CHAPITRE VU
Ce qui est certain, c'est que le jour même où le Congrès allait se décider, lord Ponsomby faisait traduire par un de ses secrétaires, M. Oury, un mémorandum dirigé contre Télection du duc de Nemours, et qu'il se disposait à aller lire à l'assemblée.
M. Bresson. de son côté, pour faire pencher la balance en faveur du prince français, donnait communication au Congrès d'une lettre de M. Sébastiani. Il était dit que le gouvernement de Louis-Philippe n'adhérait pas au protocole du 20 janvier, et qu'il considérait le consentement lihre des deux États comme nécessaire pour la solution de toutes les difficultés entre la Hollande et la Belgique. Cette déclaration était trompeuse, ainsi que la suite le prouva-, mais l'effet n'en fut pas moins décisif. On crut encore une fois aux sympathies du gouvernement français.
Des messagers allaient et venaient sans cesse du palais des représentants à l'hôtel de lord Ponsomby, qui brûlait d'impatience et se plaignait amèrement des retards de son traducteur. Enfin, le travail était près d'être terminé, et la voiture de l'ambassadeur anglais l'attendait, lorsqu'on vint lui apprendre que c'en était fait, et qu'à un second tour de scrutin, l'assemblée, à la majorité d'une voix, venait de proclamer le duc de Nemours, roi des Belges.
Cette décision fut accueillie avec le plus vif enthousiasme. Elle arrachait la Belgique aux convulsions de l'anarchie. La ville fut illuminée. Des acclamationsjoyeuses se mêlèrent, dans tous les quartiers, au bruit du canon. Les partisans du duc de Leuchtemberg s'associèrent à la joie de ce triomphe, les uns par désintéressement et par loyauté, les autres parce qu'ils avaient à se faire pardonner un vote hostile au candidat victorieux.
Les Belges ne se doutaient pas que, dans le temps mi'ine où, par ces démonstrations touchantes, ils témoignaient de leurs sympathies pour la France. M. de Talleyrand signait, à Londres, le protocole du 7 lévrier, protocole où se trouvaient démenties les dernières assertions de M. Séhastiani sur la liberté de la Belgique, protocole qui excluait du trùne de Belgique tout prince français.
La Conférence fut obéie. L'opinion des ministres à Paris était pour l'acceptation, et cette opinion trouvait dans le fils aîné de Louis-Philippe un appui énergique. Mais une volonté plus forte planait sur la France. A l'élection du duc de Nemours, M. Séhastiani fut chargé de répondre par un refus. Et telle était la dépèche, que le jeune homme qui servait de secrétaireauministre, refusa de la transcrire, par un courageux sentiment d'orgueil et de pudeur.
La députation, qui devait offrir la couronne au duc de Nemours, était déjà en route pour Paris. Le roi des Français la reçut avec affabilité, et refusa formellement la couronne offerte à son fils. 11 motivait son refus sur son peu d'ambition, sur la nécessité de conserver la paix.
Toute la partie saine de la nation française fut consternée. Les Anglais furent transportés de joie.
Pour comprendre combien le refus de Louis-Philippe dut être agréable à l'Angleterre, il suffit de considérer quelle était alors la situation de ce royaume. Ses finances étaient si obérées, qu'une suppression de deux cent dix places dans la trésorerie avait été résolue, et que, dans ce pays tout monarchique, on se préparait à faire subir à la liste civile une réduction offensante pour la royauté. La misère des classes ouvrières avait atteint cette limite funeste où commence le désespoir. La récolte des pommes