CHAPITRE VII
En dépit de tous ces efforts, le parti du duc de Leuchtemberg allait se fortifiant chaque jour, parce que les habiles refusaient de compromettre leur avenir en se prononçant contre un candidat sans concurrent. M. de Lœvestine écrivit donc au Palais-Royal que rélection du fils d'Eugène était assurée, si on ne lui opposait pas formellement le duc de Nemours.
Cette lettre fut envoyée aussitôt à M. de Talleyrand. Il répondit que l'Angleterre ne voulait à aucun prix du duc de Nemours. 11 fallait se décider pourtant. Les minutes étaient précieuses. Sur l'invitation de M. de Lœvestine. M. Bresson fit un voyage à Paris, et en rapporta l'autorisation expresse de promettre que la couronne, si elle était offerte au duc de Nemours, serait acceptée pour lui par son père.
Dès ce moment, les difficultés s'aplanirent devant M. de Lœvestine. L'acceptation, présentée comme certaine, attirait les ambitions par l'appât d'un succès facile. Les amis de la France reprirent courage, et une fraction du parti orangiste se réunit à eux. en haine des patriotes. Il restait, toutefois, dans beaucoup d'esprits une défiance invincible. « Prenez garde, disaient les partisans du duc « de Leuchtemberg et les républicains, on vous trompe. « M. de Lœvestine est un honnête homme sans doute ; u mais ne serait-il pas l'instrument aveugle de quelque « intrigue? Il affirme officieusement que le duc de Ne- « mours nous serait accordé, mais les dépèches officielles « de M. Sébastiani n'annoncent-elles pas le contraire? Et « n'est-ce pas le comble de l'imprudence que d'ajouter « aux déclarations d'un particulier plus de foi qu'à des « documents diplomatiques? » Cette objection avait été
prévue. On fit écrire, de Pari.-,, à Ions les membres du Congrès, des Lettres signées par les plus hauts personnages, et qui toutes avaient pour luit de confirmer le témoignage de M. de Ltevestine. Lui-même, dans sa candeur, il n'hésita pas à déclarer, devant les membres du gouvernement provisoire-, que sa mission était autorisée^ et, comme on balançait encore, il engagea sa parole, sa parole d'honneur.
Ce fut sous l'influence de ces menées (pie s'ouvrit la discussion relative au choix d'un souverain. Elle fut vive et passionnée. La crainte et l'espoir agitaient les âmes tour-à-tour. On savait que, de cette urne placée devant l'assemblée, pouvaient sortir, non-seulement la prospé-rité ou le malheur de la Belgique, mais un changement profond dans les destinées de l'Europe. Les orateurs qui appuyèrent le plus vivement la candidature du due de Nemours, furent MM. de Mérode. Charles Rogier, Charles de Brouekère. On remarqua parmi eux M. Van de Weyer qui. devenu le représentant delà diplomatie en Belgique, semblait devoir garder le silence. Le duc de Leuchtemberg eut pour lui MM. de Stassart, Jottrand, de Gerlache, de Rhodes, et M. Lebeau. dont la parole remua puissamment l'assemblée.
Pendant ces débats, lord Ponsomby continuait à miner, au profit du prince d'Orange, l'influence du parti français, un moment ressuscitée, soit qu'il ignorât le secret de la politique dont ce parti était le jouet, soit que. dans l'exagération de ses haines, il enviât à la Erance l'honneur d'un vote favorable, quoique stérile. Un mouvement orangiste qui éclata dans la ville de Gand fut attribué à l'ambassadeur anglais, et aussitôt réprimé.