‹ Histoire de diocèse de BayeuxChapitre 27 sur 112 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

IIùtel-Dieu de Bayeux. — Priearé de Saint4ean-l'Ëvangéliste. — Chanoines réguliers de Saint-Augustin. — Sœurs de la Miséricorde. — Substitution du séminaire au prieuré de FHôtel- Dieu. — Le séminaire confié aux Lazaristes. — Procès relatif au prieuré de Saint-Nicolas. — Reconstruction du séminaire. — Situation de riIùtel-Dieu au xvin* siècle.

Nous avons montré, dans le chapitre précédent, Hâict-oiea combien est fragile Thypothèse qui attribue la fonda- ^ "•''"'' tion de THôtel-Dieu à Guillaume-Ie-Conquérant, et nous avons dit sous quelles réserves il est convenable d'admettre la tradition qui en fait honneur à Robert des Âbléges. Elle a pour base une charte de M^ de Neufchâtel, en date du 4i juin U86. Il est vrai que M. Pluquet n*a pas craint d'avancer que « la qualité de celui dont elle émane, lui ôte toute espèce de valeur; » mais c'est une opinion que nous ne sommes pas tenu de partager. La charte

15i HISTOIRE DU DIOCÈSE

de W de Neufchâtel associe à l'évêque Robert, dans la fondation de THôtel-Dieu, deux de ses successeurs, Guy et Guillaume, un doyen du chapitre, Herbert de Charmont; un chantre de la Cathédrale, Hugues de Malestor. Les travaux, commencés en 4208, ne furent terminés qu'en 4248. Le premier administrateur fut Raoul Morin, haut-vicaire de la Cathédrale , qui mérita par ses bienfaits d*ètre tnis au nombre des fondateurs. Ce titre appartient également à plusieurs de nos rois. Une charte de saint Louis, donnée à Condésur-Noireau en 4256, garantit aux pauvres de rétablissement les biens dont ils étaient possesseurs à quelque titi-e que ce fût, et leur aumôna les droits de la halle à blé, vulgairement appelés « la coutume du tripot. » Philippe-le-Bel, en 4296, et Charles V, en 4365, confirmèrent cette donation: c'est ce qui a fait dire à M*' de Nesmond , dans une acte daté de 4742, que THôtel-Dieu est de fondation royale. Prieuré Lo prieuré avait été placé, à l'origine, sous l'invocation de saint Jean-l'Évangéliste, et confié aux chanoines réguliers de Saint-Augustin. La maison était ckaiiaiMt composée d'un prieur, de six religieux et d'un novice , chargés de l'administration temporelle et spiri-tuelle. L'évêque, comme fondateur, s'était réservé la collation du prieuré ; son droit fut constaté dans une assemblée de ville, le vendredi avant la mi-carême, en 4298. Les bourgeois reconnurent que le premier administrateur avait été établi par l'évêque Robert; que les évèques successeurs de Robert avaient également donné l'institution à cinq prieurs successifs. Prenons acte, en passant, de cette déclaration.

de Saiat-Jeanl'ErangélMte.

li est douloureux d'en faire Taveu, les religieux du prieuré de SaintJean se montrèrent constamment plus occupés de leurs intérêts que du soin des ma!a> des. L'histoire a recueilli les plaintes nombreuses portées, à différentes époques, contre leur négligence et leurs déprédations (4). En vain les rois, les éTêques et le parlement essayèrent-ils de remédier aux désordres ; toutes les mesures prises par l'autorité furent éludées. Insensiblement THôtel-Dieu tomba dans une situation déplorable ; « le revenu de cette maison , autrefois de dix-huit cents à deux mille liTres, était réduit à petite valeur par l'avarice et mauvaise conduite des prieurs et administrateurs , ayant appliqué le rexenu à leur profit particulier et mis en nonchaloir la charité due aux pauvres (2). » Quand le chancelier de France, M. Séguier, vint à Bayeux, en 1639, après l'insurrection des Nu-Pieds, il n'y avait plus à l'hospice que quatre ou cinq malades couchés sur la paille ou dans des lits infects ; la salle menaçait ruine. Le chancelier était accompagné par M. de Verthamont, maître des requêtes au conseil d'Etat, « que son zèle pour les hôpitaux , dit un de

(1) Les faits que je suis contraint de rappeler ici, sont du nombre de ceux que l'on voudrait révoquer en doute. Malheureusement ils sont notoires ; Tabbé Beziers et M. Floquet le» ont flétris ayant moi : ce serait faire mentir Thistoire» que de les passer sous silence , et il n'y a pas deux manières de les apprécier. Si quelque chose eut adoucir la rigueur de ma tâche, c'est qu'en exposant l'inflexible vérité, je remplis un devoir de piété filiale envers deux saints cvèques , dont la mémoire a été injustement associée aux terribles accusations qui pèsent sur les chanoines de l'Hutel-Dieu.

(2) Registre des grands-jours tenus à Bayeux en 1540.

DOS manuscrits, rendait recommandable par toute la France. » Ce fut lui qui entreprit d*ôter définitivement aux chanoines l'administration du temporel , pour la confier à des religieuses. Il en conféra sur-lechamp avec M^' d'Angennes, qui fit appeler le prieur, et lui signifia cette résolution.

Il y avait alors, à Caen, une jeune fille de dix-neuf ans, fort recherchée de la haute société, pour la distinction de son esprit, mais qui vivait dans la retraite avec sa mère, plus occupée du soin des pauvres et de ses pieuses lectures que des hommages auxquels elle aurait pu prétendre. Elle se nommait Marie-Julien de la Hunaudière. Elle était née à Colomby, près de Saint-Sauveur-le-Vicomte , mais elle avait reçu son éducation au couvent des Ursulines de Bayeux. Orpheline à Tâge de douze ans, elle avait senti, dès son enfance, un attrait irrésistible pour les œuvres de charité, et elle songeait à fonder une maison religieuse dans son pays natal. Michel Rocher, son directeur, chanoine de Bernesq et vicaire-général du diocèse, lui proposa, au nom de W d'Angenncs, de venir à Bayeux prendre la direction de THôtel-Dieu. Elle accepta, par dévouement et malgré sa répugnance, une tâche difficile, qui contrariait ses projets, signa au mois de septembre 1641 Tacte de fondation,. et se retira l'année suivante avec deux compagnes au noviciat du monastère de Dieppe. Le roi ayant autorisé le nouvel établissement au mois de novembre 1643, M"^de la Hunaudière revint à Bayeux avec deux religieuses professes et ses deux premières compagnes, qui avaient reçu, comme elle,

le voile des novices. L'abbé Rocher les installa au couvent de THôtel-Dieu le 42 mai 4644; l'une des deux professes , Sœur Marie de la Conception , prit la conduite de la maison , et la conserva jusqu'en 4650. A partir de cette époque, la fondatrice en fut élue supérieure autant de fois que le permirent les règles de son ordre. Sa mère, Catherine Âvice, vint partager ses nobles travaux, sous le nom de Sœur Catherine de Saint-Joseph (4). Pendant trente-six ans que Marie-Madeleine de Saint-Augustin (c'était le nom qu'avait pris Marie de la Hunaudière) vécut au service des pauvres , l'énergie de sa volonté soutint la faiblesse de sa complexion. Elle eut tour à tour pour conseillers l'abbé Rocher, grand - pénitencier, et le pieux abbé de Franqueville , doyen du chapitre, qui furent les deux premiers supérieurs du monastère.

Avant d'installer à l'Hôtel-Dieu les Sœurs de la Misé- sœa» ricorde, il avait fallu que M»' d'Angennes obtînt le'^'""''*"^"^*consentement des religieux. Charles IX avait assigné à chacun d'eux une pension de cent quarante livres, à prendre sur les revenus de l'hospice, avec injonction de compter du surplm. Des arrêts postérieurs avaient élevé la pension du prieur à six cents livres, plus cent boisseaux de froment. Après différentes contestations, le revenu du prieuré fut évalué à deux mille six cents livres, auxquelles on ajouta deux cent

(1) Quoique plusieurs de ces détails ne puissent se concilier ayec l'histoire de Beziers , nous en garantissons la parfaite exactitude : nous les avons puisés dans le Cartulaire de VHô tel- Dieu, et dans la biographie de M"* de la Hunaudière , publiée après sa mort, par la mère assistante.

quarante boisseaux de froment, et les deux tiers du bois du chauffage, C*était lui faire une part considérable; cependant, même à cette condition, réloignement des religieux fut un bienfait pour THôtel-Dieu.

D*abord, la dot des religieuses et la fondation de M^* de la Hunaudière , à laquelle son frère avait compté dix mille livres « pour et au lieu de sa légitime, en la succession de ses père et mère, » mirent la communauté en état de se suffire, sans toucher au revenu des pauvres. Loîa de rien demander à l'hospice, elle soutint plus de trente procès pour le faire rentrer en possession d'une foule de redevances qu'on lui contestait. Les frais d'administration et les domestiques à gages furent supprimés; la pharmacie, la boulangerie, la lingerie furent dessenîes gratuitement ; les religieuses et les pauvres n'eurent plus qu'une même cuisine et une même cave. Il en résulta un bénéfice net de plus de mille livres par an. Cet arrangement, que traversèrent tant de difficultés, devait donc en définitive tourner au profit des pauvres. II obtint l'approbation du roi au mois de novembre 1643, et la sanction du parlement au mois de mars 1644.

Il est vrai que, si, dans cette circonstance, la conduite de l'autorité fut tout ce qu'elle devait être, on D'en saurait dire autant de celle des religieux. Afin de les rendre plus traitables , M»' d'Angennes leur avait permis d'indiquer eux-mêmes les fonds de terre sur lesquels ils désiraient que leurs pensions fussent établies. Us commencèrent par choisir a ce qu'il y avait de plus clair et de meilleur; y> ensuite ils trou*

vèrenl le moyen de le faire estimer au-dessous de 3a valeur réelle , et d'absorber ainsi la plus grande partie des biens à partager : injustice criante, contre laquelle M^*'' de la Hunaudière protesta plus tard, quand elle lui eut été signalée, tout en reconnaissant qu'il était impossible de revenir sur le partage. Le prieur, en effet , avait exigé que « la partition » fût approuvée par le roi dans les lettres d'établissement données aux religieuses de l'hôpitaU C'était le moyen d'étouffer pour l'avenir toute espèce de réclamations.

Nous livrons sans pitié à l'indignation de nos lecteurs la cupidité sacrilège des chanoines de l'Hôtel- Dieu ; mais nous ne comprenons pas que Ton ait fait remonter jusqu'à W d'Angennes la responsabilité de leurs spoliations (1). Tout au plus, pourrait-on dire qu'il se laissa tromper par des religieux indignes de ce nom. Toutefois n'oublions pas que les mesures adoptées par lui, comme étant les plus favorables aux intérêts de l'hospice, furent sanctionnées par le gouvernement et la magistrature ; Terreur était donc possible, et, conséquemment , excusable. Chose incroyable I La mémoire de W de Nesmond n'a pas été plus épargnée que celle de M^' d'Angennes ; lui aussi a été accusé d'avoir spolié les pauvres I II nous sera facile de trouver la défense dans les pièces mêmes où l'on semble être allé chercher l'attaque.

Après le partage des biens , les chanoines de l'Hôtel-Dieu , débarrassés de l'administration temporelle,

(1) Mémoire sur VHôtel^Dieu, page 14.

restèrent chargés du service religieux, tant auprès des malades que dans la paroisse Saint-Vigor-le-Petit, qu'ils gouvernaient depuis leur fondation. Ils se retirèrent dans la maison du prieuré ; un mur de séparation, élevé au bas de l'église, permit aux religieuses d'y faire leurs dévotions, en attendant qu'elles pussent se construire une chapelle. Cette construction, pour laquelle il leur était accordé un délai de six ans , ne fut terminée qu'en 4701. On la doit à VL^ de Nesmond. La maison qu'on abandonnait aux Sœurs de la Miséricorde, était inhabitable: elles furent longtemps sans dortoir, réduites à coucher sous les combles. M»' de Nesmond l'attesta, sur leur demande, en 4712; mais il n'eut garde d'ajouter que c'était lui qui, en 4699, avait bâti à ses frais la maison conventuelle; il aima mieux en faire honneur « aux charités des personnes pieuses. » Dans la même déclaration, le prélat certifie que l'on doit aux religieuses le rétablissement de la salle des malades, qui était entièrement délabrée , presque en ruine, sans linge ni mobilier. En 4675, le nombre des lits s'était élevé de cinq à trente-six; en 4720, il était de quarante-cinq, « sans compter les enfants exposés, ainsi que plusieurs personnes, tant estropiées qu'autres, qui venaient de toute part pour se faire panser, saigner et demander des médecines. » L'Hôtel-Dieu réalisait enfin l'intention charitable des fondateurs; on devine aisément au prix de quels sacrifices les hospitalières avaient opéré cette heureuse transformation. Quand M. Foucault, intendant de la généralité, fit, de concert avec M«' de Nesmond, Tinvenlaire de leurs revenus, il

trouva que chacune d^elles « avait cinquante livres pour sa subsistance, sans y comprendre les charges ordinaires de la communauté. » C'était ainsi qu'elles expiaient , par leur charité , leur désintéressement , leur pauvreté évangélique, le scandaleux égoïsme de leurs prédécesseurs.

Cependant la conduite de ceux-ci n'était pas deve- sabtjjuuîiw nue plus régulière. M*' de Nesmond, en 4664 et en "^H!^^ 1665, avait fait informer contre eux par son officiai; ^•»'"^-»*«"il résolut enfin de supprimer leur couvent. Le séminaire fondé à IBajeux par Gilles Buhot n'était plus en rapport avec le nombre des ordinands, qui croissait tous les jours. Il lui fallait un terrain ou il pût s'étendre : M^' de Nesmond jeta les yeux sur le prieuré de l'Hôtel -Dieu. Les lettres-patentes de 1669 l'autorisaient a pourvoir à la dotation de son séminaire , a par union de bénéfice ou autrement. » Dans certains cas prévus, cette union de bénéfice était également autorisée par les lois de l'Église ; mais elle exigeait l'accomplissement préalable de plusieurs formalités. On peut se convaincre qu'aucune ne fut omise. Le 15 novembre 1675, l'abbé Ratier, prieur titulaire de Saint-Jean-rÉvangéliste, résigne son titre, purement et simplement, entre les mains de l'évèque, auquel la collation appartenait de plein droit, comme on l'avait reconnu dès l'origine. Le 17 novembre, requête des syndics, pour que la démission du prieur soit acceptée, le titre éteint et supprimé. Le 18 novembre, conclusions du promoteur, tendant à ce que , « auparavant faire droit à la requête , » les religieux soient entendus, les témoins assignés, et

qu UQC enquête soit ouverte sur l'union projetée. Le 20 et le 24, enquête de l'oflBcial. Les religieux déclarent qu'ils n'ont aucun intérêt à combattre le projet, pourvu qu'ils soient payés de leurs pensions. De son côté , le promoteur remontre que le prieuré est conventuel et non électif, qu'il n'est membre d'aucun chef d'ordre, que ses revenus sont distincts de ceux affectés au soulagement des pauvres, conséquemment que l'évêque a droit d'en disposer. Le 22 novembre, décret de M^ de Nesmond, qui transfère au séminaire les domaines du prieuré, et lui en impose les charges. Les directeurs du séminaire seront tenus d'acquitter les obits et fondations de THôtel-Dieu, d'y administrer les sacrements, d'y donner la sépulture, d'instruire et assister spirituellement les pauvres passants « dans le lieu où ils sont reçus, vis-àvis de l'Hôtel-Dieu, » de desservir ou faire desservir la petite paroisse de Saint-Vigor. Le 25 novembre de la même année 1675, les religieux cèdent tous leurs biens à M'' de Nesmond, et H^ de Nesmond s'engage, « sur la caution et obligation de tout le revenu de son évêché, » a rétablir le prieuré, dans le cas où quelque obstacle imprévu ferait échouer l'établissement du séminaire. Il ne pouvait offrir une hypothèque plus rassurante.

La procédure dont nous venons de rappeler les principaux actes, avait été dirigée par l'abbé Petite, c'est-à-dire, par le prêtre le plus vertueux, par le magistrat le plus intègre et le plus éclairé qui ait jamais siégé sur aucun tribunal. Le décret du 22 novembre fut confirmé par des lettres-patentes, au

mois de mars de Tannée suivante. Enfin , le procureur-général au parlement de Normandie ordonna une conlre-enqu6le ; il se fit communiquer les titres, les contrats de fondation , Tétat du revenu et des charges du prieuré. Ce fut donc après un sérieux examen, et sous les garanties les plus respectables, que les lettres confirmatives du « décret d*uni(m y^ furent enregistrées à la cour souveraine, le 4 août 4676. J*aime à croire que, si Fauteur du Mémoire hùtoriqtte mr V HôteUlHeu avait mieux connu les détails de cette négociation , il n'aurait pas écrit que M'' de Nesmond « déclara , de sa propre et unique autorité , le prieuré de Saint-Jean-l'Évangéliste éteint et supprimé, » et qu'ainsi « la spoliation fut irrévocablement consommée. » Le seul argument spécieux qu'il invoque à l'appui d'un jugement dont nous appelons, est un article des lettres-patentes de 4643, qui donne à l'évèque de Bayeux et à ses successeurs la liberté de « réduire le nombre des religieux de l'hôpital , avenant vacance de leurs places , ou de les supprimer, pour augmenter d'autant plus le revenu destiné à l'entretien des pauvres. » Il reproche à W de Mesmond d'avoir éludé cette clause, « suggérée, dit-il, par la sagesse bienveillante de nos rois. » Mais cette clause n*était point obligatoire, comme on l'insinue; elle était purement facultative. «Les qua'tre mots « s'ils le jugent convenable, » qui font partie du texte , et qu'on a oublié de reproduire, le démontrent clairement. D'ailleurs, l'autorité royale a sanctionné le décret de M^' de Nesmond, comme elle avait sanctionné celui de M^' d'Angennes; pourquoi

164 HISTaiRE DU DIOCÈSE

les lellrés-patffltes de 4676 auraient-elles moins de valeur que celles de 1643?— Mais on a dénoncé à H^' de Nesmond les injustices commises envers les pauvres par les religieux administrateurs de Fhospice, et il ne les a pas répaurées. — De quelles injustices veutron parler? De celles qui remontent au partage ? M"'' de la Hunaudière, tout en les déplorant, les regardait comme un fait accompli , dont il n'y avait pas lieu de poursuivre juridiquement la réparation. Il est vrai qtle, dans sa lettre à W de Nesmond du 17 octobre 1678, elle signale plusieurs fraudes qui auraient été coiiiiiiises depuis le partage'; mais sa plainte n'est basée que sur des renseignements dont elle n'avait pu vérifier l'exactitude. De quel droit ose-t-on affirmer que V de Nesmond négligea de s'en enquérir? Les dossiers de l'officialité prouvent que l'abbé Petite ne laissait impuni aucun genre de scandale. Il n'est donc pas croyable qu'il eût ménagé sur ce point des adversiaires contre lesquels il avait instrumenté plusieurs fois^ s'il av^t eu la moindre chance de les contraindre à restituer. Dans l'impuissance où il se trouvait sans doute de régler cette affaire par les voies légales, que fit W de Nesmond? Ce que fait un bon père de famille, auquel on dénonce les rapines de se& enfants: il paya aux pauvres de la ville les blettes du prieuré. Acquisitions de .terrain, bâtiments construits ou restaurés , rentes fondées , aumônes accidentelles, rien ne coûtait à sa munificence. «, Il vivait avec modestie et économie , dit SaintrSimon , et, à la fin de l'année, il ne lui restait pajs un écu; tout allait aux pauvres elen bonnes œuvres. » L'Hô-

D£ BAYËUX. 465

tel-Dieu en parliculier fut toujours , au rapport de Beziers, le principal objet de son zèle et de sa charr* té. Il bâtit à ses frais la chapelle et le couvent; il fit des augmentations considérables k la salle des malades. Nous plaindrions sincèrement ceux qui refuseraient de voir, dans ces largesses , une indemoîté suffisante, et nous leur rappell^ons ce que disait, eu 1769, l'avocat des pauvres de Bayeux, plaidant contre le temporel de rëvêché : en fait de bonnes œuvres, il n'y avait pas à compter avec SP' de Ne»»mond.

Après la mort de Gilles Bubot, le séminaire fut dirî- Le •teinire gé successivement par deux bommes de grand mérite, cnLimijcei. Thomas Duhamel, originaire de Vire (1), et Adjutor Josset, sous-<loyen du chapitre , tous les deux docteurs de Sorbonne. Ils se dégoûtèrent Tun et l'autre d'un emploi vers lequel ne les entraînait pas une vocation spéciale, et il fallut recourir à une congrégation. Conformément au désir que Gilles Bufaot avait exprimé dans l'acte de donation, W de Nesmondae détermina pour les prêtres de Saint-Lazare. M. Joly^ leur supérieur-général accepta, le 7 septembre 468fit, les conditions qui leur furent proposées. Sans parler des charges de l'ancien prieuré , dont le détail est spécifié plus haut, ils s'engagèrent à fournir cinq prêtres et trois frères servants. Les fonctions administratives furent partagées entre un directeur, deux professeurs de théologie, deux économes, qui ensei-

(1) Il était frère de Jean-Baptiste Duhamel, prieur de Saint- Lambert. Il lui avait succédé, vers 1670, dans la dignité de chancelier, à la Cathédrale.

gnaient ie chant « les cérémonies, et faisaient , conjointement avec les séminaristes, le service religieux de FHÔtel-Dieu. Le directeur du séminaire, curé né de Saint-Vigor-le-Petit, devait être agréé par Tévêque. Les prêtres du séminaire relevaient de la juridiction épiscopale , pour la conduite des ordinands, le soin des pauvres et Tadministration de la paroisse ; pour tout le reste , ils n'obéissaient qu k leur supérieurgénéral. Ils prélevaient, sur les biens meubles et immeubles de l'ancien prieuré , deux mille quatre cents livres; le surplus, dont ils rendaient compte, était appliqué , sous le contrôle de l'évêque , soit à l'entretien des bâtiments, soit à la pension des pauvres ecclésiastiques qui venaient prendre les saints ordres, ou faire les exercices de la retraite spirituelle. Rfcotittniriioo Los lettres -patoutes confirmatives de TétablissetémùLitt. ment des PP. de la Mission, au séminaire de Bayeux, furent délivrées au mois d'août 1683, et vérifiées au parlement en 1684; mais elles rencontrèrent une vive opposition à la chambre des comptes, où elles ne furent définitivement enregistrées qu'en 1697. Le séminaire de la Délivrande continua d*ètre annexé au séminaire de Bayeux ; la congn^gation de Saint-Lazare y fut établie, avec le consentement du supérieur-général, au mois de mai 1692. Les maisons du prieuré de l'Hùtel-Dieu étaient fort anciennes, et ne convenaient point à leur nouvelle destination. W^ de Nesmond les fit abattre, et commença, en 1693, le bâtiment actuel , qui a reçu dans la suite divers agrandissements.

Le prieuré de Saint-Nicolas-de-la-Chesnaye, comme

celui de Saint-Jean-rÉyangéliste, était à la nomioation proc«> rpi«i>r de réyèque de Bayeux ; un arrêt du grand conseil d« sliTcTi^us. Tavait reconnu en 1 61 2. La mauvaise administration de ses revenus, après Textinction de la lèpre, fit '

concevoir à H^' de Nesmond, en 1670, la pensée de les attribuer au séminaire. Il avait obtenu la démission du prieur; mais le roi refusa son consentement, et, depuis cette époque, nomma au prieuré. Les biens de Saint-Nicolas, comme ceux de toutes les léproseries, farent réunis, en 1672, à Tordre de Saint-Lazare, et rendus ensuite aux chanoines de Saint-Augustin. En 4769, le roi permit à l'évèque de Bayeux d'en disposer en faveur de la Cathédrale. L'administration des hospices les revendiqua ; le procès n'était pas encore jugé à l'époque de la révolution.

Nous avons relevé la méprise de l'abbé Beziers , qui a fait vingt prébendes canoniales des vingt provendes fondées pour des lépreux, à l'hôpital de Saint- Nicolas. Le nombre des religieux ne fut jamais aussi considérable. En 1337, il n'y en avait que cinq, en comptant le prieur.

Le 13 septembre 1726, les religieuses de l'Hôtel- sicuation Dieu, au nombre de vingt-huit, demandèrent à M«' de '*" '•"^'.«' :/;;'*- Lorraine qu'il voulût bien les décharger de l'administration temporelle, et ne leur laisser que le soin des pauvres. L'accroissement de la population et le progrès de l'immoralité augmentant chaque jour, d'une part, le nombre des malades, de l'autre, celui des enfants exposés, les revenus de l'hospice se trouvaient inférieurs à ses dépenses , et la communauté succombait sous le poids de ses charges. La charité

Tint au secours de rétablissement par des dons en argent et en nature. Il fut même agrandi en 1751 et 1752, grâce aux libéralités de H"* de Grouay et de M. de Biaudos, doyen du chapitre. La contiguité de rhospice et du séminaire, sur une propriété longtemps indivise, rendait assez difficile la fixation des limites et des droits réciproques ; elle donna lieu à de fréquentes contestations. Nous avons entendu raconter qu'autrefois, la supérieure de THôtel-Dieu se promenait en cérémonie, le jour de son installation, dans les jardins du séminaire. Cet usage était comme un droit de suzeraineté, qui rappelait l'ancienne juridiction du prieur.

DE BÀYEUÎ. 469

Page 1