CHAPITRE Vn
Protestantisme.— Dispositions réciproques des Catholiques et des Protestants. ~ Révocation de l'édit de Nantes.— Rigueurs dont elle est suivie. — Communauté des NouvelUs-Catholi^ ques. — Émigrations.— Assemblées.— Assistance à la messe. — Conférences de Tabbé Grancolas. — Prédications d«i M. rintendant.^Opposition des Réunis.— Nouvelles rigueurs. — P. Cally, curé de Saint-Martin de Caen. ^ Condamnation de son livre sur l'Eucharistie.
Mapotiliont récipro<|iiM
dot CaUioliqMf
et dot ProtMianU.
Le plan de conduite que le curé de Basly aurait voulu voir adopter à l'égard des Protestants, était conforme aux vues personnelles de M*' de Nesmond, et à celles de Tabbé de Launey* son grand-vicaire. Huet, qui résidait souvent dans sa ville natale, partageait leurs idées; sa correspondance inédite en fait foi, et prouve que les religionnaires lui en tenaient compte (4). Le clergé de Bayeux commençait à re-
(1) « Tant que j*ai demeuré à Caen, tout le parti huguenot
cueillir les fruits d une modération qui n'entravait nullement les efforts de son zèle. Le parti huguenot n*était point désarmé ; mais il y avait moins de colère et d'opiniâtreté dans sa résistance. A Caen, les lettrés des deux communions se rencontraient à l'Académie ; la diversité des croyances n'était plus un obstacle aux relations de société. Les Protestants faisaient l'aumône aux Catholiques ; les Catholiques , aux Protestants. Les conversions se multipliaient, et tout portait à croire qu'elles allaient devenir chaque jour plus nombreuses, lorsque la révocation de l'édit de Nantes , et les rigueurs dont elle fut suivie, vinrent changer brusquement ces heureuses dispositions.
Nous touchons ici à une question délicate ; qu'on Bitocatioa nous permette d'expliquer librement notre pensée. Nous ne sommes pas de ceux qui auraient souhaité que la religion catholique, protégée par la majesté de ses souvenirs, et dont la vérité apparaissait encore plus sensible, après un siècle de controverses, restât abaissée au niveau des sectes dissidentes. Nous ne ferons pas un crime au roi très-chrétien, au fils aine de l'Église i d'avoir reconnu sa prééminence, et travaillé à son extension ; ce que nous déplorons, c'est que, pour atteindre un but si raisonnable, Louis XIY ait eu recours à l'intimidation et à la violence. La religion ne demande pas qu'on opprime ses adversaires ; elle ne demande que le droit de les éclairer. Son point d'appui est en Dieu, et Dieu a mis en elle
avait une très-grande créance en moi , et quand on les tracassait, ils me réclamaient, et voulaient se rapporter à moi. » — [Lettre inédite , 8 juin 1712.]
de redit dt RftBtet.
dont elle est Mirie.
une force expansive capable , quaod il le veut , de briser tous les obstacles.
Higyeun Lo gouvememeiit français avait pris pour règle de conduite des principes tout différents. En Normandie, comme ailleurs, il ne se contenta pas de favoriser la mission du clergé catholique, il la compromit; il la rendit odieuse aux sectaires, en y associant Faction du pouvoir civil. Le 25 avril 4688, H. de Gourgues, intendant de la généralité de Caen, enjoignit au clergé de surveiller les dispositions des Protestants. À Caen et à Bayeux, on leur envoya des soldats, qu'ils étaient obligés de loger à leurs frais ; des lettres de cachrt exilèrent dans les abbayes les principaux du parti ; on enleva beaucoup d'enfants à leurs familles, pour les faire instruire dans des couvents et des pensions catholiques ; tous ceux qui refusaient d'abjurer a la mort , étaient privés de sépulture , quelquefois jetés à la voirie, et leurs biens confisqués. La confiscation atteignait également les biens des fugitifs ; mis sous le séquestre, ils étaient administrés par un économe, au profit de l'État, qui prenait à sa charge la subsis* tance et l'entretien des enfants. Plus tard, la fortune des émigrés fut adjugée à leurs héritiers présomptifs. Il n est pas étonnant que de pareilles mesures aient été, de la part de quelques historiens, l'objet d'une critique plus ou moins passionnée ; car il se trouva, même parmi les intendants, des hommes qui eurent le courage de les blâmer. M. Foucault, successeur de M. de Gourgues, en 4689, reconnaît que plusieurs d'entre elles tournaient au préjudice de la religion , et plus d'une fois il se crut obligé de faire commuer
DE BAYEIX. 95
les peines qu'il appliquait eu vertu des édils, parce qu'il les trouvait exorbitantes. Son caractère bien connu, le zèle avec lequel il s'acquittait de ses fonctions, /donnent une grande valeur à son témoignage. U faut donc en faire l'aveu, les moyens employés, sous le ministère de Louvôis, pour éteindre le protestantisme, n'étaient point en harmonie avec le véritable esprit de l'Évangile. On s'était donné la mission périlleuse de convertir les Huguenots; on comptait sur le respect qu'inspirait l'autorité du roi; on croyait à sa toute -puissance. Une fois engagé dans cette entreprise, le gouvernement ne voulut point reculer devant ses adversaires, et, comme il n'avait à sa disposition, pour les convaincre, dautre argument que l'emploi de la force, il les persécuta.
Toutefois, à côté de cet aveu, la vérité et la justice nous commandent de placer une double restriction. On sait quelle fut l'intolérance de Calvin et de ses premiers disciples. Après avoir fait condamner à mort le malheureux Servet, pour ses opinions religieuses, par le sénat de Genève, il exigea que les docteurs de Zurich approuvassent cette condamnation. Il composa même, pour la justifier, un ouvrage, dans lequel il examine « s'il est permis aux magistrats chrétiens de punir les hérétiques. » U y prouve , par de longs raisonnements, qu'ils le peuvent et qu'ils le doivent. En persécutant sa secte, le gouvernement français ne fit donc que suivre son exemple, et appliquer ses principes. U n'y avait pas alors, en Europe, un seul état protestant où les Catholiques ne fussent traités avec plus de rigueur que les dissidents ne le furent
jamais paimis nous. D*un autre côté, le protestantisme reconnaît à la raison le droit de choisir sa croyance , après un libre examen ; or, par une singulière contradiction , les Protestants décriaient sans scrupule tous ceux de leurs coreligionnaires qui prétendaient user de ce droit. Dès Torigine , ils se coalisèrent pour repousser systématiquement toute tentative de prosélytisme. Comme l'expérience leur avait appris que la simple exposition de la doctrine catholique iie manquait jamais de leur enlever quelques adeptes, ils auraient voulu en étouffer la propagation: c'est ainsi qu'ils refusaient d'envoyer leurs enfants aux écoles catholiques et aux instructions des curés. Leur obstination sur ce point allait jusqu'à la cruauté: on vit des enfants maltraités, abandonnés, chassés de leur famille, pour avoir préféré la religion de leurs ancêtres à celle de leurs parents, commmioié Uu tel abus de l'autorité paternelle obligea les évèques & ouvrir des asiles aux jeunes gens des deux sexes nés dans l'hérésie, et qui désiraient s'en affranchir. Les garçons furent placés dans les séminaires; on fonda, pour les jeunes flUes, un institut spécial, sous le nom de Nouvelles-Catholiques. W Servien, qui l'avait établi à Caen, en 4658, le dota de mille livres de rentes, et lui donna une maison située dans la rue Guilbert. M^" de Nesmond fit aussi de grands sacrifices pour les nouveaux convertis que leur abjuration exposait à l'indigence.
L'intendant Foucault nous apprend, dans ses mémoires, qu*après la révocation de l'édit de Nantes, un grand nombre de calvinistes quittèrent la provin-
det IfovTellet- Catholiquei.
DB BÂTEUX. 97
ce, et se retirèrent, les uns, en Hollande, les autres, à Jersey. De ce nombre furent les minisU^es Pierre du Bosc , Samuel et Antoine Basnage , qui allèrent exercer leurs Tonctions, le premier, à Rotterdam, les deux autres à Zutphen. Ceux qui restèrent, essayaient de temps en temps de former des assemblées. Aux environs de Condé, elles étaient publiqpes, et Ton y comptait jusqu'à quatre cents personnes ; on envoya des dragons pour les disperser. A Caen, au contraire, où les Calvinistes ne formaient plus que le vingtième de la population, les assemblées étaient secrètes. Plusieurs sectaires, convaincus d*y avoir pris part, furent condamnés à mort ; mais leur peine fut commuée en une autre plus légère, sur la demande de M. Foucault. Le bruit s'étant répandu que le désastre de la Hogue devait être attribué à la trahison des Protestants, les Catholiques de Caen se préparaient à incendier leurs maisons; l'intendant les prit sous sa protection, et intimida les agresseurs. En 4697, il fit rouer vifs un maître d'équipage et son matelot, coupables d'avoir noyé plusieurs religionnairçs, qu'ils s'étaient chargés de conduire en pays étranger. Déjà son prédécesseur, M. de Gourgues, avait dégradé un des syndics de la ville, qui extorquait de l'argent des émigrants.
Quelque grandes que fussent les rigueurs du pou- Auifiance voir, on semblait prendre plaisir à les exagérer encore. Ainsi, par exemple, en 4699, les Protestants de notre diocèse se persuadèrent qu'on allait les obliger à fréquenter les églises, et même les sacrements. Le fait est que la question avait été agitée, par rsq[)port
k la Be*w.
98 HISTOiBE DU DtÔCËSE
à là messie , et la coirespoiidance de Bessuet avôc M. de Bâvilie, intendant du Languedoc, prouve qu'il y avait mt oe point dissentiment dans féptseopat. CMains évéques étaient d*aTi& que l'on pouvait forcer les Protestants qui avaient abjuré, d'aller à la mes^e; ma&s la haute raison de Bossuet répugnait à^ une telle contrainte. Il pensait que l'on devait rendre l'instructiàn obligatoire pour les nouveaux convertis, de peur 4tie , n'entendant jamais parler dé religion , ils ne tombassebt dans rincrédulité. Quant à la messe, il sotAenait que les y amener par forcé, c'était exposer les éhoses saintes an mépris, et larsser croire que ce devoir essentiel est indépendant des dispositions qu'on y apporte; qu'il peut être rempli même avec répugnance. Il voulait que l'assistance à la messe, comme la'pratique de la confession, fût entièrement libre.
Cette opinion, qui finit par prévaloir, était aussi celle dé V^ de Nesmond ; car, après avoir rapporté les-rumieurs populaires auxquelles avait donné lieu la déclaration du 16 décembre 4698, M. Foucault ajoute: « Nous nous sommes réunis, M. l'évêque de Bayéux et moi , pour aviser aux moyens de faire cesser ce bruit, et pour pratiquer ceux qui seront convenables , pour attirer les nouveaux convertis à l'Église PAR LES VOIES LES PLUS DOUCES. » M^ de Nesmônd fut toujours ennemi de la violence; il n'y ' a pas un seul acte de son adihinistration qui ne le montre sous cet aspect. « Est^e de votre bonne volonté et sans aucune contrainte que vous voulez faire abjuration de l-hérésie, et embrasser la foi catboTi()ue? » D'après les instructions du rituel publié
en 1687/ cette question était la première que Ton adressait aux Protestaats qui demaudaient à rentrer dans le sein de l'Église* La démarche du néophyte paraissait-elle déterminée par quelque intérêt humain» le prêtre devait refuser son abjuration.
Le r<H ayant envoyé à Caen, au mois de novembre coBf<^«oef 1700, Tabbé Grancolas, docteur de Sorbonne, prê- 1^,,^ g* ^^^^^ cher la controverse aux xeligionnaires , notre inten^ dant ne se contenta pas d'assister aux conféreQces; il y prit plusieurs fois la parole. « Noi dUcoun^ ditil, produisirent assez de fruit, et attirèrent à la messe un bon nombre de ceux qui n'y venaient p^. » On trouvera aux pièces justificatives son discours d'ouverture, prononcé dans l'église. Saint-Jean« — Il s'y plaint de ce que les nouveaux convertis, après avoir signé leur abjuration, ne remplissent aucun de leurs devoirs, et s'exposent ainsi à être traités comme relaps. U les menace de la colère du roi, qui saura rendre son royaume aussi catholique que les Espar gnols, auxquels il vient de donner un maître. Hélasl il oubUait, en parlant ainsi, une vérité dont le com^ mencement de son discours fournit la preâve : c'est que la conscience de l'homme est un sanctuaire an seuil duquel expire la puissance des rois; il ne.s'ouvre qu'aux influences de la gr&ce. Les dispositions que M. Foucault reprochait aux nouveaux convertis de la ville de Gaen, n'étaient que trop communes, depuis la révocation de l'édit de Nantes. Après une déclaration équivoque, quelquefois même une simple signature arrachée par le magistrat, et contre laquelle le signar taire protestait en la donnant, il était censé avoir abju^
ré; mais cette abjuration contrainte ou simulée n'avait â*autre résultat que de le soustraire à toute pratique religieuse. Les renseignements fournis par les curés, en exécution des ordres de l'intendant , ne laissent aucun doute à cet égard. « A abjuré; ne fait point son devoir à Pâques; ne fait aucun acte de religion; proteste qu'il veut vivre dans la religion prétendue réformée : » telle est rinvariable apostille que Ton trouve en regard du nom des « Réunis. » Quand ils voulaient épargner au corps de leurs parents un refus de sépulture prévu par la loi, ils envoyaient chercher un prêtre après le décès, et lui faisaient attester que le défunt était mort dans des sentiments orthodoxes. Ce fut ainsi que les choses se passèrent entre le curé de Saint-Pierre et les descendants de Bochard , à la mort de sa veuve : elle fut inhumée en grande pompe dans le chœur de Téglise , quoique personne ne crût à sa conversion. En pareil cas, les plus zélés s'arrangeaient de façon à ce que la cérémonie funèbre n'eût pas lieu le matin, afin que la messe ne fût point célébrée. En même temps, les nouveaux convertis entretenaient avec les ministres exilés, et notamment avec M. du Bosc, de pernicieuses relations. Ceux-ci leur envoyaient des formules de prières, qu*ils devaient réciter dans les temples catholiques, et qui, comme on le denne, étaient plutût une insulte qu'un hommage à nos croyances. On y lisait , par exemple : « J'élève ma pensée et mes affections vers toi , ô grand Dieu I mon unique espérance, qui résides là-haut, sur ton trône céleste , et qui n'habites point es
de
temples faits de main d'homme ; o*esl loi seul que j'adore (1). )>
Les conférences de Tabbé Grancolas avaient lieu deux fois chaque semaine, dans la salle de l'ofiScialité. On avait permis aux opposants de soumettre leurs difficultés; il en résulta que les conférences dégér nérèrent en disputes d*école, et Ton résolut de s'en tenir à une simple prédication. Cette résolution servit de prétexte à un nouveau discours, que H. Tinten- pi^iotMat dant adressa aux religionnaires, dans l'église de l'évèché. On ne peut nier que l'argumentation n'en soit vigoureuse; mais le ton menaçant qu'y prend l'orateur, son caractère officiel, la pression qu'il essaie d'exercer, au nom du roi, sur les volontés rebelles, auraient suffi pour expliquer la résistance dont il se plaint. Il y eut aussi des controverses dans la chapelle de l'hôpital Saint-Louis, au mois de janvier 4704. « H. Grancolas y expliquait la créance de l'Église, et répondait aux objections, ainsi qu'elles étaient formées dans Dumoulin , en son Bouclier, dont il faisait la lecture tout haut. Hais ces controverses n'eurent point le succès qu'on en attendait : on ne remarqua point de conversion parmi les hérétiques (2). » L'abbé Grancolas était un homme savant, mais austère et singulier; on le disait la terreur des jeunes bacheliers , et son élocution avait quelque chose de la rudesse de son caractère. Il était donc
(1) Ces paroles, qui sont tirées de la sainte Ecriture, ont trait aux superstitions des Païens. Ici, on en fait à TEtichari»tie une application perfide et mensongère.
(2) Annales manuscrites de l'hôpital Saint-^Louis,
souverainement impropre à la mission qni lui fut conflée, mission périlleuse en tout temps, et que la situation des esprits rendait encore plus difficile. Noatriies Louis XIV, par différentes déclarations , avait orrigueon. donné aux médecins et aux apothicaires appelés pour visiter les malades de la religion prétendue réformée, d'avertir les curés , aussitôt que la maladie serait sérieuse. Ceux-ci étaient tenus de rendre compte de leurs démarches à l'autorité civile. Si le malade venait a mourir après avoir refusé les sacrements, ses biens étaient confisqués. Il parait que, dans notre diocèse, ces ordonnances n'étaient pas strictement exécutées. En 1718, le fermier-général des biens des religîonnaires saisis ou confisqués, pour fait de religion, s'en plaignit au bailli de Caen. En conséquence, celui-ci fit afficher dans les rues une ordonnance par laquelle il enjoignait aux médecins de se conformer aux édits royaux, à peine de cent livres d'amende , et d'interdiction en cas de récidive ; aux curés de dénoncer les malades qui refuseraient d'abjurer, « sous les peines au cas appartenant. » Comment ne comprenait-on pas que, loin d'étendre les conquêtes de l'orthodoxie, une telle jurisprudence devait plutôt en contrarier les progrès I L'abwciHy. Au nombro des ecclésiastiques qui travaillèrent à ramener les Protestants par la persuasion , il faut placer l'abbé Cally, curé de Saint-Martin de Caen. Esprit distingué, philosophe d'une science peu commune, que des opinions erronées, une condamnation solennelle et une soumission éclatante entourèrent, a la fin de sa vie, d'une certaine célébrité, Pierre Cally,
né au Me^nll-Bubert, près d'^rge^tao., liceooié en droit. caiM)i»iqiie et civile aidait é^ nonwé» eu iOëf^^ prQfesseuF de pl)iUosppbiâ au. collège dja Bois. Par|i-î san décfaré des ^ée$ cartéçieoqf^, il fut le proo^vei; qui osa le» efiseigaer en Fraise, e\ $6çpu^ le jQim de» fonpiule^ aristptéUques. La.aooveaiité.^.saJiaéT thode lai suscita beMPPup d'ennemis. Il fut at^M^uéf» PQ 1680, par le P, Le Valois^ professeur ftu coH^ des Jésuites; Huet, quoiqu'il lui fût d'ailleiurs trèsr ^tttaché, se rangea parmi ses adversaires^ £n 167^» il aTait succédé à Antoinie Halley, daps la chaire ïx>j^ d'éloquence, et, lorsque Louis XIV» sur la.dam9ndf de Bossuet , fit éditer les auteurs, classiques à l'usée du daQ^hint il fat chargé, par l'entremise de Bvet» d'annoter le traité de Boèce De €on$olaHQne fihilpr «opAûB. Son conunentaire fut très- bien accueilli. Nommé princip^d du collège des Arts, il y «nseigpfi la philosophie, et en fit reconstruire |es t^âtiments |t $es frais. L'al^bjBsse de Saînte-Tripité l'ayant 9P^w de la cuire de Saint-Martin, en 1684, il quitta la rép gence t pour se Uvrer à la prédiGa.ttoo. Ce fut ^lor^ qu'il ouvrit, daqs son presbytère, des conférence? reUgîeuses auxquelles les Calvinistes accoururent ^p foule. Us gpûtaient singnlièrepaçnt sa méthode, dans laquelle ils croyaient découvrir certaines an^logie^ avi^c l'exégièse de leurs ministres. Us allèrent m^me jusqu'à faire entendre qu'il inclinait vers leur partie Dénoncé, à la cour, en 469Gi il. fut exilé à Moulins, où il séjourna pendant deux ans.
On aurait tort de croire que le curé de Saint-Martin fût « un ennemi de la présence réelle, » comme le
publiaient alors les Protestants; mais il est évident que, séduit par la pensée de rendre le mystère de rEucharistie plus accessible à la raison, il fit à ses adversaires des concessions imprudentes. Le livre publié par lui en 4700, sous ce titre: Durand comn mente, ]e^:^ le trouble dans les esprits. Il est rempli de subtilités audacieuses sur Tessence et les propriétés de la matière. Il reproduit la doctrine de Durand « opposée à celle du concile de Trente , et y ajoute de nouvelles erreurs. Avant de condamner cet ouvrage, Ms' de Resmond le soumit à Texamen de Bossuet, el le fit censurer par la faculté de théologie de Caen. Bossuet fut d'avis (4) qu'il y avait lieu d*en déclarer la doctrine fausse, téméraire, erronée, induisant à l'hérésie, et destructive de la présence réelle. Toulô^ fois, après en avoir conféré avec W^ de Noailtes, il engage W de Nesmond à ne point se prononcer sur certaines théories philosophiques appliquées par l'auteur aux espèces sacramentelles. Quoique ces explications ne soient pas, dit-il, conformes au langage de l'école , on s'exposerait, en y donnant atteinte, à causer un soulèvement parmi les savants, et en cette matière, non plus que dans les autres, il ne faut pas prendre pour loi ni article de foi toutes les explications des scolastiques.
On voit que Bossuet , auquel l'abbé Cally avait dédié sa philosophie, en 4695, n'en rejetait pas absolument les principes. Il termine, ra suppliant l'évêque de Bayeux de traiter avec bénignité la personne de
(l)Le«re du 9 février 1701.
Mir rEucbariitie.
H. Cally (1), qui est d'ailleurs un digne curé, supposé qu'il contente l'Église par sa soumission , comme il avait promis de le faire.
Ce jugement de Bossuet servit de base à la con- condamnatK» damnation, qui nen est, pour ainsi dire, que la reproduction textuelle. Dix-sept propositions furent censurées , et l'auteur, fidèle aux assurances qu'il
avait données tant à Bossuet qu'à M^' de Mesmond ,
se rétracta publiquement, supprima tous les exemplaires de son ouvrage qu'il put se procurer, et voulut lire lui-même à ses paroissiens l'ctrdonnance rendue contre son livre au synode de 1701, quoique W de Nesmond l'eût dispensé de le faire.
Trois ans après le commentaire de Durand, le curé de Saînt-Martin publia ses discours, en forme d'homélies sur les mystères, les miracles et le$ paroles de Jésus-Christ. On y trouve beaucoup de méthode, de lucidité, une connaissance profonde de la sainte Écriture, la solidité du raisonnement jointe à la concision du style. L'abbé Cally cultiva les lettres jusqu'à la fin de sa vie , sans négliger les devoirs de son ministère; il mourut subitement le 31 décembre 4709, à l'âge de soixante-dix-sept ans, estimé des savants et chéri de ses paroissiens. Il avait été recteur de l'université , et avait remporté plusieurs fois le prix au palinod.
(1) CALLY, et non CAILLY, comme, Toai écrit les éditeurs de Bossuet. Nous avons entre les mains un exemplaire de Boèce, donné en prix à un jeune lauréat du collège des Arts, qai porte la signature autographe du vénérable principal.
do
409 HISTOI«« DU DIOCÈSE
GHAPITHEYni.
laoséniBiae. '— Caraclôres de eette héréaie. --Son orjfiiie. -- Commencenient de. la lutte dans le diocèse de Bayeut* — ' Aibire de TErmitage. — Dispositions du clergé de Gaen.
crMièfM U eût été fort désirable que la glorieuse somùisakHi
janséoitae. du curé do Saînt-HartlQ servit de modète aux p^jlH sans d'une autre hérésie, qui commençait à exercer ses ravages, et préparait à notre diocèse de fiipestes agiUtioDS. Nos Lecteurs out déjà compris que nous voulons parler du jansénisme. Cest qne erreur â^sez généralement répandue, que le jansénisme Xut tantôt une querelle de mots, tantôt une querelle de parti. Que, durant c^tte mémorable controverse, on ait eu recours à des subtilités» soit pour l'attaque , soit pour la défense, nous ne le. contestons pas; que Les pas^ sions humaines y aient trop souvent usurpé la place
des argumesls théologiques , nous serons foroé de le recpnnaître; mais qu'ont ne vienne pas nous dirç : le jansénisme fat une dispute d'école* U y avait t au fond de cette dispute , une question bien grave : il ne s'agissait de rien moins que de protéger la, liberté humaine contre une nouvelle espèce de fatalisme.
L'Église marche tpujours entre deux erreurs: Tune^ qui affiaiblit la vérité; l'autre, qui i'exagèrei. Al v siècle, le précurseur du rationafif me. moderne! « Pelage , avait soutenu que , même après la péehé d' Adain , l'homme a vai t conservé son intégrité morale; que le concours de la grâce ne lui est pas nécessaire pour pratiquer la vertu ; que la Rédemption, est on mensonge. L'Eglise dit anatbème à la doctrine de Pelage. Au xvi^ siéde, l'imagination fougueuse de Luther l'entraina dans l'excès opposé, n nia le libre arbitre, dont Pébge avait exagéré la pçdssance. U plaça l'homme entre deux influences inrésist&lfs « celle de la grâce et cette de la passion. U enseigna que nous sommes fatalement asservis à Tune, oa !a l'autre; que la grâce, quand elle nous fait agir, ne respecte pas plus notre liberté que la passion, quand ceUo-ci nous emporte. Vous vous trompez , répondit l'Eglise aux docteurs protestants : le péché originel a dégradé nos facultés, il ne Jes a pas détruites ; il a meurtri, il a blessé notre nature, mais il n'a. pas éteint en elle tout principe de vie ; la grâce stimule notre énergie, elle ne nous asservit pas à son pouvoir; elle nous protège, elle ne nous contraint pas.
On sait que le concile de Trente foudroya Tqpouvantable système auquel Luther et Calvin ont attaché
iOB HISTOIRE DU DIOCÈSE
léar nom ; mais on affecte d^ignorer que ce système est préciséflieat la base du jansénisme. Les ciaq fameuses propositions sont le résumé d'une doctrine que Ton peut formuler ainsi : « La volonté humaine a perdu, par le péché d*Adam, le pouvoir de se déterminer soit au bien , soit au mal. Le libre arbitre a fait place à deux délectuttom opposées; en d'autres termes, à Tarnow de Dieu et à la concupiscence. La délectation la plus forte l'emporte nécessairement sur l'autre, comme le poids mis dans une balance eidève nécessairement le plus léger. » Conçoit-on qu'une pareille doctrine ait pu séduire des esprits raisonnables ? Avs^nt d'avoir été condamnée par l'Église , n'était-elle pas déjà une insulte à la dignité de l'bom* me, et un blasphème contre la justice de Dieu? Origine Lo jansénisme reconnaît pour auteur Jansénius i jiuteLe. ^vèque d'ïpres^ qui mourut en 1638. Le livre ùà il exposa set principes, parut à Louvain.en IQiO. Ea 4642, Urbain VIII le condamna comme renouvelant des erreurs d^k proscrites. Quelque temps après, la Sorbonne censura cinq propositions extraites de VAur gwtinw (c'était le titre de l'ouvrage), et qui en exprimaient la substance. Les Jansénistes en appelèrent au parlement ; la Sorbonne en appela aux évèques, qui déférèrent les cinq propositions à Innocent X. Pendant plus de deux ans, ces propositions furent soumises à un examen approfondi, à la suite duquel le souverain pontife les condamna solennellement en 4653. La bulle qui portait cette condamnation, fut acceptée par toute l'Église.
Maintenant que nos lecteurs sont suffisamment édi-
DEBAYEUK. 109
fiés sur la portée du débat, ils prendront plus d'intérêt à la lotte qui va s'engager sous leurs yeux. Elle com- coauMnoemmi mença vers 1 656, pendant l'épiscopat de W Senlen. ^ *' '""•• Au lieu de combattre, comme c'était leur droit, « les opinions nouvelles, » quelques prédicateurs, appartenant aux ordres religieux, se permirent des invectives déplacées contre certains membres du clergé de Caen, qu'ils croyaient favorables à ces nouveautés. Us les désignaient par des allusions plus ou moins transparentes, et défendaient aux fidèles de recourir à leur ministère, sous peine d'excommunication. On cite, entre autres, un bénédictin, lequel, prêchant un jour sur la fréquentation des helvétiques, et les dangers auxquels elle nous expose, poussa l'extravagance jusqu'à déclarer que saint Martin, ayant eu à se reprocher cette faiblesse , en faisait pénitence au séjour des Bienheureux, et qu'en souvenir de sa faute , l'Église avait supprimé le Credo à l'office de sa fête. Les supérieurs de la grande abbaye réprimandèrent le malencontreux orateur, et M'' Servien écrivit au curé de Saint-Julien, archiprètre delà ville, pour lui ordonner de mettre un terme à ces déclamations insensées. Elles étaient d'autant moins excu^ sables , que les tendances du clei^ de Caen n'y donnaient encore aucun prétexte. « Grâce à Dieu, dit un mémoire manuscrit de 1660, î) n'y a point dé ville en France qui soit plus pure et plus exempte des erreurs condamnées, et où les constitutions du pape qui les condamnent, aient été reçues avec une soumission plus parfaite et plus universelle ; car tous les curés et toutes les facultés de l'université les ont
i^!i6& â*un consentement unanime, et ont signé sans aneune eôntradiction, dès Tannée 1658, le formulaire que NN. SS. de rassemblée générale du clergé de France ont dressé pour la réception des bulles. » AAire Cepeudaut les manifestations continuèrent, et Tune de I Bnniiage. (j'gnjre ^\\q^^ q^[ jq[i q^ émoî la ville de Çaen, occupa
un moment toute la province. Nous allons la raconter en détail, parce qu'elle nous fournira des renseignements utiles sur Tensemble de la situation. Pour en bien coAiprendre le véritable caractère, il faut que le lecteur nous permette de remonter un peu plus haut. Le baron de Renti, seigneur de Bény-Bocage, ami de. saint Vincent de Paul, aussi distingué par sa vertu que par sa bravoure, avait établi à Caen, vers 1645» Iio«ir la visite et le soulagement des pauvres , une association appelée « la. compagnie du Saint-Sacrement. » On y comptait des ecclésiastiques et des gentilsbomuies, des officiers et des marchands. A la mort du baron de Reniti, c'est-à-dire, en 1649, M. deBernières, trésorier de France, homme d'une piété éminente, mais d'un zèle parfois inconsidéré, prit la direction de cette compagnie. S*étant retiré dans une petite maison appelée Y Ermitage, à rentrée du couvant des Urâulfnes, fondé par sa sœur, il y attira un certisitai nombre de jeunes gens, qu'il formait lui-même à la oont6m][riation , et qui prenaient part à toutes ses boBfies œuvres. Dès-lors, V Ermitage devint en quelque s(Nrte le siège de la compagnie du Saintn Sacrement. C'était là que les associés se réunissaient le jeudi de chaque semaine, et le peuple finit par les confondre dans une même appellation avec la
DâfeAYËOX: 411«
petite. comtnQO«uté dÔQt rEmitafe était lé séjour
habitoel.
La pî^tétaphissiiibèrè) la piae ardente, quand' elle n'est pas réglée par uûe àamble sodmission àmt pasteurs légitimes , peut aboutie à de dangeren» excès : c*est ce qui arriva aux confrères de rEnni^ tage. Négligeant ie soin des pauvres , pour lequel leur .fondateur les avait institués, ils prétendiréat attirer dans leur sphère d'action tous les intérêts religieux. Ainsi ils se r^arda^ent comme suscités de Dieu pour simuler le zèlp de Vépiscppat, et, au besoin, pour réfonner ses décisions! Us s'érigeatent en docteui^ et mème.en inqui^tedrs de la foi« Pag un curé dont l'administration fût à fs^ri de leur criti^ que ; pas un prédicateur dont ils ne censurassent la doctrine, s'il p'avait eu soin de leur demander aupa-* ravant un )>revet d'orâiodoxie. Le P. de Montîgnj (4), d'accord avec nous pour blâmer leurs excès, en fait remonter l'origine à la mort de M. do Bernières, arrivée en 1659. La vie de M. de Bemièrès fut si édifiante et si bien remplie , qu'on voudrait n'y dé« couvrir aucune ^che ; cependant nous ne cherche^ rons pas à dissimuler que sa^e^nsabiUté fut euga-r gée dans les intrigues de l'Ermitage. Plusieurs propo* sitions ^ entachées de quiétisme , ont fait mettre à Yindew ses Œuvtês êpirituelleu, d^aîlleurs fort estî« mabies (2). L'admiration que nous inspire son ia^**
(1) Vie eu P. Êudei,
(3) On lit dans Feller, à propos des OEuvres apirituellei de M. de Dernières: « Elles ont été mises à Tindex avec lé Chrétien intérieur, » Ce dernier ouvrage a été composé sur
meQSô charité i ne noua empôehéra pas de déplorer sa conduite envers M»' Servien , prédécesseuif de M''' de Nesmond. Il aurait voulu lui communiquer son sffdeur impétueuse contre tous ceux qu'il soupçonnait de jansénisme ; il blâmait témérairement ses démarelles et ses vues conciliantes ; il empiétait sur soa initiative, et faisait dire autour de lui qu'il était plus évoque que le véritable pontife. Après sa mort, ses disoiplejs ne craignirent pas d'exprimer cette pensée dans r^oge funèbre qu'ils publièrent en son honneur, il y est appelé « évoque sans mitre, $ine infulé êpiicopm; » c'était, disait-on, un aigle qui avait fixé sa deniieure dans le soleil , « aquila qui w sole tabemaculnm pêsuit ; » un ange attaché à un corps mortel , « quùquù novit , angelum dixit corpori alligatum. » La hardiesse de telles hyperboles explique et rend vraisemblables beaucoup d'autres exagérations.
, La mort de H. de Berniéres, loin d'apaiser les troubles, les fit édater avec unenouvelle violence. D'abord, les confrères de l'Ermitage, qui avaient enchâssé son corps dans une muraille de la chapelle des Ursulines, tout près de l'autel, entre deux corps saints, se déchaînèrent contre tous les membres du clergé de Caen qui osaient blâmer cette sépulture, comme indécente et contraire aux règles de l'Église (4). Bientôt après, ils quittèrent l'Eripitage, et s'élabUrent sur la
les manuscrits de M. de Dernières , par le P. Louis«François d*Argentan. M. de Berniéres n'est donc pas seul comptable de la doctrine qu'il renferme.
(1) Les restes de Jean de Berniéres et de sa sœur, Jourdaine
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paroisse Saint-OueD, dont le coré, l'abbé GoiUebert, avait leurs sympathies. Là, ils se livrèrent pendant quelque temps à des oraisons prolongées, à des pénitences rigoureuses; enfin, le mercredi 4 février de l'année 4660, ils résolurent de frapper un grand coup. Cinq d'entre eux s'étant réunis à l'église Saint*Ouen, « le plus zélé mit bas son pourpoint , le laissa avec son chapeau dans l'église , et sortit accompagné des quatre autres, qui le suivaient sans chapeau, sans collet et le pourpoint déboutonné , nonobstant la rigueur du froid, qui était extrême. Us marchèrent en cet équipage par toute la ville, annonçant à haute voix que les curés de Caen , à la réserve de deux , quils nommaient (1), étaient fauteurs du jansénisme et excommuniés, parce qu'ils avaient signé, devant l'offîcial de Caen , un acte où ils attestaient qu'ils ne connaissaient point de jansénistes en la dite ville, et répétaient cet avertissement de dix pas en dix pas ; ce qui émut toute la ville, et attira à leur suite une grande multitude de populace, qui, se persuadant que ces gens étaient envoyés de Dieu pour leur donner cet avertissement, témoignait de l'émotion contre les dits curés. Hais les magistrats qui étaient alors au siège (présidial), en ayant été avertis, ils envoyèrent
de BernièreSt fondatrice des Ursulines, ont été transportés de ce monastère à l'église de SaintJean de Caen , en 1807. Une inscription funèbre, placée dans la chapelle où ils reposent, rappelle que M. de Dernières fut également recommaadable par sa piété et sa charité : — Pielale in Deum , earitate in pauperes œquè commendahilis. — Ces paroles simples et vraies ne «ont-elles pas préférables aux plus pompeux éloges?
(1) Celui de Saint-Ouen et celui de Saint-Cilles.
leurs huissiers pour les arrêter et les amener, et, ayant été interrogés par le juge sur le sujet d'une action si extraordinaire, ils répondirent hardiment qu'ils ravalent entreprise pour le service de Dieu, et qu'ils étaient prêts à soufrir la mort pour la vérité qu'ils annonçaient. Ensuite de quoi quatre d'entre eux furent envoyés en prison, et le cinquième fut mis entre les mains de ses parents, sur une attestation que donnèrent les médecins, qu'il était hypocondriaque; et, peu de jours après, le lieutenant-criminel ayant instruit le procès, les quatre [Nrisonniers furent condamnés à cent livres d'amende, et fut ordonné qu'ils seraient mis entre les mains de leurs parents pour s'en charger et en faire bonne et sûre garde , avec défense de les laisser rentrer dans la ville et fauxbourgs, sous les peines au cas appartenantes. » Le P. de Montigny, qui a rapporté , avec quelques variantes, cet acte de folie, fait entendre qu'il y avait des ecclésiastiques parmi les visionnaires du faubdurg Saint-Ouen. Le P. de Montigny aura confondu ce qui se passait à Caen, au mois de février de Tannée 1660, avec une manifestation du même genre qui eut lieu, la même année, dans les villes de Séez et d*Argentan , vers la fête de la Pentecôte, à l'instigation d'un disciple de l'Ermitage. Cette fois, les acteurs étaient au nombre de trente, hommes et femmes, et il s'y mêla des ecclésiastiques « qui furent traduits devant l'officialité.
DispMiiioM Nous avons dit que les cinq jeunes gens auteurs du premier scandale avaient pris pour prétexte une déclaration par laquelle les curés de Caen auraient
du clergé de Caen.
attesté q!i*il n'y avait point de jansénistes dans la Tille. Or, il s'en fallait beaucoup que les curés de Caen eussent fait celte déclaration. Voici ce qui s*était passé : M. de Mathan , major du château de Caen ; avait publié un arrêt du conseil, en date du 30 août 1659, dans lequel on se plaignait de la résistance que certaines personnes opposaient aux décisions du saint*siége. Les curés de Caen, apprenant que cette mesure cachait une insinuation dirigée contre eux , protestèrent une seconde fois de leur soumission aux constitutions dlnnocent X et d'Alexandre YII, et demandèrent acte de leur protestation à M. l'official. Ce fut à cette occasion qu'ils déclarèrent , non pas qu'il n'y avait à Caen aucun janséniste, mais que, depuis la publication des bulles , « on n'avait point oui parler que personne eût rien enseigné , presché ou proféré qui fût contraire à leurs décisions. » C'était là ce qu'on appelait favoriser l'hérésie. Du reste, si , à cette époque, elle eût compté, parmi les membres de notre clergé, autant de partisans qu'on semblait le croire , il devait être facile de les démasquer. Pressés par les magistrats de s'expliquer sur ce point, les dénonciateurs signalèrent les Pères de l'Oratoire, M. de Baussieu, doyen de la faculté de théologie, l'abbé de la Garende, l'abbé de Guerville, que nous verrons succéder à l'abbé de Launey dans la cure de Notre-Dame, Tabbé Ameline, curé de Saint- Martin, l'abbé Norgeot, vicaire de Vaucelles, et M. des Iles, assesseur en vicomte.
La propension de l'ancien Oratoire vers les doctrines de Jansénins est trop connue pour qu'on la discute.
Evitons néanmoins de confondre les époques. A celle dont nous parlons, il n*y avait encore que deux memjbres de cette congrégation , successivement profes^ jseurs de théologie à la facuUé, dont renseignement eût paru suspect; a;joutons qu'ils s'étaient justifiés devant la Sorbonne , et avaient ensuite quitté l'Institut. Ce que Ton peut dire de plus avantageux à TOratoire de Caen , c'est que M^^ Servien , pendant tout son épiscopat, lui témoigna beaucoup d'estime; qu'en 4658t il chargea le P. Dubreuil de prêcher TAvent à Saint-Pierre, et qu'il ne dédaigna pas d'aller e-nten-dre la messe plusieurs fois dans la chapelle des Révérends Pères, afin d'y ramener les fidèles que les manoeuvres de l'Ermitage en avaient éloignés. La plupart des autres accusations ne méritaient pas un examen plus sérieux. M. de Baussieu avait été le premier à signer la déclaration exigée par les évêques en 1656, et le clergé de Caen vantait beaucoup sa piété et sa doctrine. L'abbé de la Garende-des-Ifs, prédicateur distingué, homme d'une grande pureté de vie et d'une piété exemplaire, avait été exclu de l'Ermîts^e^ parce qu'il n'avait pas mi devoir se montrer, à l'égard de l'Oratoire, plus sévère que H^ Servien. Il en était de même de M. de Guerville et du curé de Saint-Martin. Quiconque refusait de prendre l'Ermitage pour arbitre de ses relations, encourait infailliblement sa disgrâce ; il fallait rompre avec tous ceux qu'il soupçonnait de jansénisme, ou s'entendre accuser soi-même.
De tous les personnages incriminés , Etienne Norgeot, vicaire de Yauceiles, était le seul qui ne fût pas
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à l'abri du soupçon. Il avait été eité devant rofficiaU pour avoir dit, dans un de ses^ prônes, que Dieu, ayant une puissance iUimitée sur ses créatures, peut les sauver ou les damner, suivant son bon plaisir ; de même que le potier peut employer la même argile à faire des vases d'honneur ou des vases d*ignomi*nie. Maître Norgeot s*était défendu d'avoir exprimé sa pensée d'une manière aussi absolue, et l'affaire venait d'être évoquée au conseil du roi«
Quant à M. des Iles, c'était un homme fort instruit, qui avait fait une étude particulière de la doctrine de saint Thomas. Toutes les fois qu'il se trouvait avec des partisans de Molina , il prenait plaisir à lan* cer le débat sur la grâce efficace : il n'en fallait pas davantage pour le rendre suspect d'hérésie. Aux époques de controverse , lorsque l'ardeur de la dispute tient tous les esprits en éveil, chaque nuance d'expression est soumise de part et d'autre à mie critique minutieuse, et peut donner lieu aux inculpations les plus graves. Nous avons connu, Ams notre enfance, un vieil Eudiste , fidèle à ces traditions d'un autre âge, qui n'entendait jamais une prédication, si orthodoxe qu'elle pût être , sans y découvrir le fantôme du jansénisme, et sans le reprocher à l'orateur.
L'étrange conduite de l'Ermitage lui attira de la part du P . Eudes un désaveu dont les solitaires furent, extrêmement mortifiés. Le fondateur du sénunaire de Caen, qui avait été leur ami, et sur le compte duquel on mettait leurs extravagances, défendit aux^ prêtres de sa congrégation d'entretenir aucun commerce avec eux.
Le scandale que causa cette déplorable aventure, m doit pas nous rendre injustes envers une société qui d'abord avait jeté un certain éclat, et rendu d'im* portants services. Malgré ses exagérations , elle fut constamment protégée par la mémoire du baron de Renti, son pieux fondateur, de M. de Laval, premier évêque de Québec, et de Tabbé Boudon, qui en avaient été membres. Aussi, quoique très-irrité contre elle, l'auteur du manuscrit où nous avons puisé la. plupart de nos renseignements, ne demandait point qu'on la supprimât^ Il se borne à exprimer le vœu « qu'elle se renferme dans les limites de sa première institution ; qu'elle renonce à rien entreprendre sur l'autorité des évèques, et à s'embarrasser, sous prétexte de piété, dans une infinité d'affaires qui ne sont point de sa compétence. » Mous ignorons si ce mémoire, rédigé pendant la vacance du siège, et qui parait avoir été destiné à éclairer le futur évêque, fut mis sous les yeux de M'' de Nesmond ; dans tous les cas, il ne fut plus question de l'Ermitage. De son côté, le jansénisme resta long-temps, parmi nous , ce que nous venons de le voir, un germe imperceptible; ou, du moins , s'il fit des progrès , il eut soin de cacher sa marche; car, pendant quarante-quatre ans, H^' de Nesmond ne crut pas devoir s'en occu{)er ouvertement. La sage direction imprimée aux conférences ecclésiastiques fut un des principaux moyens qui contribuèrent à maintenir si long-temps le calme dans les esprits.
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