CHAPITRE XIV
Ablmye aux Daines. — Dénédictines du Saint-Saoroment , — à Gaen, *- à Bayeux. — Béoédicliaes de Vire. — Gonfrériefl du Saint-Sacrement. — Couvent de la Charité, à Bayeux. — Corporations enseignantes. — Dniversité. — Eudistes. — Oratoriens. — Caractère du P. Eudes. — Établissement de la fête du Sacré-Cgaur. — Mort du P. Eudes. — Collèges de Caeo. ^ Jésuites.— Collèges de Bayeux, de Vire, de Condé.
Abbaye II y avait à Caen, au xvii'' siècle, deux couveots aux namet. ^^ Bénédîclines : la grande abbaye de Sainte-Trinité, connue sous le nom d'abbaye aux Dames, et le prieuré de Notre-Dame-de-Bon-Secours. Les grandes Bénédictines ne furent pas, dès l'origine, soumises a là clôture: elles recevaient leurs parents et leurs amis, sortaient en ville et assistaient aux fêtes publiques. En 1515, l'abbesse Isabelle de Bourbon leur imposa la clôture perpétuelle, l'abstinence quotidienne, une discipline plus austère. La réforme ne s'établit qu'a-
près une vive opposifion. La piopart des religieuses en appelèrent à Tévèque et au pape. Le pape autorisa les plaignantes à se retirer dans d'autres abbayes. Nous avons vu que ce monastère ne fut point à Tâbri des séduetions du protestantisme. U compta néaii^ moins, à différentes époques, des femmes d'un grand mérite et d*une solide vertu ; plusieurs appartenaient aux familles les plus distinguées de la province. Le fondateur avait donné Teiemple, en présentant à l'autel sa fille Cécile , encore enfant , le jour même bu réglise fut consacrée. Il y en avait aussi parmi elles qui étudiaient avec goût le latin et les sciences ecclésiastiques. Jacqueline de Mémur a publié les Éloges des illustres de V ordre de Saint- Benoit, et quelques autres ouvrages.
Si nous entrions dans le détail des luttes que les abbesses de Sainte - Trinité soutinrent contre les évêques de Bayeux, nous les verrions, à Texemple des Bénédictins , s'efforcer d'étendre des privilèges que les évèques s'appliquaient à restreindre. C'est un spectacle bien étranger à nos mœurs , que celui d'une religieuse exerçant la double juridiction ecclésiastique et criminelle sur les paroisses de son exemption , faisant juger par son officiai les chapelains du couvent, ordonnant à son sénéchal de pour* suivre une « beste porchine » qui avait mangé un enfant, et que lui disputait la justice du roi. Les baillis et les vicomtes de Caen se crurent souvent obligés de réprimer les empiétements de l'abbaye sur les droits de la royauté. Mf Servien et M'' de Nesmond mirent également beaucoup de fermeté à
SOI HISTOIliS DU DIOCÈSE
maintenir ceux du siège épiscopal. On cita« au nombre de&abbesses qui ont laissé une mémoire vénérée, M""^ GaiNrieUe- Françoise de Tessé et sa nièce. Elles gouvernèrent successivement la maison, depuis I69C JMsqa'en 4729. L^ seconde restaura les deux tours qui accompagnent le portail de Téglise* La preinière fit placer, en 4704 , dans son monastère, des religues qu'elle avait obtenues du souverain pontife , par l'entremise de son frère , le maréchal de Tessé. En 4785, M"^ de Belsonce, abbesse de Sainte- Trinité, réunit à l'université les bénéfices qui étaient à sa nomination. L'université lui députa les doyens de toutes les facultés , pour la remercier de cette insigne faveur. Ce fut l'abbé Leclerc de Beauberon, doyen de la faculté de théologie, qui porta la parole. Il félicita l'abbesse d'être entrée dans la pensée du concile de Trente, lequel exprime le vcra que les bénéfices soient conférés à des gradués en théologie ou en droit canonique. li signala les avantages de cette mesure , et termina par l'éloge de l'illustre évèque de Marseille, à la famille duquel appartenait M"'' de Beisunce. Celle-<;i répondit aux compliments sententieux du vénérable doyen avec une aisance parfaite , un tact exquis , mais aussi , il faut bien l'avouer, avec cette urbanité tant soit peu mondaine que l'on ne s'étonnait pas de rencon* trer à la grande abbaye (1).
Hâtons-nous d'ajouter qu'à l'époque dont nous parlons, la piété y était en honneur, et la règle scru-
(1) Voir les Pièce» juntilicativcs.
DE MYBUX. 203
poleascinent observée. Si Ton nras an demandait la preuve, nous aarions à eiter des traite tondiants qui fèraimt iionnènr aux communautés les pkis ferventes.
Il en fut toujours ainsi au prieuré de Netre^Dame^ de-BcN[>iSeeoaffs. là^ on ne troufve que siiiiplictté, ferveur évangâique ^ obéîssanoe à la règle,; profond respect pour l'anforité de Tévèquis diocésain^ La mar* quise de Mouy, fondatriee de cette maison. (4 643)^ avait tiré de l'abbaye de Montitiyflwrs lies trois pre^ raières religieuses. La prienre, prenant trop à la lettre cette maxime de saint Paul , qae la scient du cbrétien doit consister uniquement à connaître Jésus crucifié, ne laissait entre les mains de ses religieuses d'autre livre que leur crucifix. La pieuse fondatrice pensait, au contraire, que l'ignoraiice ne peut produire de bons effets; qlie, pour bien servir Dîeu« il faut être instruit; que, si une science profane, fruit d'une orgueilleuse curiosité , est incompàliUe avec l'esprit monastique, on ne saurait en dire autant d'une science modeiste et prudente , éclairée par la foi, tempérée par Thumilité. M"'' de Mouy songea donc à remplacer la première prieure. Ses instances et ses promesses obtinrent pour quelque temps, des Bénédictines de Rembervilier en Lorraine, la célèbre Catberine de Bar, dite en religion Soeur Mechtildei Elle réussit également, grâce à l'intervention de D. Quinet , abbé de Barbery, à la faire éhre prieure de Bon-Secours. La mère Hechtîlde y opéra en trés-ped de temps, un bien prodigieux. On eût désiré l'y retenir en qualité de prieure perpétuelle ; mais elle fut
rappelée en Lorramet à la fln de so» trieDnal (16M). Dieu atait sur elle d'autres desseins : après des épreu^ Tes sans nombre et d'étranges ndssitudes , die eut la gloire de fonder à Paris l'Adoration perpétuelle dn tarès^saint 8acréinént«
. Tout honi»9 qui sotaflre foloniàirement, a dt( on lliisllre oçatonr, ôté une soiShince à quelqu'un ; tout honiin& qui jéûnè^ donne du pûn à un autre qui en manque. De même tout bomme qui pleure, aux pieds de Jésus^hrist, sur les crimes de ses frères, est une tictîme eipiatoîre qui désarme la ecdère de Dieu. Si Dieu eAt irouté dix justes dans Sodôme, îl eût épar« gné cette ville abominable. C'est sur ce principe de la sotidarité chrétienne que repose l'admirable insth tution dont la France est rederable à la Mère Mechtfl* de. Dans toutes les maisons oà elle est en vigueur, jour et nuit, sans aucune interruption, line religieuse se tient prosternée devant Je saint Sacrement, la torche à la main et la corde au cd, en signe d'amende boBlorable. Réparer les sacrilèges et les outrages de toute eqpèce dont le protestantisme avait donné le signal, au xvi* siècle, contre la sainte Eucharistie: teUe fut la pensée qui inspira la Mère Meobtilde. La reine^nére Taccueillit avec empressement, et Louis XIV autorisa la fondation par lettres- patentes, en 4653. L'institut de l'Adoration perpétuelle est à l'ordre de Saint* Benoit ce que la réforme de l'étroite observance fut à l'ordre de Ctteaux. En 4676, le pape Innocent XI approuva les constitutions , érigea en congrégation les monastères déjà existants» et ceux qui pourraient être fondés a l'avenir. Il les déclara
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exempts de la juridiction épisoopale; mftis, en 4694» à la demande de la fandatriise et de toutes ses relir gîeuses, le pape Innocent XII les replaça sous Tautor rite des évoques, dans leurs diocèses respectifs.
Peu de maisons embrass^ent cette iiéforme« On ea comptait onae ayant la révolution ; sept ont disparu» et ont été remplacées par un nombre égal. Sur les onze maisons qui existent aiyourd'buj » (|uatre seulement sont aacienaes : ce sont c^s de Paris , de Rouen, à» Gaeu et de Bayeux. Le monastère de Rouen reeut rAdoratîoA perpétuelle en 4677. La rér forme que la Mare Meohtildâ mit dans odtte maison « y attira deux religieuses de l'abbagre de Sainte^Triniié de Caen, M''*' de Blémur ; elles demandèrent d'y être admises pour « s'y former au véritable esprit de saint ^enoit. » Le prieuré de Bon^eeours ^ivit cet exem^ pie en 4695. H^ de Nesmond eut la consolation de voir toutes les retigieuses embrasser avec joie les rigueurs du nouvel institut. En 1700, les Bénédictines de Bayeux, voulant substituer à leur ré^le mitigée une discipline plus exacte, choisirent pour prieure une religieuse du monastère de Caen, la Mère Saint- Bendti L'année suivante , le zèle de la nouvelle supérieure et les conseils de Tabbé de Launay les déterminèrent à e^rasser TAdoraXion perpétuelle. Une confrérie du SaintrSacrement fut érigée dans la tibiapelie de la communauté ; nous la verrons trattsfà^ rée à la Cathédrale, en i8Q4.
Les Bénédictines de Vire n'entrèrent point dans la congrégation réformée. Cependant i) s'en fallut peu qu'elle ne prit naissance au milieu d'elles. M. Nangot,
de Bayeii.
Bénédicfiiicfl de Tire.
â06 HISTOIHB ïm DIOGÈSS
maître des requftMs, doot la fiUe était priaare perpétuelle du couvent de Vire, avait obtenu sans difficulté qu'elle cédât sa place à la Hère Mechtilde. Celle-ci crut sans doute que« en quittant Paris, elle perdrait les «essources indispensables à Texécotion de son grand projet , et elle rejeta lee ouverUires de Mv Maugot. omtkénm Pulsquc nous avons nomiqé la confrérie du ^nt<* sùnt-te^ni. Sacrement établie à Bayeux , disons , en passant , que la même dévotion était pratiquée dans toutes les tilles du diocèse. A CaeOi elle avait donné naissance à deux confréries: l'une, fondée en 4495, ches les dianoiHes du Sépulcre; l'autre, en 4773, dans l'église de Notre-Dame. Celle de Gondé fut établie par M<^ de Nesmotad « à la requête des officiers et bourgeois, en 4674 , « pour contribuer à augmenter la religion en ce bourg, et à la conversion des hérétiques, qui y sont en très^and nombre. » Quant à ceHe de Vire, on en ignore Torigine ; on sait seulement qu'elle était ancienne.
cooT»! L'abbé Beziers a été fort mal renseigné sur l'ori- 'â kyMi. ' gine du couvent de la Charité, à Bayeux ; nous allons substituer à ses indications un exposé plus complet et plus exact, puisé dans les registres mêmes de la communauté.
Dès l'année 4644, le P. Eudes avait fondé à Caen «ne maison de refuge pour les filles débauchées qui voulaient s'arracher à leurs désordres. La direction des pénitentes fut d'abord confiée à Marguerite Morin^ née à Caen, d'une famille protestante, et ()ui avait abjuré l'hérésie, à l'âge de quinze ans. Les personnes qu'on lui avait associées, désiraient comme elle
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embrasser la vie religieuse, afin de donner à Toettyre; encore chancelante, plus de stabilité. L'opposition qu'elles rencontrèrent , les dégoûta de leurs fonctions. S'il fallait en croire le P. de Montigny, biographe du P. Eudes, le départ de Msu^guerite aurait «été déterminé par l'orgueil et la jalousie; elle aurait profité de son ascendant sur la plupart de ses compagnes, pour leur communiquer ses sentiments, et, en quittant la matson, elle l'aurait spoliée de concert ayec elles. Nous ignorons où le P. de Montigny a pnisé ces renseignements ; mais nous avons les raisons les pins fortes dé soupçonner qu^il a trop faetlement accueilli des récits mensongers.
Deux ans s'étaient à peine écoulés depuis que Marguerite Morin avait quitté Notre-Dame-du-Refuge, lorsqu'on lui confia l'hospice des Pauvres -Renfermés. Si son départ du premier établissement avait eu le caractère qu'on y attribue, est -il croyable qu'on lui eàt donné à elle-même cette marque de confiance, dans une ville où sa conduite aurait laissé les plus fâcheux souvenirs? Est-il croyable que M. de Bernières, intime ami du P. Eudes, et qui avait pris part à la fondation des Petits-Renfermés, eût voulu mettre à la tète de cette maison une fille orgueilleuse , une misérable intrigante T Est-il croyable qu'il lui en eût fsôt directement la proposition? Ne serâitil pas étrange de voir le pieux abbé Rocher, chanoine de Bemesq et vicaire-général, prendre spus sa direction Marguerite Morin, dont il ne pouvait ignorer les antécédents, la traiter avec la plus grande estime , et lui imposer, au nom de l'obéissance , la
^ HISTQIRB DU DI9CÈSB
fûsfikm qu'on Ini offrait à Caen ? Gomme llargoerite héstUit encore, il renvoie consulter D. Quinet, abbé de Barbery, qui fut pendant vingt ans Toracle de toutes les communautés du diocèse. D. Quinet décide qu'elle doit se rendre à Thospice des Petits-Renfermés, au moins pour quelque temps ; car, ajoute-t41, « je crois que Dieu veut autre chose de vous. » Cette prédiction ne tarda pas à s'accomplir.
Marguerite M orin passa cinq ans aux Petits-Renfermés, et rétablissement prospéra sous sa vigilante direction. Elle y avait conduit, en quittant Bayeux, Marie du Bosq, originaire du Cotentin, et, comme M""" Morin, sortie d'une famille protestante. Les deux amies essayèrent de former une congrégation, avec ^es filles qui les assistaient dans le service des pauvres ; mais leur projet n'ayant point été agréé par NM. les ofiBeiers de ville, elles se retirèrent, malgré les instances qu'on fit pour les retenir, et revinrent à Bayeux en 1653 (4). C'était là que Dieu voulait exercer leur zèle. Elles s'établirent d'abord sur la paroisse de la Poterie, d'où elles passèrent au faubourg Saint-Patrice. Elles furent autorisées par le chapitre, pendant la vacance du siège, et par le corps municipal à fonder une maison <( qui pût servk d'asile aux pauvres petites flUes. »
Les religieuses de la Charité ne sont point, à pro-
(1) L'abbé Béliers dît que ce fût en 1650. II est vrai qu'elles adressèrent, le 11 arril 1650, une supplique à Bf* Mole , pour demander la permission de fonder un établissement dans la ville épiscopale; mais la supplique resta sans réponse, et Marguerite Morin ne quitta les Petits-Renfèrmés que le 25 avril 1652.
DE BATEUX. 209
prement parler, des Augustines. En adoptant, comme beaucoup d'antres communautés, la règle de Saint- Augustin, elles Font modifiée par des constitutions particulières, que M<^ Servien et 1^' de Nesmond approuTèrent tour à tour. Elles obtinrent aussi, en 166{ , l'approbation du saint-siége. Les lettres-patentes, octroyées aux CharUtinei de Bayeux , en 1 653 et en 4678, furent enregistrées au podement en 1673.
Nous avons fait connaître en détail, dans VTfitroduction, les obligations que s'imposèrent les religieuses de la Charité de Bayeux. Leur maison fut, dès I*origine, un asile ouvert à l'enfance contre la pauvreté, le libertinage et rbérésîe. Son organisation intérieure eut des commencements difficiles. Lés deux fondatrices firent leur noviciat sous la direction de deux hospitalières que M*' Servien avait appelées de l'HÔtel-Dieu de Caen. L'une de ces religieuses fut la première supérieure du couvent de Bayeux. Elle fut remplacée, en 1669, par la IfèrO' Marie de rincamation ( c'était le nom qu'avait pris Marie du îiosq ) ; sa compagne , Marguerite de Jésus , ne remplit jamais les fonctions de supérieure. En 1675, l'impossibilité de trouver parmi les religieuses des officières expérimentées , força la communauté d*avoir recours à môtel-Dieu de Bayeux, qui fournit une supérieure, et ensuite à la Yisitation de Caen. La protection maternelle que cette dernière communauté exerça sur la congrégation naissante, unit les deux maisons par des liens d'afiection réciproque, qui subsistent encore aujourd'hui. En 1716, les bâtiments du monastère périrent tout-à-coup une grande extension.
Victime d'une injuste préférence, Renée du Vigney, avait été destinée par ses parents à la vie religieuse. En yain leur exprima-t-elle son éloignement pour le cloître; on ne lui laissa que la liberté du choix. Elle se détermina pour la Charité de Bayeux. Pendant son noviciat, Dieu lui fit la grâce de goûter un genre de Tie auquel elle ne se croyait point appelée. La veille de sa profession, 30 juin 1714, « étant hors la clôture et en lieu de liberté, » elle déclara, devant H. Hue de Launey, vicaire-général, « qu'elle n*était ni forcée, ni contrainte de se faire religieuse, et qu'elle le souhaitait de tout son cœur. » A peine eutelle prononcé ses vœux, que la mort enleva successivement sa sœur et son frère. H. Rogier du Vigney, procureur du roi en l'élection de Bayeux, crut qu'il était encore temps de réparer les torts dont il s'était rendu coupable envers sa fille ainée. U s'accusa luimême, auprès du souverain pontife, de la violence qu'il lui avait faite , et obtint pour elle un bref de sécularisation. Sœur Saint-Charles, inflexible à son tour, lui répondit avec une noble ferooeté qu'elle s'était vouée librement au service de Dieu, et qu'elle ne consentirait jamais à violer ses engagements. Ce dernier coup acheva d'éclairer le malheureux père, et il ne songea plus qu'à expier sa faute, en comblant de ses bienfaits le monastère de la Charité. Il fit bâtir le chœur des religieuses, la sacristie et l'église, où il se réserva, pour lui et pour sa femme, une place pendant leur vie, un tombeau après leur mort. A celte occasion, la communauté s'engagea, sur la demande des bienfaiteurs, à élever une petite fille
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pauvre, âgée de sept ans, que lui présenteraient alternativement les deux paroisses de Tournières et de Saint-Martin-de-Blâgny.
H*"^ Saint-<:harles exerça plusieurs fois les fono tiens de supérieure dans sa commuQauté ; ses restes ont été exhumés dernièrement de l'ancien monastère, et transportés dans le chqaur du couvent actuel.
Les détails qu'on vient de lire, donnent, sur différents points, un démenti formel à la narration de Tabbé Beziers. Ce n'est pas sans quelque surprise que j'ai trouvé plusieurs fois cet estimable écrivain en opposition avec la tradition des communautés de Bayeux. Les Ursulines vont nous en fournir un nouvel exemple.
La fondation des Ursulines eut lieu en 4623, comme oriuimet Beziers le raconte; elle fut acceptée par les bourgeois ^"^ *^'^*^*' le 28 septembre, et par W d'Ângennes le 5 octobre de la même année. Les trois premières religieuses, fournies par la communauté de Pontoise, furent mises en clôture au mois de mai 1624. Mais k quelle époque les Ursulines quittèrentrelles la rue Jourdan, ou H"" d'Harcourt les avait d'abord établies, pour se transporter au couvent des Billcttes? L'abbé Beziers fixe cette translation au mois de mai 1634, et les chroniques de la communauté la renvoient à l'année 1661. — Le couvent des Billeltes, situé au Caubourg Saint-Patrice, sur l'emplacement que le collège occupe aujourd'hui, appartenait, depuis 1328, à des chanoines de Saint-Augustin , appelés vulgairement Billettes ou Frères de la Charité. Lorsque les Ursulines traitèrent avec le prieur, en 1633, il n'y avait
Corporations eoMignantet.
VDiTcrtité.
plus de religieux. Le nouvel établissement acquit de l'importance. On déposa dans le chœur de Téglise les restes de la fondatrice, morte en 1628, au premier monastère, après y avoir donné l'exemple des plus hautes vertus. Les UrsuIineSt vouées à Téducation des jeunes filles, recevaient aussi comme pensionnaires des dames séculières, qui voulaient vivre séparées du monde.
Les Ursulines et les Visitandines de Caen sont contemporaines des Ursulines de Bayeux ; mais ce que nous avons à dire des deux premières communautés, se rapporte à des événements que nous raconterons plus loin. Il nous faut présentement donner à nos lecteurs une idée sommaire des corporations enseignantes et des congrégations.
L'université de Caen, fondée en 1432, par le régent duc de Bedfort, pendant que la ville était au pouvoir des Anglais, fut confirmée par Charles VII en 4452. Dans cet intervalle, il avait été pourvu à son érection canonique par une bulle du pape Eugène IV, obtenue en 1437. Nous n'avons pas à raconter l'histoire de cette institution, sur laquelle l'abbé Delarue et, après lui, M. Yaultier ont donné de curieux détails ; mais nous croyons devoir reproduire ici un tableau fort exact de son organisation, au ivii"" siècle. Il est extrait d'un mémoire publié pour maître Odet Le Fèvre, de la congrégation des Eudistes, docteur et professeur en la faculté de théologie, plaidant contre le recteur et les autres facultés, qui Favaient déclaré inhabile à exercer les fonctions de doyen , comme étant membre d'une communauté.
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« L'université de Caên, dit-iU est un tout composa de cinq parties, ou un corps qui a dnq membres, lesquels considérés séparément font autant de corps dont les docteurs et suppôts sont les membres. Ces dnq corps s'appellent facultés. La première qt la supérieure de toutes est la faculté de théologie ; dlç a un doyen, qui est perpétuel, et qui ne doit point sa nomination àTélection, mais àTâge. Elle a deux professeurs. L'un est royal, aux gages de cent quatrevingts lirres; Tautre ordinaire, aux gages de soixante livres. Elle a ses fonctions et ses exercices. Elle n'est point dirigée par les autres facultés, mais par ses propres docteurs. La seconde faculté s'appelle la fa^ culte de droit canonique. La troisième se nomme la iaculté de droit civil. On joint ces deux facultés, parce qu'elles sont gouvernées par les mômes docteurs. Elles ont deux doyens et cinq professeurs. Les autres facultés ne se mêlent nuUen^ent des affaires particulières de cette double faculté. La quatrième est la faculté de médecine ; elle a son doyen ; elle n'est composée que de quatre docteurs, lesquels sont professeurs, et la gouvernent indépendemment des autres facultés. La cinquième est la faculté des arts; elle a aussi son doyen ; elle est composée de douze professeurs d'humanités et de philosophie; elle a encore deux principaux de deux collèges, dont le premier s'appelle le collège du Bois, et le dernier, le collège des Arts. Les autres facultés supérieures ne se mêlent de rien qui la regarde en particulier; elle est conduite par douze professeurs et par les deux principaux qui la composent. Ces cinq facultés, en tant qu'elles n'ont
qo'uQ même chef qui s'appelle recteur, composent Tuniversité. Monsieur Févêque de Bayeux en est le chancelier né, et nomme le vice-chancelier. Messieurs de Coûtances et de Lisieux sont les conservateurs de ses privilèges et nomment des vices- conservateurs ; quand elle tient des assemblées générales, chaque faculté délibère en particulier, et députe un de son corps, qui porte son suffrage dans l'assemblée générale, en sorte que, de quelque nombre de suppôts dont soit composée une faculté, elle n'est comptée que pour une voix. »
Un grand nombre d'hommes distingués ont attaché leur nom à notre faculté de théologie. Si nous remontions jusqu'aux temps les plus anciens , nous aurions à citer Guillaume Le Rat, qui prêcha devant le roi François P% dans l'église du château de Caen, eu 4 632 ; Louis Le Boutillier, qui représenta notre université au colloque de Poissy. Dans les temps modernes, plusieurs curés de Caen ont été professeurs et doyens de la faculté de théologie. La suite de cette histoire nous les fera connaître. Les ordres religieux fournirent aussi à la docte compagnie quelques illustrations* Nous devons une mention particulière au bienheureux Jean Soreth, qui réforma l'ordre des Carmes. Il avait enseigné la théologie à l'université de Caen, en 4448.
Un de ses successeurs les plus célèbres, l'abbé Leclerc de Beauberon, chanoine de la métropole de Rouen, fut déclaré, en 4759, par acte capitulaire, astreint à la résidence, sous peine de se voir refuser les fruits et émoluments de son cano-
nicat. 11 appela comme d'abus d'uD arrêt au moins rigoureux, et soutint qu ayant l'honneur d'enseigner la théologie dans une université fameuse, il était canoniquement dispensé de l'assistance à l'office. L'université de Caen, dit- il « est une université fameuse , parce qu'elle a été créée à la sollicitation des trois États de Normandie, avec des privilèges « tels et semblables que celle de Paris, » après laquelle elle tient le premier rang. Elle est la seule en France qui ait cinq facultés. Elle est donc, aux termes du concile de Bâle, une université privilégiée, universitas privilegiata studii generalù.
Le professeur expose ensuite l'ordre des classes. Elles duraient une heure trois-quarts. Le temps était partagé entre la dictée, l'explication et l'argumentation. Tous les samedis, un* des étudiants montait en chaire , prononçait un discours latin , résumait l'enseignement de la semaine et répondait aux objections. Plus de trois cents ecclésiastiques suivaient les cours; la ville de Rouen, à elle seule, en envoyait, chaque année, de trente*cinq à quarante. Ils étaient admis aux saints ordres dans leurs diocèses respectifs, en présentant les traités de théologie qu'on leur dictait à Caen. Cependant la faculté de théologie trouvait difficilement des professeurs pour remplir ses deux chaires. Quand l'une d'elles venait a vaquer, il arrivait quelquefois qu'aucun docteur ne se présentait à la dispute, et le chapitre de la métropole voulait en conclure que notre université n'était point une université fameuse. M. Leclerc attribue ce peu d'empressement à la modicité des honoraire5>
€eax du professeur royal n'étaient, à cette époque, que « de deux cents livres ou environ. > C'était une faible indemnité pour la cure de Saint- Gervais de Falaise , dont le requérant avait fait généreusement 4e sacrifice. Les textes nombreux qu'il cite à l'appui de ses réclamations , nous semblent prouver que la jurisprudence ecclésiastique et civile lui étaient favorables, et qu'on avait mauvaise grâce à lui contester les revenus de son canonicat.
Quoique les fonctions de professeur en théologie pussent être confiées indistinctement à des séculiers ou à des réguliers, ceux-ci étaient exclus du décanat par un statut de l'université, homologué au parlement. On voulut même étendre cette restriction à toutes les congrégations séculières ou régulières.
oraiorient. Los Onttoriens s'y soumirent, en acceptant la chaire de théologie que l'abbé de Saint-Martin fonda pour
Eudisict. eux en 4650. Les Eudistes protestèrent, et saisirent cette occasion pour établir nettement la position de leur institut (1). S'appuyant sur le matrologe de l'université, ils prouvèrent que le texte du règlement : religiosi non sunt capaces , ne leur était pas
(1) Le mémoire qu'ils publièrent, est sans date, suivant Tusage du temps. L'abbé Malouin , un des adversaires de la Congrégation , y est qualifié de principal du collège du Bois, titre qu'il possédait en 1685 et en 1712. Quant à l'abbé Le Fèvre, on se demande si ce ne serait pas le même personnage que Tabbé Le Febure , par lequel H>' de Nesmond fit examiner, en 1706, les thèses des Bénédictins. La ressemblance des d^ux noms, la qualité d'Eudiste et de professeur en théologie, commune aux deux docteurs , le rapprochement des époques tendraient à le faire supposer.
applicable, attendu qu'ils ne formaient pas un ordre religieux. Cette partie du mémoire de Tabbé Le Fèvre contient des renseignements qui appartiennent à Thistoire.
a Du côté de TÉglise , dit-il , il est de notoriété publique qu'il n'y a que les vœux qui font la régularité. Cette congrégation n'en fait aucun , elle n'a point de noviciat, ni formule de profession, elle n'a que des probations et usages semblables à celles des congrégations laïques dont les Jésuites sont directéurs dans la plupart de leurs collèges ; elle ne tient aucun rang dans l'état ecclésiastique, ellei ne s'est point soustraite à la juridiction des évèques, elle ne ressortit point immédiatement à celle du pape, elle n'est instituée par aucune bulle de Rome (1), elle ne doit son établissement qu'aux lettres patentes du roy et des évèques qui la constituent un corps purement séculier, et qui ne lui ôtent rien des droits de la propriété dont joiiissent les autres prêtres qui vivent en leur particulier. Plusieurs de ses sujets sont actuellement curez, chanoines, archidiacres, théologaux et occupent les dignitez dans les cathédrales, sans ôtre pour cela sortis ou séparez de la congrégation , il y en a même d'actuellement graduez sur les chapitres de Rouen, Lysieux, Bayeux ; aussi Monsieur Tarche-
(}) Le P. Eudes obtint eu 1648 des lettres apostoliques qui Tapprouvaient . lui et ses associés , pour l'œuvre des missions ; mais il ne put jamais obtenir du souverain pontife que son institut fût érigé en congrégation. Les lettres-patentes dont parle ici l'abbé Le Fèvre, furent expédiées en 1642. Les lettres d'institution données par M^' d'Angennes, pour le diocèse de Bayeux , sont du 14 janvier 1644.
an HISTOIRE DU DIOCÈSE
vèque de Rouen, Messieurs les évêques de Bayeux ; de Coùtances , de Lysieux, d*Evreux et de Rennes les réclament-ils, comme purement séculiers dans leurs déclarations et attestations produites au procez. »
a Du côté de TÉtat, le roi par ses lettres-patentes vérifiées, et les parlemens de Normandie et de Bretagne déclarent qu*on ne les doit regarder que comme prêtres séculiers. Us ont toujours été admis dans la société civile à faire tout ce que font les prêtres qui mènent une vie particulière. Us possèdent leur patrimoine, ils en disposent sans en rendre compte à aucun supérieur. Ils héritent, ils contractent, ils sont sujets aux charges publiques , ils sont tuteurs et curateurs, ils peuvent exercer sans aucune exception toutes les charges que peuvent exercer les autres clercs. »
« Ce qui devrait faire enfin la décision de la question, c'est que les universitez ont reconnu les membres de celte congrégation pour des séculiers , lorsqu'ils se sont présentez pour les degrez ; et celle de Caën en particulier les a reçus sur ce pied-là, en leur faisant payer dans le tems de leur réception les droits que payent les séculiers, plus considérables que ceux que doivent payer les réguliers suivant les statuts , quoiqu'ils missent au bas de leurs thèses qu'ils étoient de la congrégation de Jésus et Marie. »
Le Mémoire où nous avons puisé ces extraits, et qui dut être rédigé peu de temps après la mort du P. Eudes, prouve que, malgré les préventions des uns et la rivalité des autres , sa congrégation , en moins d'un demi-siècle, avait pris un rapide essor. Saint-
do P. Eudes
Lazare fît cause commune avec l'Oratoire, pour lui susciter des obstacles. Les Jansénistes répandirent contre lui les libelles les plus injurieux ; plusieurs de ses amis se laissèrent ébranler; il eut même la douleur de perdre un moment les bonnes grâces du roi, qui avait toujours apprécié ses services. On cite un autre témoignage moins suspect que celui des Jansénistes, plus désintéressé que celui des Orato* riens, et qui ne lui est guère plus favorable. Huet,. c^ct*"» dans ses Origines, dit « qu'il était d'un naturel hardi et ardent; qu'il se laissait emporter à son zèle, qui n'était pas toujours assez réglé ; que, n'ayant ni droit ni mission , il se portait à des actions qui ont eu quelquefois des suites fâcheuses. » En vain les religieuses de la Charité réclamèrent -elles contre ces assertions ; Tévèque d'Avranches soutint son opinion. U est vrai qu'on en trouve le correctif dans ses Mémoires. Il y parle du P. Eudes comme d'un homme rempli de l'esprit apostolique. « Sa vertu remarquable et sa piété très-vive lui avaient assuré, dit-il, ma tendresse et mon affection. J'entreprendrais un travail superflu, en cherchant à le louer. Les travaux sans nombre auxquels il se dévoua pour procurer la gloire de Dieu et le salut des âmes , tant d'écrits si pieux et si utiles qu'il a composés, l'ont rendu cher au Seigneur et vénérable à l'Église. »
S'il nous était permis d'exprimer ici notre opinion personnelle, nous invoquerions tour à tour les deux jugements portés par l'illustre prélat, et il nous semble qu'il serait facile d'en déduire la vérité. Le P.. Eudes, dirions-nous, était une de ces âmes priyilé-
2iO HISTOIRE DU DIOCÈSE
giées chez lesquelles la piété s'élève jusqu'à Tenthousiasme. Lorsqu'il s*agissait de la gloire de Dieu , Tardeur de sa foi ne comprenait ni la dissimulation ni les ménagements. Doué d'une volonté énergique , armé d'une puissante initiative, il était plus capable de dévouement que de soumission, plus propre à donner l'impulsion qu'à la recevoir. Avec ces qua* lités et ces défauts, il dut froisser bien des intérêts, jléranger bien des calculs, et soulever une foule de mécontentements ; mais les imperfections de sa nature et les écarts de son zèle furent rachetés, devant Dieu, par la pureté de ses intentions, devant les hommes, par l'utilité de ses entreprises. Du reste, quoique impétueux, son zèle n'avait rien d'amer. Il tonnait contre les scandales ; mais il ressentait pour les pécheurs une miséricordieuse compassion. Sa douceur et son humilité tempéraient la vivacité de ses réprimandes. Il était accessible à tous, particulièrement aux pauvres, aux inûrmes et aux vieillards. Mon content de pardonner à ses ennemis, il lui arriva souvent de plaider leur cause et de les protéger. Il pratiqua , dans toute sa rigueur, la pauvreté évangélique , quoiqu'il ne crût pas devoir l'imposer à sa congrégation. En sortant de l'Oratoire , il usa d'un droit commun à tous ses confrères: aucune promesse de stabilité ne l'attachait à l'institut. L'établissement d'un séminaire était depuis long-temps sa préoccupation exclusive, et nul n'oserait dire que, en 1644, l'étabUssement d'un séminaire dans la ville de Caen fût une œuvre superflue ou intempestive. La froideur de l'Oratoire pour un projet si conforme
DE BATEUX* 221
aux vœux de M. de Bérulle amena la rupture. Le bruit se répandit que le P. Eudes avait reçu des fonds; on aurait voulu qu'il en rendit compte au supérieur-général. Le devait-il, si ces fonds avaient une destination spéciale et conditionnelle? L'abbé Delarue, assez mal disposé pour le P. Eudes, fait observer avec raison que nous sommes trop l(Hn des événements pour trancher ces questions délicates* Il existe cependant une lettre de M. de Repichon » déclarant que le P. Eudes ne Fa jamais détourné de donner à TOratoire les sommes qu'il avait mises à sa disposition pour aider à la fondation du séminaire. On voit à quoi se réduisent les griefs des Oratoriens contre un homme dont on avait d'abord exalté les talents et les vertus, et qui ne fut plus « qu*un ambi* tieux affublé du manteau de l'humilité, y^ quand on craignit de le voir à la tête d'une congrégation rivale.
Ce n'est pas dans un monastère de la Visitation, tMiuemem comme on l'avait cru d'abord , que la fête du Sacré- Cœur de Jésus a pris naissance. Les Yisitandinés la célébrèrent pour la première fois en 4 686, quatorze ans après que le P. Eudes l'eut établie dans sa propre congrégation (1672). On l'y célébrait le 20 octobre de chaque année, avec la permission des ordinaires. On doit également au P. Eudes la fête du Saint-Cœur de Marie; celle-ci remonte a l'an 1659. M«' Servien en fixa la célébration au 8 février.
Le P. Eudes mourul en 1680, âgé de soixante-dix- i^ori neuf ans, et fut inhumé dans la chapelle du séminaire de Caen. En 1682, le chapitre de Baveux fit célébrer
do la fétc du Sacré-Cœur.
dn P. EttJet.
à Caen, dans Teglise Notre-Dame, un service funèbre pour le repos de son âme. M*' de Nesmond, don^ l'absence avait retardé la cérémonie, voulut y assister. I^ chapelle du séminaire ayant reçu, après la révolution, une destination profane, les restes du P. Eudes furent exhumés en 1810, et portés en grande pompe à l'ancienne chapelle des Jésuites, qui sert aujourd'hui d'église à la paroisse Notre-Dame. Les religieuses de la Charité obtinrent quelques-uns de ses ossements. Après la mort du P. Eudes, sa congrégation continua d'être gouvernée par un supérieur-général. Le chef-lieu était à Caen; le noviciat, à Valognes (1). Elle comptait des maisons dans tous les diocèses de la province ecclésiastique de Rouen ; elle dirigeait en outre les séminaires de Rennes, de Dol, de Blois et de Senlis; une partie de ses membres travaillaient aux missions.
Collèges II y a eu des collèges à Caen, même avant la fondation de l'université. Anciennement le nom de collège n'était pas restreint aux établissements d'instruction publique; il s'appliquait aussi aux maisons de pédagogie, désignées aujourd'hui sous le titre de pensionnats. On compte ordinairement quatre collèges en titre: 1^ le collège du Cloutier, appelé aussi collège d'Enfer et collège de Paradis. H fut fondé dans la rue Neuve-Saint-Jean, par Roger Le Cloutier, en 1452, et supprimé en 1731; — 2"* le collège des Arts, près
(1) C'est au moins ce que nous lisons dans la France eeclésia$Hque de 1764. Quoique Tabbé Le Fôrre affirme qu'il n'y avait pas chez les Eudistes de noviciat proprement dit , il devait y avoir une maison et un temps d'épreuve.
de Caro.
des Gordeliers, fondé en 4460 par la faculté des arts. Il fut supprimé en 4786; — d"* le collège du Bois, rue Saint-Sauveur, ancienne pédagogie dirigée par Nicolas du Bois, érigée en collège en 4493, et qui a subsisté jusqu'à la révolution ; — 4'' le collège du Mont , en face de l'église Saint-Étienne- le -Vieux. C'était primitivement un manoir appartenant à l'abbaye du Mont- Saint- Michel , et dans lequel s'était établie une pédagogie particulière. L'abbé Arthur de Cessé le vendit en 4579, et l'enseignement y fut supprimé. La ville de Caen le racheta en 4594^ pour y rétablir les études. En 4594, un collège y fut installé, sous le nom de collège royal du Mont, Regio-Montanu$. En 4609, le bailliage de Caen l'adjugea aux Jésuites; après leur expulsion, il fut rendu à l'université. Il a subsisté jusqu'en 4794. Tout ce que Huet raconte de la fondation de ce collège par Robert Jolivet, abbé du Mont-Saint- Micbel, est une pure chimère : l'abbé Delarue l'a clairement démontré.
Plusieurs couvents d'hommes étaient comptés pour collèges de l'université, et, en cette qualité, autorisés à donner l'enseignement classique à leurs novices. M. de Bras cite comme tels les Carmes, les Dominicains, les Croisiers, les Cordeliers et les Capucins. Ces derniers établissements, eu égard à leur destination toute spéciale, devaient échapper à l'attention publique. Il n'en est pas de même du collège des Jésuites ; il a joui pendant cent cinquante ans d'une grande célébrité.
Huet et l'abbé Delarue ont donné, sur l'entrée des '^«ites.
Jésuites au coHége du Moût, deux récits coDtradi<>toires. Celui-ci prétend que Fauteur des Origines 8*est laissé prévenir par son attachaient pour les révérends Pérès, et soutient qu'ils s'établirent à Caen, malgré Toppositibn des habitants. Il paraît» en effet, que les habitants mirent peu d*empressement à les recevoir, et ùe cédèrent qu'aux injonctions du roi. Lés Protestants formaient encore à celte époque le tiers de la population, et il résulte des pièces origi* nales qu'une partie des Catholiques était d'accord avec eux pour repousser l'institut de Saint-4gnace.
Nous avons dit comment le prieuré de Sainte-Barbe en Auge fut cédé aux Jésuites en 1 607, par résignation d'un de ses titulaires. Us se firent incorporer à l'université en 4608, et s'engagèrent à la stricte observance des lois académiques. Le 6 décembre de la même année, Henri IV leur donna le collège du Mont, et le bailliage les mit en possession le 6 janvier 4609. Leur collège reçut des augmentations considérables. Ils achetèrent, dans les Petits-Prés, remplacement d'une église, qui fut commencée en 4684, et consacrée en 4689. Louis XIV leur donna, vers la même époque, le bastion situé derrière leur étabhV sèment, et sur lequel ils étendirent leurs jardins.
Le moment n'est pas encore venu de discuter les accusations dirigées par l'abbé Delarue contre la théologie mor^ et l'enseignement philosophique des Jésuites de Caen ; mais nous croyons devoir consigner ici le jugement qu'il a porté sur leur enseignement littéraire. Son aversion pour eux, qu*il ne cherche point à dissimuler, donne un grand prix à
DE BAYEUX. 2i5
ses éloges.. « Le $eul avantage, dit-41, que ces Pères procurèrent à notre ville, fut l'heureuse rivalité qui exista entre eux et Tuniversité. La ville avait toujours eu dans son sein des littérateurs distingués ; les Jésuites appelèrent dans leur collège de Caen Télite de «leurs professeurs. Il faut convenir que la littérature classique ne fut jamais plus brillante qu'à ces heu*reuses époques. » Sans doute les succès que les Jésuites obtinrent dans l'enseignement, furent des plus glorieux ; mais, au-dessus de la chaire du professeur, il en est une autre que les Jésuites occupèrent avec zèle et souvent avec distinction : c'est un genre de service que l'historien est tenu de ne point oublier. L'abbé de <juerville porte à plus de huit cents le nombre des écoliers, appartenant à des familles nobles, que les Jésuites conduisirent aux fêtes de la canonisation de saint François de Sales, en 4668.
L'instruction de la jeunesse , dans la villo épisco- coiiéga pale, fut confiée primitivement à l'un des dignitaires du chapitre, appelé scolastique, écolâtre ou maitreécole (1). Les titulaires de cette dignité, s'étanl dégoûtés de leurs fonctions, s*en déchargèrent sur des msSr
(1) G*est à tort que Ton a confondu leâ fonctions du scolastique avec celles du théologal. Le théologal , institué à répoque du concordat de Léon X avec François I*', pour enseigner la théologie, ne s'est jamais occupé des écoles. Ses fonctions effectives se réduisaient à dix-huit prédications, qu*n était tenu de faire chaque année à la Caûiédrale. Soa titre n'était point considéré comme une dignité : mais, en 1560, on y annexa la prébende do Bernesq, conformément aux prescriptions du concile de Trente. (Mss d'Hermant et de Bêsiem.)
do Bajpux
très parliculiers , et ne se réseiTèrent que le droit d'inspection. Au commencement du xw siècle, il n'y avait encore à Bayeifx aucun éta))lî$sement d'instruction publique. « Au mois de décembre 1530 (4}, on fit une cueillette par la ville, dans le dessein d'acheter une maison pour tenir les écoles. Le chapitre donna, au mois de février suivant, cinquante livres, à condition que la dite maison qo servirait à autre chose. » Ces essais d'organisation fqrent bientôt contrariés par la guerre civile. Pendant les t^roubles -du calvinisme, on tînt les classes dans le couvent des Augustins , que la persécution avait mis en fuite.
« Le 26 juin 4565 , l'évèque Charles d*Humières érigea en préceptoriale la prébende de Grisy, à laquelle il laissa tout le revenu qui y était attaché, pour enseigner gratuitement et avec honneur la rhétorique. Le titre avec l'emploi en fut donné à Jean Leveilley, prêtre et mailre ès-arts. » A partir de ce.tte époque, pendant plus de deux siècles, le chanoine de Grisy fut chargé de la direction des études au collège de Bayeux. Il était dispensé de l'assistance au chœur, à cause de sa régence, le temps des vacances, le dimanche et les jours de fête exceptés. D'après Beziers , les écoliers fréquentaient encore le couvent des Augustins en 4571. D'un autre côlé, on lit, dans les Manuscrits d'Hermant, que le palais épiscopal leur fut ouvert pendant quelque temps. Leur grand nombre et leur turbulence auraient déterminé le successeur de M^' d'Humières à leur procurer un
(1) Et uoD looO.'-Mmuscrits do Tabbé Potier.
DE BATKUX. 227
autre asile. Ce fut, en 458Ô, que M^ Bernardin de Satntr-François , aidé du chapitre et des bourgeois , acheta dans la me aux Coqs (me Édio) une maison destinée aux écoles ; il la fit aussitôt agrandir et res^ tanrer. Le chapitre conservât sur l6 nourel établissement , le droit de surveittance qu.'il exerçait sur les anciennes pédagogies. A différentes .époques*, il délégua des commissaires pour le visiter. ]1 concourait avec les officiers municipaux au choix du principal, auquel l'évèque donnait rinstitatioQ.
Le collège de Bayeux.* dit M. Pluquet., était, une espèce d'académie où. l'on soutenait des thèses , ou l'on célébrait en prose et en vers Tavèn^ment et la mort des souverains* les victoires qu'ils remportaient sur les ennemis de laFraoee. Pans certaines circonstances, et particulièrement à l'époque de la distribution des prix , on y jouait des comédie et des tragédies en latin ou en français* C'était aussi l'usage au collège du Mont. Les Nouvelles eccléfùutiqueté écho fidèle du parti janséniste, ne manquaient pas de s'élever contre ces innocentes récréations, et surtout contre le relâchement de nos évèques, qui les honoraient de leur présence (t).
(1) Voici quelques-unes dès pièces qui furent jouées depuis M" de Nesmond jusqu'à M*' de Cheylus; Joh, Semnaehefib, lès Incommodités de la grandeur, par le P. du Cerceau. Lo 19 août 1680, on représenta une tragédie latine. Elle avait pour titre : Ostanea furens , — les fureurs d'Ostanès , — et pour auteur Tabbé Marcel, curé de Basly, ancien directeur de rétablissement. Le sujet est la jalousie d*Ostanès, cberchant à perdre Lysidas, héritier présomptif de la couronne, afin de régner à sa place. La seèné se passe chez les Sar mates.
Parmi les membres du chapitre qui dirigèrent le collège deBayeux, on distingue: Robert Davauleau, curé de Saint-Symphorien. II était principal du collège en 4640, lorsque le chancelier de France vint à Bayeux, après Tinsurrection des Nu -Pieds. Il loi offrit une pièce de vers latins , tournée avec une rare élégance, dans laquelle il déplore, au nom de la ville, les excès de tout genre commis par la garnison ;—- Guillaume Marcel, curé de Basly. Nous avons déjà cité, et nous citerons encore différents opuscules de ce laborieux écrivain , qui composait avec la même facilité une tragédie latine, un sermon de controverse, une requête, un mémoire, un compliment, une harangue (4 ] ; — Nicolas Larchant de Grimoo- •ville, littérateur très-distingué , et , à la fin de sa vie, curé de Yaux-^sur-Aure. Il fit représenter au collège, en 4706, une comédie latine de sa composition, dans laquelle on crut reconnaître, sous des noms empruntés, Tévèque et les chanoines invités à la fête. Une lettre de cachet suspendit l'auteur de ses fonctions.
En 1790, la prébende de Grisy n'était plus annexée au titre de principal, •coiiéff» Le collège de Yire , comme celui de Bayeux , fut l'œuvre du clergé. Il eut pour fondateur, en 1683, l'abbé Le Chartier, docteur de Sorbonne, doyen du Val-de-Vire et curé de Neuville ; il fut autorisé par lettres-patentes, en 1747. Le roi expose, dans le
(1) D*après Beziers, il aurait était principal depuis 1664 jusqu'en 1676. D'après Moréri, il se serait retiré dans sa cure, en 1671. Tout ce que nous pouvons dire, c'est qu'en 1674, il se désignait sous le titre de : Ek gymnasiarchd curio ruatieanu^.
de Vin*.
DE BJiYEUX, . 229
préaiiibule t « que le collège est devenu de plein exercice ; qu'il réunit toutes jes classes, comme ceux de runiversité ; qu*on y a fondé des prix pour des actes publics en rhétorique et en seconde ; que , grâce au talent des maîtres et à Témulation des écoliers, Tutilité du collège ne se fait pas seulement sentir dans la ville; qu'il a fourni un certain nombre de sujets distingués à l'université , au barreau de Paris, à l'académie des sciences, et, conséquemment, qu'il importe d'en assurer les progrès. ^^ Le principal, nommé par le maire, les échevins et les ofDciers du roi, devait être un ecclésiastique, et avoir obtenu préalablement l'approbation de son évèque. Les professeurs étaient aussi membres du clergé. Le droit d'informer contre les désordres du principal ou des régents était formellement attribué à l'évèque de Bayeux. A la fête de Saint-I<icolas , le lendemain de Quasimodo et à la fin de l'année scolaire, on décernait aux élèves de rhétorique et de seconde des prix de déclamation , fondés par le sieur Goutard , curé de Neuville. Ces déclamations étaient des discours élaborés à loisir par les élèves , pour être ensuite déclamés publiquement; on faisait le catéchisme une fois la semaine dans toutes les classes. Au commencement de l'année, chaque écolier payait six sols au portier, dix sols au principal. Les droits des régents étaient fixés à dix livres pour la philosophie et la rhétorique, à huit livres pour les autres classes. On assure que le collège de Vire à réuni jusqu'à huit cents élèves. A l'époque de la révolution, la classe de philosophie en comptait de cent
deCondé.
vingt à cent trente. Elle avait pour professeur l'abbé Hoard, homme éminent, au dire de tous ses contemporains.
coiiégt Condé-sur-Noireati possédait anciennement un collège, dont on attribue la fondation à Blanche de Navarre. L'abbé Bénard y enseignait la rhétorique en 4722. On a de loi une satire de deux cent soixante vers contre La dévotion du siècle. Les Protestants de Condé formèrent aussi dans cette ville un établissement d'instruction publique , à l'époque où ils y étaient si nombreux.
.gglS/t.
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