‹ Histoire de diocèse de BayeuxChapitre 28 sur 112 · CHAPITRE Xn · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xn

Liturgie du diocèse de Bayeux. — Son antiquité. — Sa conformité avec la liturgie romaine, au xvii* siècle. —Missel. — Bréviaire.— Antiphonaîre.— Graduel. — Différents degrés de solennité. — Rituel. — GérémoniaU— Instruction primaire. — Gatéchisme diocésain.— Catéchisme de raU>é de Guerville.

En comparant nos bréviaires manuscrits du xv* Anuqaiié siècle à celui des Frères Carmes, juxta Jerosolymi- JudiS* tanœ ecclesiœ antiquam consuetudinem , on peut constater que Tancienne liturgie du diocèse de Bayeux est la même que celle qui fut portée en Orient à l'époque des croisades , et adoptée pour le rit latin par les patriarches de Jérusalem. On la trouve également, point pour point, dans le livre des OffUes de Jean de Bayeux, évèque d'Avranches, qui vivait au xr siècle. Le fait nous est attesté par un de nos confrères, qui possède ces vénérables monuments de Tantiquité ecclésiastique et les étudie avec amour.

Nous avons comparé nous- même les rubriques de notre bréviaire manuscrit avec celles du cérémonial rédigé par Radulphe TAngevin, sous Tépiscopat d*Odon de Lorris, et nous sommes resté convaincu que la récitation de Toffice à la Cathédrale n*a pas varié depuis le xiii* jusqu'au x\* siècle. Notre bréviaire avait donc plus de deux cents ans d'antiquité, lorsque parut, en 1568, la bulle de saint Piû Y, qui prescrivait l'usage universel du bréviaire romain. L'exception établie par la bulle en faveur des liturgies particulières qui lui seraient antérieures de deux siècles, était donc applicable au diocèse de Bayeux.

Il existe deux éditions, en caractères gothiques, du missel de Bayeux, l'une in-folio, l'autre in-i"^. Les exemplaires que nous avons consultés, manquant de plusieurs feuillets au commencement et à la fin, nous ne saurions dire s'ils portaient un nom d'imprimeur. L'exemplaire in-folio que possède la bibliothèque du chapitre, est sur parchemin. Le commencement et la fin ont été restaurés à la main par un très-habile calligraphe. On lit, à la première page, qu'il fut imprimé en 1545.

Le concile de Rouen de 1581, approuvé à Rome par Grégoire XIII , en 1 582 , ouvrit une ère nouvelle. Il y fut décidé que l'on réformerait tous les livres liturgiques de la province, d'après le bréviaire et le missel romains, mais en conservant les usages particuliers de chaque diocèse, servato mu diœcesean. Le décret du concile reçut dans le diocèse de Bayeux, en 1584, un commencement d'exécution. On publia une nouvelle édition du missel, imprimée

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à Paris par Charles Roger, en caractères ronds d'un très-bel œil ; elle ne diffère de la précédente que par Taddition de quelques messes votives, le chant noté de la Passion, et certaines modifications dans les rubriques. On lit, par exemple, au folio 97, que, conformément à la liturgie romaine et aux décrets du concile de Rouen , on ne remplacera jamais roffice du dimanche par celui d'une fête occurrente, à moins qu'elle ne soit double. Cette édition , qui fut publiée sous l'épiscopat de Mathurin de Savonières , ne porte point encore d'approbation.

On s'en servit jusqu'en 1642, époque à laquelle mueu VL^ d'Angénnes, continuant la réforme, donna une édition du missel de Bayeux, calquée à très-peu de chose près sur le romain [1]. Dans son mandement en date du 1 4 novembre 1 641 , il exprime en termes choisis son profond respect pour la liturgie romaine. Il s'en est écarté le moins possible ; cependant il n'a pas cru devoir l'adopter intégralement; la pauvreté des fabriques, dans un grand nombre de paroisses, l'oblige à conserver les livres qui ont échappé aux ravages des Protestants. Il est aussi certaines observances , parUculières à son église cathédrale , que son respect pour l'antiquité ne lui permettait pas d'abolir (2). L'ancien missel avait multiplié les proses avec une telle profusion, que l'on en compte trentecinq, à l'une des messes votives de la très-sainte

(1) Ultr6 pietali vestrs sese offert eodem quo romanuiu

ornatu, et mente consimili ut totum spirarc romauum

facile censueritis.

(2} Antîquitati debitus booos.

Vierge. Ms'd'Angennes en supprima une grande partie, et rendit les autres facultatives , pro voto dicendœ vel omittendœ. Elles sont rejetées à la fin du missel, à l'exception de celles qui font partie de Toffice romain. Le texte des Épitres et des Évangiles, trop souvent altéré par Tignorance des copistes, est conforme à Tédition de la Bible corrigée par le pape Urbain VIII.

W de Nesmond adopta le missel de 1642; mais il y introduisit quelques messes nouvelles, notamment la^ messe de Saint- Françoù de Sales ; celle de Notre-Dame-de-Pitié , pour la fête de la Compassion ; la messe de la Bonne Mort , imprimée a Caen en <706, et qui venait d'être approuvée par la congrégation des rites.

Bréviaire. Nous u'avous pas à la bibliothèque du chapitre l'édition incunable du bréviaire de Bayeux ; nous savons seulement qu'il en existe quelques rares exemplaires, et qu'ils diffèrent peu des manuscrits du xv* siècle. Cette édition était épuisée, nous dit W de Nesmond, quand il publia celle de 1665; son mandement va nous apprendre en quoi consistent les changements qu'il opéra. D'abord, il voulut, autant que possible, que les antiennes et les répons fussent empruntés aux livres saints. Il introduisit dans l'office quelques nouvelles leçons , tirées des meilleurs ouvrages des saints Pères, « afin, dit-il, que la variété soutienne la ferveur. » Enfin, il élimina toutes les légendes apocryphes , et ne laissa subsister que celles où la foi pouvait trouver une règle sûre, et la piété un aliment convenable. La distribution du psautier adoptée par

le prélat, et le Commun du temps , Ordinarium de tempore, sont les mêmes que dans le romain. Généralement, on peut efSï dire autant des autres parties, sauf quelques légères variantes ; les différences les plus notables se trouvent dans le Propre des saints.

L'antiphonaire fut le premier livre de chant que intiphonâire. publia M^' de Nesmondi après avoir réformé roffice suivant les prescriptions du concile de Trente. Il est coAforme au texte du bréviaire. Le cbant est celui qui était en usage à la Cathédrale, avec quelques innovations. 11 diffère du chant romain, en ce qu'il est plus chargé de note$, et d'une allure moins vive (1), L'antiphonaire fut imprimé à Paris, chez Louis Sevesr tre, en 4676. Quelques années après, parurent le cndaei. graduel, c'est-à-dire, le missel noté, et le supplément au graduel. Le graduel proprement dit est la reproduction pure et simple du graduel romain, texte et chant; le Supplément est une espèce de concordance destinée à indiquer comment on doit composer l'office de Bayeux avec le graduel romain. Il y a différentes manières de procéder : tantôt on prend Toffice tout entier dans le graduel romain , sans aucun renvoi ; tantôt on le compose de pièces rapportées ; quelquefois on substitue aux pièces que le graduel romain fournit , pour un jour donné , d'autres pièces analogues, fournies également par le romain, mais pour un autre jour; quelquefois enfin on substitue aux pièces da romain des pièces de

(l) Modules antiphonarum , responsoriorum hymnorumque illos dedirnus, quos approbatus ecclesise nostrae catbedralis usus, ac vironim musices peritorum consilium persuasit.

facture indigène. Le nombre de celles-ci s*élëve à vingt-quatre , pour le Propre du temps , et à vingtsix pour le Propre des saints. 11 est probable qu*il s'en trouvait, au Commun des saints, un nombre proportionnel ; mais cette partie manque presque entièrement dans l'exemplaire du graduel où les éléments de notre travail ont été puisés. Ainsi, quoique le graduel romain fournit la presque totalité des matériaux qui composaient à cette époque l'office de Bayeux , il était rare qu'un office tout entier passât d'une liturgie dans l'autre sans modification ; mais la disparité consistait moins dans l'introduction de pièces originales que dans la disposition des matériaux eux-mêmes , empruntés à différentes parties du graduel romain. Les pièces particulières à notre liturgie sont notées in extenso dans le Sv/pplément.

Le processionnaire, à la fin duquel on trouve les règles du plain- chant à l'usage de notre diocèse , compléta la série de ces intéressantes publications. Quoique la spécialité des détails dans lesquels nous venons d'entrer, dépasse les limites de notre compétence, nous les livrons sans inquiétude à nos lecteurs; ils nous ont été communiqués, avec une gracieuse obligeance, par deux de nos confrères, qui ont fait de cette matière une étude approfondie (1). Différend «tegrét Avant H^ dc Nosmond , les degrés de solennité •oicloité. étaient au nombre de cinq. 11 y avait, d'abord, trois classes de fêtes doubles. Les doubles de première classe étaient célébrées avec quatre chapes de stallo

(1) M. l'abbé Vauquelin, curé d'Anguerny, et M. Tabbé Dolé, directeur au petit séminaire de Vire.

altiori; — les doubles de deuxième classe, avec quatre chapes, deux de stallo altiori, deux de secundd forma. Pour comprendre la valeur de cette distinction, il faut savoir que, à la Cathédrale, les hautes stalles étaient occupées par les dignitaires, les chanoines et les vicaires du grand autel, tandis que les petits vicaires , les chapelains et les heuriers siégeaient dans les basses formes; — enfin, les doubles de troisième classe étaient célébrées avec deux chapes. Venaient ensuite les fêtes de IX leçons, et celles de m leçons, désignées par M^ d'Angennes sous le nom générique de semi-doubles. Une dernière catégorie comprenait les fêtes des saints, que l'on celé* brait sans aucune solennité, et auxquelles correspondent, dans l'ancien calendrier, les deux mots sine festo. W de Nesmond compliqua singulièrement cette classification. Le nombre des degrés fut porté de cinq à dix. Il y eut des fêtes doubles annuelles ; — des fêtes doubles solennelles de première et de seconde classe » Tune et l'autre majeure ou mineure; — des fêtes doubles -majeures et des fêtes doubles -mineures. Les semi-doubles restèrent ce qu'elles étaient auparavant , c'est-à-dire , partagées en deux classes : celles de IX leçons et celles de III leçons. La dernière catégorie prit le nom de fêtes simples.

On lit dans le Journal d'un bourgeois de Caen, à la date du 44 juin 4707 : « Jour de fête saint Barnabe, apôtre, qui était gardée ci-devant sur le diocèse de Bayeux, a commencé d'être retranchée et supprimée, et a été la première du nombre de sept jours

de fête qui n'a point été gardée « en conséquence du mandement de M'' de Nesmond, évèque de Bayeux, en date du ... qui retranche, savoir:

Saint Barnabe, apôtre, le 11 juin;

Saint Jacques et saint Christophe , ie 25 juillet ;

Saint Exupère, évèque de Bayeux, le 1*' août;

Saint Laurent, martyr, le 1 0 août ;

Saint Barthélémy, apôtre, le 24 août ;

Saint Matthieu, apôtre, le 21 septembre,

Saint Simon et saint Jude, le 28 octobre. » Rituel. Le plus ancien rituel que nous connaissions, est celui de M^' d'Angennes, publié en 1627. Celui qui l'avait précédé , était , au jugement de cet évèque , une compilation défectueuse et incorrecte, « crastè compositum et mendoium. )» On y cherchait en vain plusieurs cérémonies essentielles. Il s'y était introduit une foule de choses contraires à l'esprit de FÉgUse , que le docte prélat en fit retrancher. Il Tenrichit d'un grand nombre de formules, empruntées au rituel romain , à celui de Rouen et à plusieurs autres ; en un mot , il fit en sorte que son Manuel ( ce fut le titre qu'il lui donna) répondit à toutes les exigences des fonctions sacerdotales, et ne laissât jamais sou clergé sans direction. W de Nesmond perfectionna l'œuvre de M*' d'Angennes. L'édition qu'il publia en 1687, contient à peu près les mêmes matières que la précédente; mais elles y sont rangées dans un meilleur ordre, et traitées avec plus d'étendue. Il substitua aux anciennes remontrances, dont le style avait vieilli, des formules d'exhortation écrites avec une mâle simplicité ; il y ajouta des règles pour la

pablieatioa des monitaiFes, et retrancha le cér/$moniai que Ton observait jadis pour m la séparation des lépreux (1). » Ceci prouve que, dans le cours des s(Mx:ante années qui s'étairat écoulées entre la composition des deux rituels, la lèpre avait entièrement disr paru de notre pays. Dans la préface de son Manuel, 1t^ de Mesmond s'attache à faire sentir aux ecclésia-sttques le respect avec lequel ils doivent traiter les choses saintes, qœnd ils les dispensent aux fidèles ; il y rend compte de son administration; il y parle des soins qu'il lui a fallu donner à l'organisation des confér^ces, des séminaires et des hôpitaux (2). On voit que l'instruction morale et religieuse des pauvres le préoccupe autant que leur soulagement; il croira, dit-il, « n'avoir rien fait pour eux, t^nt qu'il lui restera quelque chose à faire. » Il termine par des aver^ tissements sévères adressés aux ecclésiastiques qui consumaient leurs revenu^ dans l'oisiveté. Celte pièce importante esi le tableau fidèle des sentiments qui inspiraient W de Nesmond ; toutes ses vertus y ont mis leur emprunte.

Le cérémonial est antérieur au rituel de quelques cérémoD»! années. Il fut imprimé à Caen, chez Briard, en 1677. On a soin d'y rappeler que la variété des cérémonies par lesquelles l'Église rend gloire à Dieu , dans les différentes contrées du globe, loin de porter atteinte

(1) Voir les Pièces justificatives.

(2) Erigenda nobis fuerimt seminaria, flos ecclesiastici ger* minis, et sacerdotalis valut ordinis incunabula...ne in nobis penè inutiiis castitas videatnr, quœ ità se exhibeat sterilenit ut aliam non pariât castitatem.

à son unité, est justifiée par cette admirable variété dont l'épouse de Jésus-Christ brille dans les cieux. Le nouveau cérémonial s'abrite sous Tautorité du saint concile de Trente, lequel souhaite avec ardeur que les louables coutumes de chaque Église soient religieusement conservées. Une des plus remarquables et des plus anciennes de TÉglise de Bayeux est la pompe extraordinaire dont elle entoure Tévèqiiie, quand il officie. Il a pour assistants deux prêtres en chasuble ; deux archidiacres ; trois diacres ; trois sous-diacres; trois acolytes; deux thuriféraires; un porte-crosse , qui était autrefois le chancelier de la Cathédrale; deux enfants de chœur, accompagnant la crosse avec un chandelier; plusieurs aumôniers. La plupart des règles prescrites par le cérémonial de TA^ de Nesmond sont encore suivies aujourd'hui. Nous y voyons cependant qu'aux fêtes de première classe, depuis TAscension jusqu'à l'Assomption, la procession se faisait extérieurement autour de l'église. Il n'y a maintenant que les paroisses rurales qui soient restées fidèles à cette coutume. Le jeudi saint, Tévêque lavait les pieds à douze pauvres dans la chapelle du palais, et donnait à chacun un habit de drap gris à l'apostolique, une paire de souliers et une aumône. Après la messe, à laquelle les pauvres assistaient dans la Cathédrale, ils dînaient à l'évèché, et étaient servis par Monseigneur et par ses officiers. Les détails de cette touchante cérémonie ont un peu changé ; mais la charité de nos prélats est toujours la même.

Au nombre des règlements publiés dans le synode

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de 4663, il en est un relatif aux petites écoles, qui lastroctkMi place ces établissements sous la surveillance des '*™""^* doyens ruraux , et y interdit le mélange des sexes , sous peine de suspense pour les maîtres ecclésiastiques, d'excommunication pour les maîtres laïcs. En 1690, W de Nesmond revint sur ce sujet, dans une lettre pastorale où respire , à côté de la plus haute sagesse, le zèle le plus affectueux.

Le prélat commence par déclarer que, depuis trente ans qu'il porte le fardeau de Tépiscopat, l'instruction des enfants a été constamment l'objet de sa sollicitude. Cependant, malgré tous ses soins, plusieurs parties de son diocèse manquent d'instituteurs; ces humbles fonctions sont dédaignées , ou trop souvent exercées par des mains incapables, et, ce qui rend la situation plus fâcheuse encore , c'est que les enfants ne trouvent pas dans leurs familles la bonne direction qui leur manque dans les écoles. Du temps de saint Paul, il y avait dix mille maîtres pour un véritable père ; aujourd'hui , continue M^' de Nesmond , sur dix mille pères , il n'y a pas un maître capable d'instruire ses enfants. L'Église , dans le sein de laquelle Dieu a toujours suscité de pieux instituteurs, se voit donc obligée de suppléer k la négligence de la famille. Ici , le pontife rappelle les ordonnances rendues sur cette matière par un grand nombre de conciles; il cite les efforts tentés par les évéques, avec le concours de nos plus grands rois, pour propager rinstruction parmi les enfants du peuple. Louis XiV, en particulier, avait écrit à M^' de Nesmond, au mois d'août 1686, pour le féliciter de l'intérêt qu'il

portait aux écoles de soû diocèse, et l*engager à les faire surveiller par un inspecteur d*une vertu et d'une capacité éprouvées. II n*y a donc, dit le prélat, que l'ignorance ou un défaut de piété qui puisse expliquer le dédain que profèrent certains ecclésiastiques pour les fonctions d'instituteur. La religion n'en reconnut pas de plus glorieuses , ni l'État , de plus utiles. Il signsde ensuite, comme un abus intolérable» le mélange des deux sexes dans la même école ; il en fait sentir les inconvénients, et rappelle que la législation civile est d'accord avec la législih tion ecclésiastique pour le proscrire; il veut que la vie des msdtres et des maîtresses soit irréprochable ; il souhaite que la vigilance de la famille s'exerce sur elle , concurremment avec celle de l'Église , de manière à n'y souffrir aucun désordre.

Afin d'introduire plus sûrement dans la pratique les réformes dont la nécessité lui est démontrée, W de Nesmond joint à sa lettre pastorale une méthode pédagogique et une méthode de plain-chant, conformément auxcapitulaires de Charlemagnc. La première traite de l'ordre et des exercices de la classe , des procédés d'après lesquels le maître doit enseigner la lecture et l'écriture. U faut que l'écolier apprenne à décomposer les mots en syllabes , les syllabes en lettres, et qu'il les recompose ensuite, sans jamais rapprocher des syllabes appartenant à deux mots différents. Quand il saura lire distinctement, on aura soin de l'exercer à la psalmodie. £n attendant que l'écolier puisse imiter seul une exemple d'écriture, il placera l'exemple sous un morceau de corne trans-

parente , qui lui permettra de suitre exaetement les contours de chaque lettre ; les traits formés au crayon seront ensuite effacés. Ce procédé, qui est indiqué comme étant à la fois plus économique et plus prompt, a reparu de nos jours sous le nom pompeux de diaphanérographie.

A la lecture et à l'écriture on joindra Tortbographe, les quatre règles fondamentales de rarithmétique et le jet, c'estnà^lire, la pratique du calcul, au moyen de jetons placés sur des tai)leaux où les nombres étaient figurés. Enfin, Tévèque, tranchant une question qui plus tard a soulevé bien des controverses, veut que le maître se fasse aider par des officiers ou moniteurs , choisis parmi les meilleurs élèves, qui seront chargés de faire répéter les leçons , pendant qu'il corrigera lui-même les cahiers d'écriture; d'autres apprendront au moins avancés leur catéchisme et leurs prières.

Le 14 mars 4690, M. Foucault, intendant de la généralité de Caen, sanctionna la lettre pastorale de M^ de Nesmond, en soumettant les écoles à l'autorisation préalable de l'évèque diocésain, sous peine de cinquante livres d'amende ; il interdit les écoles mixtes, sous peine de six livres d'amende à payer par les contrevenants.

Aux termes de leur règlement, les msdtres d'école onéouime étaient tenus de faire réciter le catéchisme tous les ^"*^*»*~*'"jours, et de l'expliquer une fois par semaine ; mais M^' de Nesmond sentit que, sous ce rapport, « il manquerait toujours quelque chose à ses soins, tant que la doctrine ne serait pas enseignée d'une manière

uniforme. » En conséquence, il résolut de supprimer les anciens formulaires, « dont il voyait avec peine la diversité, » et il y substitua un abrégé de la doctrine chrétienne , contenant « ce qui est le plus nécessaire pour éclairer Tesprit et régler le cœur. )► Le catéchisme publié en 1700 est donc le premier dout Tusage ait été obligatoire dans toutes les églises du diocèse. La rédaction en est tout à la fois substantielle et lumineuse; des notes marginales indiquent les endroits de l'Écriture, d*où chaque réponse est tirée. Il est précédé d'une méthode, où les fonctions du catéchiste sont exposées avec une merveilleuse sagacité ; des exercices de piété pour la messe et la communion, des règles pratiques pour la confession et l'oraison mentale y servent de complément. cai4cbi»nio Avant la publication du catéchisme diocésain, on suivait, dans plusieurs paroisses, un excellent abrégé des « vérités de la religion chrétienne, » composé par M. de Guerville, curé de Notre-Dame de Caen, et approuvé par M^' de Nesmond en 1672. L'enseignement y est présenté avec ordre, brièveté et clarté. Le livre est dédié à Jésus-Christ sur la croix, et précédé d'un avant-propos dans lequel l'auteur exprime aux habitants de Notre-Dame l'ardeur de son zèle pastoral .

de l'abbé di GoerTille.

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