TROISIÈME PARTIE
par deux jolies colonnettes scalptées, fenérre qui a été conservée , je ne sais comment , dans la cour du gouverneur; sauf la belle coupe des grosses tours de Charles Desmarets , la forme de leurs toitures , la porte qui donnait sur la citadelle , et les arcades si sveltes et si hardies qui conduisaient au pont-levis; sauf enfin la manière dont sont groupés ces tours et ces bastions, grâce à la pente escarpée du terrain , vous ne trouverez rien dans ce château qui ne se rencontre aussi bien dans toutes nos caser* nés, dans toutes nos places de guerre construites depuis moins de cent ans.
Ce serait en vain que nous chercherions maintenant par la ville quelques monuments antérieurs au bombardement ^ Yoilà bien le lieu où s*élevait la maison d'Ango; mais , à moins de fouiller le terrain , tous n*en découvrirez aucun vestige; voiià bien le sol sur lequel était bâti l'Hôlel-de- Ville, mais ce n'est plus aujourd'hui qu'une place publique. Si nous passons au PoUet , nous trouverons encore la chapelle de Notre-Dame-des-Grèves , dont la fondation date du quarlorzième ou quinzième siècle, mais à peine reconnaitrions-uous un pan de mur qui date de cette époque. Cette petite chapelle n'est pas la véritable paroisse du Pollet , elle n'en est que l'annexe : la paroisse est l'église de Neuville , bâtie au milieu du hameau de c« nom, sur le haut de la colline , à un petit quart de lieue du faubourg. J'ai déjà donné ' une inscription qui constate que la plus grande partie de cette église a été construite vers 1588. Le vaisseau est d'une belle dimension; l'extrême écartement des piliers lui donne un caractère étrange et un aspect assez imposant. Comme architecture, il n'y a rien à remarquer. La voûte en bois est d'une belle
^ Nous ayons déjà dit que le petit nombre de maisons de bois qui ont surrécu n'offrent aucun intérêt.
^ V. plus haut, page 143.
tolée : elle a dû être bien travaillée ; on voit encore sur sa corniche quelques jolis fragments sculptés.
Je lis dans une chronique manuscrite^ : «Environ ce » temps-là (de 1689 à 1700), j'ai vu démolir la citadelle, » le fort du Pollet , Ips deux grosses tours de la porte de » la Barre, une grosse tour carrée, ou éperon aux marais, » vis-à-vis les Minimes; j'ai vu aussi démolir les tours et » casemates du Moulin à l'eau, o Ainsi , cette fureur de détruire a existé de tous les temps. Si Dieppe , à l'exception de trois ou quatre monuments , est une ville toute moderne , ce n'est pas seulement aux bombes des Anglais qu'il faut s'en prendre ; la pioche de ses propres habitants est certainement plus coupable encore. Pourquoi n'avoir pas respecté ces vieilles et belles tours dont les ruines seraient aujourd'hui l'ornement de leur ville? Pour mettre à profit quelques pierres de taille, pour déblayer quelques toises de terrain , on brise , on foule aux pieds des chefsd'œuvre, on anéantit tout souvenir. Et cette fièvre dure toujours ! Il n'est pas à Dieppe un enfant de dix ans qui ne puisse dire aujourd'hui comme notre chroniqueur : J'ai vu démolir la voûte de la porte de la Barre; j'ai vu démolir le pont du Pollet, le beau pont du seizième siècle * !
Il ne restait plus des anciennes fortifications de la ville qu'un seul débris digne d'intérêt : c'était un pan de mur de la tour aux Crabes, terminé par quelques créneaux, et portant encore à l'un de ses angles une jolie tourelle. La belle couleur de cette ruine, sa forme élégante et hardie, donnaient à la partie du port qu'elle couronnait un certain
' Remarques sur la ville de Dieppe. Bibliothèque du Roi.
^ Les ingénieurs qui construisent l*arrière-porl ont exigé que ce pont fût démoli. Cependant on l'avait conservé dans les plans et projets de 178S; on se contentait d'ouvrir la grande arche et d'en remplacer la voûte par un po!tt-levis qui aurait à volonté laissé passer les navires.