^ le Follets Ce fonbovrg étant outért et âans amcnne défense , Talbot s'en retfdh maftré Mns coup férir. I) ri'é^ tait donc séparé de la tille qoé par le port , leqoety k inarée basse i ne contenait , comme aejoord'hni , qii'tMf siafple filet d'ean.

Néanmoinà^ comne M prévoyait que let habitaiits f<^

^ LU coîiâ^tfuctioh fut coirtînàée même api ëâ I*etpàMôri complète des Âitglitfs. Les lertreA^ptflentes 4è Crrarfes Vil, en Mtè éé B iilarfr 1454y porteMqa'aè \ïea de la somme de 500 Ntretf «niieHeineiit accordée pour la conslmetion An châfeati de Dieppe ^ ri sera pris par ao 800 lÎTrea sur let octrois. ("Inveotaire bbs. des pièces de rHôtel-de-Ville.)

^ A deux lieues sud de Dieppe. On voit encore quelques mines de ce ebétean. Voifë» i 4« partie, la cbapiitre iMttaM YmUém te l4 Soie.

r^i^nt (Bbapde nteislancff et q|i*îl «Fait trop (Mil 4^ troiipe^ pour i^mev »pe attaqqe de yi^e force y i| pe spogisii d*ar bord qu'à se retrancher dans sa position. A cet eQîet, i) fï\ construire suf la Ui^m une grande et forte tpqr de bais, ce qu'on QomiQait dioru um ha^tiiU^^ Tarina 4^ vipgt pièces decanop , «aqs cpmpter grand Dombrede bombardes et quantité de mousqq^terje , et la fortifia par des fossés et des palissades. La foré|. d'Arqn^s lui foprnif tofit le bois nécessaire à tant d'onvragei^

Quand la bastille fut achevée , T^lbpt cpmptM^ qpe sop artillerie foudroyant la tour ^HX Crabes, i^ilué^ ¥js-è-vi#, et les maisons du port , la ville ne ppurr^it pastepir; m^^if les Dieppois ripostèrent brav^iqimt et pe parurent pj|s d'humeur II demander ni^rci. Dn était au pmorderblyer; Talbpt, craignant de mapqper de viyres et de miini^ions, laissa dans la Bastille six cents Anglais ayep prdre ^e poq* tinuer à inquiéter )a yille , et partit pour l'Angleterre d^ns le dessein de lever de noiivelles ir^i^P^s et de reveqir avep une escadre qui bloquerait Dieppe par pier, ejt l'eippêph^^ rait de se ravitailler.

Les assiégés , deyiqant aOQ prqjet , firent aq^itOt der mander du secours au roi. Cbfirles était alors i^ Poitiers ; il leur envoya cent lances commandées par M. de Hicar-; ville , gentilhomme du pays de Gaux. Mais que pouvaient cent lancés ! Il fallait une arquée. £|^ npuvelles sqppliqqes furent donc envoyées. Par bonbeqr, le daqpbin , qui fqt depuis Louis XI , était en ce moment auprès dq roi ; cber^ chant une occasion d'acquérir du rpnom et 4e k glpir^ militaire, il pria soq père délai pprqiettrç 4'9Qpr faire ses premières armes deirant Dieppe et d'en chasser l'Anglais. Le roi lui accorda m iQjfnm^de , 1^ nomma ^on lieutcpantgénéral dans le p^ys enfre Seinç et Son^qic , et Iqi doqqft

' Le lieq de la côte du Poilet où fut bâtie cette tour s'appelle encore place de la Bastille. C'est sur le même terrain que fut construit plus tard (en 1562) le fort du PoUet, qu^on démolit en 1689 par ordre de Louis XIV.

pour compagnons les comtes de Dunois et de Sainl-Pol , les sires' de Graincourt, de Châtillon, et plusieurs vieux capitaines expérimentés.

Le dauphiu , après une marche rapide , arriva en Picardie vers les premiers jours d'août (14A3). Plusieurs gentilshommes des bords de la Somme et du pays de Gaux , instruits de sa venue , le joignirent à Abbeville. L'armée du prince , de seize cents hommes d'armes qu'elle était , se trouva ainsi portée à trois mille hommes environ. On se mit en marche aussitôt , et, le dimanche 10 août, le dauphin fit son entrée dans Dieppe au milieu des cris de joie des habitants. On lui apprit que l'ennemi , qui avait déjà reçu du renfort les jours précédents , attendait de moment en moment une flotte considérable commandée par le duc de Sommerset. Sans perdre un instant, sans laisser à ses troupes le temps de se rafraîchir, Louis , sur les cinq heures du soir, sort de la ville , traverse la rivière à marée basse , et vient poster devant la bastille six cents de ses meilleurs soldats jifour tenir en échec l'ennemi. Les Anglais , se voyant bloqués , tentèrent deux sorties dans la nuit; mais ils furent repoussés , non sans avoir fait bien du mal aux assiégeants , qui n'étaient protégés par aucun retranchement, et que des torrents de pluie inondaient depuis le coucher du soleil.

Le lendemain , le dauphin s'occupa de faire fabriquer six ponts de bois roulants, destinés à être lancés sur les fossés de la basiille. On lui proposait bien de faire d'abord jouer l'artillerie qu'il avait amenée d'Abbeyille; mais ce moyen lui semblait trop lent, il voulait tout d'emblée aller à l'escalade.

Les ponts de bois n'étant pas terminés , il fallut rester jusqu'au mercredi 13 sans faire autre chose que monter la garde autour de la bastille , se garantir comme on pouvait du feu des assiégés , et regarder sans cesse du côté de la mer si les voiles du duc de Sommerset ne paraissaient pas à l'horizon.

Enfin , dans la nuit du mercredi , les ponts furent trans* portés en silence, et le jeudi matin, veille de f Assomption^ tout éiant prêt pour l'attaque, Louis Gt sonner la trompette ; les ponts roulants furent abaissés sur les fossés^ , et Jes assiégeants se trouvèrent en un clin d*œil au pied des remparts de bois de la* bastille sur six poin'ts à la fois. Mais les Anglais, fermes sur la crête de leurs murs , firent pleuvoir tant de pierres, tant de traits frappèrent si rudement quiconque parvenait au sommet des échelles, qu'une centaine de Français ne tardèrent pas à rouler au fond des fossés. A cette vue, les plus braves se dégoûtent, les échelles sont renversées et l'assaut abandonné.

Il était midi , la chaleur devenait accablante : le dauphin , écumant de rage , voyait ses soldats abattus et ses vieux lieutenants dont les sombres figures semblaient lui dire qu'il avait fait une folie. Alors , l'œil éiincelant et avec un courage de lion , il saisit une échelle , s'élance sur le pont, et le voilà grimpant à la muraille. L'armée pousse un cri et se réveille comme par enchantement. Soldats et capitaines, tous volent au secours du dauphin : en quelques minutes l'attaque a recommencé sur tous les points , mais avec une furear sans égale. Les assiégés étourdis commencent à ployer ; bientôt la bastille est envahie , les assiégeants l'inondent de toutes parts. Dans cette mêlée ,

' Ces ponts étaient , dit-on , de Tinvention d'an Dieppois, conslrur.teiir de navires. Tant que ces machines marchaient sar leuis roues, le plancher destiné à servir de i»ont restait debout , presque perpendiculairement, attaché par des câbles à une sorte de grue ; mais ausstôt qu'on était parvenu au bord du fossé , on faisait jouer lagiue, le câble cédait, le plancher tombait horizontalement et allait se cramponnera Tautre boid du fossé, grftce aux langues de fer dont II était armé. Sur la surface du plancher, des crans placés d'espace en espace servaient à retenir le pied des échelles d'escalade. On peut voir de ces sortes de ponts ou machines de siège dans les manuscrits à figures de cette époque, ou dans un dessin de M. de Gaignières, au tome HT <Ie Montfaucon.

cinq cents Anglais sont passés au 61 de Tépé^ » et le reste se rend à la discrétion du vainqueur.

On rapporte que pendant ce derpier assaut , ^u plu^. fort de l'action, le cb rgé de Dieppe , suivi des femmes, des vieillards, des enfants, faisait une process^op par la ville pour inyûquer l'assistance delà bonne Vierge. Afin de donner plus de v^olennité à ces prières , les grosses cloches des deux paroisses furent tout à coup^mises en branle. Or, les Anglais, étonnés de ce carillon, s'imaginèrent qii'il annonçait l'arrivée de quelque renfort ; et , comme l'atr taque impétueuse des Français ieur^aisait déjà perdre bar« leine , ils abandoniièrent Ifi partie.

Celte prise de la bastille de Dieppe fit grand hrMit en France , et grand honneur au (lauphin. Yingt ans plus larcin lorsqu'après s'être ffiit sacrer h Reims'jl fit son entrée ^ai)^ Paris, on eut grand soin que, parmi les jeux et spectacles qui furent célébrés dans cette journée , il y eût une re-, présentation du premier exploit de Sa Majesté. « A la hqu- 9 chérie de Parisy çivpiteschaffaulx figurez à la bastille 0e » Dieppe ; et quand le roy passa , il se livra iHec merveil- » leux assault de gens du roy à l'entour des Anglois estfint » dedans ladicte bastille , qui furent]|prins et gaignés , et » eurent tous leurs gprges couppées^ «Il va sans^ire que ces Anglais-là ressuscitèrent après que la farce fut jouée.

Aussitôt la bastille prise , elle avait été complètement rasée ; le dauphin était rentré dans Dieppe , et sur-lechamp, sans se reposer, il était allé à l'église Saint-Jacques pour rendre grâces h Dieu. Il nourrissait déjà ces penchants dévots qui, se développant de plus en plus dans sa vieillesse , tournèrent en si étranges superstitions. C'était |e lA août , veille de l'Assomption , qu'il avait fait ce brillant coup d'essai en l'art militaire : il lui sembla que la sainte

' Histoire de Lawjs unzièm^^ par pn greffier de l'f^cistel-^e- Villede Paris, p. 21.

Vierge ^vait 4v^ cofitf îbuer à 9a muAvp ; et , ppqr li|i bien témoigner sa feconnaiseance, il ne vQ|i|m pe^ sprtir fie lu ville ayaqt d'avpir fait fabriqqer et ofTert II Véglise jSainh Jacques une f\çi^fi ef be}le image jd<^ la ipère dp Dieii , 4e grandeiir naturelle et en pur argept. Pept-être le souve? nir de cette JQurnéjs contribus^-t-il par la suite à lui inspirer cette dévotiop tonte particplière qu'il ^yait pour lu sainte Vierge ^ 4^votion qui lui fif construire f çoipme 011 sait 9 taui^ 4*églises et de chapelles spuii SQU VQpa|)le,

S(qu consent 4'9^vo|r dédié cette n^bp st^^ue ^ sa ^iu(e patrofiuû , il institua encore en son honueur nne procèssipu géf^ér^le des 4eui^ paro|sses , qui devait avoir lieu I9 Teille fie r^ssomptioi^, pf il permit de prendre 200 livras de rente sur la v|lle ppur en célébrer la §o)ennité pl^aïquci année.

Les habitant^ , dfi leur côté , déljyré^ fi*W ^i^^ de neuf mois, qui leur ayait coi^ié tant 4^ sacrifices et les ayait réduits à de si dures extrémités, i^e ypulureRt pas rester en arrière vis-à-yis de la bP"RP Yi'Prg^r îte ppi^sacrèrent eq quelque sprte leur yille |i spn cujte t ^ confiant à sa gîirde, et voujapt que soq imai;e f^t plaiçée, non plus seulement au dess(|$ dq be^roi, tpais Stur les priqcip^les portes de la ¥iileS

£nQn, pqqr éterniser d'une manière encore plus populaire le spqvenir de leur délivrance , les Piepppis fonàèr

^ On ne peut s'imaginer à quel point cette population dieppoise, prédisposée de sa nature aux sentiments religieux, se prit d'amour et defenatisme pour la Vierge. Ëa voici un ezftmple ; L'<|p 1497 un docteur de Pfiris, qomnaé ^eap Very pu Yeru^, ayant prêché publiqueq^fiiit di|Q8 ^^ jqpf IS0|^pqf)l qiie ja ^^iote yiprgp q'avsiit point é|0 |>r^§^rvée du jiéché originel , mais seulement purgée, jl en arriva qp si ^rand scandale, que le frère prêcheur fut contraint d'interrompre son sermon. Traduit devant l'Université, il fut condamné à se rétracter publiquement dans un autre ^ecmon. Ce fqt à cette occasion que la Sorbopae rendit iin d^rfit ppur ne r^cftvqjir ^upqn dpçtepr qui o'^ût jiir^ 4ft prof^««^f §t 4^feiji)re gue la yj^rgç f^^jt éff^ C(^DÇqe ^119 9q|iiMMr§*

rent , toujours en Thonneur de la Vierge , une confrérie dite de la Mi^a oust, desi'mée à faire célébrer, la veille, le jour et le lendemain de l'Assomption , des jeux et cérémonies dans le goût du temps , et qu'on nommait, dans la langue du pays , les mitouries de ta Mi-aoust,

Les chroniques manuscrites ne tarissent pas en récits et en descriptions de ces jeux dévots ; ils furent pendant plus de deux siècles le plus vif amusement , la plus grande joie, non-seulement des enfants et des niatelots de Dieppe , mais de toutes les populations d*alentour. Dès les premiers jours d*août on accourait de dix lieues à la ronde : c'était une affluence à remplir la ville ; et le jour venu , comme presque toutes ces comédies se jouaient dans Téglise Saint* Jacques , on se battait à la porte , on se battait pour avoir place : c'étaient des cris, des hurlements, des jurements à faire crouler d*horreur les saintes murailles.

Pendant ce temps la procession parcourait la ville , s'arrêtant de station en station , et toujours au milieu d'un immense concours de gens du port et des campagnes. Â la suite de la procession onze confrères de la Mi-aoust , vêtus en apôtres , et un prêtre qui représentait saint Pierre, portaient dans un grand berceau de feuillage une belle jeune fille qui jouait le rôle de la Vierge Marie. Derrière la Vierge venaient le corps de ville, les magistrats , et tous les notables, portant des cierges dans des chandeliers d'argent.

Après deux ou trois heures de promenade , la pieuse mascarade entrait dans l'église au milieu d'un incroyablo désordre , car l'église était pleine , et pour faire passage à la Vierge il fallait faire jouer le bâton et les hallebardes.

Au fond du chœur, à la hauteur des galeries , on voyait une espèce de théâtre , soutenu par deux grands mâts de navire plantés dans le sol des deux côtés du maître-autel. Au sommet de ce théâtre un vénérable vieillard , vêtu en monarque , couronné d'une tiare , était assis sur un nuage : au-dessus de sa tête brillait un grand soleil reluisant comme

For et le cristal , et tout à l'entour un essaim de belles étoiles. Ce vieillard était le Père éternel ; à ses côtés voltigeaient une légion d*anges, allant, venant, prenant ses ordres , agitant leurs ailes , balançant leurs encensoirs , comme si c'eût été des anges véritables. Des fils de fer habilement cachés leur faisaient faire tous ces mouvements; et le peuple de pousser des cris de joie , de trépigner d'admiration. S'il faut en croire les récils du temps, ces anges marionnettes faisaient de véritables prodiges , et surpassaient en adresse ces fantoccini qui font encore le bonheur des Italiens. Ainsi, lorsqu'après l'office il fallait éteindre les cierges 9 c'étaient de petits anges qui les soufflaient en voltigeant à l'entour. D'autres anges embouchaient la trompette si à propos pendant certains jeux d'orgue , que les sons semblaient sortir de leurs instruments.

Au commencement de la messe , deux anges envoyés par le Père éternel descendaient du ciel et venaient prendre dans leurs bras la sainte Vierge, qui reposait sur son lit de mort devant le maître-autel, au milieu d'une espèce de jardin de Geihsemani , dont les fleurs et les fruits étaient faits de cire peinte. La Vierge , ainsi portée par les anges , montait au ciel assez lentement pour qu'elle n'arrivât dans les bras du Père éternel qu'au moment de l'adoration. Alors Dieu le Père lui donnait trois fois sa bénédiction, un ange la couronnait , et les nuées du ciel semblaient se refermer sous ses pieds et la dérober aux yeux des spectateurs.

ËnGn, pour que rien ne manquât à ce mélange de comédie et de dévotion, d'un côté, le prêtre qui représentait saint Pierre faisait communier les apôtres, lesquels étaient tenus de s'y soumettre sous peine d'amende ; de l'autre , un bouffon , que le peuple nommait Grimpesuiais ou Gringalet \ faisait mille pasquinades, tantôt contrefaisant le mort , tantôt ressuscitant, et faisant

• Gringalet est encore anjourd'liui le nomd*iinc espèce tle paillasse norm^ind.

46 HlSTPîI^fi W DfîîP?lE,

des apostrophes à 1^ Vierge et à Dieu , ce qiji p^usait 4*ip~ croyables transports daos la multitude.

La journée se terminait par des repas, des orgies, de^ chansons', des mascarades, des feux d*artiQces; (st le§ deux jours suivants c'étaient encore de plqs étranges cor médies , de plus grotesques saturnales ^.

Telle était la passion du peuple de Dieppe pour ces jpux de la Mi-aoust , qu'on les célébrait encore, depi^ cents aa^ après leur institution, au milieu du dix-septiè|De siècle, lorsque dans tout le reste de la France il n'y avait plu§ trace des anciens mystères , lorsque le théâtre s'était trfinsT formé en académie d'esprjt , de belles poœurs et de l^ii goût. Les magistrats avaient en vain essayé plusieurs fois de chasser les marionnettes du temple \ chaqqe année il fallait reconstruire l'échafaudage et laisser Griipppsi|lais faire ses indécentes grimaces.

Le hasard fil qu'en 1647 Louis XIV et sa mère, alors régente, passant à Dieppe la veille de l'Assomption , assi^r lèrent aux mitouries. Ces sandaleuses farces ne furent pas, à ce qu'il paraît , du goût de leurs majestés , et l'ordre fut donné de les interdire. Depuis ce temps il n'y eqt plus de spectacles dévots ; on ne onsacra au souvenir du siège et de Louis XI que la grande prpcession et des réjouissances populaires.

Aujourd'hui , c'est tout au plus si l'on trouverait encore à Dieppe quelques vieillards qui se souvinssent que

^ C'était surtout le troisième jour, le 16 août, que la poésie avait son tour; le Puy était ouveit, et tes beaux esprits entraient en lic»i pour obtenir les prix de ces espèces de jeux floraux. Voyet, à la troisième partie , quelques détails sur cette institution du Puy de Dieppe.

> Les mystères de la Nativité et de l'Annonciation étaient célébrés, aussi bien que celui de T Assomption, dans le chœur de Saint- Jacques. « Ces jeux , dit une chronique manuscrite, se faisaient à Taille de ressorts et par le moyen de piliers creux , travaillés avec tant d'industrie qu'on avait beaucoup de peine à apercevoir |ea fils qui faisaient mouvoir les personnages de ces pièces. »

MEMIÈRE PAtttIfi. 4i

h teille de rÂsàonipiion était jadis an gratitd jour pour la tillë. Sauf une toite , dont l'oairèrture a lieu le 1^ août , rien he dlstitigué maintenant cette journée de toutes les aiiites, J*êtais à bieppe lors de l*ouf erture de la foire ; je vis bien les enfants un peu plus joyeux que de couturôe , je^ vis des groupes de matelots et de pêcheurs rire à gorge déployée devant tjuelqU^s méchants bouffons grimaçant stir leurs tréteaux ; matis oft était le souvenir du vieux GHmpeâulais? et qui se doutait, dans cette foule, que Dieppe, à pareil jour, avait , durant plus de trois siècles, relmerciê Dieu de sa déiivraiicè?

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