CHAPITRE IX
Jansénisme. — Formulaire d'Alexandre VII. — Silence respecr tueux. — Mandement de M>' de Nesmond. — Condamnation des Bénédictins de Gaen;—da curé de Saint-Ouen,àBayeux. ^ Constitution (/m</entti««.-> Nouveau mandement de M** de Nesmond. -* L'abbé Morel, curé de Saint-Germain-le-Vasson. — !-e P. Toussaint Desmares.
Il s*en fallait beaucoup que le formulaire du clergé de France eût été accueilli dans les s^utres diocèses avec autant de soumission qu'il Tavait été par le clergé de Bayeux. Si j'eqtrepreoais d'énumérer les distinctions et les restrictions au moyen desquelles te jansénisme essayait d'échapper aux anathèmes qu'il avait encourus, je doute que mes lecteurs consentisr sent à suivre avec moi les replis de ce labyrinthe. Il leur suffît de savoir que le pape Alexandre VU, voulant ôler à l'hérésie ses vains subterfuges, dressa, en 4665, une formule de foi que tout le clergé fut
pomiaire învité à sousciire. Elle était ainsi conçue : « Je me d'Aieuodre VII. gQ^m^tg j^ j^ constitutioD apostolique dlnnocent X
donnée le 31 mai 1653, et à celle d'Alexandre vn, son successeur, donnée le 16 octobre 1656, et rejette et condamne sincèrement les cinq propositions tirées du livre de Cornélius Jansénius, intitulé Augmtimis, dans le sens propre de Fauteur, comme le saintsiège les a condamnées par les mêmes constitutions. Je le jure ainsi. Que Dieu me soit en aide et ces saints Évangiles I » La bulle qui <^ontenait le formulaire , fut enregistrée au parlement , par ordre de Louis XIV; un délai de trois mois fut accordé pour signer le formulaire. Quiconque ne se serait pas soumis, à l'expiration du délai, encourait par le fait même la déchéance de ses bénéfices. Ce fut alors que les Jansénistes se partagèrent en rigorûtet et en mitigés. Les premiers soutinrent qu'une telle déclaration serait un parjure ; les autres, qu'on pouvait la souscrire, tout en gardant la conviction que le pape et les évêques s'étaient trompés sur le fait, et que les cinq propositions n'étaient pas dans Jansénius. A les en croire, il suffisait d'observer à cet égard un silence respectueux. Tel était le sens de la décision que donnèrent, en 1702, quarante docteurs de la faculté de Paris , à l'occasion du fameux Cas de conscience; mais ce fut en vain que l'hérésie défendit ce dernier retranchement aTec une incroyable opiniâtreté. *Tous les docteurs , à l'exception d'un seul, eurent bientôt retracté leur décision, et, le 16 siienoo juillet 1705, le Silence respecttieuw fut solennellerrspectocox. ^^^^ condamué par une bulle de Clément XI , que
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M^ de Nesmond publia dans son diocèse, le 4 5 avril Hondenein 1706. « Nous avons vu, dit-il, avec une véritable j^^,^^ ^^^^ douleur les efforts que les esprits inquiets ont fait , depuis quelques années, pour renouveler les contestations sur le jansénisme , et pour affaiblir par le libelle du Cas de conscience, répandu dans toutes les provinces, et autres écrits remplis de fausses et ^ dangereuses maximes, l'autorité des constitutions des souverains pontifes , qui , acceptées par les pasteurs de ce royaume , et reçues généralement par le cou* sentement des autres évèques catholiques, doivent être regardées comme le jugement et la loi de rËglise.
« Il est vrai que Ton ne vit pas plutôt paraître ces écrits dans le diocèse de Paris , qu'ils y furent en même temps condamnés, et ensuite dans d'autres diocèses.
« Mais , pour ôter toute occasion de rappeler les erreurs proscrites par l'Église, il était à propos que les constitutions des papes Innocent X et Alexandre \n, auxquelles on voulait donner atteinte, fussent confirmées et renouvelées par la décision du sainte siège. Il fallait, pour réunir tous les esprits, que ta même autorité qui avait condamné, dans la naissance de ces contestations, les cinq propositions extraites du livre de Jansénius, condamnât encore aujourd'hui les détours et les subtilités que l'on avait inventées, pour mettre la doctrine de ce livre à couvert des censures de l'Église.
« Pierre a donc parlé par la bouche de son succès-^ seur ; celui qui doit affermir la foi de ses frères , a rejeté toutes les nouveautés profanes qui pouvaient
altérer la vérité, et troubler la paix. Le chef ded pasteurs, excité par les prietres du roi, a dissipé, par sa constitution du 16 juillet dernier, tous les vains prétextes auxquels on avait recours pour se dispenser d'obéir aux décisions de TÉglise.
« Il rappelle les brefs de Clément IX et d'Innocent Xn, dont il fait voir la parfaite conformité avec les bulles d'Innocent X et d'Alexandre YII. Sa Sainteté prononce, en termes exprès* que ne pas condamner intérieurement comme hérétique le sens du livre de Jansénius , condamné dans les cinq propositions , mais prétendre que le silence respectueux suffit, ce n'est pas renoncer à l'erreur, mais la cacher; ce n'est pas obéir à l'Église, mais s'en moquer. Sa Majesté ayant fait l'honneur à l'assemblée du clergé de lui envoyer cette constitution, les évèques qui la compo* saient, ont reconnu, dans la décision du souverain pontife, la doctrine que le clergé de France a toujours suivie, et la conduite que l'Église a gardée dans tous les temps. C'est dans cet esprit qu'ils l'ont reçue avec respect et soumission , et d'un consentement unanime; et le roi, toujours attentif à ce qui peut assurer la paix de TÉglise, nous a fait l'honneur de nous écrire, pour nous exhorter à faire publier et exécuter cette bulle dans notre diocèse.
« À ces causes , après avoir fait de sérieuses réflexions sur une affaire si importante , et le saint nom de Dieu invoqué, nous déclarons, par notre présente ordonnance, que nous nous conformons au jugement que les évèques assemblés ont déjà porté ; que nous acceptons comme eux , avec respect et soumission ,
la coDStitution du saint-siége, et en nous renfermant absolument , à leur exemple , dans la décision qu'elle contient.
« Nous déclarons que l'on ne satisfait point par le silence respectueux à l'obéissance qui est due aux constitutions des souverains pontifes Innocent X et Alexandre VU; qu'il faut s'y soumettre intérieurement , rejeter non-seulement de bouche, mais même de cœur, et condamner comme hérétique le sens du livre de Jansénius, condamné dans les cinq propositions.
a Nous déclarons de plus que nous procéderons par les voies de droit contre ceux qui oseront parler, enseigner ou écrire contre la présente constitution, et que nous décernerons contre eux les peines qui y sont portées. »
Ces avertissements paternels ne furent point écoutés. Un mois après la publication de son mandement, M^' de Nesmond fut obligé de sévir contre une des communautés les plus importantes de son diocèse, contre les Bénédictins de la grande abbaye.
Après avoir dit du prélat qu'il était le meilleur et le plus doux des hommes, Saint-Simon ajoute « qu'il ne laissait pourtant pas d'èlre dangereux en vesperies » (réprimandes); mais il a soin de faire remarquer que ^ ce n'était qu'avec des gens qu'il ne savait plus par où prendre. » Est-ce à tort ou à raison que ce mot me revient à l'esprit à propos des Bénédictins? On en jugera par l'exposé qui va suivre.
Le monastère de Caen , qui avait droit de hautejustice dans le Bourg-l'Abbé, prétendait aussi exer-
eer une juridtGtioD spirituelle sur les deux paroisses de son bourg, Saint-Ouen et Saint-Nicolas, et suc^ un certain nombre de paroisses rurales. Cependant Tabbé Delarue affirme que cette juridiction ne lui avait jamais été accordée par nos évèques ; qu'il n'est question, dans les chartes de concession du xi* et du xn* siècle, que de Texemption des redevances appartenant de droit commun à la mense épiscopale. Ce que Ton ne peut contester, c'est qu'avant le concordat entre Léon X et François P% les abbés de Caen recevaient leur mission des évèques de Bayeux, et leur juraient obéissance, sur l'autel de la Cathédrale (4). On ne saurait croire à combien de conflits l'exemption prétendue des Bénédictins avait donné lieu dans Le cours du xv!!!"* siècle. U*' de Nesmond publiait-il un mandement pour annoncer un jubilé, comme il arriva en 1677, le prieur de l'abbaye en publiait un autre en opposition avec le premier, et l'envoyait aux paroisses soumises à son patronage. S'agissait-il d'une solennité religieuse à laquelle l'évèque convoquait le
(1) Les Bénédictins de Saint-Étienne avaient été déclarés exempts de la juridiction épiscopale par le pape Alexandre 11, du consentement de l'évêque Odon, auquel Guillaume, son frère , céda la forêt d'Elle , à titre d'indemnité. L'exemption fut confirmée par le pape Honorius III, et Tévêque Henri II déchargea du droit épiscopai les paroisses soumises au patronage de l'abbaye. La question est de savoir de quels droits l'évêque avait entendu faire la remise. Labbé Delarue prétend qu'il ne s'agit que des droits pécuniaires, et que la juridiction spirituelle est formellement réservée ; c'est aussi ce que pensait M*' de Nesmond. De l'aveu du prieur D. Ghevillard, les^ avocats consultés à Paris n'étaient pas favorables aux prétentions du monastère, et son abbé, M"' l'archevêque de Rheims, 50 montrait peu disposé à les soutenir.
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clergé de Caen dans Téglise de Saint-Pierre, le prieur convoquait son clergé dans Téglise abbatiale pour le même jour et à la même heure, et intentait un procès à ceux de ses curés qui obéissaient aux injonctions de Tévêque. L'article xv de la déclaration royale de ^ 684 reconnaissait à Tévèque le droit de visite dans
toutes les paroisses de son diocèse. Cependant nou^ voyons les Bénédictins, en 1695 et en 4696, s'oppo* ser» par le ministère d'un sergent royal , à la visite de l'abbé Dufour, grànd-archidiacre de Bayeux, dans les paroisses de leur exemption. Us en avaient appelé au métropolitain et au pouvoir civil d'un décret de suspense lancé par l'évêque contre un obitier de Saint-Nicolas. Enfin, ils avaient fait soutenir à différentes époques , par les jeunes théologiens de leur abbaye, des thèses plus ou moins erronées , ce qui leur avait attiré des réprimandes canoniques de la part de IW de Nesmond.
Les choses en étaient là, lorsque, au mois de mai 4706, D. Louis Clouet, professeur de théologie au noviciat des Bénédictins, invita simultanément l'évêque diocésain et le recteur de l'université à honorer de leur présence une thèse qu'il se proposait de faire soutenir. U est bon de remarquer qu'à cette époque, l'évêque et le recteur étaient en contestation pour la préséance. W de Nesmond arriva tard, mais non sans être attendu, comme on affecta d'en répandre le bruit (4), et trouva la première place occupée par le recteur, qui refusa de la lui céder. Le prélat octo-
(1) On lit dans le Journal d'wn bourgeois de Caen, à la date
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génaire, que la conduite des Bénédictins avait déjà mécontenté plus d'une fois, crut qu'en le mettant ainsi en face de l'université, c'était un affront qu'ils avaient voulu lui faire. Il s'en plaignit avec une extrême vivacité, et la thèse fut interrompue. Afin de donner le change à l'opinion publique, on fit grand bruit de cet incident; on accusa M«' de Nesmond d'avoir jeté le trouble dans l'assemblée; on mit sur le compte d'une vaine susceptibilité, et d'une intelligence affaiblie par l'âge, une scène regrettable que l'on aurait dû prévoir, et épargner à la vieillesse du pontife. Du reste, il ne tarda pas à montrer que, malgré ses quatre-vingts ans, il ne manquait ni de sagesse, ni de vigueur. A ses yeux, il ne s'agissait pas seulement d'une question de préséance, mais bien plutôt d'une question de doctrine. La thèse dont il avait interrompu le soutien, était encore plus répréhensible que les précédentes. Il la fit examiner à Paris par plusieurs docteurs, qui signalèrent trente -trois propositions condamnables.
De retour à Caen , il la fit examiner de nouveau par trois théologiens éminents, le P. Godechal, dominicain, l'abbé Le Fébure, de la congrégation des Eudistes, et l'abbé Poignavant, professeur à la faculté. Ses conseillers furent d'avis de comprendre dans la même condamnation toutes les thèses où il se trouvait des erreurs. Mais, avant de s'y déterminer, le prélat
du 19 mai 1706: « M*' de Nesniond arriva lorsque la thèse était sur le point de finir. Le seigneur évêque n'y était point attendu. » Le prieur D. Gherillard reconnaît dans ses Mémoires que le pontife avait reçu une invitation.
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Toulut soumellre aux docteurs qu'il avait consultés la première fois, la censure rédigée dans son diocèse. Il ne la. publia qu*au mois de mai 4707. Tous ^es détails me sont fournis par un mémoire du prieur D. . Ghevillard , rempli d'invectives contre H'' de Nesmond. Il faut avoir pitié des hommes que la passion aveugle au point de ne pas voir qu'ils justifient ceux qu'ils essaient d'accuser. Si l'on se permettait de reprocher quelque chose à M'' de Nesmond, ce ne serait pas d'avoir agi avec précipitation et colère, mais d*avoir procédé avec une lenteur et une indulgence excessives.
Il le sentait lui-même, et il crut devoir s'en excu- coodAutioa ser. Dans le préambule de son mandement, il consta- ^^J^^ te qu'il n'a jamais manqué de s'élever, à l'occasion, contre les nouveautés capables d'altérer la saine doctrine; il gémit de voir que des sentiments contraires à ceux de l'Église ont été soutenus par les Bénédictins de l'abbaye de Saint-Etienne, dans des thèses qu'ils ont imprimées et répandues, et qu'il est contraint de censurer; il ne se dissimule pas « qu'il aurait dû, il y a long-temps, condamner ces propositions; mais il espérait que les supérieurs de ces religieux, auxquels il en avait fait des plaintes, y apporteraient eux-mêmes le remède, en faisant soutenir et enseigner publique* ment une doctrine opposée à celle qu'il réprouvait, remède qui aurait été le plus doux, et qu'il souhaitait davantage. Il l'a attendu inutilement; une plus longue patience serait inexcusable, et le rendrait coupable devant Dieu des mauvaises suites qu'elle pourrait attirer. » Suivent les propositions censurées, qui sont au
' da Garé
' de fiatnt-Oaea.
nombre de douze. Elles ont trait au libre arbitre, à refBcacilé des sacremei^ts, à l'infaillibilité de TÉglise, etc. M^ de Nesmond leur reproche d'être famées, téméraires et quelquefois $candalewe$. U défend de les enseigner et de les soutenir, sous les peines du droit ; il termine en signalant aux pasteurs et aux fidèles le danger de certains livres, qui, sous de trom* penses apparences de science et de piété, étaient composés pour entretenir la division dans l'Église.
L'aSaire des Bénédictins de Caen indisposa le roi et les évoques contre la congrégation de Saint-Maur« Elle fut cause que le traité conclu par cette congrégation, le 24 mars 1706, avec l'abbaye de Cerisy-la- Forêt, ne put obtenir la sanction royale. L'exécution en fût ajournée jusqu'après la mort de Louis XTV, en 4716 (I).
coDdaanatîoo La slguature du formulaire ne rencontra pas d'opposition dans le clergé des paroisse». On ne cite que l'abbé Avoine, curé de Saint-Ouen -du -Château, à Bayeux, qui ait refusé de s'y soumettre. Il commença par déclarer que sa foi était au-dessus du soupçon, et qu'il ne se croyait pas obligé à cette espèce de purgation canonique ; c'est ainsi qu'il s'exprime dans son mémoire. Plus tard, étant piressé d'obéir, il con^ sentit à signer le formulaire , mais avec les restrictions inventées par la secte. M^' de Nesmond fut inflexible : le 13 novembre 1710, il déclara l'abbé Avoine rebelle aux constitutions apostoliques, déchu de son bénéfice, et interdit de toutes ses fonctions.
(1) Cartulaire de Cerisy.
Cette sentence, confirmée sur appel par le métropolitain, le 5 février 1712, fut suivie d'un second appel en cour de Rome, lequel fut également rejeté. Une lettre de cachet mit fin à la procédure : le curé insoumis fut exilé à Angers, et rappelé en 4720, par un décret de W de Lorraine,
La distinction du fait et du droit, dans une ques- contuiutk» tion où il était impossible de les séparer; le Silence *'»*»•'"'«•• respectueux , convaincu d'hypocrisie ; un parjure , déguisé par une restriction mentale: après de tels expédients, il semblait que le jansénisme dût rester écrasé sous le poids de sa honte. Un nouvel incident vint ranimer la lutte. La condamnation du P. Quesnel fit oublier un moment celle de YAugmtinus. La colère du parti éclata contre Clément XI, avec une violence que le formulaire d'Alexandre YII n'avait pas encore provoquée. Le P.^ Quesnel était un ancien Oratorien, chassé de sa congrégation, en 1684, pour avoir refusé d'obtempérer à la défense de propager •
le jansénisme, que tons les membres avaient du sou- !
scrire. Il se retira aux Pays-Bas, où il mit la dernière !
main à ses Réflexiom morales sur le Nouveau Testa- 1
ment, ouvrage commencé depuis long-temps, publié en 1693 et 1694, et qui renouvelait toutes les erreurs ;
fondamentales de Bains et de Jansénius. Clément XI enfit extraire cent une propositions, qu'il condamna solennellement, le 8 septembre 1713, dans la constitution qui commence par ces mots : Unigenitw Dei filius. Au synode de l'année suivante. M*' de Nesmond noqt. M«ode»' publia un mandement ainsi conçu : ^ ^^
« Personne de vous n'ignore, mes tfès-chers frères,
qu'il s*est tenu cet hiver à Paris , par ordre du roi , une assemblée nombreuse de prélats, pour recevoir la bulle que Notre Saint ÎPère le pape Clément XI a donnée le 8 septembre dernier, contre le livre des Réflexions morales, et contre les cent une propositions qui en ont été extraites.
« Cette assemblée nous a fait l'honneur, comme aux autres évêques du royaume , de nous adresser ses délibérations sur cette importante affaire, et les actes qui les accompagnent, en nous exhortant d'entrer dans ses vues , et de suivre les moyens qu'elle a employés, et qui lui ont paru les plus propres à conserver en même temps la vérité et l'unité.
« Après avoir attentivement considéré tout ce qui nous a été envoyé de la part de l'assemblée , nous sommes pleinement convaincu que nous ne pouvons nous acquitter plus fidèlement de notre ministère qu'en suivant ses traces, et en nous conformant, dans nos sentiments et dans nos expressions, à tout ce qu'elle a fait et arrêté en ses délibérations.
« A ces causes, lecture faite de la constitution de Notre Saint Père le pape Clément XI, du 8 septembre 471 3; vu aussi l'acte d'acceptation qui en a été faite par Nos Seigneurs les cardinaux , archevêques et évêques assemblés à Paris, le 23 de janvier 4714, et après avoir fait les réflexions que l'étendue et l'importance de la matière demandaient ;
« Tout considéré , le saint nom de Dieu invoqué , nous, adhérant à ce que Nos dits Seigneurs les cardinaux, archevêques et évêques ont déjà statué, et nous y conformant, déclarons que nous reconnaissons avec
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nne extrême joie , dans la constitution de Notre Saint Père le pape Unigenitus Dei jUiw , en date du 8 de septembre 1713, la doctrine et la tradition de notre Église;
« Que nous acceptons avec soumission et avec respect cette constitution , et , en conséquence , nous Tavons fait imprimer en latin et en français ensuite de ce mandement , afin qu'elle puisse être entendue de tout le monde ;
« Que nous défendons à tous les fidèles de l'un et de l'autre sexe de notre diocèse de penser, d'enseigner, d'écrire ou de parler sur les dites propositions autrement qu'il n'est marqué dans la dite constitution ; comme aussi de lire ou de garder tant le dit livre que tous les autres livres , libelles ou mémoires soit manuscrits, soit imprimés, qui ont paru, ou qui pourront paraître dans la suite pour la défense du livre ou des propositions condamnées , ou d'en conseiller ou autoriser la lecture ; leur ordonnons d*en apporter ou envoyer incessamment les exemplaires à notre secrétariat ; le tout sous peine d'excommunication encourue par le seul fait , comme il est porté par la dite constitution , nous réservant et à nos vicaires-généraux le pouvoir d'en absoudre ;
« Que nous adoptons , sans aucun changement , l'instruction pastorale qui a été faite par l'assemblée , pour prévenir les nouvelles disputes , et vous prémunir contre les interprétations des personnes malintentionnées, et, à cet effet, avons ordonné que cette instruction serait imprimée à la suite de la dite bulle et de notre présent mandement ;
« Que nous procéderons par les voies de droit contre ceux qui oseront parler, enseigner, prêcher ou écrire contre la dite constitution , et soutenir ou insinuer la doctrine qui y est condamnée ; ordonnons que la dite constitution, ensemble notre présente ordonnance soient enregistrées dans le greffe de notre officialité, afin qu'on s'y conforme dans les jugements ecclésiastiques ; que la dite constitution , l'acte d'acrceptation et notre présente ordonnance soient lues au prône des messes paroissiales , et affichées partout où besoin sera , et que l'on fasse lecture de la constitution en son entier, et de l'instruction pastorale de l'assemblée, dans toutes les communautés séculières et régulières de notre diocèse , soi-disant exemptes et non exemptes. »
Il serait difficile de concevoir une acceptation plus explicite, plus affranchie de toute restriction. Les auteurs des Nouvelles ecclésiastiques , un des principaux organes du parti , n*en eurent pas moins l'audace de soutenir que le pontifd t( avait reçu la bulle comme règle de discipline, » et non comme règle de foi.
L abbi^ Mord. Cependant le nombre des esprits rebelles augmentait tous les jours , et, quoique la prudente fermeté de H^' de Mesmond les retint en apparence dans la soumission , ils n'en portaient plus le joug qu'en frémissant. Un d'entre eux répondit par une grossière insulte à la publication de la bulle. On lit, au chap. 19 du IV"* livre des Rois , que le roi Ezéchias ayant reçu de Sennachérib une lettre blasphématoire qui défiait le pouvoir du Dieu d7sraël, il la porta dans le
temple, et conjura le Tout-Puissant de punir le blasphémateur. Qui le croirait? A la réception du décret, un prêtre , Tabbé Morel , curé de Saint-Germain-le- Yasson, au doyenné de Cinglais, parodia cette scène mémorable : il porta sur Tautel le mandement de VL^ de Nesmond, et l'y laissa exposé pendant la messe, afin d'appeler le secours de Dieu sur l'Église. Les Jansénistes firent aussitôt du coupable un défenseur de la foi, et ils auraient bien voulu lui accorder les honneurs du martyrologe ; mais , à leur grande surprise, M^' de Nesmond lui intima, pour unique châtiment, la défense de prêcher ailleurs que dans sa paroisse.
On ignore quelles étaient, à cette époque, les dispo- Le p. sitions du clergé de Vire à l'égard du jansénisme. On croit pourtant qu'elles ne lui étaient pas favorables. L'abbé Desmares, un de ses plus fougueux partisans, était né à Vire, et avait été nommé, en 1626, à la cure de Notre-Dame; mais il la quitta en 1632, longtemps avant qu'il ne fût question de l'évèque d'Ypres, entra dans la congrégation de l'Oratoire, et s'y fit un nom par son éloquence. L'abbé Peschard, également originaire de Vire, et qui fut, sous M'' de Lorraine, le coryphée du parti janséniste, appartenait au clergé de la Cathédrale, depuis Tannée 1694, époque de sa nomination à la prébende de Sainte-Honorine. Le silence de l'histoire et de la tradition locale nous autorise à penser que le clergé de Vire s'était préservé de la contagion.
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