‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 2)Chapitre 2 sur 250 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

il importe démontrer dans quel état la révolution de juillet surprenait l'Europe.

La révolution de juillet produisit [dans le monde un tressaillement universel. Les peuples que les traités de 1815 avaient asservis, s'agitèrent. L'apparition du drapeau tricolore flottant sur l'hôtel du consulat de France à Varsovie, lit battre d'espoir le cœur fidèle des Polonais, nos anciens frères d'armes. A Bruxelles, à Liège, à Anvers, on se demanda enfin en vertu]de quel droit deux millions de Hollandais commandaient à quatre millions de Belges. Les provinces rhénanes qui. sans parler notre langue, voulaient garder nos lois, désirèrent nous appartenir, par orgueil. Une fermentation redoutable se manifesta au sein des universités allemandes, jusqu'alors tourmentées par de vagues aspirations vers la liberté. Mais rien de comparable au mouvement dont l'Italie se sentit animée. Jusque dans les États-Romains l'enthousiasme fut immense. La foule se pressait dans les rues, sur les [places, dans tous les lieux publics, autour des voyageurs français; on leur i'aisait lire à voix haute les journaux de leur pays ; et lorsqu'ils avaient raconté de cette sorte à la fouie avide et recueillie quelques-uns des prodigieux événements dont les bords de la Seine venaient d'être le théâtre, des applaudissements unanimes retentissaient, mêlés à des cris et à des sanglots. Il est [presque littéralement vrai que, durant plusieurs jours, les Italiens ne cessèrent de regarder du côté des Alpes, croyant à toute heure en voir descendre les Français. La révolu Lion de 1830 empruntait de l'éloignement je ne sais quel caractère merveilleux ; et le peuple de France revivait aux yeux de l'Europe étonnée, dans les gigantesques proportions que

lui avaient données la République, et après la République l'Empire.

En Angleterre l'émotion fut profonde. Les journaux y célébrèrent à l'envi l'héroïsme des Parisiens, cl de toutes parts on y ouvrit des souscriptions en faveur des blesses. Ces démonstrations n'étaient sincères et désintéressées (pie de la part des radicaux. Les whigs éclatèrent en joyeux transports, parce que, dans leurs espérances, ils avaient toujours associé au mouvement qui les porterait aux affaires, le triomphe du libéralisme français. Mais les tories. chose étrange en apparence, les tories eux-mêmes se montrèrent insensibles au malheur qui frappait une famille royale, et le ministère Wellington sembla sourire à une crise qui, pourtant, devait entraîner sa chute.

C'est qu'il y avait ici. pour les torys, une question plus haute que toutes les questions de parti : celle de la suprématie de l'Angleterre en Europe. L'aristocratie anglaise, comme toutes les aristocraties, apporte dans l'accomplissement de ses desseins beaucoup de clairvoyance et de suite. Elle savait que, sous Charles X, il avait été question de livrer aux Français la rive gauche du Rhin, et aux Russes, Constantinople. Elle savait aussi que le duc d'Orléans était Anglais par goût et par inclination, comme il Lavait écrit lui-même l.

1 Le 28 juillet 1 804 , le duc d'Orléans écrivait de Twikcnam, à l'évèque de Landalï, au sujet de l'oraison funèbre du duc d'Enghien , prononcée à Londres :

« Mon cher Milord, j'étais certain que votre âme élevée éprouverait une « juste indignation à l'occasion du meurtre atroce de mon infortuné cousin : « sa mère était ma tante; lui-même, après mon frère, était mon plus

o proche parent Son sort est un avertissement pour nous tous; il nous

« indique que l'usurpateur corse ne sera jamais tranquille tant qu'il n'aura

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