Histoire de dix ans, 1830-1840
Un peuple déchaîné, victorieux et maître de lui ; trois générations de rois fuyant sur les mers-, la bourgeoisie apaisant la foule, réconduisant, se donnant un chef-, les nations qui s'agitent trompées dans leur espoir et regardant du côté de la France, immobile sous un roi nouveau : l'esprit révolutionnaire flatté d'abord, comprimé ensuite, et finissant par éclater en efforts prodigieux ou en scènes terribles-, des complots, des égorgements-, trois cents républicains livrant bataille dans Paris à toute une armée: la propriété attaquée par de hardis sectaires; Lyon soulevé deux fois et inondé de sang; la duchesse de Berri ressuscitant le fanatisme de la Vendée et flétrie par ceux de sa famille; des procès inouïs; le choléra ; au dehors, la paix incertaine, quoique poursuivie avec une obstination ruineuse; l'Afrique dévastée au hasard. l'Orient abandonné; au dedans, nulle sécurité; toutes les révoltes de Tintelligence et des essais fameux; l'anarchie industrielle à son comble; le scandale des spéculations aboutissant à la ruine ; le pouvoir décrié ; cinq tentatives de régicide ; le il. 1
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peuple sourdement poussé à de vastes désirs; des sociétés secrètes; les riches alarmes, irrités, et à l'impatience du
mal joignant la peur d'en sortir Tel esl le tableau que
présente l'histoire des dix dernières années.
Sons le rapport purement politique, elle se partage en
trois grandes périodes :
Dans la première, qui s'étend depuis l'établissement de la dynastie d'Orléans jusqu'à la chute du ministère Laflitte, le pouvoir se montre inquiet, faible, chancelant; il ne vit que de concessions trompeuses, il ne se développe qu'au moyen delà ruse. Rapprochées par des intérêts communs. par de communes espérances, la bourgeoisie et la royauté se prêtent un mutuel appui : le principe parlementaire et le principe monarchique s'allient momentanément. C'est l'époque de la fondation.
La seconde période embrasse le ministère de M. Casimir Périer, continué par le ministère de MM. ThiersetGuizot. Le pouvoir, attaqué violemment, se défend avec violence. Entre la bourgeoisie et la royauté des dangers communs resserrent l'alliance déjà conclue : le principe parlementaire et le principe monarchique semblent se confondre. C'est l'époque de lutte.
Dans la troisième et dernière période, les vices du régime se manifestent. Le pouvoir, cessant d'être menacé d'une manière sérieuse, s'affaisse sur lui-même d'abord, puis se divise. La bourgeoisie et la royauté commencent à se séparer. La Chambre devient factieuse, etle ministère corrupteur. La rivalité des deux principes se déploie avec tousses inconvénients, tousses dangers. C'est l'époque de décadence.
Mais, avant de raconter les détails de ce grand drame,