‹ Histoire de DieppeChapitre 90 sur 99 · QUATRIEME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIEME PARTIE

fions ; quand , enfin , autour du castel r^naient. de larges et beaux fossés, puis d'élégants parterres communiquant, par des chemins de fleurs, à de grands massifs de verdure, à de majestueuses futaies.

Le nom d'Ango s*est déjà présenté plus d'une fois dans nos récits, et nous avons à peine indiqué quelles furent sa vie et sa fortune. C'est ici, au milieu des ruines de sa splendeur, qu'il faut rapporter tout ce que la tradition nous raconte de lui. Ce sont des traits épars à recueillir dans les chronicpes manuscrites qui m'ont été confiées, car aucun historien, aucune biographie , ne nqus parle de xet homme opulent et fastueux. On verra pourtant s'il ne mérite pas de tenir son rang à côté des Jacques Cœur et de quelques autres fils de fortune dont nos annales con^ servent le souvenir.

Jean Ango naquit à Dieppe vers 1480. Il était fils' unique de cet Ango que nous avons vu en 1508 envoyer deux vaisseaux à Terre-Neuve pour y tenter l'établissement d'une colonie, homme d'assez pauvre extraction, mais qui s'était enrichi sur mer. Après avoir hérité des grands biens de son père, Jean, qui depuis son jeune âge avait toujours navigué S changea de vie, se fixa à Dieppe , arma des na* vires, prit des capitaines à sa solde, et les envoya chercher fortune dans les mers de l'Inde et du Nouveau-Monde. Toutes ses entreprises lui réussirent non-seulement^sur mer, mais sur terre; car son esprit actif et aventureux ne s'en tenait pas aux spéculations de commerce et aux expéditions maritimes ; il avait pris à fbrfalt les recettes du duché de Longueville, des abbayes d^ Fécamp, de Saint* Wandrille et de plusieurs autres seigneuries du pays de Gaux. Plus tard il acheta les charges de grenetier et de

* Asseline, dans sa Chronique, ne dit pas que Jean Ango eût na. vigué ; il dit seulement : « qu'estant devenu seul héritier des ri- » chesses que son père, qui estoit de basse extraction, avoit amas- » sées pa9 les profits et entreprises qu'il avoit faictes sur la mer « avec beaucoup de lM)nheur, il aspira à des emplois honorables. »

450 HISTOIRE DU mEfn.

contrôleur aa magisfn à sel ; enfiû il se rendit adjudica* taire des revenus de la vicomte de Dieppe appartenant à Tarcbevéché de Rouen. L'archevêque, monseigneur d'Amboise , deuxième du nom , fut frappé de la vivacité de son esprit, de son audace, de son génie calculateur, de la justesse et de la fermeté de son jugement. Il le poussa en cour, et lui G t faire de hautes et brillantes connaissances.

En 1525, Ango, qui avait déjà décuplé ses ricbesses» tomnençait à mener train de prince ; il n*y avait plus à Dieppe assez belle ni asset vaste demeure povr le loger hii et ses gens. Il Et venir des artistes habiles qui lai bà*^ tirent, sur l'emplacement où est aujourd'hui le collée, tine maison seloil ses désirs « c*êst-à-»dire la plus riche « la plus élégante , la plus recherchée qii*on pût inMginer. Ll façade était en bois , mais en beau bois de cbêne sculpté depuis le soubassement de pierre sur lequel repesait tout le bâtiment jusqu'à la oorntcbe et jusqu'à ses grandes lu-*carnes » presclue aussi hantes que le toit ^. Les sujets de ces sculptures étaient un mélange de fables d'£sope , de combats entre Anglais et Normands, et de soèiies de navigation. Cette partie de l'édifioe était consacrée presque tout entière à un vaste salon édairé par de larges fenêtres à balcon , d'où la vue se promenait sur le port et sur la mer, plongeait dans la vallée et jusqu'à ia ville et au cl)â>teai^ d'Arqués. Ce salon était revêtu de riches parquets et de lambris dorés dans lesquels étaient enchâssé» des tableaux des meilleurs maîtres d'Italie. Dans l'intérieur des cours, car il y avait deux cours et4in jardin, les. sculptures étaient prodiguées avec la même magnificence que sur la façade ; et , grâce à un réservoir placé au sommet de la maison, on y trouvait jusqu'à des fontaines jaillissantes or« nées de vases de flçurs et de statues.

La maison d'Ango fut incendiée pendant le bombarde-

1 Le BotibasseitMMit de pierre était aussi sciilt>té , ainti qm le té«> moigne Âsfteline dans Kt Chroniqne* Cette magnifique maison snb» si&tait encore du temps d'Asselioe.

ff

Page 1