‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 2)Chapitre 112 sur 250 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

« néral Lafayette a cru devoir donner sa démission. Je « me flattais de le voir plus long-temps à votre tète, ani- « mant votre zèle par son exemple et par le souvenir des « grands services qu'il a rendus à la cause de la liberté. « Sa retraite m'est d'autant plus sensible, qu'il y a quelle ques jours encore, ce digne général prenait une part « glorieuse au maintien de l'ordre public, que vous avez « si noblement et si efficacement protégé pendant les « dernières agitations. Aussi ai-je la consolation de pence ser que je n'ai rien négligé pour épargner à la garde « nationale ce qui sera pour elle un sujet de vifs regrets, « et pour moi-même une véritable peine. »

« Louis-Philippe. »

L'effet moral que produisit sur l'opinion la retraite de Lafayette trompa les espérances de la Cour. La surprise fut universelle.

M. Dupont (de l'Eure), indigné, se démit aussitôt de ses fonctions de ministre de la justice. On désirait cette démission : elle fut acceptée avec empressement, M. Dupont (de l'Eure) n'étant plus nécessaire.

Le coup qui venait d'être frappé était le signal d'un mouvement contre-révolutionnaire qu'on se proposait de pousser aux extrêmes.

Au reste, les services de M. de Lafayette étaient trop connus pour qu'on les lui pardonnât. Tel est le vice des monarchies que. si on les sert d'une manière éclatante, on les menace. Le reproche d'ingratitude est frivole, adressé à la personne des rois : c'est au principe même de la royauté qu'il convient de l'adresser. Tout roi qui se montrerait reconnaissant à l'égard d'un sujet, citoyen illustre, créerait par là au trône une position subalterne.

Le commandement de la garde nationale de Paris fut conféré au général Lobau. M. Treilhard fut remplacé à la préfecture de police par M. Baude. <>n accepta la démission de M. Taschereau qui, offerte déjà par lui, avait été refusée. Seul de tous les hommes dont on redoutait le caractère indépendant, M. Odilon Barrot fut conserve. On avait dit de lui au Château : « 11 ne sera plus à craindre « lorsqu'il n'aura plus au-dessus de lui M. de Lafayette. « et au-dessous de lui M. Taschereau. »

Ainsi se dénoua ce procès qui avait si fortement tenu en éveil toutes les passions et fait courir à la monarchie nouvelle de si grands risques. Il servit à mettre en relief la fougue et la puissance des intérêts hourgeois. 11 prouvait clairement deux choses : la première, que le peuple n'était encore ni assez éclairé, ni assez sûr de lui-même pour avoir une volonté: la seconde, qu'on pouvait tout obtenir de la bourgeoisie, en s'adressant à ses instincts de conservation et en lui faisant peur. L'épreuve était donc complète, et d'autant plus heureuse pour la Cour, qu'on allait dire désormais aux ambassadeurs étrangers : «Éeri- « vez à vos souverains que l'esprit révolutionnaire est « vaincu. »

Ce résultat fut vanté comme le fruit d'une pohtiqne habile. 11 n'avait rien pourtant dont le pouvoir fût en droit de se faire honneur. Pour paraître en armes dans les rues et contenir le peuple, la bourgeoisie n'avait eu qu'à suivre l'impulsion de ses craintes. Et quant à la multitude, il était naturel qu'abandonnée à elle-même, elle se retirât du champ de bataille par ignorance, étonnement et lassitude.

C'est une politique assurément trèî-vulgaire et à la

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