‹ Histoire de diocèse de BayeuxChapitre 35 sur 112 · CHAPITRE XVin · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVin

Vacance du siège. — Prétentions des chanoines du Sépulcre. — Nomination de M>' de la Tremoille. — Il est transféré à Tarchevêché de Cambrai. — Lettre des Oratoriens à M. de Pibrac. — Attitude de l'université. — Mandement publié au nom du chapitre par M. Hue de Launey. — Appel de l'uni- Tersité. — Lettre de M. Hue de Launey aux nouveaux convertis. — Disgrâce de M. de Launey. — Sa mort.

vncfnoedisiége* Pendant la vacance du siège, la juridiction spirituelle et temporelle étant dévolue au chapitre, ses officiers gouvernaient le diocèse jusqu'à la clôture de la régale. Après la mort de M^ de Nesmond, il désigna pour vicaires -généraux HH. de Pibrac, doyen ; de Grainville, chantre ; de Launey-Hue , trésorier; Néel, archidiacre des Vez; de Fontaines, chapréienuofls noino de Yaucelles. Le seul incident qui ait signalé àuséficn. leur administration, fut une question de prééminence. Le dimanche 23 juin , dans Toctave du Saint-

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Sacrement , le lendemain des obsèques de M'' de Nesmond, les chanoines du Sépulcre revendiquèrent le droit de présider à la procession générale , k l'exclusion du député envoyé à Caen, à cet effet, par le chapitre de Bayeux. Le jour même de la cérémonie, la contestation fut portée à l'audience du présidial; les parties entendues, les magistrats proposèrent une transaction. Ce fut M. de la Lande du Destroit, ardiidiacre de Caen et chanoine de Bayeux, qui porta le Saint-Sacrement; mais la question resta indécise. Au service qui eut lieu pour Louis XIV, à Saint- Pierre, le 7 novembre de la même année, ce fut encore le chapitre qui célébra l'officOi malgré Topposilion des chanoines du Saint-Sépulcre. On ne conçoit guères une prétention aussi exorbitante de la part d une simple collégiale, dont le titre même était contesté. C'était à grand'peine que les chanoines du Sépulcre avaient obtenu de H>' d'Angennes, en 1645, un statut provisoire qui les autorisait à marcher aux processions derrière le clergé paroissial, et à prendre le côté droit du chœur dans les cérémonies publiques. Quelques années après, les curés de Caen obtinrent accidentellement la préséance. Us s'efforcèrent de prouver, à cette occasion, i "" que les chanoines du Sépulcre étaient de simples prébendes, et que leur église ne réunissait aucune des conditions exigées pour constituer une collégiale ; 2^ que, dans tous les cas, on pouvait leur opposer le titre de leur fondation , par lequel l'évêque Robert des Abléges réservait formellement les droits de son chapitre et ceux des autres églises de son

diocèse. Il est à croire que le système du clergé de Caen ne fut point admis par le conseil, juge suprême de la contestation, car le statut de 4645 continua d'être observé- Au commencement de l'année 1746, on apprit que

Nomioauoa M»' de la Tremoîlle venait d'être promu à l'évêché de u'^Tremoiiie. do Bajeux. Joseph-Emmauuel de la Tremoille ou Trimouille, Gis de Louis de la Tremoille, duc de Noirmoulier, nommé cardinal en 4706, et abbé de Saint-Étienne de Caen en 4740, ne visita jamais ni son abbaye ni son évêché. Retenu à Rome par ses fonctions d'ambassadeur, il chargea l'abbé de Pibrae de le représenter auprès du chapitre, et choisit pour grands-vicaires tous ceux que le chapitre avait désignés au commencement de la vacance. Le 43 novembre 4746, M. de Pibrae prit possession de l'évêché au nom de Son Éminence. On le conduisit successivement k l'autel , à la chaire épiscopale , au palais , à l'ofiicialité. Il avait pour cortège quatre dignitaires du chapitre , les greffiers , deux témoins , le bailli , les gens du roi, six conseillers et plusieurs gentilshommes. A la procession, il marcha derrière le célébrant; pendant le Te Deum, on sonna toutes les cloches de la ville. L'année suivante, HH. les vicaires-généraux invitèrent M^ Jacques de Matignon , ancien évêque de Condom, à conférer les saints

Il est transféré ordrcs. Uue nouvelle vacance allait bientôt s'ouvrir.

■ larihevôché j|gr J3 \^ TremoiUo ayant été préconisé archevêque de Cambrai au mois de juin 4748, le chapitre nomma, comme après la mort de M'*^ de Nesmond, cinq vicaires-généraux. Il renouvela les pouvoirs de

MM. de Pibrac, de Launey-Hae et Néel; MM. de Grainville et de Fontaines furent remplacés par Fabbé Peschard , chancelier, et l'abbé Helyes , chanoine d*Albray, tous les deux docteurs de Sorbonne , et qui avaient appelé secrètement de la bulle Vnigenitus.

Ces dispositions devenaient de jour en jour plus Lettre communes. Déjà même des symptômes de révolte ^^^-d^wbr^ s'étaient manifestés au sein de TOratoire et dans une partie de l'université. Le 31 janvier 1717, le supérieur de l'Oratoire et plusieurs membres de sa congrégation avaient écrit à M. de Pibrac, pour lui exposer qu'ils n'avaient jamais accepté la bulle, même extérieurement ; que tout s'était borné de leur part à une simple lecture. En conséquence, ils déclaraient que la constitution n'avait point à leurs yeux le caractère d'une décision dogmatique, et qu'ils attendraient le jugement de l'Église, avant d'embrasser un parti sur ces questions. La lettre des Oratoriens ^^^^ n'était que l'écho d'une mesure scandaleuse prise ^' *""''•"** * quelques jours auparavant par une fraction de l'université. Quelques professeurs appartenant aux facultés des arts, de droit et de médecine venaient de publier un décret, en date du 9 janvier, par lequel ils protestaient, au nom de leur compagnie, contre la constitution. Le 13 du même mois, la faculté de théologie se plaignit de cette imposture, qui tendait à la rendre solidaire d'une doctrine opposée à son enseignement ; elle renouvela son adhésion à la bulle Unigenitm. Étaient présents à la délibération: l'abbé Le Normand, doyen, curé de Saint-Ouen de Caen; Le Fèvre , sous-doyen , professeur émôrite ; Doucet

de Belleville, curé de Saint-ÉtieDne-le-Yieux ; Poignavant, archiprètre, curé de Notre-Dame; Philippe Vicaire; P. Vicaire et quelques autres.

Cependant, la fermentation croissait de jour en jour. Quatre évëques, ceux de Mirepoix, de Senez, de Montpellier et de Boulogne appelèrent, le 4 *' mars 4717, de la bulle Vnigenituê au futur concile, et leur exemple porta bientôt ses fruits. On signalait à chaque instant de nouvelles défections, que les intrigants du parti affectaient de supposer encore plus nombreuses. On disait, par exemple, que les grandsvicaires de Bayeux étaient partisans de l'appel, et qu'ils ne tarderaient pas à s*en expliquer. Ces rumeurs, bien qu'exagérées, n'étaient pas sans quelque fondement. Vers le mois d'avril 4748, le bruit s'étant répandu que l'abbé de Lorraine venait d'être nommé par le régent à l'évècbé de Bayeux, MM. Helyes et Peschard ne firent plus mystère de leurs sentiments, conformes à ceux du prélat; on les. vit arborer publiquement le drapeau du jansénisme et lui recruter des partisans. Le chapitre essaya de neutraliser leur influence, en ajoutant deux grandsvicaires aux cinq déjà nommés , et il fut décidé que toutes les affaires seraient expédiées en commun. MM. Helyes et Peschard appelèrent de cette décision devant le parlement, y furent condamnés, et ne prirent plus aucune part à l'administration du diocèse jusqu'à la fin de la vacance. La position des grandsvicaires orthodoxes était devenue fort délicate. De toutes parts on leur demandait une manifestation; mais ils sentaient qu'une manifestation à laquelle

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(leax de leurs collègues refuseraieût de participer* allait faire éclater les dissensions dont ils gémissaient. Enfin, apprenant qu'on abusait de leur silen- Mandement ce pour tromper les faibles « ils convoquèrent un ''dacJ^i^ chapitre général , et publièrent leur profession de foi. Elle parut sous forme de mandement, adressé, au nom du chapitre, à tout le clergé séculier et régulier du diocèse ; elle ne porte qu'une signature, celle de Tabbé de iauney-Hue , président. Nous ignorons les motifs de la préférence accordée à M. de Launey sur M. de Pibrac. Rien ne nous autorise à Finterpréter comme un acte de défiance à l'égard du vénérable doyen; nous croyons volontiers que le choix du chapitre fut un hommage rendu à la mémoire de M'' de Nesmond, et à la haute capacité de son ancien grand-vicaire. Pourquoi hésiterions-nous à reconnaître tout ce que présentait d'insolite ce titre de président, cette signature unique au bas d'un mandement capitttlaire, cette introduction tardive de deux nouveaux membres dans Fadministration diocésaine? On était en face d'une situation menaçante, qui exigeait des mesures exceptionnelles. Si les règles canoniques ne furent pas strictement observées, ce n'est pas aux grands- vicaires orthodoxes qu'il faut en demander compte.

Le mandement du chapitre répondit à la gravité des circonstances. La fermeté de la pensée y est jointe à la modération du langage. « Les administrateurs du diocèse espéraient que la tranquillité ne serait point troublée ; qu'il leur sufiBrait de demander à Dieu l'esprit de paix et d'union , si nécessaire en

ces temps difficiles. Hais l'homme ennemi a semé la zizanie ; il ose calomnier la foi de ceux-lk mêmes auquel est confié le champ du père de famille ; par là, il attire à Terreur, et surprend des suffrages. Le chapitre se voit donc obligé de signaler ces artifices. Après plusieurs assemblées des plus nombreuses convoquées à cet effet, et dans lesquelles, grâce à Dieu, l'esprit d'aigreur et de partialité n'a point eu de part, le saint nom de Dieu invoqué, le chapitre de Bayeux déclare qu'il continue d'adhérer au mandement de M*' de Nesmond , portant acceptation de la bulle Vnigenitus ; il exhorte le clergé a la soumission et à la concorde; il ordonne que sa déclaration soit lue dans toutes les conférences ecclésiastiques, et dans toutes les communautés de l'un et de l'autre sexe. »

Appel L'acte capitulaire porte la date du 6 novembre

4718. Le 19 du même mois, la faculté de droit et la faculté des arts firent décréter l'appel, dans une assemblée générale de l'université; la faculté de théologie, opprimée par le nombre, insultée avec le dernier mépris, protesta contre le décret; elle accepta de nouveau la constitution comme elle l'avait acceptée le 12 juillet 1714; déclara qu'elle adhérait au mandement de H"' de Nesmond et à celui du vénérable chapitre ; 'que la constitution était , à ses yeux\ un jugement dogmatique de l'Église universelle ; que Yappel était un acte nul , scandaleux et schismatique , tendant à renouveler des erreurs déjà condamnées. La déclaration de la faculté porte la signature de dix docteurs, parmi lesquels on re-

derunÏTeriité.

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marque les trois curés de Caen, cités plus haut, et l'abbé Le Fèyre, supérieur du séminaire des Eudistes. Il n'y eut alors que trois appelants; plus tard, il s'en trouva six, que nous ferons connaître. Les dix docteurs soumis à l'Église représentaient donc la majorité. La faculté de médecine consigna sa protestation contre l'appel sur le registre de la faculté de théologie, le registre commun lui ayant été refusé. Si sévères que paraissent au premier aspect les qualifications imposées par nos théologiens à l'acte d'appel, elles étaient cependant d'une rigoureuse exactitude. De quoi, en effet, se composaient les forces des appelants? De quatre évèques, auxquels douze autres avaient timidement applaudi. Ajoutezy trois ou quatre universités, trois mille ecclésiastiques — les listes d'appel les plus enflées n'en contiennent pas davantage — une petite troupe de femmes et de laïcs sans autorité : voilà ce que l'on ne craignait pas d'opposer à plus de cent évêques, à plus de cent mille ecclésiastiques français, à tant d'universités, dont il serait facile de citer le témoignage, au clergé des autres royaumes, à la catholicité tout entière. N'y avait-il pas une étrange mauvaise foi ou une insigne folie à prendre pour la voix de l'Église les rares dissonnances qui troublaient cette grande harmonie? Quel espoir pouvait-il rester aux opposants de faire réformer par un concile une décision que l'univers catholique avait acceptée?

Étranger aux préoccupations égoïstes de la vieil- Lettre lesse, quoiqu'il en sentît cruellement les infirmités, ^^^^^^^ l'abbé de Launey ne songeait qu'aux malheurs de «>n^*««-

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r Église. Il Yoyait surtout avec une extrême douleur le scandale que la révolte du jansénisme contre le saint-siége causait aux Protestants nouvellement convertis. Il se souvint de Tascendant que sa parole avait exercée sur eux , un demi-*siècle auparavant , et, à rage de quatre-vingts ans, il reprit la plume « pour les conjurer de rester fidèles à la grâce et fermes dans la foi. » La lettre qu'il leur écrivit, a pour but d'établir la primauté du saint-siége. Laissant de côté les anciens Pères et les conciles, dont il cite pourtant quelques témoignages, il s'empare de Jansénius , ouvre son commentaire sur l'Évangile , et y trouve, dans quatorze endroits différents, la condamnation de ses disciples. Ainsi, par exemple, s'agit-il de la vocation des Apôtres? Jansénius remarque que Simon-Pierre est nommé avant tous les autres ; qu'il ne doit cette primauté ni à son âge, puisque son frère André était plus âgé que lui ; ni à l'ordre de sa vocation, puisqu'il fut amené par son frère; mais à l'autorité que lui conféra Jésus-Christ (1). Ailleurs, lorsque Jésus-€brist choisit Pierre pour fondement de son Église, Jansénius fait encore remarquer qu'il le désigne, à l'exclusion de tous les autres. « Je parle à toi , dit- il dans son commentaire, à toi seul, et non à tous les autres ; ma parole n'est pas vaine ; les effets en sont infaillibles (2). » D'après Jansénius , l'ordre que Jésus-Christ donne à saint Pierre

(1) Primas Simon, non œtate nec Tocatione Itaque

primus auctoritate et electionis dîgniute {ikf(s%in.,inevang.).

(2) Dico non omnibus, sed tibi soli ; non casso sermone, sed quem elfectus sequatur; Quia es Petrus, etc. {Ihid.)

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de confirmer ses frères, et de paître le troupeau tout entiw, s'adresse non-seulement à lui, mais à ses successeurs , auxquels il appartient d'enseigner la foi sans craindre l'erreur, de marcher à la tête du troupeau, de le corriger et de le défendre (1). — Que pourrait-on désirer de plus précis? N'y a-t-il pas lieu de croire que, si Jansénius eût assisté aux controverses soulevées par son livre sur la grâce, il eût accepté comme Fénélon l'arrêt du saint -siège, et désavoué l'obstination des appelants?

Malgré sa vivacité naturelle, M. de Launey avait su se préserver de tout emportement dans ses controverses avec les hérétiques. Il les charmait par sa courtoisie avant de les convaincre par la force de ses arguments. Ces dispositions bienveillantes sont encore plus marquées dans sa lettre « à MM. les nouvellement convertis. » Elle est empreinte de cette tendresse paternelle qui sied si bien aux vieillards. Il rappelle « à ses chers enfants en Jésus -Christ » le zèle de M^ de Nesmond, son inépuisable charité, qui lui avait gagné tous les cœurs, la pureté de sa foi, son respect pour les décisions du saint- siège. Il les exhorte à prendre pour règle de conduite le mandement du 12 avril 4714. U leur promet « un corps de controverses qui, moyennant la grâce de Dieu, fera revenir à leur exemple les personnes qui

(1) GoDfirmare fratres, ad officium pastoris pertinet,^et proindè perpetuum esse débet... ut videlicet, tanquam caput Ecclesise, nec ipse nec successores ejus in docendâ verâ fide deficerent. — Pascere aatem, non est solùm cibum praebere, sed praesse, taeri, castigare, boc est regere (JAN9EN.,«net7.).

soDt encore séparées de l*Église. » Nous ne pensons

pas que H. de Launey ait donné suile à ce projet.

Sa lettre, écrite à Caen, est datée du 8 septembre

1 71 9 ; le moment n'était donc pas éloigné où une

DitgrAce disgrâco éclatante, disons mieux, une glorieuse perde m. de Laonaj. . „ . ,

sécution allait couronner ses longs travaux. Il fut

une des premières victimes que frappa M^ de Lorraine. Mon content de lui retirer ses pouvoirs administratifs, et la direction des nombreux monastères dont il était le supérieur, le prélat défendit aux religieuses de lui ouvrir leurs parloirs. M. de Launey supporta courageusement cette rude épreuve, digne de sa vertu. Il se démit de son canonicat, résigna ses fonctions de trésorier, et se retira chez son frère. Sa mort, au châtoau de Hutrecy; il y mourut en 4723. Le chapitre, fidèle à sa mémoire, demanda que Ton apportât son corps à la Cathédrale , où il lui assigna une place d'honneur, devant l'autel de SaintrExupère.

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