CHAPITRE Xin
Réforme des communautés au xvii* et au xyiii* siècle. — Ardennes. — Belle- Étoile. — Barbery. — Le Val-Richer. — Notre-Dame- du-Val. — Aunay. — Réunion du prieuré de Saint- Gabriel à celui de Saint -Vigor. — Congrégation de Saint-Maur. — Abbayes de Saint-É tienne, de Cerisy, de Fontenay. — Prieuré de Saint-Vigor. — Abbaye de Mondaye.— Le Plessis-Grimoult.— Abbaye et prieuré de Thorigny. — Ordres mendiants.
Le concordat de Léon X avec François I""' changea, ^<»«« sur . plusieurs points importants , la discipline du eommoMatés. clergé de France* Loin de nous la pensée téméraire de soumettre au contrôle de notre appréciation personnelle un acte émané du saint-siége ; nous ne nous permettrons de discuter ici. ni les motifs de cette convention, ni les principes qui lui servent de base ; nous dirons seulement, ou plutôt Thistoire dit, à notre place, que l'application en fut désastreuse pour
nos monastères. Le régime des commendes y introduisit le désordre dans Tadministration , le relâchement dans la discipline. Il changea souvent un titre ecclésiastique en un simple économat. Le prieuré de Saint-Jean-rÉvangéliste , à l'égard duquel M^ d'Angennes et W de Nesmond furent contraints d'en venir à des mesures extrêmes, en offre un exemple lamentable. Sous l'épiscopat de M^' de Trivulce, il avait été donné à Jean Dostel, « un des varlets de sa garde-robe. » Vinrent ensuite les guerres de religion, pendant lesquelles les liens de la discipline se relâchèrent de plus en plus. Les ravages des Protestants mirent le comble aux désastres ; en sorte que, à la fin du XVI* siècle, la plupart de nos monastères semblaient voués à la destruction.
Il y a des âmes timides qui s'effraient de ces scandales, et voudraient les dissimuler. Tel n*est pas l'esprit de l'Eglise: elle ne dissimule point les scandales, elle les réprime et les punit; elle sait qu'ils ont été prédits , comme les hérésies ; elle en gémit, et ne s'en étonne pas. Raconter les hérésies et les scandales, dont l'Église fut toujours victorieuse, ce n'est donc pas la déshonorer, mais plutôt la glorifier ; c'est rendre sensible la protection divine , sur laquelle elle s'appiiie. Si l'Église catholique n'a pas succombé au xn* siècle ; si elle a pu éliminer les principes de destruction qui fermentaient dans son sein, et repousser les attaques extérieures que le protestantisme dirigeait contre elle , c'est qu*il est écrit que les portes de Tenfer ne prévaudront jamais contre la bien-aimée du Fils de l'homme. « Iji n'y a,
DE BÂYEUX. 485
disait naguère nn de nos prélats, dans une circonstance solennelle , il n'y a ici-bas qu'une institution qui, depuis dix-huit siècles bientôt passés, résiste à tout, môme aux faiblesses et aux défaillances passagères de ses ministres (1). »
Au XYii'' siècle , les anciennes communautés de notre diocèse reprennent une nouYelie vie (2); d'autres se forment à côté d'elles , et se mettent au service de la société civile , avec une intelligence admirable de ses besoins.
Dès Tannée 45d5, l'abbaye d'Ardennes (ordre de imeoMi. Prémontré), d'où les religieux avaient été chassés par les Protestants, se reconstituât sous la pieuse direc^ tion du P. Jean de la Croix, chanoine régulier de Belle-Etoile , zélé propagateur de la réforme. Favorisée par l'abbé Jean-Baptiste de Yillemor, conbrariée par Pierre de Yiilemor, son frère et son successeur, la réforme s'établit au couvent d'Ardennes, gr&co au bon esprit des religieux. Mondaye, Belle-Étoile et eeuc^ioiie. plusieurs autres communautés la leur empruntèrent» €e fut le P. Augustin Pannier qui l'introduisit à Belle- Étoile, en 1623. L'abbaye d'Ardennes était en vénération auprès de nos ancêtres, à cause de sa régularité et de sa bienfaisance. Elle a fourni à l'université de Caen des professeurs distingués, et à l'ordre de Prémontré des supérieurs -généraux. La première corporation d'arts et métiers connue à Caen , celle
(1) M<' 1>vf»L0Vfp^ DîBCours h ^Académie.
(2) Nous supposons connus les détails que nous avons donnés, dans l'Introduction, sur les différentes communautés que nous aUons passer en revue.
des couteliers , avait été fondée et organisée par le second abbé d*Ârdennes.
Barberr. L'abbayo de Barbery (ordre de Citeaux) a droit au même respect. Elle a laissé, dit M. F. Yaultier, les souvenirs les plus honorables, et joué un grand rôle dans la réforme de Tordre de Citeaux. D. Louis Quinet, religieux profès du Val-Richer, zélateur de Tétroite observance, la donna aux moines de Barbe-
Lo Tâi-Ricber. rj, dès 4639. L*abbaye de Barbery Tintroduisit à son tour dans celle du Yal-Richer (ordre de Citeaux] en 4646, de concert avec l'abbaye d'Aunay (ordre de Citeaux], qui Tavait embrassée dix ans auparavant. L'abbé Georges, fondateur des conférences ecclésiastiques, avait fait son noviciat à Barbery, avant d'être envoyé au Yal-Richer, où il eut à surmonter de grands obstacles. Les supérieurs de F Étroite -Observance le députèrent à Rome en 4664, avec l'abbé de Rancé, pour y négocier l'affaire de la réforme. A partir de l'abbé Quinet, le monastère de Barbery fut gouverné par des abbés réguliers. Les religieux des derniers temps vantaient cette glorieuse exception, comme une preuve de la déférence que les vertus de leurs devanciers avaient inspirée aux dépositaires du pouvoir.
Notre-Dame- Voislno do Barbory, mais beaucoup moins impor- **"'^*'* tante, l'abbaye du Val (ordre de Saint -Augustin] appelait aussi de tous ses vœux une restauration. Le P. Dumonstier, auteur du Nemtria pia, fait une peinture affligeante de la situation où il trouva cette abbaye en 4642: l'église était en ruines; la régularité n'était plus observée. Nicolas Druel , abbé com-
mendataire en 4662, forma le projet de la rétablir, et YOQhit lui-même en donner l'exemple. II fit profession en 4677, et releva le monastère de la déchéance matérielle et morale où il était tombé. L'église fut réparée, la règle mise en vigueur. Le revenu, peu considérable, ne permettait pas d'admettre plus de sept ou huit religieux. M^'' de Nesmond, pour en augmenter le nombre, érigea un ofBce de sacristain en 4686, et un office de chantre en 4698. Il annexa au premier la chapelle SaintrClair-de-larPommeraye, et au second la chapelle Saint-Marcoul. La chapelle Saint- Clmr passait pour avoir été visitée par saint Louis; on y allait demander à Dieu la guérison des ophtalmies. La dévotion attirait aussi à la chapelle Saint -Mârcoul un grand nombre de fidèles. Moins heureuses que Barbery, les abbayes du Val et du Yal-Bicher retombèrent bientôt en commende. . Celle d'Aunay, dont les religieux s'étaient dispersés a«m7. pendant les guerres de religion , se repeupla , vers 4680; mais les bâtiments restèrent long-temps sans réparation. Les travaux que Ton exécuta au xvii* siècle, étaient insuffisants; une partie du monastère s'écroula en 4733, et fut restaurée par les soins du prieur Jean-Albert de Raucourt. Sous l'administration de JeaurPierre Camus , évèque de Belley, abbé Gommendàtaire d'Aunay, les religieux embrassèrent l'étroite, observance. La réforme eut lieu en 4635. Le nombre des religieux, qui s'élevait à quarante en 4 354 , était réduit à neuf en 4 704 .
Le prieuré de Saint-Gabriel, fondé, au xi* siècle, d«sM?.triei par les seigneurs de CreuUy, relevait de l'abbaye de cciuid^st^igor.
Fécamp (ondre de Saint-Benoit). L'abbé s'était engagé, en 4070, à ériger le nouveau monastère en abbaye, si le nombre des rdigienx devenait considérable. Un sort tout différent lui était réservé. Le prieuré tomba en commende, et les religieux se dispersèrent. Réduit à l'état de bénéfice simple^ le prieuré de Saint-Gabriel fut souvent possédé par des familles de la plus haute diistinctîon. En 4575, il avait pour titulaire Louis de Lorraine, cardinal de Guise. D'après un inventaire fiait en 4763, ses revenus s'élevaient à treize mille boit cent dix-huit livres quinze sols. Anciennement, tous les jeudis de chaque semaine, depuis la fête de Saint-Luc (48 octobre] jusqu'à celle de Saint-Clair (48 juillet), on donnait, à la porte du monastère, une demi-livre de pain à chacun des pauvres qui s'y présentaient. Plus tard cette aumône fut convertie en quatre cents boisseaux dé blé , mesure d'Arqués , qui devaient être distribués chaque année , par les soins des curés, aux pauvres des vingt une paroisses où le monastère possédait des domaines. Le prieuré était tenu en outre d'acquitter annuellement sept obits pour les rois de France, trois pour les ducs de Normandie, et un certain nombre de messes pour les fondateurs.
En 4674, M^' de Nesmond, voyant avec douleur que, depuis la dispersion des religieux, les fondations n'étaient plus acquittées, appliqua le tiers des revenus à la mense conventuelle de Saint-Vigor; le reste fut abandonné au prieur D. Grégoire de Villeneuve. Les religieux de Saint-Vigor prirent à leur charge les aumônes et les fondations de Saint-
Gabriel; Us s'engagèrent à y célébrer Keffiée le di* manebe et les jours de fête. Au moyen de résignchiifms suecessives* les Bénédictins de Fécarop avaient coQseryé la jouissance du prieuré de Saint-Gabriel , même après que la mense conventueUe eut été réunie à celle de Saînl-Yigor. En 4760, ils se firent autoriser» du consentement de BP' de Luynes, à démolir la nef de l'église, a comme étant nuisible et préjudiciable au reste de l'édifice. » Le mémoire pubUé par eux, à l'appui de leur requête, est un acte d'accusation contre Tincurie et la négligence des propriétaires, qvà avaient laissé tomb^ en mine un des plus beaux monuments de l'architecture romane que possédât la Normandie. On en trouvera des extraits aux Pièces justificatives.
Les désastres du xvp siècle s'étaient fait cruelle- coagrégation ment sentir à l'abbaye de SaintrÉlienue ; sa constitua "^ ^"!!~ '''^' Jion intérieure n'en avait pas moins souffert que ^a ^^ 5^f^*j^][j" prospérité matérielle. Pendant soixante-quatre ans, l'oiBce fut interrompu dans cette noble basilique, que les Protestants avaient dévastée; et, quand les religieux, dispersés par la tempête, revinrent habiter les rumés de leur ancienne demeure, ils avaient cof^ tracté des habitudes mondaines, incompatibles avec l'esprit de leur vocation. Il eût fallu, pour le réveiller, le souffle vivifiant d'un Lanfranc ou d'un Anselme^ élu par ses frères et habitant au milieu deux. Quelle autorité morale pouvait exercer sur un couvent loiur tain un abbé commendataire , qui ne le connaissait pas , et lui enlevait les deux tiers de ses revenus 7
A la prière de M^ de Nesmond , Anne Geneviève
cnne
de Bourbon , mère au jeune abbé de Longueville , introduisit la congrégation de Saint-Maur dans son abbaye de Saint-Étienne, en 1663. Un des anciens religieux, D. Jean Blouet de Than, concourut puissamment au succès de la réforme. Avec elle, une existence meilleure commença pour le monastère ; on vit au moins refleurir l'étude et la prière, longtemps négligées. Nous avons été sévère pour les Bénédictins réformés , quand nous avons eu à leur reprocher les écarts de leur théologie ; nous serons juste, en ajoutant que plusieurs d'entre eux se livrèrent avec succès à l'enseignement et à la prédica^ tion; qu'ils se distinguèrent par des productions estimables, utiles à la religion et aux lettres. Quoique réduits au tiers de leur revenu, ils entreprirent courageusement la restauration des bâtiments conventuels. Déjà, sous l'ancienne observance, le prieur D. Jean de Baillehache avait relevé le chœur de l'église, presque ruiné , en 1 562 , par la destruction de la tour centrale. En 1642, il déposa dans un tombeau , en forme d'autel, ce que l'on avait pu sauver des restes de Guillaume. En 1705, commença cette magnifique construction que possède aujourd'hui l'université. Elle ne fut terminée qu'en 1726. Guillaume de la Tremblaye , frère con vers de l'ordre de Saint- Benoît, en avait donné le plan, ainsi que du bel édifice de Sainte-Trinité. Les anciens Biénédictins aimaient à couvrir d'églises le sol de leurs domaines ; dès l'an 1080, ils avaient bâti Saint-Nicolas, sur le territoire de leur bourg. La congrégation de Saint-Maur se montra digne de ses prédécesseurs. La ville de Caen
ne saurait être ingrate envers des hommes qui lui ont légué de pareils monuments.
La prétention de soustraire à la juridiction épiscopale tous les ecclésiastiques des paroisses qui rele- Talent de Tabbaye, obligeait les Bénédictins à tenir des synodes. On y publiait des règlements, qui n'étaient que la reproduction incomplète et affaiblie des statuts diocésains. Celui de 1694 est souscrit par Matthieu Gilbert, grand-vicaire né. Ce titre, que les prieurs s'attribuaient sans aucune délégation de leur abbé, était, même à leur point de vue, une usurpation flagrante; car ils s'en servaient pour autoriser les confesseurs et accorder des dispenses, dans les paroisses de leur exemption. Le cardinal de Hailly, archevêque de Rheims, abbé de Saint-Étienne , le leur défendit par une ordonnance du 12 août 1721. Ces essaisr d'indépendance tendaient, s'ils n'eussent été réprimés, à dénaturer complètement l'institution des ordres religieux et à jeter le trouble dans l'Église. C'était , ne nous lassons pas de le répéter, un des tristes fruits de la situation anormale que les commendes avaient faite à nos monastères.
L'introduction de la congrégation de Saint-Maur a l'abbaye de Cerisy-la-Forêt, retardée par les démôïés de cer«y. des Bénédictins avec M^* de Nesmond, eut lieu en 1716, du consentement de Philippe de Vendôme, prieur commendataire de cette abbaye. Le prieuré de Saint-Vigor avait reçu la réforme, dès l'an 1658. L'ancienne observance subsista dans l'abbaye de Fontenay, jusqu'en 1752. A partir de cette époque, la congrégation réformée y entretint cinq ou six reli-
gieux. On m comj^tait cinq à Cerisy et sept à Saint- Vigor,
On trouve à Cerisy les mêmes préoccupations qu'à Saiint-Étienne, relativement à Texemption de l'abbaye, et » de la part de l'abbé, la même indifférence pour des droits contestés (4); mais tout se passe sans brait et sans lutte.
PriMié En 4 71 6, les religieux de SaintrYigor reconstraisant de sincTigor. y^g^^ paToissialo, ruinée depuis phis d'un siècle.
L'office se faisait dans une petite chapelle, qui était elle-même sur le point de tomber en ruines. La communauté se chiargea de la dépense , évaluée de douze à treize mille livres, à condition que la paroisse contribuerait pour quinze cents livres, et abandonnerait au prieuré les matériaux de l'église et de la chapelle.
Abbiyc Ducarel, qui visitai la Normandie en 4752, reproche de FoouHMy. ^jj général aux maisons religieuses de notre pays de fermer leur p(Mrte aux indigents. L'assertion Atx voyageur anglais est complètement inexacte. Mous avons parlé des distributions qui avaient lieu à Saint-Gabriel. M. Delamare, habitué de l'abbaye de Fontenay, nous atteste que les autres monastères s'acquittaient du même devoir. « La petite abbaye de Fontenay, nous dit-il dans la préface de son pouillé, donne tous les ans aux pauvres du canton, en pain, cent dix boisseaux et demi de froment, et trois cent quatre-vinglr-
(1) NofQs ne parlons point ici des immiuités que les abbayes tenaient du saint-siége, mais de la juridiction spirituelle qu'elles prétendaient exercer, en vertu de leur exemption, sur les paroisses soumises à leur patronage.
M Bàtbux. 493
six troisHittarts d'orge , qu'on peat fixer à quatorze cents livres environ. La même chose se pratique dana les antres abbayes, à proportion de leur revenu* On ne dit rien des aumônes volontaires qui s'y distribuent tous les jours, ni de l'éducation qu'on y donne aux pauvres enfants, ni des métiers qu'on leur fait apprendre. » Parmi les charges dé l'abbaye de Cerisy, nous voyons figurer « l'aumône qui se fait tous les samedis aux pauvres des deux paroisses de Cerisy et de Littry, en pain, à laquelle est employée la quantité de cent quatre boisseaux de froment et trois cent douze boisseaux d'orge , et deux cents, livres aux pauvres malades des deux paroisses, en argent, mises aux mains des curés d'icelles ; — la réception des hôtes ; — les aumônes journalières à la porte du Hdonastère, en pain, en cidre, en bois et en argent. »
La pratique de l'aumône, généreusement exercée , n'était pas le seul avantage matériel que l'existence des communautés procurât au pays. Comment ou-« blier les précieux monuments dont elles l'enrichivent k différentes époques? Nous avons signalé les œuvres remarquables des Bénédictins ; nous citerons également la curieuse église de Mondaye.
François du Bouillonay, abbé de ce monastère, fut Abbaye commis par le pape, après les guerres du xvi* siècle, pour en réparer les désaatres. Il recouvra la moitié des revenus, et restaura simultanément les bâtiments et la discipline. Son successeur adopta la réforme de l'abbaye d'Ardennes en 1634. Philippe THermile, abbé régulier de 1704 à 1723, commença Téglise, qui fut terminée sous son successeur, Olivier Jahouel ,
do Mooda je.
19i HISTOIBB DU DIOCÈSE
mort en 4738. Ce fut un des religieux , EttsUdie Bestottt. moine^ peintre, sculpteur et architecte, qui la construisit et l'orna de plusieurs tableaux généralement estimés. Celte charmante consitruction a sid»isté jusqu'à nos jours. Puisse s(Hi titre d'église paroissiale la préserver de la destruction I Dans, la France ecclésiasHque de 1764, Nondaye figure encore au nombre des abbayes régulières. En 1774, elle était en commende, et y resta jusqu'à la fin. prienré L'hlstolre du Plessis-Grimoult (ordre de Saint-Au-
lia
piettb^rimoait. gosUn) est à peu près la même que celle des autres monastères. Le prieuré tombe en commende vers 4543; les Calvinistes le ravagent et abattent une partie des murailles ; le prieur parvient néanmoins à sauver les reliques et les titres du monastère; plus tard les murs sont réédifiés , les bâtiments restaurés; l'église est décorée par les soins du prieur Georges Dufay, conseiller au parlement. Ce vertueux magistrat essaya, mais en vain, de rétablir la discipline , et succomba, ditron, à la douleur que lui causaient des désordres qu'il n*avait pu réprimer. En 4664, cette communauté fut unie à la congrégation de France (1), dont elle reçut la réforme, du consentement de l'évèque de Bayeux, et en vertu d'un arrêt du parlement de Normandie. Elle dut ce bienfait à Anne de Matignon , mère de Jacques de Matignon, prieur titulaire du Plessis. Bossuet a possédé ce bénéfice. Un très-beau calice , dont il fit présent à l'église , ap-
(1) La congrégation de France était une réforme de chanoines réguliers établie en 1634, et qui avait pour supérieurgénéral Tabbé de Sainte-Geneviève de Paris.
DBBÂTBUX.' ^ 495
partient aajoHitfhui à la fabriqua dM 1A paroisse. A l'époque de la révolution , le monastère ne comptait plus que qnatine religieux profès.
]Nous savons fort peu de chose sun^ 'lès établisse^ ibinye h prière «eilts religieux de Thorigoy. LepouHIé de la biMio- riJ^y. thèque de Caen seixkble conCbndre ' TAètet-î-Dieu avec f hôpital des lépreux; cependant oti tfo«iâ dâsure que la léproserie était sâtâée à un kilométré du bourg, et THôtel-Dieu , prés de l'abbaye. Celle* ci étit pour abbés, aii tvi'' isiècle^ Jean et Piërre^iJVdëlitaé, oricle et Aéveu, tôts deux originaires d'AdguëTny; au doyens né de Douvres, tous deux religieux préJK^^'de Tabbaye d*Aunay. Pierre Adeline gouverna pendtfM trente ans le monastère de Thorigny avec pieté et sagesse; il était vicaiire-général de Tordre de Ctteàux , en Normandie. A partir de 4S82, « Tabbayë tomba dans la désolation, et fut sans abbé pendani ptusdb vingt ans. Ella fut ensuite séculairisée en feveur de Léonor de Matignon, évèque de Goutances, qui en a -été le premier abbé commendataire (4). »
Quant au prieuré de Bernardines^ il' fut établi par Léonore d'Orléans , veuve de Charles de Matignon , gouverneur de Normandie, avec le concours de Guillaume Le Hière , aumônier du roi et curé 4le Notre- Dame de Thorigny. On fit venir deux religieuses de Villers-Ganîvet, Bonne de Malvoue et Glaire Boulon; leur établiesement définitif eut lieu le 28^ Septembre 4094. Les donations de Léonore et dé 'Guillaume furent acceptées par Tabbé de Citeaux,'qur érigea ce
(1) Manuscrils d'Hermant.
Ordffw mmtâ}*.
499 HISTQIIM DU PIPCÈSE
mooa^tèire en piieuré, le 18 ms^ï 4938* Les lellresp^toQtea Accordées e» 463f, fm«iU enregistrées en 4635. Le roi nomiQait le$ prieures, qui ûot qaelqu^ fois pris le. \îtm fl'abbessee.
NpqspatfsonHiid sous silence i'abbaye de. I^ongues» celle de tfçmfi^ ie prieuré de VîUers: novs les trouverons ug peu pkis loin» menacés dan» leur mi^ tence lopg-temps avant la suppression des ordres religieux.
^ On a fAitiun. crime à rÉgbsp de ses richesses; on
c^. lui en a failcun de sa pauvreté. Ceux qm, au xviu* siècle, convoitaient la dépouille de, nos abl^ares, auraient ktcjvjIq .que Ton refusât l'obole de la charité aux ordres fnepdiants. Pourtant il y avait pl^s. qu'un spectacle ourieia : il y avait un enseignement dans le régime austère de ces Capucins k la longue barbe, marohaoit iHeds nvs, chaussés de sandales décon^ vertes, véitufl, d'étoffe bmne, avec une courroie pour ceintore. L» prpix qu'Us portaient en tète de leurs processions, était de bois brun, sans ornements ni moulures, et le peuple, qui admirait eu eux des victimes volontaires de la pauvreté, les entoursât de sa vénération, Oui, je le répète, il y avait, dans le seul aspect de ces religieux , un enseignement salutaire. Qnand la société civile , d'accord avec la religion , glorifiait le travail et béatifiait l'indigence, elle n'avait peur ni des. pauvres, ni des ouvriers. On conserve, à Bayeux et à Caen, le souvenir des immenses services que rendaient les Capucins dans les incendies. A une époque où les pompes n'étaient pas encore employées à les éteindre, c'était une précieuse res-
DB BATBUI. 41^7
source, que le dévouement de ces bons religieux. An (iretnier signal , on les voyait accourir sur le lieu dtt sinistre I la hache en main, la' robe retroussée, donnant au peuple l'exemple de cette cabné intrépidité qui, seule, dompte les fléaux^ et ne quittant le travail que pour prodiguer des soins aux blessés. La peste fit à Caen de cruels ravages, en 46816 et en 4 •M; ce fut pour les disciples de saint François une occasion de signaler leur coutrage. A la première de ces deux époques, leur maison ne Ait pa^ épargnée. Le sieur Halbout de la Becquetière, qui avait fondé à Vire un couvent de Capucins, était entré dans leur ordre, sous le nom de Frère Ehéar (4). Il se trouvait à Caen, lorsque la contagion y éclata; il demanda, comme une gr&ce, la permission de soigner les malades, et succomba bientôt lui-même. Ed 4635, dit - H. Yaoltier, « les Capucins se rendirent processionneltement à la Délivrande, afin d'implorer la cessation du fléau. Ils s'y trouvèrent au nombre de quarante, portant chacun une croix de bois. Le résultat fut teii que tout l'honneur en revint aux bons Pères. L'usage du pèlerinage devint annuel, et nous l'avons vu subsistant jusqu'à la révolution (2). » En 1696, les Capucins, an nombre de trente, firent une mission à Vire, et plantèrent une croix sur les ruines du donjon.
Les Gordeliers de Caen furent toujours en relations cordeiien. de bons offices avec l'université de cette ville. C'était
(1) Sa femme fit également profession, au monastàre de ViUers-CaniTet , sous le nom de Sœur Elisabeth de Sainte- Anne.
(2) Histoire de la ville de Caen.
498 HISTOIRB OU DIOCKSB
dans leui! couvent .que' la savaikte corporation tenait ses aisembtàeâ^ le 5 septemJNre . 1685 « le recteur Jacques Maloufanty prononça en latin, devant M<^ dô Mesmond, le panégyri4)ue de Louis XIYs dont la statue devait être îoaufUPée* le même jour, sur là place Royale. Les Cord^rs de Caen virent leur maison brûlée par les. l^otestants ; leur couvent de Yîre fut également inœndié ; les sectaires mirent à mort cinq de ses^ reli0ieux. Au couvent de Bayeux, il n'y eut que deux vîetîmes ; niais la maison fut dévastée. Le P. Feuardeot .sauva la Cathédrale^ &à persuadant ! aux chefs des révoltés de la faire servir à leurs rén-
I nions. En 1747* le P. d'Irlande, de la compagnie.
I de Jésus, et deux de ses collègues firent une mission
dans régi ise des Gordeliers de Bayeux. Un calvaire * fut planté près du couvent, et une confrérie y fut érigée, sous le nom de Sainte-Croix-du*-Calvaire. jaoobios. Les Dominicains ou Frères-Prêcheurs, plus connus sous le nom de Jacobins, furent long-temps, à Caen; les inquisiteurs de la foi. L'abbé Delarue dit qu'on les trouve remplissant cette fonction dans le procès fait aux Templiers de notre grand bailliage en 1307; mais il ajoute que l'histoire ne leur reproche aucune violence. Par une. lettre datée du 21 juin 1451, le chapitre de Saint-Jacques de Con^postelle admit à la participation de ses prières les religieux du couvent des Frères-Préoheurs de Caen et les confrères de la confrérie de Saint-Jacques et Saint-Christophe, établie dans leur église (1).
(1) La confrérie du Rosaire, à laquelle étaient affiliées un
DE bàyeux. «09
Ce n'est pas l'histoire des communautés que nous écrivons, mais celle du diocèse, à un point de vue général. Si chaque communauté a le droit d*y occuper une place , chacune d'elles ne saurait prétendre à une monographie. Raconter succinctement leur origine, comme nous l'avons fait dans Y Introduction , indiquer les phases principales et les phénomènes extérieurs de leur existence, c'est tout ce que nous pouvons nous, permettre , sans sortir du cadre qui nous est tracé. Nous continuerons de rattacher, autant que possible, ce que nous avons à dire de chaque monastère, aux événements contemporains. Cependant il faut qu'on nous pardonne tantôt de les devancer, tantôt de jeter dans le passé un coup-d'œil rétrospectif: c'est le seul moyen d'échapper aux morcellements et aux répétitions.
certain nombre de paroisses, avait également son siège dans la chapelle des Jacobins. Plusieurs corporations d'arts et métiers s'y réunissaient pour leurs exercices religieux. La statistique des anciennes et des nouvelles confréries groupera sous les yeox du lecteur tous les détails du même genre ; ils présenteront ainsi plus d'intérêt que s'ils se trouvaient éparpillés dans nos récits.
«sLlîai
SOO HISTOin DU DIOCÈSE