‹ Histoire de DieppeChapitre 80 sur 99 · QUATRIÈME PARTIE. 4l · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE. 4l

De maison en maison nous voilà' descendus jusqu*è Téglise. C'est un charmant monument, qui n*est remarquable ni par une haute antiquité ni par de grandes propor* tions, mais qui n'en mérite pas moins à plus d*un titre qu'on Texaminç avec un vif intérêt. L'extérieur est brillant de découpures et de dentelles dans le style du quinzième siècle. Le chœur, qui est la partie IS plus ornée , me semble avoir dû être , sinon terminé, au moins construit en grande partie avant 1500. Cette ^ypolhèse est pourtant inconciliable avec la tradition qui veut que cette église ait été bâtie par Nicolas Bédiou, mort le 12 décembre 1572, et enterré au pied des «marches de l'autel. Assurément, quoique ce Nicolas Bédiou puisse avoir vécu jusqu'à un âge avancé, il n'est jiollement probable que soixantedouze ans avant sa mort il ait commencé à construire cette église. Mais le chœur ne peut-il avoir été fondé par un autre? L'édiflce n'était pas achevé en 1572, puisque certaines parties portent l%date de 1628 ; Bédiou a donc eu des successeurs ; ne pouvait-il avoir succédé lui-même à un premier architecte dont le chœur serait l'ouvrage? Je n'ose pas dire que cela doive nécessairement être ainsi, mais je remarque dans le dessin et le style du chœur, non-seulement quelque chose de phis ancien que dans le reste de l'édifice , mais une autre main , un atitre faire, et tout ce qui peut faire supposer qu'un autre que Bédiou en est l'auteur.

11 est impossible de décrire l'extérieur de cette église ; comme tous les monuments distingués de son époque, elle brille surtout par une extrême multiplicité de détails , par la prodigalité des ornements : ces ornements sont presque tous d'un goût parfait; il y a çà et là des rosaces, des feuillages, des petites figures d'une grâce exquise et touchées avec autant de hardiesse que d'esprit. La tour n'a été achevée qu'un siècle environ après l'église : c'est sur

vaux pour la dégager ^e bâtiments qui Tentoureot et la déshonorent.

418 HlftTOIEB HE DIBPPS.

une des pierres de sa côraiche supérieure qu'on lit le millésime 1628. Ce qu'il y a de remarquable , c'est qu'au lien d'achever cette lour suivant le goût de son temps., et. d enter une jeune tôte sur un vieux corps, comme cela se pratiquait toujours, Tarchitecte du dix septième siècle s'est à peu près conformé au style et à l'ordonnance de son devancier. Il y a bien une diiïérence de travail : ces petits modillons de 16*28 sont plus roides, plus r^uliers que les ornements du même g^nre qui se rencontrent dans les frises des étages inférieurs; mais il n'y a point de dissemblance choquante , point de disparate fondamentale entre l'œuvre du premier architecte et celle de son successeur.

Avant d'entrer dans l'église , nous jetterons encore les yeux sur les nombreuses gargouiller qui bordent la corniche du côlé du sud. Dites ne sont peut-être pas aussi belles que celles de Saint-Jacques de Dieppe ; mais il en est une que l'artiste s'est amusé à décorer d'une singulière façon : il lui a jeté en sautoir le collier de l'ordre de Saint- Michel.

Iniérieurcment Téglise offre d'heureuses proportions, sans avoir rien de grandiose ni de très-imposant : c'^t un élégant vaisseau , et quoiqu'on soit tenté d'en vouloir un peu à ce jubé qui obstrue l'entrée du chœur et réduit on peu trop les proportions de la nef , cependant on lut pardonne tant il y a de charme et de bon goût dans son ajustement et dans sa décoration. C'est un des plus jolis morceaux que la Renaissance ait produits dans ces contrées. On remarquera aussi avec un grand intérêt les lambris des chapelles, et particulièrement ceux d'une grande chapelle latérale au chœur du côté de TÉvangile. Ces lambris sont découpés, ou plutôt sculptés avec i^ne verve et une facilité merveilleuses : rien de si fin , de si varié , que ces ornements jetés dans tous ces petits caissons. On trouvera là un échantillon de cçtte adresse à sculpter le bois que j'ai déjà signalée coninie un des apanages d'upe certaine classe de la population, *

Page 1