‹ Histoire de DieppeChapitre 58 sur 99 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

comme expression , comme ajustement des personnages, ces sculptures me semblent des petits chefs-d'œuvre. Il est impossible de donner à i*art plus de bonne foi, plus de naïveté, plus de naUirel. C'est la vérité des tableaux flamands , aivec une certaine dose de noblesse et d'élévation.

Sur chaque cul de-lampe Tartiste a sculpté deux groupes en les séparant par quelques légers festons. Il y a donc en tout douze compositions : ce sont douze pages de la vie de la sainte Vierge*. Le style de ces petites figures n'est pas du temps de la renaissance ; elles ont encore un caractère à demi gothique ; rien de classique ni d'italien : je les crois faites par un sculpteur français, et plutôt vers les dernières années du quinzième siècle qu'au commencement du seizième. Toutefois elles n'ont aucune analogie avec les sculptures du quinzième siècle proprement dites : on n'y remarque ni gestes forcés , ni draperies contournées. En général, dans les sujets de petite proportion , on restait alors plus .simple et plus fidèle à la nature que dans les grandes statues ; d'ailleurs, vers la fin du siècle, le goût s'améliorait sensiblement , et l'art, sans retourner à la sévérité austère du temps de Philippe-Augtiste, commençait à se débarrasser du genre maniéré.

* Voici, autant qu*on en peut juger, quels sont les sujets et dans quel ordre ils sont placés :

lo Sainte; Anne et saint Joacliim; 2*» La naissance de la Vierge; 3° /acharie frappé de mutisme ; 4° Le mariage de la Vierge; à^ L'annonciation ; 6« Zacliaric en prières ; 7* La guérison de Zacharie; 8o L'entant Jésus dans la crèche ; 90 L'adoration des Mages; 10" La présentation au temple ; 11° La fuite en Egypte; 12«» L'éducation de Jésus-Christ.

3St HISTOimC »E DIKTK.

Ce n'est qu*eii 1543 qoe les pendentife de h Toôte fareiil achevés : mais les sculptures et les autres décorations existaient déjli depuis long-temps. J*ai lieu de croire qu'on avait commencé à ornrr la-chapelle près d'un siècle auparavant , c'est-à-dire peu de temps après la victoire de Louis XI sur les Anglais. On se souvient que le jeune prince avait fait don à l'église d'une statue de la Vierge en argent : il lui avait en outre accordé de grandes libé* ralités, lesquelles sans doute devaient être employies à donner à la statue une demeure digne d'elle.

Dans son état actuel, malgré tous ses malheurs et toutes SOS dévastations, cette chapelle est encore d'un effet dé-* licieux * ; on comprend qu^elle ait été un des plus él^ants modèles de ce style délicat et aérien qui précède la renaissance, et que la Normandjc et la Touraine ont eu le pri* vilége de voir éclore dans toute sa perfection. Nous avons le bonheur que ces petits culs-de-lampe soient encore à peu près intacts ; espérons qu'on aura la prévoyance de les mettre à l'abri du vandalisme et de toutes les chances de destruction qui entouient nos monuments : il su£Qt pour cela de quelques poignées de plâtre. Qu'on les fasse monler, et leur perpétuité est assurée \

< A l'extérieur elle offre encore , outre sa gracieuse et fioe arcliilecture, des 6culj)tures pleines de verve et de mouvement. Rien de plus parfait en son genre que ces animaux grimpants qui se jouent autour des fenêtres. Il est impossible de donner à la pierre plus de vie, plus de souplesse et plus d'esprit.

> Depuis l'époque où ces lignes ont été écrites on a entrepris la restauration de réglisc Saint-Jacques. Le gouTernement venant en aide à la commune et à la fabrique, des sommes assez considérables sont devenues disponibles , et les travaux se poursuivent , depuis cinq ou six ans, sous la direction de M Lenorman«>, architecte. La toiture du cul latéral-nord de la nef a été renouvelée , et les parties du monument qui paraissaient plus particulièrement compromises ont été mises à Tabrides infiltrations et consolidées d'une manière très-satisfaisante en giSnéral. On s'occupe maintenant de la restauration de la façad*>, travail délicat et difficile. Cette façade est si

j P *^NgK,

tROlglÈMfi PAltTIE. 3^3

L'église Saint *Reiny , où nous entrons maintenant^ n*a pas à nous offrir de fragments aussi Intéressants sous le rapport de l'art. Toutefois la chapelle de la Vierge, le Trésor et quelques chapelles du chœur ont été sculptés avec élégance et à une bonne époque, c'est-à-dire depuis 1522 jusqu'en ihkS. C'est en 1522 que la première pierre de l'église actuelle fut posée S et le 25 février 15/^5 te chœur

rongée , si dégradée , qu*oQ ne peut deviner que par conjectures quel était son état primitif. M. Lenormand a découvert , dans la partie eentrate, une petite galerie à jour ignorée jasque-là , gréce à UM cooebe de moellon et de piètre qui la recouvrait. Il a rétabli cette galerie et s'en est servi comme d'une indication ponr donner à toute cette (lartie centrale un caractère qui , aelon toute apparence , doit être conforme à Tanden état des clioses. Quant aux parties latérales, Il n*a pas trouvé pour les restaurer un guide aussi .sftr, et peut-être s'est-il permis sur ce point des innovations qu'on peut ne pas trouver tout à fait îrréproctiables. Nous vmilons parler suritint des deux petites portes qu'il a eni devoir ouvrir à droite et à gauciie de ia porte principale. Quelques per/Hwoes dont l'opinion est d'un grand poids sont fort opposées à l'ouverture de ces deux portes. M. Lenormand défend ses œuvres par des raisons qui sont au moins spécieuses. Néaunwios on ne peut disconvenir qu'à l'extérieur ces portas , dont les jambages sont trop courts eu égard à la hauteur de Togive, ne sont pas d un aspect très-heureux, et qn'à l'intérieur il est assez dif^gfacieux de voir des ouvertures qui ne correspondent pas à l'axe des collatéraux.

Quoi qu'il en soit , sous bien des rapports , la restauration de Saint-Jacques est une œuvre estimable et qui fait honneur à l'architecte. Rien n*est plus ingrat et plus diflicile que ces sortes de travaux. Fit-on mieux que ce qui existait, on risque toujours de ne pas contenter tout le monde ; car, en pareille matière, chacun a sfs conjectures , et il est peut-être encore plus difficile de satisfaire i toutes les conjectures que de plaire à tous les goûts.

^ Nous avons déjà dit plus haut , page 50 , qu'il avait existé à Dieppe, de temps presque immémorial, une église du nom de Saint- Remy. Dans la chaite de 1282 , qui érige l'église Saint-Jacques en église paroissiale et baptismale, il e&t fait mention de l'église Saint- Remy et de sa grande anciemieté ; A iempore de quio non exlai memoria. Quant à la question de savoir où était située cette priaii-

et toutes les chapelles latérales étant achevés , on y transporta le Saint Sacrement, et l'office divin y fut célébré solennellement.

Ainsi les sculptures de cette partie de Téglise sont, à coup sûr, antérieures à l'année 1545, et Ton peut conjecturer qu'elles n'ont point été commencées avant 1535 ou 1540, car il faut que les murailles soient faites avant de les sculpter. Or, en les comparant avec celles de Saint- Jacques , on trouve une nouvelle preuve de ce que j'ai avancé en parlant du bas-relief du Trésor, savoir : que je ne croyais pas possible qu'il eût été sculpté après les trente premières années du seizième siècle. J'ajouterai que 1520 serait peut-être une date encore plus probable que 1530. En effet , entre les sculptures de Saint- Remy et celles de Saint- Jacques la différence est très-grande , non pas seulement parce que les sculpteurs de Saint-Jacques paraissent avoir eu plus de talent, avoir travaillé plus en artistes, mais parce que leur goût et leur manière a quelque chose de plus ancien et de plus rapproché du quinzième siècle. Les petites figures jetées sur la façade du Trésor de Saint- Remy sont assez bien ajustées, exécutées avec grâce, mais elles pèchent par un peu de mignardise.

Ce qu'on trouve à Saint-Remy, et qui n'existe plus à Saint-Jacques, ce sont des traces de l'ancienne décoration des chapelles, le cachet, pour ainsi dire, des confréries par lesquelles elles étaient entretenues. Ainsi , à côié du Trésor, sur un mur d'appui qui sépare une grande chapelle de la contre-allée , vous voyez sculptés en bas relief des roues, des moyeux, des fers à cheval, des instruments de charronnage et de serrurerie , disposés en petits groupes, et artistement exécutés. Celte chapelle était dédiée à sainte Catherine et à saint Éloi, patrons des taillandiers, maréchaux, serruriers , chaudronniers et charrons.

tive église, elle est fort controversée Voyez plus loin la note de la page 328.

TBOISlÈME ^ABTIE. 325

Ainsi chaque corporation faisait en quelque sorte graver ses armes sur sa chapelle. Dans le reste de l*église on voit encore quelques fragments de ces petits murs d*appui, mais on ne peut plus en distinguer les sculptures. Les corporations qui faisaient leurs dévotions dans cette église étaient la confrérie des procureurs et huissiers , celle des patrons et capitaines de navire , celle des brasseurs de bierre S celle des tailleurs d'habits, celle des tanneurs, et enfin celle des tabletiers, peignirrs et ivoiriers.

La construction de Saint-Remy ayant été suspendue vers 1560 par les troubles religieux, l'édifice resta inachevé pendant près de cinquante ans. Le chœur seul était complètement terminé. On n'avait encore fondé que quelquesuns des piliers de la nef, gros et lourds piliers dans le style de ceux des églises de Hollande. Ce ne fut qu'en 1605 qu'on se remit à l'œuvre. La nef ne fut complètement construite et couverte qu'en 1663 ^ On y fit, pour la première fois, la procession le dimanche des Rameaux, 18 mars de cette année. Le portail qui regarde la mer avait été achevé le 10 octobre 1609; celui qui fait face à la grande rue ne fut terminé qu'en 1643. Quant au grand

< Les brasseries étaient en grand nombre à Dieppe pendant le seizième siècle, qaand la ville était habitée et visitée sans cesse par une foule de Flamands et d'Anglais. Vers Tépoque du bombardement, on eh comptait encore vingt-deux. Il n'y en avait plus que cinq du temps du prêtre Guibert.

La cervoise est portée dans le tarif des anciens droits comme bois< son fort en usage à Dieppe bien avant le seizième siècle. Le cidre, qui est la boisson actuelle, y figure à peine, soit qu'il n'ait pas été aussi régulièrement imposé, soit qu'on en fabriquât moins qu'aujourd'hui.

11 n'y a maintenant qu'une seule brasserie à Dieppe.

* Elle ne fut même pavée qu'en 1672, « des deniers provenant » d'une amende , à laquelle avoit été condamné le sieur de Crève* » cœur, gentilhomme protestant, pour avoir traversé la procession » le jour des Rogations, allant à Janval, sans vouloir se découvrir » ni descendre de cheval. » {Chronique du prêtre GuUfert,)

326 HI«TOIRfi DE DIEPPE.

portail , celle de ses deux tours qui est du côté de la mer fut bâtie ea 1633; Tautre, qu*on avait comincacée en 1630, ne fut complètement construite qu*en 1686.

Ces portails et ces tours, ainsi que toutes les parties édifiées au dix-huitième siècle , sont dans le style italien bâtard : c*est un certain genre palladio-francisé, un mélange de tous les ordres romains; des ornements chantournés confondus avec des triglyphes et de soi-disant métopes ; en un mot , l'assemblage le plus lourd et le moins gracieux. Quant aux portions de Téglise bâties de 1522 à 1545, c'est-à-dire la chapelle de la Vierge et le chœur, extérieurement elles n*ont aucun caractère : les fenêtres sont à ogive, dans le goût du quinzième siècle, mais très-peu fleuri. Il est étrange combien rextérieur et Tintérieur sont peu en harmonie : au dedans tout est renaissance , en dehors il n'y a que du gothique. Peut-être expliquerait-on ce contraste en supposant qu'on aura fait servir pour la construction des murailles extérieures une partie des matériaux de l'ancien Saint-Remy, lequel avait été souvent réparé , et notamment pendant le quinzième siècle.

Dans la chapelle de la Vierge , i droite et â gauche de l'autel , on remarque les restes de deux mausolées : l'un renferme les dépouilles mortelles de MM. de Sigognes père et fils, tous deux gouverneurs de Dieppe; l'autre sert de sépulture à M. de Montigny, mort en 1675, et qui fut aussi gouverneur^ pour Sa Majesté, deia ville, château et citadelle de Dieppe, fort du Poliet et autres forts qui en dépendent ^ Ces personnages étaient représentés,

' Ces mots soot gravés sur le tombeau.

Au pied du cénotaphe de M. de Montigny on a placé dans un caveau les ret^tes du commandeur Aymar de Cliastes , le célèbre gouverneur de Diepi-e, Tami, le compagnon d*armes de Heori IV. U était eutené dans le cbœur de Té^'lise des Minimes ; mais, celte église n'étant plus consacrée au culte , oo jugea eouvenable de trauperler son eercueil à Sa nt^Remy. Cette trausIatioB eut lieu le 17 mai iSS7, par les soins 4e M. de Vieil-CaUel , éhn •ous'fréfet

TB0I8IÈHE PAKTIE. 32?

selon l'usage , à genoux , la tète nue , les mains jointes et décorés de leurs ordres. M. de Sigognes fils avait été placé à côté de son père. La niche sous laquelle étaient leurs statues est aujourd'hui masquée par une boiserie ^

Il ne nous reste plus qu'à jeter un coup d'œil sur un petit bénitier placé à Tentrée de l'église , au-dessous de la tour du midi. Tous les guides le montrent aux étrangers qui entrent à Saint-Remy ; plusieurs antiquaires , entre autres M. Dawson-Turner, lui ont accordé leur attention ; il faut donc en dire quelques mots, quoique , en vérité, il ne me semble pas avoir 1 importance qu'on lui attribue. Des caractères bizarres , et qui n'appartiennent à aucun alphabet , sont sculptés autour de ce bénitier. Entre cha* que caractère, on remarque une petite mitre d'évêque : il y a sept caractères et sept mitres. On a essayé de déchif» frer et d'expliquer ces caractères. Une foule de versions ont été proposées , et je doute qu'on ait trouvé la bonne. Si j'avais une conjecture à hasarder, ce serait la supposi* tion que ces caractères sout des chiffres mal formés, et que la maladresse de l'ouvrier est la seule cause du mystère.

de Dieppe. La compagnie d'artilleurs, qui est d'institution ancienne comme liéritière de cette milice dieppoise qui servit si bien Henri IV, fournit une garde d'iionneur et les hommes qui portèrent le cercueil de plomb. Cette cérémonie fut vue avec satisfaction ptr les habitants. On put remarquer que les vieilles traditions n'étaient pas encore tout à fait éteintes à Dieppe

< a II y avoit antrefois dans cette chapelle , disent les Chroniques, trois statues représentant la Vierge, sainte Anne et saint Joachiro. Au jugement des savants en sculpture, elles étoient des chefs-d'œuvre de l'art. Elles avoient été fa* tes par le sieur Galfin Adam de Dieppe. » ( Chronique du prêtre Guibert.)

On a trouvé dernièrement, dans la cave d'une maison voisina de Saint-Remy, la poitrine et le dos d'une statue en marbre d'un travail tiès-fin. Selon toutes les apparences , c'est un morceau de la i-taiue de Sigognes le père. Ce fiagment fait regretter le reste. Le marbre est blanc cristallisé et nuancé de rose. 11 a été déposé dans la bibliotl)èqoe de la ville.

Ce dont je suis bien certain , c'est que ce petit bénitier n*est pas antérieur au seizième siècle. D*abord les mitres sont beaucoup trop pointues pour avoir été faites avant cette époque; ensuite j'ai trouvé à Ancourt, village aux environs de Dieppe, une église du seizième siècle dans laquelle on voit un bénitier semblable à celui de Saint-Remy, sauf qu'il est engagé dans la muraille : il porte les mêmes mitres, et laisse lire en très-bons caractères une date pos^ térieure à 1500. Je ne crois donc pas , même en suj>posant que cette inscription ait un sens, que celui qui la lira . fasse une grande découverte.

Bien que l'église de Saint-Remy fût beaucoup plus nouvellement bâtie que Saint- Jacques , elle était cependant, en tant que paroisse , considérée comme plus ancienne ; et en vertu de ce droit d'aînesse, dans les cérémonies publiques , elle marchait la première. Ce privilège lui était accordé à titre d'héritière du vieux Saint-Remy, dont elle ne conservait pourtant que le nom , car elle ne couvrait pas le même sol. Le vieux Saint-Remy avait été bâti à micôte sur la falaise , à uue époque où remplacement de la ville actuelle était encore à moitié couvert de vase et de galet ^ C'était la paroisse de la vieille ville, contemporaine

^ M. Féret pense que la première église Saint-Remy D*était bâtie ni sur l'emplacement de l'église actuelle, ni sur le pied de la falaise, mais entre Téglise actuelle et THOtel-de-Ville. Cette conjecture est confirmée, selon lui, non-seulement par une vieille tradition, mais par le témoignage du chroniqueur Asseline , qui rapporte que de son temps ( dix-septième siècle) il existait encore sur cet emplacement de fortes murailles. A la vérité on pourrait penser que ces fortes murailles étaient celles de Tancienne geôle. Quoi qu'il en soit , il paraît certain qu'indépendamment du Saint-Remy actuel, indépendamment du Saint-Remy bâti sur le pied de la falaise, et dont il subsiste encore uue tour du quatorzième siècle , il a existé à Dieppe une autre église plus ancienne , située entre le Saint- Remy actuel et l'Hôtel-de-Villé', petit édifice connu pendant longtemps sous le nom de Petit- MouUer, et qui peut avoir été primitivement dédié à saint Remy.

TROISIÈME P/iRTlE. 3^9

de sa naissance , témoin de tous ses accroissements. Le château étant venu se planter à côté d'elle, il fallait nécessairement qu'elle finît par lui céder la place ; car le château devait tendre à s'agrandir, et le voisinage de l'église devait gêner le libre développement des constructions nécessaires à la défense de la place, il n'est pas douteux que ce motif tout militaire ail contribué au moins autant que l'insuffisance de l'église pour le nombre croissant des paroissiens , à faire adopter le projet de la démolir et de la transporter ailleurs.

La tour seule fut conservée : elle avait été construite au quatorzième siècle solidement et en manière de forteresse plutôt que d'église. On la jugea propre à se lier aux autres ouvrages du château ; de là vient qu'elle existe encore aujourd'hui. C'est cette grande tour carrée, d'un d«»ssin simple et sévère , qu'on trouve à main gauche avant de parvenir en haut de la rampe du château. Les ogives aveugles qui la terminent sont les seuls vestiges de sa destination primitive ; on aperçoit aussi sur la face qui regarde le sud-est la tracé des deux pentes de l'ancien toit de l'é* glise.

Le château a été tant de fois restauré et remanié selon les différents systèmes de défense qui se sont surcédé depuis sa fondation, qu'il est, à vrai dire, presque entièrement moderne. Il ne tient pas tout ce qu'il promet ; car, à le voir de loin, dans son ensemble, on s'imagine qu'il n'a subi presque aucun changement ; il fait l'effet d'un château du moyen âge : quand on le visite, au contraire , on ne voit plus qu*une forteresse de nos jours. Tout est disposé à la moderne , tout a été refait et raccommodé vingt fois.

Il est cependant une des tours, une de celles qui regardent la mer, dans laquelle on trouve encore quelques appartements dont les lambris ont une certaine ancienneté et qui peuvent avoir vu, sinon M. de Chastes et Henri IV,

da moins madame de Longueville et Mazarîn. On sait qae^ pendant son court exil , le rusé cardinal passa quelques journées dans ce château ; quant à la duch^se , elle y fie un plus long séjour.

Cette femme aTentureuse, aussitôt après Tarrestation de son mari, eu 1650 , partit de Paris et se rendit à Dieppe. M* de Montigny, qui commandait la place, la reçut avec honneur et respect, d*abord parce qu'elle était femme du gouverneur de Normandie , et qu*en venant à Dieppe elle était dans ses domaines ; ensuite, parce qu'il avait quelque penchant pour la fronde. Elle sut si bien Tenjôler qu'il entra en révolte ouverte , et somma la ville au nom de la duchesse. Les bourgeois restèrent fidèles au roi : soutenus par quelques troupes envoyées par la cour et commandées par M. de Bellièvre, ils serrèrent le château de si près que la duchesse , craignant de tomber entre leurs mains , prît le parti de fuir. £lle sortit une nuit par la citadelle , et descendit à Pourville accompagnée d*une demoiselle et de cinq cavaliers : ceux-ci la confièrent à la garde du curé de ce village, homme intelligent, qui la conduisit secrètement à travers le pays de Caux , après l'avoir tirée de la rivière de Pourville , où elle était tombée en voulant la passer à cheval , et où elle avait , dit un mémoire , perdu dix mille écus en louis d'argent. La duchesse une fois partie, M. de Montigny, qui, comme les frondeurs en général, ne voulait pas faire la guerre tout à fait sérieusement , demanda quelques jours pour prendre ses sûretés, et rendit la place à M. de Bellièvre.

Du haut de la terrasse qui domine le château de Dieppe, votre vue plonge sur la ville, sur la rade et sur une partie de la vallée; c'est un spectacle magnifique, mais ce n'est là que du pittoresque. Si vous êtes venu chercher des débris féodaux, si, vous fiant à l'apparence extérieure de ces tours, vous avez cru retrouver au moins par fragments un modèle de l'architecture militaire du moyen âge, vous aurez à décompter : sauf une charmante fenêtre soutenue

Page 1