‹ Histoire de diocèse de BayeuxChapitre 34 sur 112 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Prérogatives du haut-doyen de la Cathédrale. — MM. de Longaunay, de Ghoisy, de Pibrac, titulaires de cette dignité. — Contestation au sujet de la robe rouge. — Le chapitre refuse de recevoir un bâtard. — Élection du doyen. — Publication de l'hymne Diva servatrix. — Huet , abbé d'Aunay et de Fontenay. — Travaux historiques d'Hennant.

Quoique Tarrêt de 4671 eût restreint les préroga- Prérog«tivf» tives du baut'doyeu, en supprimant la juridiction qu*il exerçait auparavant sur les paroisses de sa dépendance, jusqu'au sein de la ville épiscopale, ce dignitaire était encore, au xviii* siècle, un personnage très -marquant. Placé à la tète du chapitre — caput capituli,^^ seigneur et baron de la Ferrièreau-Doyen, chanoine de la Ferrière-Duval, patron ou coUateur d'un grand nombre de cures et de plusieurs

chapelles, il était encore curé de la Cathédrale, et en remplissait les fonctions auprès des chanoines et des officiers attachés au service de l'église; sa dignité était considérée comme une prélature; elle obligeait le titulaire à la résidence. Le doyen habitait , en face de la Cathédrale, Thôtel qui sert aujourd'hui de rpalais à l'évêque.

M deLoBgauoaj. Peudaut Tépiscopat de M^ de Nesmond, cette dignité fut portée par MM. de Longaunay, de Choisy et de Pibrac. Charles de Longaunay de Franqueyille prit possession du doyenné en 4655, n'étant encore que sous-diacre. 11 fit rebâtir k neuf la chapelle de son hôtel, située auparavant dans le jardin, et la belle porte d'entrée, au haut de laquelle on voyait ses armes — d'azur au sautoir d'argent* — Il fut nommé vicaire-général en 1694, et mourut en 4697, « en grande réputation de piété et d'honneur. » C'était lui qui présidait , en l'absence de W de Nesmond, l'association des dames de Charité. Plusieurs communautés religieuses s'honorèrent de l'avoir pour supérieur, cooiestaiion On se rappelle avec quelle admiration l'abbé de •luetdêkfobe Saint-Martin parle de la robe rouge que portaient, ~"»«- à l'installation de W de Nesmond, le doyen et le chantre de la Cathédrale. La robe rouge de ces deux dignitaires était, en effet, une innovation introduite depuis peu dans les usages du chapitre. D'après le cérémonial de l'Angevin (xiii® siècle), le trésorier avait eu anciennement le droit de porter, soit au chœur, soit au-dehors de l'église, des habits rouges ou verts , et de mener à sa suite des chiens et des

DE BàY£UX. 265

faucons (4). Mais les expressions mêmes de l'Àngevin semblent indiquer que ce droit n*ét£Ût pas constant, que Texercice en avait été interrompu — ut dicitur. — Une constitution donnée en 1208 par le légat du saint-siége en France, défendit aux doyens, aux archiprêtres et aux archidiacres de porter des habits rouges on verts. L'évêque Pierre de Benais fit la même défense dans le synode de 1300. U est donc probable qu'à cette époque, le trésorier dut renoncer à son équipage. Vers la fin du xvP siècle, François Cabart, grand-chantre de Bayeux, conseiller au parlement de Normandie , et qui , en cette qualité , portait la robe rouge, en fit à l'église son costume de cérémonie. Jusque-là , le chantre avait eu pour insignes une aube, un amict, une chape de soie, une mitre ronde avec deux pendants, des gants et un bâton. Antoine Descrametot, successeur de F. Cabard, suivit son exemple. Le trésorier en profita pour ressaisir son ancien privilège. Dès-lors le doyen put mettre en avant les bienséances, qui ne permettaient pas que le chef du chapitre n'eût aucune distinction, tandis que deux dignitaires, ses inférieurs, en étaient pourvus. Le chancelier, qui précédait le trésorier dans la hiérarchie, fit valoir la même raison; il s'autorisa également de la tapisserie que Léon Conseil, un de ses prédécesseurs, avait donnée à la Cathédrale , et sur laquelle il était représenté en soutane rouge et en si)utane violette ; une

(1) Jure sui personatûs consuevit antiquitùs, ut dicitur, vestes vi rides et de escarlelâ, prout sibl placebat gerere in choro et extra, canes et accipitres habere.

coDclusion capitulaire de 4684 admit ses prétentions. La brèche était ouverte ; les quatre archidiacres, qui venaient immédiatement après le trésorier, voulurent la franchir à leur tour, ou du moins rétablir Tuniformité. Ils firent observer que la tapisserie de Léon Conseil n'était pas dans l'espèce un argument sérieux; qu'elle prouvait seulement le droit accordé aux bienfaiteurs de l'église de se faire peindre avec des habits de fantaisie. Us citèrent comme exemple un chanoine d'Arry, bienfaiteur de la chapelle Saint- Martin , qui s'était fait peindre sur le vitrail , revêtu d'une soutane rouge, quoiqu'il ne possédât aucune dignité. « Si un titre en soie ou en laine, dit le mémoire des requérants , est suffisant pour autoriser le chapitre k donner cette marque de distinction au chancelier, à l'exclusion des autres dignitaires, le chanoine d'Arry est aujourd'hui en droit de demander la même distinction , sur son titre de verre , à l'exclusion des autres chanoines; ces deux titres paraissent également fragiles, et la possession du chancelier si courte, qu'il ne peut pas s'en prévaloir, puisqu'elle n'est que de dix- huit ans , et toujours contestée. » Ailleurs , le mémoire affirme que la possession du doyen ne remonte pas au-delà de quarante ans, ce qui permet de fixer approximativement l'époque de ce curieux procès ; car M. de Longaunay, le premier doyen qui ait porté la robe rouge, prit possession du doyenné en 1655. La requête des archidiacres ne fut point admise ; ils n'eurent pas même la consolation d'obtenir ce qu'ils demandaient en désespoir de cause , savoir : que ,

DE BÀY£UX. 267

dans le cas où la robe rouge leur serait refusée « leurs adversaires en fussent dépouillés. Les quatre grands dignitaires conservèrent leur prérogative. Nous lisons même dans Beziers que, en 1 761 , ils ajoutèrent la ceinture rouge à la robe de leurs devanciers.

Du reste » la couleur rouge n'était pas exclusivement affectée aux quatre grands dignitaires: elle ornait le costume des chanoines ; elle s'étendait même jusqu'à la chaussure des enfants de chœur, qui portaient des bas rouges aux fêtes solennelles. On la trouve aussi dans les armes du chapitre : Taigle d'or à deux têtes y resplendit sur un fond de gueules; deux branches de palmier servent de support.

Les dignitaires sont aujourd'hui assimilés* pour le costume, aux simples chanoines. Le costume d'hiver consiste, comme autrefois, dans trois pièces: un manteau de drap, à revers cramoisis; un capuchon de fourrure , que l'on peut abattre sur les épaules ; un camail en pointe, bordé de soie rouge. La mozette a été ajoutée au costume d'été. Un tableau, que l'on peut voir dans la salle capitulaire, nous montre les anciens chanoines en surplis à larges manches, avec la moustache et le rabat blanc, le bonnet carré sur la tête, l'aumusse grise sur le bras gauche.

Une question beaucoup plus grave que celle du Le chapiire costume, puisqu'elle intéressait l'honneur du chapi- "" "^ iJ^Î^]^' tre , fut soulevée à peu près vers le même temps , et mit une fois de plus en évidence l'heureux accord

que nous avons déjà signalé entre M^^ de Nesmond et le clergé de la Cathédrale, à l'occasion d'un autre procès. On était loin des tristes débats de 4664, qui avaient troublé pendant sept ans la paix du diocèse. Depuis cette époque < une partie du chapitre avait été renouvelée ; la compagnie se composait, en trèsgrande majorité , d'hommes éclairés et vertueux , très-attachés à Forthodoxie, et qui allaient bientôt soutenir pour elle une lutte courageuse : il s'agissait, en 1707, d'une atteinte grave portée à leur plus beau privilège. Un ancien statut, cité par l'Angevin (xni'' siècle), interdit l'entrée du chapitre à tout clerc qui ne serait pas né d'un mariage légitime. Quiconque présentait un candidat, devait affirmer par serment qu'il croyait à la légitimité de sa naissance. Ce statut, confirmé en 1290, car une bulle du pape Nicolas IV, avait été appliqué, en 1482, à Henri de Neufchâtel, oncle naturel de l'évêque de Bayeux. En 1707, François-Philippe de Laffont, clerc illégitime, s'étant fait nommer par résignation à la prébende du Locheur, obtint des provisions en cour de Rome. W de Nesmond refusa d'y faire droit, quoiqu'elles fussent visées par le métropolitain, et le Chapitre en appela au parlement de Normandie. Il se lit représenter par l'abbé Durand de Grainville, grand-chantre de la Cathédrale; l'évêque se déclara partie intervenante. Le 22 mars 1708, le parlement rendit un arrêt qui rejetait l'instance de l'abbé de Lafi^ont) et envoyait son compétiteur, l'abbé de la Lande du Destroit, en possession du bénéfice objet du litige.

L'abbé de Longaunay eut pour successeur, en .M.dochouy. 4697, François -Timoiéon de Choîsy, comme lui, d'origine normande, l'un des quarante de l'Académie française, et membre d'une famille qui s*était signalée par des bienfaits. On doit à son père, Jean de Choisy, seigneur de Balleroy, l'église du bourg, bâtie en 4650, et à son frère, Jean-Paul de Cboisy, l'église de Saint-Paul- du- Yemay, fondée en 4696. La mort de ce dernier, qui arriva peu de temps après, ayant appelé en Normandie son frère l'abbé de Cboisy, il fut élu doyen du chapitre. Les pom-* penses formalités qui accompagnèrent cette élection, montrent l'importance que le chapitre attachait à l'exercice de son droit, et la considération dont il entourait son premier dignitaire. Un des capitulants, l'abbé Jacques Descrametot, nous en a conservé le souvenir.

« Le 44 avril 4697, messe solennelle du Saint- Biecuoa Esprit, précédée d'une procession autour du chœur, ''" **'*^*"avec les beaux ornements. De là on entra procèssionnellement au chapitre. Le chapitre dura jusqu'à midi, et fut continué après les vêpres; le lendemain, nouveau chapitre après la messe; à onze heures, H. l'abbé de Cboisy fut élu ; après l'élection , le greffier du chapitre, accompagné de trois scrutateurs, préconisa au pupitre (jubé) le doyen élu. Ensuite on retourna en procession au chapitre, pour revenir au chœur. Étant arrivé, le chantre entonna le Te Deum; orgue, musique, toutes les cloches de la ville sonnèrent. Le 43, H. le doyen, accompagné de six chanoines députés, entra sur les dix heures du matin.

H. le doyen baisa l'autel et donna pour son oblation huit louis d*or. De là il fut conduit par les six députés, pour jurer au chapitre sur le pain et le vin. Pendant none, il fut mis en possession par le chantre, dans le obœur. Après la prise de possession, il retourna au chapitre , pour recevoir sa juridiction , en touchant les sceaux. Ensuite les six chanoines l'accompagnèrent au doyenné, dont il prit possession au haut de l'escalier, en touchant les clefs. De là il rentra à Téglise, par la porte de Saint-Thomas (4), et il fut au chapitre , où il complimenta la compagnie. L'après-midi, il fit distribuer dix sols à chacun des pauvres. »

M. do pibnc Au bout de deux ans et demi , M. de Choisy résigna le doyenné à M. Dufaur de Pibrac, originaire de Toulouse, abbé de Saint-Mesmin , et msutre de musique à la chapelle du duc d'Orléans.

Si nous écrivions la biographie de l'abbé do Choisy, nous aurions à discuter le mérite de ses nombreux ouvrages, où l'on trouve plus de finesse et de légèreté que de profondeur et d'exactitude. Mais ces détails , et tous ceux du même genre , sont étrangers à l'histoire religieuse du diocèse, et nous avons résolu de nous les interdire. Par le même motif, nous passons sous silence des noms fort recommandables , que nous trouvons au xvir siècle, dans le catalogue des dignitaires du chapitre, toutes les fois que les personnages auxquels ces noms appartien-

(1) La porte de la chapelle Saint-Thomas, qai ouvre sur la place , du coté du midi.

DBBAY£UI. 274

nent, ne sont point mêlés aux événements dont nous avions à tracer le tableau. Nous écartons pareillement , quelle que soit d'ailleurs leur célébrité , les priQurs et les abbés commendataires qui n'ont point attaché leur nom à nos établissements religieux, par quelque œuvre de piété ou de bienfaisance. C'est ainsi que nous. nous efforçon» de conserver à notre travail le caractère de spécialité modeste qui fait son seul mérite à nos yeux.

Qu'on veuille donc bien nous pardonner ces omissions volontaires» et ne point j voir un oubli ou une lacune. U en est plusieurs qui nous ont coûté des regrets. Mous aurions aimé, par exemple, à nous étendre sur la vie et les travaux de Pierre --Daniel Huet, évèque d'Avranches, notre illustre compatriote, cet esprit encyclopédique, cet autre Yarron, qui ne passa devant aucune science sans Taborder, la cultiver et l'approfondir (4); qui sut allier avec succès la poésie latine et les letU^es grecques aux mathématiques et aux sciences naturelles; qui pouvait raisonner et disserter de toutes les connaissances humaines; pour lequel l'hébreu n'avait pas de secrets. !(ous aurions voulu signaler ses relations avec les princes et les savants de l'Europe , l'impulsion qu'il donna aux travaux de notre Académie, le tendre attachement qu'il conserva , au milieu des situations les plus diverses, pour sa paroisse natale, pour cette église de Saint-Jean de Caen où nous avons reçu le saint baptême deux siècles après lui, et qu'il enrichit

(1) Huet, sa vie et ses œuvres, par M, F.-A. de Gournay.

sercatriM,

272 HISTOIRB DU DIOCÈSE

de ses bienfaits (1). Mais il faut nous restreindre aux circonstances de sa vie, par lesquelles il se rattache au diocèse et au clergé dé Bayeux.

L'hyoïM oiMi II n'était encore que simple clerc lorsque , en J669, il composa en Thonneur de Notre-Dame-de-la- Délivrande Thymne Diva servatrix, destinée à une si grande popularité. G. Pyron, recteur et professeur de Funiversité de Caen, dédia ce petit poème à M^ de Nesmond, qui le mit par mandement au nombre des chants de TÉglise. Comme poésie , il peut rivaliser avec les plus belles hymnes de Santeuil ; mais, bien qu*il soit appelé, dans la dédicace du recteur, une mélodie céleste (2), comme prière, nous préférons YAve marû Stella. L'abbé Le Chevalier, prêtre habitué de la paroisse de Plumetot, le traduisit en vers français; sa traduction, imprimée à Caen en 4673, est dédiée à H"^ de Pleinneville, sœur de Huet. Plus tard celui-ci fit graver son ode sur une table de marbre , qui fut placée à la Délivrande , contre un des murs de la chapelle. Ce monument porte le millésime de 1744.

Huet, dans sa jeunesse, avait eu la pensée d'entrer chez les Dominicains ou chez les Jésuites. En 1656, à l'âge de vingt-six ans, il reçut la tonsure à Rouen, des mains de M^ de Harlay. Vingt ans plus tard, poursuivi par la même inspiration, il résolut enfin

(1) II y envoya de Paris un tableau de Le Brun, représentant le baptême de Notre -Seigneur. Il légua par testament deux de ses chasubles à la même église.

(2) Credo equidem aligeros , cœli stellante sub aulâ, Certatim similes ingeminare modos.

DE BIÏEUX. 273

de se préparer au sacerdoce. M*' de Nesmond lui conféra les ordres mineurs, et Tévèque de Coulances, les ordres sacrés. Noâimé à Fabbaye d*Aunay en "«^n

, . ■bbéd'Aunay

4 678, il n en put prendre possession qu au manage et de i^tea.;. du dauphin, dont il était alors sous-précepteur. Il revit avec délices les bords de l'Orne. Malgré les tracasseries des moines, qui lui coupaient ses bois, sous prétexte que « le bien de l'abbé était le patrimoine des religieux, » il se sentait à Taise et en veine dans sa chère solitude. Il y étudiait avec ardeur l'hébreu, le syriaque et l'arabe; il y composa plu-> sieurs ouvrages importants. L'un d'entre eux, Quwstione$ alnetanœ, dirigé contre la philosophie de Descartes, rappelle par son titre le lieu de son origine, et par sa forme les Tusculanes de Cicéron. Huet touchait à la vieillesse, quand il fut sacré évêque d'Àvranches, en 4692. Sa mauvaise santé, et peut-être aussi la difficulté qu'il trouvait à concilier sa passion pour l'étude avec les devoirs de Tépiscopat, le forcèrent d'abdiquer en 4699« Le roi lui donna pour retraite l'abbaye de Fontenay, qui le rapprochait de son pays , et qu'il appela d'abord , dans l'effusion de sa joie, le port de sa vieillesse. Il mit tous ses soins à restaurer les bâtiments, à cultiver les jardins, à pourvoir la communauté des meubles nécessaires. Il y reçut la visite de Mabillon, qui vint en explorer les chartes et les titres, dans le temps qu'il travaillait à l'histoire des Bénédictins. Hélas 1 les déceptions et les contrariétés ne tardèrent pas à fondre sur le pauvre abbé ; « les coups de becs et les langues venimeuses de sa chcre patrie » ne

répargûèrent pas. U fut inondé d'une pluie de procès, et tenta inutilement d'introduire la réforme dans son abbaye. Cette tâebe était réservée à son neveu, Piédoue de Charogne, qui lui snccéda en 4724, quelques mois après sa mort.

Huet passa les dernières années de sa vie a Paris, dans la maison professe des Jésuites , auxquels il avait légué les 8,312 volumes de sa bibliotbèque. Malgré les erreurs et les paradoxes que lui a reprochés la critique, la postérité se plaît à reconnaître en lui un homme extraordinaire, que sa patrie peut citer avec orgueil. Quand nous avons placé Gilles Bubot à la tôte du clergé diocésain, au xv!!"" siècle, on a dû comprendre que notre pensée se renfermait avec lui dans le cercle des fonctions sacerdotales. Comme érudit et comme littérateur, Huet s'éleva infiniment au-dessus de tout ce qu'on pourrait lui comparer parmi nous. Hais aussi ses travaux et sa g^ire ne sont le patrimoine d*aucune localité; ils appartiennent à TÉglise de France, dont il fut, après Bossuet et Fénélon , un des principaux ornements. TnTtuc Avant d'abandonner la trace des événements dont d'Her'^'IuÛ s^ compose à cette époque l'histoire religieuse de notre diocèse, nous devons un souvenir au laborieux écrivain qui nous a précédé dans cette voie semée d'écueils, et dont il nous a fallu plus d'une fois contredire ou rectifier les assertions. Que l'abbé Hermant ait mutilé des événements dont il fut témoin, qu'il ait passé sous silence, dans un livre imprimé en 1705, les services rendus au diocèse par M. Petite, mort en 1694, c'est déjà une infidé-

lité assez grave. Malheureusement, ce reproehe n*est pas le seul qu'il se soit attiré : Beziérs et Peller ont signalé avant nous ses inexactitudes » ses contradictions , son défaut de critique , rincorrectîon et Tenflure de son style. Cependant, il en convient luimême , il a eu entre les mains les Mémoires de ce même abbé Petite, qu'il a sacrifié à je ne sais quelles timides considérations, tout en profitant de son travail. S*il fallait prendre k la lettre certaine phrase de Tabbé Beziers, Hermant se serait approprié cette œuvre capitale, que Tauteur avait annoncée en 1675, quand il publia la carte du diocèse (1). Il est au moins probable que le curé de Maltot y a puisé tout ce qui était à sa convenance; la richesse du fond ne fait que mieux ressortir les imperfections de la mise en œuvre. Celui qui avait su préparer ces matériaux, en eût fait certainement un meilleur emploi. La première partie parut en 4705; la deuxième et la troisième sont restées inédites ; on peut les con-

(1) Après avoir dit (p. 319] que Tévêque Jean de Boissay Alt inhumé à la Cathédrale, dans la chapelle souterraine, Hermant donne son épitaphe en latin. Chacun peut s'assurer que répitaphe gravée en 1412, sur le tombeau de Jean de Boissay, est en français, et qu'Hermant nous en a donné la traduction. Ceci prouve qu'il travaillait sur des notes rédigées par d'autres, et dont il ne songeait même pas à vérifier l'exactitude. Il est possible qu'il ait trouvé cette inscription traduite dans les Mémoires de M. Petite , auquel la langue latine était très-familière , et qui la préférait à la langue française poor certains travaux. On pense qu'indépendamment de son principal ouvrage, M. Petite a composé une chronologie des évêqnes de Bayeux, qui aurait servi de modèle à touâ les manuscrits du même genre aujourd'hui en cirdlilatiôn.

sulter a la bibliothèque de Gaen. On j trouvera la fin de répiscopat de M^ de Nesmond, quelques mots sur NN. SS. de la Tremoille et de Lorraine, un pouillô du diocèse de Bayeui, des notices biographiques sur un grand nombre d'abbés, de prieurs, de savants et d'autres personnages plus ou moins illustres. Le chapitre XXIV des Origines de Huet a passé presque tout entier dans cette compilation. La biographie de Tévèque d*Avranches, insérée à la fin de la troisième partie , est la reproduction à peu près textuelle de Farticle que lui consacrèrent les Mémoires de Trévoux. Après V Histoire du diocèse de Bayeux, Hermant rédigea son Histoire des hérésies, qui parut en 4712, et ne lui fait pas plus d'honneur; le jansénisme n'y figure point au nombre des erreurs condamnées par l'Église. On en conclut alors que l'auteur était favorable à la secte. Les éloges qu'il décerne au P. Toussaint Desmares , fortifient cette conjecture. Il serait difficile de ne pas s'y arrêter, quand on lit dans Tépître dédicatoire de la deuxième partie , adressée à M*' de Lorraine: « Que ne serait-on pas charmé de faire, pour répondre aux grands et pieux desseins que vous avez de faire soutenir, avec la pratique des plus pures maximes de la morale, la saine doctrine et les libertés de l'Église gallicane. » On verra bientôt l'Église de France désavouer la doctrine et les actes du prélat schismatique, qui jeta le trouble dans son diocèse , et détruisit en quelques années Tordre admirable qu*y avait laissé M^ de Nesmond. Plus loin, Hermant exprime le regret de ne pouvoir mettre sous les jeux de ses lecteurs « ces judicieu-

D£ BÀYEUX. 277

ses et savantes décisions qui distinguent si fort le prélat dans le clergé de France; » il recule devant la témérité d'une entreprise « infiniment au-dessus des traits de sa plume. » Pour Thonneur du curé de Maltot, nous supposerons que ces paroles furent écrites avant les déplorables excès qui méritèrent à H^ de Lorraine la condamnation du saint-siége et la réprobation de l'épiscopat (4).

(1) M** de Lorraine est arrivé à Bajeux au mois de mars 1720. Hermant est mort en 1725 ; c'est donc dans cet intervalle que fut composée Tépître dédicatoire. Elle est sans date, mais écrite et signée par Hermant.

^nrr y^TV TTTYT VTTVTTTTTTTTTTTYTTTTTnra T»

Page 1