‹ Histoire de DieppeChapitre 91 sur 99 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

ment* En 1647, elle éiait encore assez bien conservée pour qa*à sa vue le cardinal Barberini tombât en extase : il ne se lassait pas de la contempler, et de répéter aux PP. de rOratoire qui raccompagnaient': «Je n*ai jamais vu si belle maison de bois, » Nunquam vidi d&mum iig* neatn putchrioretn*

Quand son palais fut constiniit , Ango touhit àtoir hors la ville une maison de plaisance. Il avait acquis la belle terre de Vairengetiliè , «ncien démaine de la famiile de Longueil : la beauté du pays, ta proximité de iMeppe, rengagèrent à démolir le vieux caste! pour s^ faire bâtir un manoir à la moderne et à $a fantaisie. C'est ce manoir dont il reste encore quelques corps- de4ogi3 convertis en ferme» mais que» par une aftlique iud>itttde » les babitanU du pays se eonnaissent et ne désignent jàmtis que amis le nom dé château.

Ângo était 2» Varengetlfle» an milieu de m arehfteetes èl de ses sculpteurs, îorsqult reçut avis par se^iBis decom* que le roi François V\ voulant passer en reme de nouvelles légions quMl venait de créer» se rendait en Normandie , et que son intention était d*aUer à Dieppe. Qorgé de richesses, Ângo â*âsptrait plu» qti'aax l^onneurâk II saisit donc avec ardeur cette occasion de réaliser ses rêres ambitieux ; et. pour obtenir les bonnes grâces du roi, il s'avisa de Téblouir en lui préparant une entrée solennelle dont lui seul devait faire les frais. La ville de Dieppe avait consenti avec reconnaissance à lui céder cet honneur dis* pendieux.

Voilà donc le simple armateur, fils de simple marchand, qui, sans autres titres ni dignités que sa richesse, se met en devoir d*héberger, de festoyer le roi de France *. Fran-

* Dans un Recueil de lettres inédites de Marguerite d*ADgouléme, reine de Na^ftire, publié en \%M par M- Génin, sous les auspices de la Société de Thistoire de France , on trouve deux lettres <fui font mention de J«an Ango. Il parait réiulter de ces iettras, et des dates que Véditeur leur assigne, que Jean Ango était vicomte de

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çois I*' s'accommoda très-bien de cette hospitalité bourgeoîse^ descendit de bonne grâce chez Ango , et parut stu« péfait de sa magnificence. Les produits les plus recherchés des quatre parties du monde étaient étaléS dans cette splendide demeure : ameublements somptueux, étoffes brochées d'or, tapisseries de Flnde , mets exquis, vins délicats, en eût dit un de ces palais de délices et de séduc^

Dieppe dès l'anoée 1526, fait qne je n'ai trouTé congigné dans ancône des sources qne j'ai consultées, mais que j'adopte volontiers. Le voyage de François I*', ayant eu lieu vers 1534 ou 15.35, Ango, vicomte de Dieppe depuis huit ou neuf aos , était naturellement appelé à lui faire les honneurs de la ville. Je crois donc, malgré le témoignage d'une Chronique manuscrite qui mérite toute confiance, qu'il faut regarder comme une anecdote un peu suspecte cette col* lation'du titre de vicomte au retour de la promenade en mer et en échange de la fastueuse hospitalité du riche bourgeois. Peut-être, pour tout «mciliA'^ faut-il croire qu'Ango était déjà vicomte, mais qu'il fut alors nommé capitaine-commandant du château. Ce qui m'oblige à fai^e cette conjecture, c'est que ma Chronique me dit que cette charge lui fut donnée en remplacement du sieur de Mao* roy, qui venait de mourir. C'est là une circonstance qui a bien sa valeur, et dont il faut tenir compte.

Quoi qu'il en soit, ces deux lettres de Marguerite de Navarre sont pour nous d'un grand intérêt : elles confirment d'une manière irrécusable tout ce que nos traditions loc<iles racontent de la fortune d'Ango , et de ses expéditions aventureuses. En effet, dans l'une de ces lettres, datée de 1526, la princesse, en parlant de Jean Ango et de M. de Bures, son gendre, s'exprime ainsi ; «. Lesquels (ainsi » que le roy a bien seure cognoissance) luy ont merveilleusement « fort servy sur le faict de marine et guerre de la mer , le tout à » leurs propres cousis et despens. »

L'autre lettre, écrite en 1530, a rapport aux plaintes et réclamatiens qu'Ango adressait au roi de France contre la conduite du roi de Portugal à Tégard de nos navires de commerce. Elle est ainsi conçue :

« Â mon cousin M. Je légat,

» Mon cousin, le vicomte de Dieppe, ce porteur, s'en v^ mainte* » nant en court pour faire entendre an Roy, à madame et à vous à

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tion décorés par la main des fées. Mais ce que le roi et sa cour ne cessaient d*adinirer par-dessus tout, c*était la magnifique vaisselle d'argent dont les buffets étaient couverts, et qu*Ango avait fait ciseler par les plus célèbres orfèvres d'Italie.

Le roi, ayant témoigné le désir de s'aller promener en mer, trouva sur son chemin, en descendaiflau rivage, un arc de triomphe orné de chiffres et de tableaux représentant ses faits d'armes les^plus édatants. Six nefs légères, sculptées avec art et richement dorées, portèrent à quel* ques lieues au large le royal voyageur. Le temg^ était beau, la mer limpide ; le roi, ravi de sa promenade, enchanté de son hôte , lui annonça au retour qu'il le faisait vicomte S

V la vérité comment il va de l'affaire qu'il a en Portugal, et du peu w d'estime que le roy dudict Portugal a faict des letfk-es que le rojr » luy a escriptes pour ladicte affaire; de quoy j'ay esté fort esbahie, » et combien i^ue la cognoissance^iue fous avez des mérites dudict » vicomte et des bons , grans , et continuels services qu'il a figticts » au roy suffise en votre endroict pour sa recommandacion, si ne me » snis-je peu garder, pour la bonne et affecsionnée voulenté que je » luy porte, de vous en faire en sa faveur une particulière et non » commune, vous priant bien affectueusement, mon cousin, luy » donner en son dict affaire le meilleur ayde, port et expédition que » vous pourrez , vous asseurant qu'en ce faisant me ferez plaisir M aussy^gréable que vous sçauriez penser. £t pour ce qu'il vous » dira de mes nouvelles et de ceste compaignie qu'il a veae, ne )» vous feray plus longue lettre, que de prier Dieu, mon cousin, >> qu'il vous doint le bien que de bon cœur vous désire. A Bloys, le » \* jour de juing ,

» La toute vostre bonne cousine et amye,

^ » Mabgoerite.

» P, s. Je vous prie, mon cousin , avoir son affaire pour reoom* » mandé , car je le cx)gnoys bon serviteur du roy. »

* Voyez la note cMessus. Quelle que soit la date de l'anoblissement d'Ango , il eut , dit-on , de fâcheuses conséquences. Déjà avant lui quelques bourgeois de Dieppe avaient reçu des lettres de noblesse ; mais on n'en citait que deux ou trois tout au plus. L'exemple d'Ango fit tourner toutes les têtes : la fureur de l'ano*

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et capitaine* commaindant de la ville et du château de Dieppe,. en remplacement du sieur de Mauroy, qui venait de mourir.

C'est , je crois , en 1 582 , d'autres disent en 1534 , que François P' faisait ce \toyage à Dieppe *. Depuis cette époque jusqu'à la mort dujnonarque, Àogo ne cessa de jouir d'une briilant4kveur. Il prêta plus d'une'fois de TargeM à la cour; il prêta même au roi des vaisseaux , car on le voit entrer pour une grande pa^dans l'armement de cette flotte que François P^ fit équiper au Havre , à HonOeur et à Diepp%, pour empêcher les Anglais de se fortifier dans Boulogne K

blissemeot devint une espèce de maladie contagieuse, dont tout marchand, sitôt qu*îl devenait riche, ne manquait pas d'être atteint. Nos vieux chroniqueurs prétendent que ce fut ià une des causes de fa décadence du commerce dieppois au dix-septième siècle , parce que ces marchands n*étaieitt ps^ plutôt anoblis qu'ils fermaient leurs comptoirs, retiraient leurs capitaux de la circulation , et s'achetaient unH terre où ils allaient vivre noblement. Jusqu'au règne d'Henri IV, les exemples avaient été trop rares pour que le mal fût sérieux; mais ce prince, en reconnaissance des bons offices que lui avaient rendus les Dieppois, leur accorda à pleines mains ce qui devait les rendre si heureux, c'est-à-dire des lettres de noble>se. Une fois cette route tracée, ses successeurs la suivirent, et les anoblismenls allèrent toujours se multipliant pénddnt ou siècleyfi'autant plus que le fisc y gagnait bien quelque chose.

1 M. Génin croit être sûr que c'est en 1535 , attendu que cette date est indiquée dans une Chronique manuscrite dont il a reçu communication. Mais d'autres Chroniques manuscrites parlent, les unes de 1532, les autres de 1534 : il y a donc au moins doute. Mais peu importe ; une année de plus ou de moins ne change rien au fait que nous avons voulu constater, Savoir : le voyage du roi et sa réception dans le palais d'Ângo.

^ Ce fait est attesté dans ce quatrain composé par un poète du Puy de l* Assomption de Dieppe. Il y est dit en parlant d'Ango :

Ce fust luy, luy seul qui ûsi armer La grande flotte expresse mise en mér Pour fdire voir a l'orgueil d'Angleterre Que François estoit roy et sur mer et sur lerre.

QUATHIÈIIS PARTIE. * 4Ô&

Ango ne faisait pas le commerce avec de petites escadres de deux ou trois voiles, mai$ aTec des flottes ; il avaii toujours sur mer quioze ou vingt navires armés en guerre. C'était vers les îles Moluques et aux grandes Indes qu'il dirigeait le plus ordinairement ses expéditions; et comme les Espagnols , les Flamands et surtout les Portugais disputaient sans cesse le passage k ses vaisseairx, chaque ex» pédition donnait lieu à deux ou trois combats, dont son étoile le faisait presque toujours sortir vainqueur.

Une fois il arriva qu'un de ses navires , entraîné par un coup de vent loin de ses compagnons de route , fut renr contré par une escadre (portugaise qui le foudroya; Téqui* page fut massacré, et le \aisseau y avec les marchandises, conduit en triomphe à Lisbonne. Ango, furieux, sans ^'inquiéter que le Portugal fût en paix avec la France» jure de venger son outrage. Il fait équiper dix grands na-» vires qui étaient alors dans le port , les fait escorter par six ou sept autres de moindre grandeur, et ajoute à leur équipage ordinaire environ huit cçnts volontaires et gens de résolution, qu'il enrôle tout exprès pour aller faire des descentes sur les rives du Tage et ravager la côte de Portugal.

Ses ©rdres furent si bien exécutés que l'effroi fut bientôt dans Lisbonne. L'incendie de plusieurs villages sur le bord de la mer, et la capture d'un grand nombre de vaisseaux sortant du Tage ou revenant des Indes , firent cr<)ire que c'était le roi de France et non un de ^s. marchands qui causait tout ce ravage. En conséquence le roi de Portugal dépêcha en toute hâte à Chambord deux de ses conseillers pour demander raison de cette violation de la paix. François P' leur répondit : « Messieurs , ce n'est pas moi » qui vous fais la guerre ; allez trouver Ango , et arrangez- » vous avec lui. » Les deux députés se rendirent à Dieppe. Ango , qui était a|prs à Varengeville , les fit venir dans son manoir', et les reçut avec sa magnificence ordinaire. Ici les traditions varient; car, selon les uns, il leuF dit d'assez'

rudes paroles , et les traita peu courtoisemeat ; d'autres prétendent que, par égard pour le roi , qui lui avait fait Ihonneur de les lui renvoyer, il leur demanda seulement de respecter à Favenir le pavillon de France , et leur promit d'expédier un bon voilier pour rappeler sa flotte ^

La prospérité d*Ango semblait attachée à l'existence de son protecteur, car à peine François fut-il mort , tout lui devint contraire, et sa vie fut abreuvée de peines et d'amertume. Depuis qu'il était gouverneur, il s'était aliéné beaucoup ^e monde. Les honneurs changent les mœurs; Ango , bouffi de sa puissance , était devenu inabordable aux bourgeois et marchands naguère ses égaux , ses confrères ; il ne sortait plus qu'environné de gardes, et .avait déserté sa belle habitation, sa maison de bourgeois, pour monter au château en qualité de gouverneur. Il en vint â ce degré d'orgueil et d'arrogance, que dans une assemblée de notables il osa frapper un d'entre eux , nommé Morel , qui s'opposait à ses avis. Cet homme avait été son associé

1 Cette anecdote a été révoquée en doute , bien qu'elle soit non" seulement rapportée par Asseline, qui la tenait d'un père Fournler, jésuite mort à La Flèche en 1652, mais confirmée en quelque sorte par une tradition non interrompue. Peut-être a-t-on de bouche en bouche ajouté quelques détails; et, par exemple, il est possible qu'au lieu d'envoyer les députés traiter de la paix avec Ango, le roi leur ait seulement dit d'aller s'entendre avec lui pour régler les indemnités qui lui étaient dues; mais assurément 11 y a dans oe récit un fond de véritéf la lettre de la reine de Navarre en est la preuve. En effet , on voit dans cette lettre que les griefs d'Ango contre le roi de Portugal étaient une grosse affaire, puisque le roi de France avait écrit plusieurs lettres à ce sujet. Selon toute appa« rence, lorsque l'armateur, à son retoui de la cour, vit que le roi ne pouvait lui faire rendre justice , il prit la résolution de se la faire rendre lui-même. De là son expédition sur les côtes de Portugal, et l'ambassade expédiée de Lisbonne à Chambord. Or, si les lettres du roi de France étaient restées sans effet, p'était-il pas naturel qu'il répondit aux ambassadeurs : « Vous ne m'avez pas écouté, 9 allez vous entendre avec celui qui vous fait la guerre pour son » propre compte. » •

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dans plusieurs grandes entreprises de commerce. Il pré^ tendait qu'Ango Favait frustré de sa part dans des prises importantes faites sur mer, et lui intenta procès devant les officiers de l'amirauté. L'exemple de Morel donna.courage à d'autres créanciers que la puissance du gouverneur avait intimidés jusque-là , et bientôt Ange eut sur les bras 6inq ou six demandes en restitution de sommes considérables. Ses folles déposes avaient épuisé la plus grande partie de ses trésors; d'un autre côté le roi soi}, i^n maître, comme il l'appelait , venait de mourir. Trop vieux pour tenter encore la fortune , n'ayant plus dans la nouvelle cour ni amis ni protecteurs, il ne put conjurer l'orage, et eut le mortel déplaisir cle voir décréter son bien. Ses créanciers se partagèrent ses maisons, ses tableaux, sa . riche argenterie ; et lui , dévoré de regrets , enfermé dans les tours du château de Dieppe, sans oser en sortir, il languit encore une ou deux années , et mourut dans l'isolement et la tristesse , en 1551.

Son corps fut porté à l'église Saint- Jacques, et inhumé dans la chapelle qu'il avait fait gi richement décorer de son vivant. 0« grava sur la pierre ^oire qui recouvrait sa tombe l'écusson de ses armoiries ^ et son emblème de prédilection, savoir, une sphère ou globe terrestre surmontée d'un crucifix ,. et portant cette devise : Spes mca Deus àjuventute meâ. Dieu, mon espoir dès mon jeune

^ « Il portait de sable au champ d'argent ^ chargé d'un lion » marchant de sable avec une molette dr éperon. Un manuscrit » prétend que la salamandre faisait également partie de ses armes. » U est possible qu'Ango , lorsqu'il reçut François 1*' chez lui , ait » fait mettre la salamandre sur sa maisop , comme pour en faire » hommage au roi , dont la salamandre était la devise. »*

Je trouve ce passage dans une notice sur Ango, que M. Féret a insérée en 1826 dans les Annales de la Normandie , par M. Lonis Dubois. Tous les faits de cette notice sont extraits des manuscrits dont j'ai moi-même tiré les détails qu'on vient de lire.

^ a Ango, dit la Chronique du prêtre Guibert , avoit donné à l'é*

4ôS HISTOIRE 0E M^PVZ.

Od D*a pas con&ervé de portrait d*Ango , mais je lis daus un manuscrit : « Si la représentation que le sieur Asseline » dit avoir vue dans un précieux tableau placé sur la che- » minée d'une salle du château de Varengeville est \raye, n il paroissoit de moyenne taille, de coropiexion délicate» » d'une humeur douce et gaie, d*un esprit vif et d'un » grand jugement. Il avoit la barbe et les cheveux blonds, » les joues un peu vermeilles, le nez aqUHin, le front » large et la tête grosse. Il étoit à genoux devant une image »ï de la Passion de notre Sauveur. » Sa femme était représentée dans la même attitude, et, selon Tusage du temps, les armoiries des deux époux étaient peintes au-dessus de leurs têtes. •

J'aîi cherché vainement ce tableau à Varengeville : il ne reste que deux cheminées , Tune est presque en ruines, et les peintures qui la devaient décorer ont disparu; l'autre, qui s'est mieux conservée, est surmontée d'une fresque dont les couleurs sont à peu près elTacées : on peut néanmoins aisément reconnaître qu'elle représente un sujet religieux; c'est, je crois, une naissance de la Vierge. Le dessin paraît élégant et dans le goût italien.

Ces deux cheminées , dont vous trouverez le pied enfoui dans des monceaux d'avoine et de froment , sont les deux fragments de sculpture les plus riches qui restent aujourd'hui à Varengeville. La moins bien consêrVée est celle

glise Saint-Jacques ane chasubfe enrichie d*or et de perles fines, att milieu de laquelle il y avoît Une sphère avec un crucifix au-dessus, et autour la devise ; Spes mba Deus a juventute mea » pour marquer que c*étoit par la léoédiction de Dieu qu'il étoit devenu si puissant, ou bien que les longs et beaux voyages de ses vaisseaux avoient aidé à faire connoitre le mystère de la Rédemption dans les pays les plus éloignés. A c6té*de la croix il y avoit ses armes. Ladicte chasuble échappa à la fureur des protestants et à Tincendie de 1694, et subsistoit encore en 173C avec les précieuses marques d'une haute antiquité. »

Cette chasuble n'existe plus^ et personne n'a pu me dire depuis à quelle époque elle avait disparu.

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dont le dessin est le plus pur ; Tautre «st un peu surchargée d*ornemerfts. Dans le centre du chambriinle une peike figure de vieillard sculplée eu buste , et qui semble sortir de la pierre, tient dans sa 'main Un globe terrestre. Est-ce Anfo ou Charlemagne? L'extrême vanité du vicomte ar* mateur permet qu'qn se fasse cette question.

J'ai trouvé quelques traces de grandes fresques soûs II jolie galerie à jour voisine du grand escalier; mais comme ce lieu'sert depuis long-temps de bôcheri les fagots qu'on y entasse ont presque entièrement érailié les couleurs. Je crois ponriant ^rvoir distingué au-dessus de la porte une sphère^ mais la devise est effacée.

Enfin , dans un tles angles de la cour, près de cette grande tour du haut de laquelle Ango voyait entrer ses navires dans le port de Dieppe , quelques médaillons appliqués contre 1» muraille coniienneiit des têtes sculptées de profil : on donne à deux de ces figures le nom de François I" et de Diane de Poitiers, mais le défaut de ressemblance est tel qu'il n'y a pas moyen d'accepicr celle tradition, l'aimerais mieux croire que ce sont les portraits d'Ango et de sa femme. Quant aux autres médaillons,- ils représentent évidemment des têtes de nègres et d'Indiens. C'est une allusion .Hatteuse, un hommage de l'artiste à l'amour-prôpre du propriétaire.

Ces figures de profil sont travaillées assez grossièrement, * mais en revanche quelle finesse exquise dans ces petites têtes d'anges et de femmes jetées autour des grosses colonnes et le long de la frise de la galerie à jour ! avec quel goût , quelle délicatesse ces arabesques encadrent toutes les fenêtres du grand bâtiment transformé maintenant en étables à vaches et à moiitons ! Sur le montant d'un de ces encadrements, j'ai trouvé la date 15^4 écrite en chiffres arabes au milieu d'un petit fleuron triangulaire. Ainsi, sept ans'avant sa mort , Ango faisait encore travailler à son manoir. Il y avait au moins dix ans qu'il en avait entrepris la construction.

Et c'était pour d*a?ides créanciers , que dis-je ! c'était pour un métayer, pour abriter des bestiaux , qu'il dépen^ sait son temps et ses trésors , qu'il épuisait tous les raffi* nements ^u luxe , qu'il appelait de si loin le talent et le génie ! Quelle déception ! quelle ironie dans ces jeuiP du hasard , et qull en soit ainsi de tout ce qui brille en ce monde! "^

On dirait que ce charmant manoir a conscience du changement de ses destinées ! En voyant ses murailles tronquées, ses grands toits aigus, ses toits d'ardoises et de plomb remplacés par ces lourdes couvertures qui l'écrasent , et ce fumier en guise de fleurs, et ces lourds valets de ferme au lieu de pages et d'élégants varlets , de riant qu'il était, il a pris un aspect mélancolique et sévère.

Je termine ici mes recherches et mog récit. Cette vie de luxe , de puissance et de misère me semble comme la conclusion de l'histoire de cette cité tombée de si haut , dont j'ai tenté de fouiller les annales. Varengeville, Ango et son ipahoir, c'est-à-dire un beau pays , de bellej ruines, une grande fortune sgivie de grands revers, n'est-ce pas l'abrégé de tout ce qu'on vient de lire ?

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